Vaisseau d’arcanes d’Adrien Tomas/ éditions Mnémos / 28 août


Sof, jeune infirmière courageuse et intelligente, en a tout à fait conscience lorsque son frère, éminent journaliste à la plume acérée, est frappé par un éclair qui le laisse à peine capable de se déplacer, son esprit à jamais perdu dans les méandres de l’Arcane.

Chronique : Alors que la rentrée se profile à grands pas certains d’entre nous ressentent peut-être le besoin de s’évader loin, très loin de cette morosité ambiante matinée de crise sanitaire persistante. Ça tombe bien l’auteur français Adrien Tomas et les éditions Mnémos nous ont concoctés un voyage dépaysant qui vous laissera le souffle court et les cheveux aux vents.

Précisons tout d’abord que cette série s’inscrit dans un cycle plus large se déroulant dans le même univers que la série engrenages et sortilèges mais peut se lire de manière complètement indépendante. Vaisseau d’arcane sera d’ailleurs une série à suivre sur deux tomes uniquement. Un détail que je trouve fort appréciable car cela n’exigera pas au lecteur un degré d’investissement sur plusieurs années comme nombre de saga fantastique.

Plutôt que d’opter pour une phase d’introduction à l’univers et d’exposition des enjeux, une tactique somme toute classique, l’auteur a choisi de nous plonger immédiatement au cœur de l’action. On fera connaissance avec les personnages plus tard, il s’agit d’abord d’échapper au danger. Pourtant ne vous y tromper pas  un charme certain se dégage de la plume de l’auteur lorsqu’il décrit la ville de Mirwald, une merveille technologique à l’ambiance steampunk savoureuse.

Tout le génie de Tomas est d’avoir su intégrer le portrait de ses personnages à l’intrigue. Ainsi leur caractère se révèle au fil du voyage mouvementé qui est le leur. Sof se révèle plus qu’une simple infirmière désespérée, elle est débrouillarde, instinctive et sait se servir de sa tête. Sa détermination et son courage ont tôt fait de lui ouvrir les portes du panthéon des héroïnes fantastiques. Son frère Solal est plus en retrait dans ce premier tome mais nul doute que l’intrigue lui réserve un rôle prédominant par la suite. Le personnage de Nym est une autre grande réussite. Ses actions sont clairement machiavéliques, calculatrices et mortelles la plupart du temps pourtant il nous est impossible de le détester tant l’auteur le dépeint comme un idéaliste aigrie, persuadé que sa cause est juste. Le gouverneur Gabba do occupe pour sa part le rôle de triste pion, très passif dans ce présent volume, on espère le voir développer un esprit plus retors dans le second volume.

Le seul bémol que je pourrais trouver au choix de l’auteur de nous emporter directement au cœur de l’action est que l’on a du mal à croire au couple formé par Sof et le capitaine Nikolai Magnus. La narration fait que leur romance n’a pas le temps d’exister et ce personnage a du mal à dépasser le cadre du gentil héros brave et confiant. Un défaut mineur au milieu d’un voyage enchanteur et extrêmement bien rythmé.

En plus d’un système de magie complexe oscillant entre don et malédiction, l’auteur a réussi à  bâtir une intrigue politique qui, bien que previsible pour qui a l’habitude de ce genre de récit, se révèle plaisante à suivre. Depuis la saga du trône de fer, j’ai tendance à trouver les intrigues de pouvoir poussives et forcés là il n’en est rien. Le recit se met en place naturellement, bien que je le répète, les twists n’ont rien de renversant non plus.

Une saga rafraîchissante, qui s’adresse à un large public, connaisseur de la fantasy ou curieux qui souhaite s’initier. L’écriture dynamique et fluide de l’auteur permet à des lecteurs de tous âges de s’immerger dans cet univers passionnant.


Je trouve la couverture de toute beauté

  • ISBN-10 : 2354087837
  • ISBN-13 : 978-2354087838
  • Dimensions du produit : 15.5 x 3.3 x 21 cm
  • Éditeur : Mnémos Editions (28 août 2020)
  • Nombres de pages : 380

Le Paris des Merveilles, III : Le Royaume Immobile (4 mai 2017) de Pevel,Pierre

Le tout-Paris des Merveilles bruisse d’une incroyable nouvelle : les prochaines élections du Parlement des Fées seront ouvertes à des représentants de la Terre. Griffont se voit, quant à lui, proposé d’être le représentant du Cercle Cyan. Il a, toutefois, bien d’autres chats (fussent-ils ailés) à fouetter. Son jeune ami François-Denis de Troisville lui a demandé d’être son témoin lors d’un duel face au redoutable Victor Dalmas, mage du Cercle Incarnat à la triste réputation. Mais celui-ci va mystérieusement disparaître, ravivant, s’il en était besoin, les tensions entre les Cyan et les Incarnat. Une fois de plus, Griffont et Isabel de Saint-Gil vont devoir mener l’enquête. Le Royaume Immobile clôt en beauté le cycle du Paris des Merveilles, une trilogie steampunk aussi drôle qu’érudite.

