Les mystères du trône de fer volume 2 d’Aurélie Paci et Thierry Soulard, la clarté du propos et la richesse du sujet

Ce n’est pas toujours évident de déterminer précisément pourquoi telle saga va vous plaire et faire de vous un fan inconditionnel. Les personnages, l’intrigue, l’univers tout ça se mélange parfois à tel point qu’il nous est parfois difficile de dire pourquoi on s’attache à un récit. Sans oublier la frénésie de lecture qui s’empare de nous dès qu’un nouveau volume de notre saga préférée apparaît sur les étales des librairies. Heureusement certains auteurs sont là pour nous permettre d’y voir plus clair dans notre passion.

C’est à cela que m’a servi personnellement ce nouvel essai consacré à la saga littéraire de George R.R. Martin. Car outre la somme d’informations historiques condensées dans les 500 pages nécessaires pour faire le tour des influences de l’auteur, l’ouvrage manifeste surtout la passion dévorante de Martin pour l’histoire avec un grand H. Une passion qui l’a amené à voyager, à s’immerger dans les vestiges historiques, comme le mur d’Hadrien en Écosse, pour nourrir ses influences et l’immense fresque épique qu’est la saga du trône de fer.

Un cri d’amour pour une matière qui reste l’une des plus ludiques que l’on nous enseigne à l’école. Pour peu que l’on est comme professeur un passionné, les cours d’histoire peuvent vite devenir un exutoire à l’imagination. Les leçons sur les conquêtes romaines font résonner le bruit des batailles, le fracas des épées sur les boucliers, le reflet du métal des armures au soleil tandis que les chapitres des livres d’histoire consacrés à la Grèce antique nous ramènent à une époque chargée de légendes et de mythologie tandis que l’histoire des rois et reines nous en apprend beaucoup sur la nature humaine et la folie du pouvoir. C’est cet amour pour l’Histoire que George R.R. Martin exprime dans sa saga et je crois que c’est pour ça que je l’apprécie autant, pour être parvenu à créer son propre univers à partir de références universelles.

Car avoir su réunir autant de références différentes, d’époques diverses et d’influences aussi variées tout en gardant une cohésion et une maîtrise de son œuvre, révèle déjà d’un travail formidable. Celui effectué par le tandem Aurélie Paci et Thierry Soulard n’en est pas moins impressionnant. L’ouvrage est extrêmement bien organisé, l’on passe de la préhistoire à l’antiquité gréco-romaine en passant par le tant décrier Moyen-âge, sans oublier ses chers vikings. Toutes ces influences sont replacés dans leurs contextes, les auteurs n’oublient pas de préciser que la saga du trône de fer à commencer à être rédigé durant les années 1990 et que la manière d’étudier l’histoire a changé depuis. Ils nous démontrent comment l’auteur s’est emparé d’un élément historique pour le remplacer dans son œuvre, avec des encarts spécialement réservés à la série télévisée. Un même personnage, citée ou arc scénaristique du trône de fer peut être donc un patchwork de multiples références historiques.

La première partie s’accentue sur les rapports ambigus entre le genre littéraire de la fantasy et l’Histoire. Il ne s’agit pas seulement d’une introduction au propos générale du livre mais aussi d’une réflexion sur comment raconter une histoire, comment créer un univers fantastique sur la base d’éléments historiques. Le sujet de la fantasy historique, qui réécrit l’histoire en y incorporant des éléments fantastiques ou la popular history, un genre littéraire qui romance les grands moments de notre histoire, y sont abordés. L’Histoire n’a pas fini d’inspirer nombre d’auteurs.

Cette partie est également l’occasion de se pencher sur la narration malicieuse de Martin dont certains des récits annexes au trône de fer sont narré par des mestres, qui sont des personnages à part entières de son récit, dans une réflexion autour de la notion de conteur et d’historien. À travers leur étude exhaustive de l’œuvre de Martin le tandem Paci-Soulard nous montre que l’auteur est parvenu à intégrer cette problématique à sa saga et à densifier l’histoire de celle-ci par des mystères historiques et des sources contradictoires, rendant sa saga encore plus riche et passionnante. Le duo d’auteur parvient à illustrer de manière claire et concise ces éléments introductifs aux propos principals.

