Le grand abandon de Cory Doctorow, dissection du domaine de la lutte

C’est le grand incendie

Si les livres étaient un gâteau celui-ci serait l’un de ses gâteaux au chocolat à étages recouverts de crème pâtissière, magnifique mais légèrement indigeste. Imaginez que vous seriez forcés d’avaler bouchées après bouchées, au début c’est délicieux mais très vite un sentiment de satiété s’installe tandis que la plus grande partie du gâteau vous attend encore.

Ce sentiment d’être repus alors que l’ouvrage n’est pas encore fini vient principalement du style. L’auteur possède en effet une plume dense, pas tellement descriptive mais très analytique. Les lecteurs qui se lanceront dans ce grand abandon n’ignoreront rien des états psychologiques par lesquels passeront les personnages. Leur état d’esprits sont en effet exposé et analysé sous les moindres coutures. Il en résulte des portraits psychologiques exhaustifs mais qui manquent de fluidité, de naturel. Une part de non-dit ou de mystères aurait été la bienvenue. Du coup malgré le soin apporté à la construction des personnages il m’a été difficile de m’attacher à eux, j’avais parfois l’impression de lire un débat philosophique sur la manière de lutter contre le capitalisme plutôt que des aventures de personnages en lutte contre le système. La police d’écriture et la mise en page n’aide pas vraiment à aérer un texte déjà très touffu.

La narration est à l’image de ces portraits, un bloc uniforme et dense mais qui manque de fluidité. Malgré l’étalement temporel et le nombre de personnages l’intrigue paraît resserrée et manque d’articulations entre ses chapitres, sans parler de la redondance que peuvent entraîner les mésaventures de nos militants d’une nouvelle société face aux capitalisme exacerbé de leurs adversaires. Chapitres qui commencent souvent par une situation donnée avant que le contexte ne nous soit donné par la suite. Les ellipses sont nombreuses et participent à ce sentiment de détachement que l’on peut ressentir à la lecture. Les personnages ne vivent pas l’aventure au fil des pages, ils en débattent, en discutent, en profitent pour confronter leurs points de vue sous tous les angles mais ne nous permettent pas de vibrer avec eux aux cours de leurs vies d’abandonneurs. Sortie des dialogues, qui versent parfois dans la philosophie hors sujet, la narration prend des allures d’audit désincarné, notamment lorsqu’il s’agit de décrire une société au bord du gouffre.

Et pourtant le monde que nous dépeint l’auteur est intéressant, terrifiant mais aussi empreint d’espoir, de résilience et malheureusement suffisamment crédible pour captiver l’attention du lecteur. Sur les ruines d’un capitalisme tyrannique, un monde nouveau tente de naître. La technologie y joue un rôle important et permet à l’auteur de démontrer que l’empilement de gadget sécuritaire n’empêche en rien l’émergence de nouvelles formes de luttes. Le futur oppressant mis en scène par l’auteur résonne de manière funeste avec les actualités des dernières années. La description de cette société où la technologie est devenue une béquille, où le travail est une denrée rare, où l’endettement est devenue la norme et les gouvernements rien d’autre que des extensions de sociétés privés fait froid dans le dos tellement elle paraît d’actualité. C’est sans doute le point fort du récit et ce qui permet de capter l’attention au travers d’une narration dense et rigide.

Ce grand abandon se révèle complexe à appréhender, handicapé par une narration rigide et une plume tatillonne, pourtant la vision de l’auteur et son propos ne manquent pas de profondeur mais ne parlera pas à tous les lecteurs.

Résumé: Dans un monde ravagé par le changement climatique, au sein d’une société dominée par la richesse, Hubert « Etc » Espinoza, Seth et Natalie n’ont nulle part où aller.

Pourtant une autre façon de vivre se dessine, grâce aux progrès de la technologie. Alors, comme des centaines de milliers d’autres, le trio décide de tourner le dos aux règles établies pour… tout abandonner.

