1793 de Niklas Natt Och Dag, quand l’attente de lecture se confronte à la réalité

L’attente de lecture, c’est-à-dire ce que s’attend à lire le lecteur en lisant la quatrième de couverture ou les différentes critiques, est tel un bateau. Si l’ouvrage répond à nos attentes les voiles se gonflent et l’on est emporté par le récit, au contraire si la lecture nous déroute on risque de rester à quai.

C’est exactement ce qui m’est arrivé avec ce roman suédois, le premier de l’auteur, dans un tel cas de figure les torts sont toujours partagés. Je me suis sans doute un peu trop emballé à la lecture du résumé. Je me suis tout de suite imaginé une grande fresque historique sur fond d’enquête criminelle. Le siècle choisi pour l’intrigue ainsi que le pays avaient tout me happer, moi qui aie toujours envie de me divertir tout en apprenant des faits historiques et sociaux. La Suède est un pays qui est, au mieux à peine évoqué dans nos livres d’histoire, au pire complètement ignoré. Tandis que l’année peut sans doute être considéré comme charnière pour l’Histoire européenne, une période sombre, pleine de bruit et d’une fureur contenue durant des siècles. Un programme alléchant mais qui ne tient que partiellement ses promesses.

La fresque historique se résume finalement à des anecdotes sur les guerres d’influences au sein de la justice suédoise et ne prenne qu’une place secondaire dans le récit. En ce qui concerne la retranscription de la société suédoise de l’époque, on est très vite plongé dans la glaciale ville de Stockholm. L’immersion est convaincante mais l’auteur a tendance à se reposer un peu trop sur l’aspect misérable d’une société qui n’a pas encore effectué sa mue. Les conditions de vie sont déplorables, la vie humaine n’a aucune valeur si la bourse est vide et la religion contrôle d’une main de fer la vie des citoyens. Nos différents protagonistes pataugent dans la boue, la neige fondue, l’alcool et le sang. On a parfois l’impression d’être dans un roman de Victor Hugo ou de Dickens. Certes cela reste crédible, l’indice de bonheur était très bas à l’époque mais la misère est un peu trop appuyée et finit par desservir le récit.

Mais la véritable déception tient à l’intrigue. Autant pour l’aspect historique je veux bien admettre que j’en attendais peut-être un peu trop, autant pour l’intrigue plate et sans saveur l’auteur en est le seul responsable. Tout commençait plutôt bien avec une enquête criminelle menée par un vétéran de guerre alcoolique et un enquêteur tuberculeux. Ajouter à l’ ambiance crépusculaire de Stockholm cela promettait une intrigue poisseuse et glauque avec la corruption ambiante en embuscade. Puis tout s’écroule lors de la deuxième partie du récit qui nous introduit un nouveau narrateur, de nouveaux personnages et une nouvelle intrigue. La rupture est trop brutale, d’autant plus que cette partie du récit s’avère dispensable, anéantie tout suspens et aurait pu être résumée en un ou deux chapitres.

Lorsque l’on retrouve nos deux protagonistes principaux, après plus de deux cents pages de digressions, l’intrigue a perdu toute saveur, sabordé par des flashbacks inutiles, et ce n’est pas les ultimes soubresauts que l’auteur cherche à faire passer pour d’incroyables révélations qui vont rehausser l’ensemble.

Le navire avait quitté le port et le voyage s’annonçait fabuleux, mouvementé mais captivant mais au final le voilier s’est échoué sur les récifs d’une narration maladroite et d’une intrigue loin d’être révolutionnaire.

Résumé: 1793. Le vent de la Révolution française souffle sur les monarchies du nord. Un an après la mort du roi Gustav III de Suède, la tension est palpable. Rumeurs de conspirations, paranoïa, le pays est en effervescence. C’est dans cette atmosphère irrespirable que Jean Michael Cardell, un vétéran de la guerre russo-suédoise, découvre dans un lac de Stockholm le corps mutilé d’un inconnu. L’enquête est confiée à Cecil Winge, un homme de loi tuberculeux. Celui-ci va bientôt devoir affronter le mal et la corruption qui règnent à tous les échelons de la société suédoise, pour mettre au jour une sombre et terrible réalité.

