Je suis Adele Wolfe tome 2 (21 juin 2017) de Ryan Graudin

Le Führer vient d’être assassiné. La Résistance, y voyant l’opportunité d’une rébellion longuement attendue, se met en branle.
Mais Yael, survivante des camps et à l’origine de ce coup d’éclat, sait qu’il n’en est rien. Le Führer vit toujours et elle seule a conscience que ses camarades d’armes, mis à nu, courent un grand danger. Yael doit les rejoindre coûte que coûte pour les prévenir. Elle devra toutefois faire avec Luka et Felix, eux aussi soupçonnés de trahison par sa faute.
S’engage alors une folle course-poursuite semée d’embûches. Le passé et le présent de Yael s’entrechoquent, de lourds secrets éclatent et, dans un contexte où l’on ne parvient pas toujours à distinguer le mensonge de la vérité, une seule question s’impose: Jusqu’où sommes-nous prêts à aller pour protéger ceux que l’on aime ?

Chronique : Le premier tome de ce diptyque a été une excellente découverte et le second opus est de la même vaine  !
L’intrigue reprend presque pile poil au moment où s’arrêtait le précédent :,` car on assiste à la scène finale du premier tome vue par les yeux de Luka. Autant dire que cela démarre sur les chapeaux de roue : Yael sait qu’elle n’a pas réellement assassiné le Führer, elle tâche donc d’échapper à la police nazie, avec le désormais très curieux Luka à ses trousses. Si le premier volume était centré sur la course de moto, ici les motos  sont  assez loin du centre de l’histoire. De même qu’Adele Wolfe, dont Yael usurpait l’identité dans le premier tome et dont elle ne se sert désormais plus — à ce titre, il est dommage que le titre français ait repris le titre du premier tome car, cette fois, cela ne fonctionne pas vraiment.
Mais hormis ces deux petits détails, Ryan Graudin propose une nouvelle fois un roman palpitant. Car la Résistance pense que le Führer a bel et bien disparu et lance son coup d’État : d’un côté, les Résistants œuvrent pour libérer le peuple, de l’autre, les nazis en sont déjà à la contre-offensive. Autant dire que le suspens est à son comble, d’un bout à l’autre du roman. Celui-ci, de plus, est particulièrement immersif : que l’on soit dans le camion défoncé qui emmène Yael et ses camarades au combat, aux abords du camp, au sous-sol de la brasserie qui tient lieu de QG ou au fin-fond de la Moscovie, tout ce que vivent les personnages est incroyablement réaliste. Et qui fait la part belle à la stratégie militaire, l’action étant concentrée sur quelques scènes particulièrement riches en montées d’adrénaline. Ryan Graudin nous plonge au plus près de ce que vivent les personnages : angoisses, espoirs, désillusions ou petites victoires émaillent le texte. Si certains développements font grincer des dents, tout est parfaitement réaliste – ce qui n’en rend que meilleure l’uchronie.
Dans le premier tome, on suivait Yael sur quelques 20 000 kilomètres, donc on la connaît désormais plutôt bien. Ce qu’il y a de bien, c’est que cette fois on suit également Luka et Félix – et on a même quelques scènes consacrées à Adele qui, tout héroïne éponyme soit-elle, n’en passe pas moins l’ensemble de l’histoire enfermée dans une cave. Chacun des trois personnages évolue, grandit, mûrit, en fonction de l’endroit dont il vient, de ce qu’il a vécu, de ses convictions intimes. Chacun reste au plus proche de ses convictions, ce qui rend leurs comportements vraiment justes – et le roman d’autant plus palpitant, donc. Alors, oui, parfois on grince des dents devant les développements que Ryan Graudin choisit mais elle ne verse pas dans les faux-semblants : c’est la guerre, et il se passe pas mal de trucs assez moches.
De ce point de vue-là, elle a parfaitement intégré l’atmosphère de l’époque, de même que les grands chapitres du conflit (que ce soit du point de vue des faits avérés ou des projets nazis). Ainsi, la capitale de l’Allemagne (agrandie) s’appelle Germania (comme le souhaitait Hitler) et, on le sait depuis le premier tome, le roman met en avant l’amour des nazis pour les sciences occultes couplé à la médecine – à ce titre, attendez-vous à quelques passages difficilement soutenables, même si l’auteur ne verse ni dans le gore, ni dans la surenchère. C’est en apothéose que Ryan Graudin conclut les aventures de Yael, sur les routes d’un IIIe Reich vorace, que l’on n’a guère envie de voir revenir et contre lequel elle nous met fermement en garde. Une uchronie très réussie !