Mais le danger est partout : les terres dévastées par le réchauffement de la planète ne connaissent plus de lois et fourmillent de prédateurs. Bravant les menaces, les premiers Abandonneurs construisent les bases de ce qui pourrait devenir une utopie de l’abondance. Avant de découvrir l’unique chose que les ultrariches n’ont jamais pu acheter : le moyen de vaincre la mort…

  • Éditeur : Bragelonne (13 janvier 2021)
  • Langue : Français
  • Broché : 608 pages
  • ISBN-13 : 979-1028116392
  • Poids de l’article : 490 g

L’incivilité des fantômes de Rivers Solomon, chronique d’un abandon

Avec cet article nous allons inaugurer une nouvelle catégorie d’articles sur le site. Celle des abandons. C’est une catégorie que j’aurais préféré ne jamais avoir à créer mais la vie de lecteur est ainsi faite que parfois la rencontre tant désirée entre un récit et son lecteur ne se fait pas. Et comme j’ai passé deux jours à lire ce livre je tiens quand même à faire partager mon ressenti.

Aux forges de Vulcain est une maison d’édition spécialisée dans les récits de science-fiction et de fantastique relativement jeune et qui m’attire par ces choix de récits exigeants mais divertissants, sans parler du fait que leurs couvertures transpirent la classe. Ce premier roman de Rivers Solomon promettait une réflexion sur la lutte des classes sur fond de voyage interstellaire.

Or parvenu à la moitié du récit force est de constater que l’insurrection promise tarde à démarrer. L’intrigue stagne énormément sur les déboires de l’héroïne face aux autorités, les conditions de vie déplorables et des flashbacks beaucoup trop longs. La thématique de l’identité sexuelle est à peine survolée et ne constitue même pas un thème de fond dans le récit.

Mais ce qui m’a vraiment fait abandonner l’ouvrage c’est l’héroïne. L’auteur a vraiment cru qu’en écrivant son personnage principal de cette manière cela allait fonctionnait ? Elle est prétentieuse, se prétend intelligente mais ses réponses impulsives la place plus d’une fois dans des situations critiques et elle compte alors sur l’aide des autres pour s’en sortir. Ses interactions avec les autres, que ce soit avec ses compagnons de galères ou son allié Théo le chirurgien, sont empreint d’une tension constante qui se révèle usante. On a l’impression que cette brave Aster est constamment en colère, ce qui peut se comprendre étant donné le monde dans lequel elle évolue mais moi ce genre de personnage a tendance à me lasser.

Résultat, alors qu’il me restait une centaine de pages à lire, j’ai lâché le livre en me rendant compte que la suite des mésaventures d’Aster ne m’intéresse absolument pas.

Résumé: Aster est une jeune femme que son caractère bien trempé expose à l’hostilité des autres. Son monde est dur et cruel. Pourtant, elle se bat, existe, et aide autant qu’elle le peut, avec son intelligence peu commune, ceux et celles qu’elle peut aider. Mais un jour, un type la prend en grippe. Et Aster comprend qu’elle ne peut plus raser les murs, et qu’il lui faut se tenir grande. Sa rébellion est d’autant plus spectaculaire qu’elle est noire, dans un vaisseau spatial qui emmène les derniers survivants de l’humanité vers un éventuel Eden, un vaisseau où les riches blancs ont réduit en esclavage les personnes de couleur. Un premier roman qui prend pour prétexte la science-fiction pour inventer un microcosme de l’Amérique, et de tous les maux qui la hantent, tels des fantômes.

  • Éditeur : AUX FORGES DE VULCAIN (6 septembre 2019)
  • Langue : Français
  • Broché : 391 pages
  • ISBN-10 : 2373050560
  • ISBN-13 : 978-2373050561
  • Poids de l’article : 500 g

Fils-des-brumes tome 1 L’empire ultime de Brandon Sanderson, une saga épique, dense et surprenante

L’amateur de littérature fantastique que je suis n’est jamais rassasié. J’ai beau empiler dans ma mémoire de lecteur des dizaines et des dizaines de mondes imaginaires créés par des auteurs de tout horizons et de tout style, il m’en faut toujours plus. C’est pourquoi, après avoir beaucoup entendu parler de cet auteur américain et de sa saga j’ai décidé de m’aventurer sur les terres de l’Empire ultime.