  • Broché : 448 pages
  • Editeur : Sonatine (4 avril 2019)
  • Langue : Français
  • ISBN-10 : 2355846960

La mort selon Turner de Tim Willocks

Résumé : Lors d’un week-end arrosé au Cap, un jeune et riche Afrikaner renverse en voiture une jeune Noire sans logis qui erre dans la rue. Ni lui ni ses amis ne préviennent les secours alors que la victime agonise. La mère du chauffeur, Margot Le Roux, femme puissante qui règne sur les mines du Northern Cape, décide de couvrir son fils. Pourquoi compromettre une carrière qui s’annonce brillante à cause d’une pauvresse ? Dans un pays où la corruption règne à tous les étages, tout le monde s’en fout. Tout le monde, sauf Turner, un flic noir des Homicides. Lorsqu’il arrive sur le territoire des Le Roux, une région aride et désertique, la confrontation va être terrible, entre cet homme déterminé à faire la justice, à tout prix, et cette femme décidée à protéger son fils, à tout prix.

Chronique : Tim Willocks est un auteur touche à tout ,capable de passer du roman historique au thriller juridique en passant par le roman d’espionnage, avec son quatrième roman l’auteur s’essaye au western moderne.

L’action prend place, non pas dans le traditionnel far-west américain, mais en Afrique du sud. Le choix du lieu n’est pas anodin, l’Afrique du sud est gangrenée par la pauvreté, la violence et la corruption. Un décor désertique qui se prête tout à fait à la confrontation impitoyable qui s’annonce. Un pays que ses habitants eux-mêmes surnomment le pays de la soif, illustrant ainsi les conditions de vie misérables qui les accablent, cependant Turner lui n’a soif que d’une seule chose, de justice.

Alors que tout le monde autour de lui a enterré depuis fort longtemps ses principes, Turner lui, s’accroche à ses idéaux de justice. Ce qui fait de lui un anachronisme vivant doublé d’un parangon de personnage tragique et solitaire. Tragique car dans un monde où règnent la loi du plus fort la quête de Turner va forcément s’accompagner d’un déferlement de violence. Solitaire car ses principes qui n’acceptent aucune concession l’isole complètement du reste de la société.

Le récit se transforme rapidement en duel mortel, un déluge de violence qui n’épargnera aucun des acteurs de cet opéra qui se croyait en sécurité derrière leur propriété gardée et barricadée. La forteresse de principe de Turner, allié à un féroce instinct de survie, se révélera plus redoutable que les fusils mitrailleurs et les traquenards en plein désert.

L’auteur a eu l’intelligence de dissimuler un sous-texte sur l’état actuel l’Afrique du sud, incarné d’une part par le personnage de Margot incapable de percevoir l’étendue de sa corruption et la jeunesse de ce pays d’autres part, représentée par Dirk, oisillon surprotégée aux ailes coupées qui pourtant rêve de changer cette société injuste. Cette critique apporte une autre dimension aux récit et permet à chacun de trouver son compte dans ce récit sanglant et tragique.

Note :8/10

  • Broché : 384 pages
  • Editeur : Sonatine (11 octobre 2018)
  • Langue : Français

La promesse de Tony Cavanaugh

Résumé : Ex-flic des homicides à Melbourne, Darian Richards a laissé derrière lui un cortège de vies anéanties, de familles en deuil, de réponses impossibles à donner. Épuisé par cette litanie de souffrances, il a pris une retraite solitaire dans le Queensland, loin des villes et de leurs turpitudes. Mais les démons sont partout. Et dans la région, depuis quelques mois, des adolescentes disparaissent sans laisser de traces. La police locale parle de fugues. C’est en général ce qu’on dit quand on ne retrouve pas les corps, Darian le sait, mais il ne veut plus s’en mêler.
Ce n’est plus son histoire. Et pourtant… malgré la promesse qu’il s’est faite de se tenir éloigné des tragédies, l’idée de laisser toutes ces familles sans réponses le hante. Aussi décide-t-il de prendre les choses en main. Mais à sa façon cette fois, sans s’encombrer du protocole. Il est loin d’imaginer ce qui l’attend.