La guerre des deux roses, un immense morceau de l’histoire anglaise, est également évoquée au cours d’un chapitre dont la lecture m’a paru plus laborieuse que les précédents. Je pense qu’il est nécessaire de s’aventurer dans cette partie en ayant déjà une certaine connaissance des événements de cette période trouble de l’Angleterre. Les multiples renvoie au récit de Martin ont parasité ma lecture et perturbé ma compréhension de cette guerre de succession. Il faut dire qu’il y a un nombre impressionnant de personnages concernés, que ce soit dans l’histoire véritable que dans le récit de Martin, et le duo n’a pas forcément le temps de tous les introduire correctement

Mis à part cette partie dont la lecture fût plus ardue que le reste. Cet essai se révèle être, pour qui veut encore plus explorer l’univers du trône de fer, une mine d’informations intarissables sur la saga de George R.R. Martin. Un ouvrage qui se veut comme un passeur de savoir, qui permet de rajouter une nouvelle brique à l’édifice gigantesque dont Martin a entrepris la construction il y a de cela maintenant une trentaine d’années.

Quatrième de couverture: Passionné d’histoire, George R.R. Martin a parsemé Le Trône de Fer de références à notre monde, créant une saga culte aux contours familiers. De la guerre des Deux-Roses (1455-1485) à la guerre des Cinq Rois, de l’Anarchie anglaise (1135-1153) à la Danse des Dragons, de la guerre de Cent Ans (1337-1453) aux rébellions Feunoyr, en nous contant ses conflits inventés, George R.R. Martin nous entraîne dans les couloirs de l’histoire. Si le Moyen Âge est au coeur de son imaginaire, il est loin de s’y limiter : Préhistoire, Antiquité, Renaissance ou période des « grandes découvertes » nourrissent également son inspiration. Comment George R.R. Martin s’inspire-t-il de l’histoire ? Quelles sont ses sources ? À partir de quelles figures historiques a-t-il modelé Jon Snow, Daenerys Targaryen, Tyrion Lannister ? Comment utilise-t-il l’histoire pour renforcer ses intrigues ? Les réponses à ces questions et à bien d’autres sont dans cet ouvrage, incontournable pour décrypter Le Trône de Fer, les livres dérivés de cette saga, et les séries télévisées (Game of Thrones, House of the Dragon) qui en sont tirées

  • Éditeur : PYGMALION (17 février 2021)
  • Langue : Français
  • Broché : 384 pages
  • ISBN-10 : 2756431117
  • ISBN-13 : 978-2756431116
  • Poids de l’article : 660 g

L’homme craie de C. J. Tudor, souvenons-nous des instants terribles

Et toujours les ombres du passé…

Cela fait longtemps que ce thriller me faisait de l’œil mais ma médiathèque n’ayant jamais daigné se le procurer, j’ai dû attendre de le trouver en promotion sur ma liseuse. C’est désormais chose faite et il est temps de vous parler de cette lecture somme toute plaisante.

Une petite ville tranquille, une bande d’amis qui ne pensent qu’à profiter de chaque minute de l’été avant la reprise de l’école… Cela ne vous fait penser à rien ? L’ombre de Stephen King plane sur les passages se déroulant dans le passé. De nombreuses scènes mettant en scène la petite bande d’amis rendent hommage à l’un des récits les plus célèbres du grand auteur, à savoir ÇA. Pour quiconque connaît l’œuvre de King l’hommage sera évident sans pour autant que cela soit gênant à la lecture. Le récit possède sa propre empreinte et, même si j’aurais personnellement préféré que le récit insiste encore plus sur cette bande de potes que le sort va marquer à vie, il faut reconnaître que l’auteure amène d’une belle façon les thèmes qu’elle veut inclure à son récit, la maladie d’halzeimer, le droit à l’avortement.

La double temporalité est menée avec malice, empilant les mystères et les questions qui trouveront leurs réponses trente ans plus tard. Le suspens est astucieusement dosé pour que l’on est envie de continuer la lecture. Le récit flirte parfois avec l’horreur lors de courtes scènes cauchemardesques ou lors de la scène d’ouverture qui m’a happé et convaincu sur les talents de conteuse de Tudor, la plume de l’auteure est attirée par ce genre comme un aimant cela se ressent énormément. En témoignent les scènes de cauchemars et toutes les inquiétudes autour des dessins à la craie. Pourtant l’ouvrage est bien un thriller, l’auteure a probablement voulu s’en tenir à un récit plus accessible pour sa première publication. Le tout forme un ensemble convaincant mais qui aurait mérité un peu plus de profondeur dans le style.

Un parfum de nostalgie imprègne le récit, y compris les passages se situant de nos jours. Tendresse des jours d’été passé à déambuler avec ses amis, regrets de ne pas avoir pu faire ou dire ce qu’il fallait au bon moment sans parler des griffures du destin qui cicatrisent mal, même trente ans après. Cette atmosphère en teinte sépia se teinte peu à peu d’un rouge écarlate à mesure que le dénouement approche. Un dénouement quelque peu prévisible malheureusement mais qui a le mérite de ne pas traîner en longueur.