Note : 9/10

 

  • Broché: 496 pages
  • Editeur : Le Masque (21 juin 2017)
  • Collection : MsK

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Zoo station (13 avril 2017) de David DOWNING

Berlin, 1939. Ancien communiste, John Russell, travaille pour la presse anglo-saxonne. Lorsqu’un agent russe lui commande une série d’articles élogieux sur l’Allemagne nazie, destinés à la Pravda, dans le but de préparer le pacte de non-agression, Russell se montre d’abord réticent, puis accepte. Ses contacts avec Moscou et Berlin attirent bientôt l’attention des services secrets anglais. Après la mort mystérieuse d’un journaliste, Russell se retrouve possesseur d’un terrible secret. Pourra-t-il rester neutre face à l’horreur qui s’annonce ?

Chronique :  Zoo Station est le premier livre d’une série de David Downing. Situé dans l’Allemagne nazie à la fin des années 1930, il trace une image sombre et un suspens d’un pays qui se déplace de manière constante vers la guerre et la solution finale. Le personnage principal, John Russell, est un journaliste indépendant d’Angleterre vivant à Berlin. Il lutte avec sa conscience avec tout compromis qu’il prend en couvrant le régime nazi, puisque son amant et son fils d’un mariage précédent sont des Allemands et veut rester en Allemagne pour eux.  Ce n’est pas un roman d’action de type Bourne avec des évasions audacieuses et des fusillades toutes les quelques pages; Plutôt, une histoire tranquille en suspens vers une conclusion éclatante. Les personnages sont assez ordinaires dans des moments extraordinaires, et l’auteur fait un très bon travail avec ses mystères, intrigues et tours d’intrigue à faible touche aident le roman à présenter l’atmosphère de la fin des années 1930.
Et à la différence de LeCarre ou de Simenon dans les périodes ultérieures, le personnage central est moins englobant dans son autorité morale ou ses dilemmes d’attitude.

Note : 9/10

  • Broché: 352 pages
  • Editeur : Le Cherche Midi (13 avril 2017)

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Irena – Tome 02 : Les Justes (22 mars 2017) de Jean-David Morvan et Séverine Tréfouël

Porté par un dessin d’une grande sensibilité, Irena réussit le tour de force de parler sans lourdeur d’un sujet fort, poignant et profondément actuel… Toucher, émouvoir, parler d’hier pour raconter aujourd’hui…

Chronique : Derrière le dessin très doux, enfantin se cache une histoire, bien entendu tiré de faits réels, puisqu’elle raconte le sort des juifs de ghettos de Varsovie.
Histoire abominable donc où les auteurs ne nous cachent pas des scènes atroces, de lentes agonies d’êtres humains affamés, y compris de tortures sur des adolescents ou des enfants. Fort bien écrit ce tome 2 ; cette bande dessiné  retrace de manière brillante la puissance des forces de vie contre celles de la mort, dans un pays ravagé par la guerre, les souffrances et les privations;
Paradoxalement, le dessin doux que l’on pourrait regarder dans un livre pour enfant augmente le choc de ces scènes. Scènes d’autant plus terribles que nous savons qu’elles ont eu lieu.
BD donc à prendre pour son intérêt historique, aucunement pour les loisirs.

Note : 9,5/10
 

  • Album: 72 pages
  • Editeur : GLENAT (22 mars 2017)
  • Collection : Tcho ! L’aventure

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Irena – Tome 01 : Le ghetto (4 janvier 2017) de Jean-David Morvan et Séverine Tréfouël

1940, l’armée nazie a envahi la Pologne. À Varsovie, les Juifs de la ville ont été parqués dans le ghetto : un quartier entier entouré de murs. Quiconque tente de s’en échapper est abattu sans sommation ; les seuls qui peuvent y entrer sont les membres du département d’aide sociale. Parmi eux, Irena vient tous les jours apporter vivres et soutien à ceux qui sont enfermés dans cet enfer et qui souffrent de maladies et de malnutrition. Ici, tout le monde la connait, les enfants l’adorent. Car Irena est un modèle de courage : elle n’hésite pas à tenir tête aux gardiens, à faire toujours plus que ce qu’autorise l’occupant nazi. Le jour où, sur son lit de mort, une jeune mère lui confie la vie de son fils, Irena se met en tête de sortir clandestinement les orphelins du ghetto. Pour que l’innocence soit épargnée de la barbarie, elle doit être prête à risquer sa vie.