Comme toute saga de fantasy les premiers chapitres ne sont qu’une longue introduction à l’univers. L’auteur parvient rapidement à nous happer dans son univers par le biais de ces deux personnages principaux. Le turbulent Kelsier, qui agira comme élément perturbateur, mentor et vecteur de changement sans jamais se défaire de son panache et de son sourire énigmatique. Vin, quant à elle, est chargée d’endosser le rôle de l’enfant prodige, l’élue qui ignore encore sa valeur. Un rôle lu et relu auquel l’auteur parvient à accorder de la profondeur en insistant sur l’aspect méfiant et réservé de son héroïne, qui n’arrive tout simplement pas à concevoir qu’il lui arrive enfin quelque chose dans sa vie dont elle n’est pas victime.

Puis très vite l’intrigue prend une direction plus linéaire. On suit Vin, qui endosse véritablement la cape de personnage principal, dans sa découverte d’un univers inconnu et de pouvoirs insoupçonnés. Le système de magie mis en place par l’auteur est original, structuré et offre suffisamment de subtilité pour de futures surprises. La plume simple, sans lyrisme ni emphase, permet de détailler tous les éléments nécessaires à la compréhension de l’intrigue, la magie, le système politique, l’Histoire de l’empire sans jamais donner l’impression de lire un exposé, le tout est intégré à la narration. D’un autre côté on pourrait reprocher à l’ouvrage d’être trop linéaire, on se focalise sur Vin pour ne la délaisser qu’à de rares occasions, ce qui entraîne parfois une certaine lassitude.

L’ouvrage ne souffre pas de longueurs à proprement parler mais l’intrigue fait du surplace sur certains points durant de nombreuses pages avant de connaître des soubresauts pas toujours très bien amenés. Toutefois l’auteur maîtrise suffisamment la narration pour nous offrir d’intenses chapitres qui font la part belle à l’action et aux combats. J’avais peur que certains passages durant lesquelles Vin doit endosser un rôle à cent lieues de ses origines se révèlent particulièrement ennuyeux mais il n’en ait rien. Certes les intrigues de cours que l’auteur cherche à mettre en place n’atteignent jamais la profondeur et la complexité d’autres grandes sagas de fantasy mais permet de mettre en place une idylle entre Vin et un personnage auquel je suis parvenu à m’attacher, à ma plus grande surprise.

Aussi linéaire soit l’intrigue, elle réserve toutefois d’excellentes surprises et autres retournements de situation, surtout vers le dénouement, qui pourrait apparaître comme précipité mais qui a le mérite de ne pas faire traîner certaines situations. Le lecteur tatillon pourra quand même se demander à quoi bon tous ces complots et cet espionnage auquel s’adonnent les protagonistes durant les deux tiers de l’ouvrage pour un maigre résultat mais ce serait pinailler. L’auteur, désireux de donner un coup d’accélérateur, à son intrigue a préféré conclure certaines intrigues et préparer le terrain pour un volume deux qui s’annonce tout aussi épique.

L’amateur de fantasy est donc satisfait avec ce premier volume d’une saga prometteuse. Des personnages bien écrits, un univers riche et complexe, il y a là de quoi combler l’appétit de n’importe quel ogre de lecteur. J’espère juste que l’auteur saura conjuguer les intrigues sur le long terme et la résolution de celles-ci dans les futurs tomes de sa saga sans forcément verser dans l’action trépidante mais un peu facile.

Résumé: Les brumes règnent sur la nuit, le Seigneur Maître sur le monde.

Vin ne connaît de l’Empire Ultime que les brumes de Luthadel, les pluies de cendre et le regard d’acier des Grands Inquisiteurs. Depuis plus de mille ans, le Seigneur Maître gouverne les hommes par la terreur. Seuls les nobles pratiquent l’allomancie, la précieuse magie des métaux. Mais Vin n’est pas une adolescente comme les autres. Et le jour où sa route croise celle de Kelsier, le plus célèbre voleur de l’Empire, elle est entraînée dans un projet fou : renverser l’Empire.