Chronique : Ce tome 3 se passe en 1910, quelques mois après les événements du tome 2. L’intrigue est intéressante et le rythme est très bon ainsi que les péripéties où nous retrouvons nos personnages. L’escrime est ici au centre de l’action et de l’histoire, là encore dans la logique continuité du tome 2. Pierre Pevel démontre une fois de plus qu’ont peut être français et faire jeu égal avec les grands auteurs anglo-saxons de Fantasy. La langue est belle, les références stylistiques (Dumas/Leblanc/Leroux sont un peu partout…)amusantes pour l’amateur, l’histoire suffisamment prenante pour garantir un moment de vrai plaisir.Les personnages sont riches (sur le plan de leur psychologie), attachants et drôles (les dialogues sont parmi les plus savoureux qu’il m’ait été donné de lire). Griffont évoque une sorte de Sherlock Holmes moyennement doué pour l’enquête croisé avec un magicien d’une puissance et d’une expérience respectables (Gandalf, Pug, etc, chacun aura sa référence), le côté Gentleman parisien en plus. La baronne, elle, évoque irrésistiblement un Arsène Lupin au féminin croisé avec Catwoman et Mata Hari. Enfin, leur histoire commune, remontant à plusieurs siècles, évoque la série Highlander. Une fin de cycle avec un  roman mêlant la vie parisienne des années 1909 / 1910 telle qu’elle était et magie et merveilleux, superbement écrit (écriture fluide et colorée, dialogues savoureux, personnages riches et hautement attachants, ambiance et convenances de l’époque très bien rendues), à la couverture superbe, à l’histoire fort sympathique pour cette belle fin.

Note : 9,5/10

  • Editeur : Folio (4 mai 2017)
  • Collection : Folio SF
  • Langue : Français

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Journal d’un marchand de rêves (20 octobre 2016) de Anthelme HAUCHECORNE

J’ai séjourné en hôpital psychiatrique. Pas de quoi fouetter un chat sauf lorsque, comme moi, vous êtes fils de stars. Par crainte du scandale, mes parents m’ont expédié loin d’Hollywood, dans la vieille Europe. Les meilleurs spécialistes m’ont déclaré guéri. En vérité, la thérapie a échoué. Les songes ont repris, plus dangereux que jamais

Critique: Voici un roman original où le lecteur va être  pris dans un histoire qui mélange le sombre et le magnifique, la beauté et l’horreur.Anthelme Hauchecorne nous entraîne dans un univers onirique loufoque et déjanté avec brio et maîtrise. Malgré la couverture qui présente une femme le véritable héros de cette aventure est Walter Krowley, un  jeune adulte gâté et irresponsable qui souffre d’être le pâle héritier de son père, acteur et réalisateur made in Hollywood. Après le drame d’un accident de voiture, Walter voit un nouveau monde qui s’offre à lui. La nuit, il explore une dimension qui pourrait bien métamorphoser la petite graine qui sommeille au plus profond de lui-même…On vas avancer avec Walt dans les brumes de ses rêves craints et fantasmés à tâtons et sans sourciller. Des influences de western, steampunk et fantastique sont là pour cette traversée du déserte  illustre les mécaniques insoupçonnables de l’esprit endormi.Une superbe découverte, un livre très prenant dans un univers passionnant. Il est en plus vraiment bien écrit. Anthelme Hautecombe nous transporte dans son monde.

Note : 9/10

  • Editeur : L’Atelier MOSESU (20 octobre 2016)
  • Collection : Peppe

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La nuit des égrégores (1 avril 2016) de Hervé Jubert

Le tournoi des ombres entraîne Georges Beauregard en Egypte où un canal va être inauguré, à Suez, en présence des dirigeants des plus grandes puissances. Un étrange phénomène est en effet signalé dans le désert. Se peut-il qu’une menace pèse sur l’événement, voire sur le monde ? Et tout cela pourrait-il avoir un rapport avec les tragiques incidents qui menacent la Féerie, à Paris ? Beauregard, aidé de ses compagnons, ne va pas chômer. Surtout s’il souhaite, en plus, découvrir enfin la vérité sur ses origines. La nuit des égrégores conclut brillamment les aventures de Georges Beauregard, digne héritier de Rocambole et de Sherlock Holmes. Cette trilogie est, assurément, un des joyaux du steampunk.