L’homme craie signe pour son auteure une entrée convaincante dans le monde du polar. Placé sous l’influence d’une autre grande plume mais avec suffisamment de présence et de d’atmosphère pour se démarquer du reste de la production. Depuis l’auteure a publié un autre polar et un troisième et sur le point de paraître, une auteure suivre donc.

Résumé: Le problème, c’est que nous n’étions pas d’accord sur la manière dont ça avait commencé. Etait-ce lorsqu’on s’était mis à dessiner les bonhommes à la craie, ou lorsqu’ils sont apparus tout seuls ? Etait-ce à partir du terrible accident ? Ou quand ils ont découvert le premier corps ?

  • Éditeur : Pygmalion (17 janvier 2018)
  • Langue : Français
  • Broché : 384 pages
  • ISBN-10 : 2756421731
  • ISBN-13 : 978-2756421735
  • Poids de l’article : 420 g
  • Dimensions : 13.6 x 2.6 x 21 cm

La fileuse d’argent de Naomi Novik

J’ai acheté ce livre suite à la chronique d’une blogeuse et si je ne peux pas dire que ce fût une mauvaise lecture, les conditions dans lesquelles je l’ai lu font que ce ne sera pas un coup de cœur, sans compter quelques choix de la part de l’auteure qui m’ont laissé perplexe.

J’ai dû faire face à une grosse panne de lecture lorsque j’ai commencé à lire les aventures de Myriem la fileuse d’argent, en effet lisant surtout pendant le trajet aller et retour qui me mène à mon lieu de travail et prenant les transports en commun je me suis retrouvé à suffoquer sous un masque pendant quarante minutes, difficile de se concentrer sur la lecture quand vous avez l’impression que l’on vous a bâillonné alors que les températures ont brusquement augmenté.

UN CONTE MODERNE ET FÉMININ

Malgré tout j’ai passé un agréable moment à la lecture de ce conte moderne où les princesses et les filles de fermes tiennent le premier rôle. Les premiers chapitres où l’on suit Myriem reprenant en main l’affaire de son père sont extrêmement réussies. Sa détermination et son courage nous dressent le portrait d’une héroïne moderne et attachante. De plus son métier de prêteur sur gages, d’habitudes réservés à des seconds rôles, offre une entrée en matière originale.

NARRATION MULTIPLE ET STYLE POÉTIQUE

La suite m’a un peu plus compliquée les choses. Est-ce parce que j’ai l’habitude de voir écris le nom du personnage narrateurs à chaque chapitre comme le fait G. R. R. Martin dans le trône de fer ? mais le fait est que j’ai trouvé le changement de narrateurs un peu abrupt, à chaque changement de narrateurs il me fallait plusieurs lignes pour savoir quel personnage je suivais ce qui est gênant pour la lecture, surtout que l’on change parfois plusieurs fois de narrateurs dans un même chapitre. Les deux autres héroïnes qui nous sont présentées dans la suite du récit sont elles aussi attachantes et figurent parmis les meilleures personnages féminins qu’ils m’est été donné de lire cette année.

Cet élément reste subjectif, d’autres que moi se plongeront sans doute avec plaisir dans cette polyphonie sans problème. L’autre souci que m’a posé cet ouvrage est que j’ai eu du mal à saisir les enjeux de l’intrigue, certains éléments primordiaux sont introduits de manière étrange, j’ai parfois eu l’impression d’avoir loupé une page ou deux, ce qui commence à faire beaucoup avec le problème de narration. Est-ce dû à ce problème de concentration évoqué plus haut ou bien suis-je resté hermétique au style poétique de l’auteure ?

Il faut dire que le style de Novik est très axé sur la poésie, cela contribue à accorder une ambiance de conte de fées aux aventures des personnages. Rapidement on se retrouve plonger dans une ambiance cotonneuse, où la neige fait office d’épaisse couverture enrobant le lecteur dans une douce langueur. Ce style homogène aussi plaisant soit-il empêche le récit de décoller. Les différentes mésaventures des héroïnes ont du mal à prendre de l’ampleur alors même que les intrigues politiques dans lesquelles elles se retrouvent impliquées sont crédibles et solides. L’auteure réussit néanmoins à conclure son récit grâce à un final épique.

Ces défauts, complètement subjectifs au demeurant, n’empêchent pas la fileuse d’argent d’être une bonne lecture avec des personnages féminins saisissants handicapés par un style un peu trop langoureux.