  • Poche : 928 pages
  • ISBN-10 : 2253023604
  • ISBN-13 : 978-2253023609
  • Dimensions : 10.8 x 5 x 17.7 cm
  • Éditeur : Le Livre de Poche (12 octobre 2011)
  • Poids de l’article : 440 g

1793 de Niklas Natt Och Dag, quand l’attente de lecture se confronte à la réalité

L’attente de lecture, c’est-à-dire ce que s’attend à lire le lecteur en lisant la quatrième de couverture ou les différentes critiques, est tel un bateau. Si l’ouvrage répond à nos attentes les voiles se gonflent et l’on est emporté par le récit, au contraire si la lecture nous déroute on risque de rester à quai.

C’est exactement ce qui m’est arrivé avec ce roman suédois, le premier de l’auteur, dans un tel cas de figure les torts sont toujours partagés. Je me suis sans doute un peu trop emballé à la lecture du résumé. Je me suis tout de suite imaginé une grande fresque historique sur fond d’enquête criminelle. Le siècle choisi pour l’intrigue ainsi que le pays avaient tout me happer, moi qui aie toujours envie de me divertir tout en apprenant des faits historiques et sociaux. La Suède est un pays qui est, au mieux à peine évoqué dans nos livres d’histoire, au pire complètement ignoré. Tandis que l’année peut sans doute être considéré comme charnière pour l’Histoire européenne, une période sombre, pleine de bruit et d’une fureur contenue durant des siècles. Un programme alléchant mais qui ne tient que partiellement ses promesses.

La fresque historique se résume finalement à des anecdotes sur les guerres d’influences au sein de la justice suédoise et ne prenne qu’une place secondaire dans le récit. En ce qui concerne la retranscription de la société suédoise de l’époque, on est très vite plongé dans la glaciale ville de Stockholm. L’immersion est convaincante mais l’auteur a tendance à se reposer un peu trop sur l’aspect misérable d’une société qui n’a pas encore effectué sa mue. Les conditions de vie sont déplorables, la vie humaine n’a aucune valeur si la bourse est vide et la religion contrôle d’une main de fer la vie des citoyens. Nos différents protagonistes pataugent dans la boue, la neige fondue, l’alcool et le sang. On a parfois l’impression d’être dans un roman de Victor Hugo ou de Dickens. Certes cela reste crédible, l’indice de bonheur était très bas à l’époque mais la misère est un peu trop appuyée et finit par desservir le récit.

Mais la véritable déception tient à l’intrigue. Autant pour l’aspect historique je veux bien admettre que j’en attendais peut-être un peu trop, autant pour l’intrigue plate et sans saveur l’auteur en est le seul responsable. Tout commençait plutôt bien avec une enquête criminelle menée par un vétéran de guerre alcoolique et un enquêteur tuberculeux. Ajouter à l’ ambiance crépusculaire de Stockholm cela promettait une intrigue poisseuse et glauque avec la corruption ambiante en embuscade. Puis tout s’écroule lors de la deuxième partie du récit qui nous introduit un nouveau narrateur, de nouveaux personnages et une nouvelle intrigue. La rupture est trop brutale, d’autant plus que cette partie du récit s’avère dispensable, anéantie tout suspens et aurait pu être résumée en un ou deux chapitres.

Lorsque l’on retrouve nos deux protagonistes principaux, après plus de deux cents pages de digressions, l’intrigue a perdu toute saveur, sabordé par des flashbacks inutiles, et ce n’est pas les ultimes soubresauts que l’auteur cherche à faire passer pour d’incroyables révélations qui vont rehausser l’ensemble.

Le navire avait quitté le port et le voyage s’annonçait fabuleux, mouvementé mais captivant mais au final le voilier s’est échoué sur les récifs d’une narration maladroite et d’une intrigue loin d’être révolutionnaire.