Critique : Suite et fin des aventures de l’ingénieur-mage Beauregard et de son apprentie Jeanne.Dans ce tome, comme dans le précédent, le narrateur est omniscient même si le personnage principal est beauregard. Nous avons donc plusieurs histoires qui s’entremêlent pour enfin se réunir pour la conclusion de ce tome. Nous suivons ainsi plusieurs personnages dans leurs enquêtes ou leurs méfaits, comme par exemple Beauregard et son homologue New Londonien John Dee, leurs assistants . Nous avons ainsi différents éléments qui se connectent petit à petit au gré des découvertes et aventures de chacun.
Un superbe tome qui dépasse le second et qu’on espère pouvoir retrouver Beauregard dans de nouvelles enquêtes dans ce monde mi humain, mi-féérique. Mais comme on a l’impression que ce tome clôture la « série » concernant les aventures de Beauregard. Dommage donc ! On commence finalement à bien connaître celui-ci et ses amis, ainsi que les nouveaux personnages présentés dans ce tome.
Ce tome est moins axé sur la description de la ville que le précédent, et donc beaucoup plus sur l’intrigue et sa résolution. Ce qui n’est pas plus mal car c’est avant tout une enquête policière en milieu féérique. La lecture se fait donc plus facilement et à aucun moment on ne s’imagine une fin pareille. On se fait donc balader tout le long du Roman par l’auteur et c’est pour cette raison qu’on espère qu’il y aura une suite.
On ne dira rien de plus de l’intrigue en elle-même sinon qu’elle pousse à dévorer le livre en quelques heures tellement ont veut connaître le fin mot de l’histoire. Tout en étant bien écrite et bien imaginée, si le lecteur est attentif il peut deviner à l’avance certains des éléments du dénouement mais il y a tellement de choses qui ont lieu qu’on a ses moments d’étonnement tout autant que d’ah je l’avais deviné! »
Un livre a plongé dedans; du grand art pour une série qui sort de l’ordinaire!

Note : 10/10

 

  • Broché: 304 pages
  • Editeur : Folio (1 avril 2016)
  • Collection : Folio SF

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La stratégie des as de Damien Snyers

Pour vivre, certains choisissent la facilité. Un boulot peinard, un quotidien pépère. Humains, elfes, demis… Tous les mêmes. Mais très peu pour moi. Alors quand on m’a proposé ce contrat juteux, je n’avais aucune raison de refuser. Même si je me doutais que ce n’était pas qu’une simple pierre précieuse à dérober. Même si le montant de la récompense était plus que louche. Même si le bracelet qu’on m’a gentiment offert de force risque bien de m’éparpiller dans toute la ville. Comme un bleu, j’ai sauté à pieds joints dans le piège. L’amour du risque, je vous dis. Enfin… c’est pas tout ça, mais j’ai une vie à sauver. La mienne

Critique: Avant de faire la chronique de ce livre il faut salué la superbe couverture de Dogan Oztel.
L’histoire de ce roman est assez courte, elle est racontée à la première personne par James  qui nous donne un récit sans temps mort et focalisé sur l’action. L’univers, mélange de Fantasy et de Steampunk, se qui ce révèle intéressant à découvrir et donne envie d’en apprendre plus, même si on lui reproche un petit manque de densité. Les personnages proposés sont attachants mais l’auteur n’hésite pas à leur faire subir des horreurs.Loin d’être lisses, les héros sont pleins d’aspérités et offrent des personnages consistants et fouillés. On à l’impression de remettre les pieds dans un Paris  différant mais bien influencé.
L’écriture de l’auteur est très bonne, on est dans du turn over  où Damien Snyers emploi le flashback assez souvent  en parlant par exemple, d’une situation hasardeuse et en remontant le temps pour expliquer comment les personnages en sont arrivés là. Ici, le procédé est surtout pratique dans le récit pour donner l’envie d’en savoir plus.

Un très bon premier roman qui propose une belle galerie de personnages, une  belle intrigue et une ambiance incroyable.

Note: 8,5/10

 

  • Broché: 328 pages
  • Editeur : ACTUSF (4 février 2016)
  • Collection : Les trois souhaits

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