Chronique : Encore un polar qui démarre de manière excellente. On a un personnage d’enqueteur misanthrope plutôt bien trempé et l’équipe qui l’entoure est attachante. La région du Queensland est très bien retranscrite. Malgré l’omniprésence du soleil, les paysages baignent dans une sorte de pénombre sordide. L’office du tourisme australien ne risque pas d’embaucher l’auteur pour rameuter les touristes. Les premières pages se dévorent aisément alors que se met en place l’intrigue. Malheureusement l’auteur va très vite saborder son récit.

Si vous suivez mes chroniques sur le blog vous savez qu’il y a un mécanisme d’écriture que je réprouve, ce sont les chapitres consacrés à l’assassin. Sous prétexte de rentrer dans la tête du tueur, tentative le plus souvent vouée à l’échec, les auteurs de polars multiplient les passages narratifs sur l’assassin. Dans ce polar les chapitres remplissage sur le tueur prennent de plus en plus de place au fur et à mesure que l’on avance dans l’intrigue. Ils sont là uniquement pour cacher la pauvreté d’une intrigue qui, passer les deux cents premières pages, n’a plus rien à offrir. Et si vous attendez une fine analyse psychologique d’un serial-killer vous pourrez repasser. Le psychopathe décrit dans ces pages est un être pathétique et mesquin, tout dans sa caractérisation tend à le rendre détestable. Ce qui n’apporte rien, ni à l’intrigue ni à la psychologie des sérail-killers en général.

Un polar à éviter, si vous voulez voyager dans la région du Queensland je vous conseille la lecture du livre du diable dans la peau de Paul Howarth dont la chronique est sur le site.

Note :5/10

Éditeur Sonatine
Date de publication 12 avril 2018
Langue Français
Longueur du livre 432
ISBN-10 2355846596

Les illusions de Jane Robins

Résumé : Callie a toujours vécu dans l’ombre de sa sœur, Tilda, à qui tout réussit. Celle-ci est actrice et forme un couple heureux avec Felix, un riche banquier, alors que Callie vit seule et végète dans la librairie où elle travaille. Si elle admire toujours autant sa sœur, elle ne peut néanmoins s’empêcher de penser que quelque chose se cache sous ce vernis de perfection. Tilda ne serait-elle pas sous l’emprise de Felix, dont les comportements obsessionnels sont de plus en plus inquiétants ? Ou bien Callie se fait-elle des illusions ? N’est-ce pas plutôt elle qui a un problème avec la réussite de Tilda ? Lorsque Felix décède d’une crise cardiaque, les relations entre les deux sœurs prennent un tour complètement inattendu.

Chronique : Il y a deux sous-genres de romans policiers que je trouve particulièrement « casse-gueule », le thriller psychologue et le thriller domestique. Alors quand un auteur décide de marier les deux le risque est d’autant plus grand.

Entendons-nous bien, je ne me suis pas ennuyé à la lecture de ces bien pâles illusions, le style de l’auteur et la narration immersive maintiennent suffisamment l’attention pour continuer la lecture. Le problème vient surtout d’un manque de tension. La prétendue révélation finale se laisse doucement présager à mesure que l’on avance dans l’intrigue. Le jeu manipulateur des personnages est aussi subtil qu’un éléphant dans un magasin de porcelaine.

Le personnage principal de Callie se révèle décevant, d’abords inquiétante dans ses rapports ambiguës avec sa sœur, puis tout simplement agaçante par son côté ingénue. Elle est tout simplement un personnage trop fade et pas vraiment attachante pour porter un récit sur autant de pages.

Le livre a le mérite d’attirer l’attention sur le douloureux sujet du feminicide en mettant l’accent sur la détresse ressenti par certaines femmes, prisonnières d’une relation toxique. Toutefois cela ne suffit pas à relever le niveau du récit.

Je passe assez rapidement sur l’aspect psychologique du récit. Mis à part Callie, qui est le personnage principal, la psychologie profondes des autres personnages est à peine effleuré.

Malgré des efforts louables, l’auteur ne parvient à illusionner personne d’autre que son personnage principal. Et moi de me dire que j’ai suffisamment laissé ma chance à ce sous-genre pour passer à autre chose.

Note : 5/10

Éditeur Sonatine
Date de publication 4 octobre 2018
Langue Français
Longueur du livre 360
ISBN-10 2355846294