Résumé: 1793. Le vent de la Révolution française souffle sur les monarchies du nord. Un an après la mort du roi Gustav III de Suède, la tension est palpable. Rumeurs de conspirations, paranoïa, le pays est en effervescence. C’est dans cette atmosphère irrespirable que Jean Michael Cardell, un vétéran de la guerre russo-suédoise, découvre dans un lac de Stockholm le corps mutilé d’un inconnu. L’enquête est confiée à Cecil Winge, un homme de loi tuberculeux. Celui-ci va bientôt devoir affronter le mal et la corruption qui règnent à tous les échelons de la société suédoise, pour mettre au jour une sombre et terrible réalité.

  • Broché : 448 pages
  • Editeur : Sonatine (4 avril 2019)
  • Langue : Français
  • ISBN-10 : 2355846960

J’accuse (Sortie cinéma 13 novembre 2019) De Roman Polanski Avec Jean Dujardin, Louis Garrel, Emmanuelle Seigner

Pendant les 12 années qu’elle dura, l’Affaire Dreyfus déchira la France, provoquant un véritable séisme dans le monde entier. Dans cet immense scandale, le plus grand sans doute de la fin du XIXème siècle, se mêlent erreur judiciaire, déni de justice et antisémitisme.

J'ACCUSE de Roman Polanski

Chronique : L’homme et l’œuvre, l’œuvre et l’homme. Le débat, vieux débat, s’enflamme, plus que jamais. Mais  J’accuse ne nous semblera pas moins bon que si on parle où non de son réalisateur qu’est Polanski  Il se nimbera toutefois d’une lumière différente, inévitablement, parce qu’on ne peut pas, ou plus, voir un film sans tenir compte de son actualité. Parce que la libération de la parole des femmes depuis l’affaire Weinstein et le mouvement #MeToo il y a deux ans nous obligent à sortir d’une bulle purement cinématographique. Dans cette réflexion nécessaire, nous avons malgré tout des certitudes. Jamais appeller à la censure d’un film. Jamais substituer à la justice (les faits décrits par Valentine Monnier sont prescrits et Roman Polanski, qui clame son innocence par voie d’avocat, reste présumé innocent selon la loi). N’oublierons ni n’omettrons de rappeler, si nécessaire, que l’histoire du cinéma, comme toute l’histoire du monde, est aussi faite de domination et de violence.

Alors, on fait quoi d’un nouveau film de Polanski sur les écrans ? On le boycotte ? Ce serait présenter l’addition à Louis Garrel (Alfred Dreyfus), Jean Dujardin (Marie-Georges Picquart), à Hervé de Luze le monteur, à Alexandre Desplat le compositeur, à tous les artistes et techniciens qui ont fait un travail remarquable.

Séparer l’homme de l’œuvre  ? Impensable avec ce cinéaste-là. Imagine-t-on voir Le Pianiste (Palme d’or 2002) ou même Le Locataire sans se souvenir du gamin juif acculé dans le ghetto de Cracovie dans les années 40 ? Comment appréhender le climat de paranoïa, les représentations du mal et le cynisme dévastateur de nombre de ses films sans imaginer l’individu dont la mère est morte à Auschwitz et dont l’épouse Sharon Tate a été massacrée, enceinte, un soir de 1969 à Los Angeles (le drame a inspiré le dernier Tarantino).

J’accuse nous donne à voir un officier juif clamant son innocence alors qu’il est publiquement dégradé. L’analogie saute aux yeux. C’est ce qui a fait sortir Valentine Monnier de son silence. Le malaise vient ainsi s’ajouter aux nombreuses émotions qui nous traversent à la vision du film.

Le rythme et l’élégance du découpage, dont Polanski demeure un maître, sont pour beaucoup dans l’impression de fraîcheur que dégage le film. Le cinéaste parvient même à donner une dimension ludique à ce récit pourtant lesté de significations historiques fondamentales et finalement très actuelles.

Comme il l’a lui-même écrit, la vie de Roman Polanski est un roman. Mais dont l’épilogue, qui tend de plus en plus vers le sordide, lui échappe désormais totalement.

Note : 9,5/10

Réalisateur. Roman Polanski.

Interprètes. Jean Dujardin, Louis Garrel, Emmanuelle Seigner, Grégory Gadebois, Mathieu Amalric…

Durée. 2 h 12.

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