Décédée en 2008, déclarée Juste parmi les nations en 1965, Irena Sendlerowa, résistante et militante polonaise, fut l’une des plus grandes héroïnes de la Seconde Guerre Mondiale, sauvant près de 2500 enfants juifs du ghetto de Varsovie. Et pourtant elle est oubliée des livres d’Histoire… C’est en lisant par hasard un article sur elle que Jean-David Morvan a eu le déclic : sa vie devait être racontée. Avec Séverine Tréfouël et David Evrard, il retrace sur trois albums le combat humaniste de cette « mère des enfants de l’Holocauste. »

Chronique :  Remarquable récit de la lutte quotidienne, menée pendant la deuxième guerre mondiale par Irena Sendler -jeune catholique polonaise- au péril de sa vie, pour sauver les enfants juifs du ghetto de Varsovie de l’extermination à laquelle ils étaient condamnés.
Cette bande dessiné reconstitue de façon précise et détaillée les risques de son engagement, décrit le combat qu’elle a mené pour constituer un réseau de familles d’accueil catholiques fiables, montre avec finesse les interrogations et les résistances, bien compréhensibles, des familles juives contraintes d’abandonner leurs propres enfants -en les faisant passer pour catholiques- pour les sauver du massacre.
Fort bien écrit ; cette bande dessiné  retrace de manière brillante la puissance des forces de vie contre celles de la mort, dans un pays ravagé par la guerre, les souffrances et les privations; il est impossible de s’en détacher grâce à des dessins qui sont très doux avec un coté enfantins mais qui garde un sérieux pour que tous le publics puisse le lire. Portée par des dessins précis et une narration captivante, ce premier tome d’Irena est une BD prometteuse.

Note : 9,5/10

 

  • Album: 72 pages
  • Editeur : GLENAT (4 janvier 2017)
  • Collection : BANDES DESSIN E

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SS-GB (12 janvier 2017) de Len Deighton

Angleterre, 1941. Londres est occupé par l’armée nazie. Churchill est mort, le roi George croupit au fond d’une cellule et la loi martiale terrorise le pays. Douglas Archer, commissaire à Scotland Yard, se voit confier une enquête de la plus haute importance : le Dr Spode, brillant physicien qui travaillait pour les nazis, a été assassiné et retrouvé avec d’étranges brûlures sur les bras. Et si ce meurtre était le signe avant-coureur de bouleversements autrement plus graves ? Et si le monde était sur le point de changer pour toujours ? SS-GB, un classique de l’uchronie, à (re)découvrir d’urgence !

Critique :  Aussitôt le roman commencé, on en vient à se demander où finit le fantasme et où commence la pesanteur de ce qui est tangible, incontestable, certain ? Comme dans tous ses romans, Len Deighton nous fait douter, nous entraîne dans des univers qui se croisent, se recoupent, se ressemblent, finissant parfois en forme d’impasses… Les Américains ont-ils perdu la guerre, ainsi qu’on le croit ? Ou bien une résistance s’organise-t-elle pour peu à peu sortir de l’étreinte brutale des nazis et des Japonais ? Len Deighton toujours aussi pertinent, multiplie les fausses pistes et on assiste à une mise en abyme : un roman dans le roman, qui serait la clé du mystère. l’auteur jette les pièces de monnaie à mesure qu’il écrit, et se laisse ainsi inspirer par les choix de l’oracle. Mais ce choix apparemment hasardeux ne l’empêche pas de construire un roman passionnant, structuré et rigoureux, agrémenté comme toujours de toutes sortes de petits fragments de Vie, si sentis, si intimement vécus…
En fait, ce qui caractérise cet auteur, c’est la façon qu’il a de nous toucher, toujours si sensible, si tourmentée, et excellant dans l’art difficile de transmettre la moindre vibration de son âme. Une uchronie qui n’a pas du tout vieilli, tant les thèmes qu’elle aborde sont toujours présent dans notre XXIème siècleÀ (re)découvrir.

Note : 9/10

  • Broché: 464 pages
  • Editeur : Denoël (12 janvier 2017)
  • Collection : Sueurs froides

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Charlotte (4 novembre 2016) de David Foenkinos et Charlotte Salomon

Avec des gouaches de Charlotte Salomon

Critique :  Superbe texte sur une artiste à part. Charlotte Salomon a laissé quelques centaines de gouaches dont elle disait : c’est toute ma vie. C’est plein de talent et de mélancolie, car Charlotte a dû porter un atavisme lourd (suicides en série dans sa famille, sur plusieurs générations). Mais c’est tout de même un hymne à la vie.
David Foenkinos a réussi a rendre cette vie criante de présence et de vérité, sous une forme aussi particulière que les gouaches; avec beaucoup de poésie, à force de phrases courtes et sobres, une par ligne comme un long poème en prose. Il a inséré quelques dizaines d’œuvres judicieusement choisies, en rapport avec les évènements qui ont jalonné la vie trop courte de Charlotte Salomon, au temps de l’Allemagne nazie. L’ouvrage est merveilleux, le texte qui accompagne les tableaux très enrichissant.

Note : 9,5/10

  • Broché: 256 pages
  • Editeur : Folio (4 novembre 2016)
  • Collection : Folio

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