Les écailles d’or de Parker Bilal, les requins ont les dents longues au Caire

Je dois vous avouer quelque chose, je n’aime pas voyager. Bien sûr une fois arrivé à destination j’apprécie le séjour mais tous les préparatifs me donnent mal au crâne, sans parler de ce lieu de cauchemar qu’est un aéroport. C’est pourquoi lorsqu’un auteur me propose un voyage dans un pays lointain à travers un récit intrigant j’embarque avec plaisir.

Et c’est exactement ce que fait Parker Bilal, pseudonyme de Jamal Mahjoub, avec ce premier volume des enquêtes de Makana. L’auteur emprunte les codes des romans noirs, dont les représentants les plus illustres sont Danielle Hammet avec le faucon de Malte ou Raymond Chandler avec le grand sommeil, et les transposent dans une Égypte moderne où règnent la corruption et le terrorisme.

On fait donc la connaissance de Makana, détective privé vivant sur une péniche misérable sur le Nil, en plein dans la ville du Caire. Immigré Soudanais il est hanté par son passé traumatisant et les remords. Son personnage s’inspire beaucoup des détectives hard boiled créés par les auteurs sus-cité, il se repose donc beaucoup sur son instinct pour progresser dans son enquête et possède un don naturel pour se faire des ennemis. Cependant l’auteur nuance ce portrait classique par une touche de mélancolie qui assaille Makana de manière régulière. On sent que l’auteur est encore en train de peaufiner son personnage, il fait parfois preuve d’une naïveté touchante et d’une empathie agréable et parfois d’une agressivité propre aux détectives du romans noirs. Nul doute que les prochaines enquêtes nous montreront un Makana aux caractères plus affiné.

L’intrigue en elle-même se révèle solide mais classique, peut-être un peu trop, j’ai vu arriver de loin les multiples révélations finales et une partie de la conclusion est assez brouillonne à mon sens. Cependant le récit offre un panorama convaincant de la société égyptienne où l’argent est roi et où tout le monde est prêt à tout avoir sa part du gâteau et tant pis pour les malheureux qui se trouvent sur le chemin de leurs réussites.

Parker Bilal nous fait donc voyager sans frais dans cette première enquête classique mais efficace. Le personnage principal doit être encore un peu affirmé mais il se révèle déjà attachant, ainsi que son entourage que l’on retrouvera sans doute dans les récits suivants. Un petit bémol pour l’éditeur qui a pris soin de mettre en lexique en fin d’ouvrage pour les mots et expressions en arabe mais qui a oublié de parler des plats servis dans le restaurant qui sert de QG à Makana, cela aurait permis de prolonger le voyage un peu plus.

”Vous savez ce qui me plaît dans la mer ?dit Vronski. J’aime sa limpidité. Elle ne divulgue rien .elle est transparente, et pourtant il se passe toutes sortes d’horreurs sous la surface. La nature recouvre d’un voile d’eau sa propre cruauté ”

Résumé: Le Caire, 1981. Alice, la petite fille d’une junkie anglaise de bonne famille, est enlevée dans les ruelles du souk.
1998. Un milliardaire cairote issu de la pègre, Hanafi, sollicite les services du détective privé Makana pour retrouver la star de son équipe de foot, Adil, qui s’est volatilisée du jour au lendemain. Makana, ancien policier qui a fui le régime intégriste soudanais, vivote au Caire sur une awana, sorte de péniche déglinguée, et si son costume défraîchi fait mauvais effet dans l’entourage d’Hanafi, son esprit affûté fait mouche. De plus, il entretient de bonnes relations avec un commissaire local et un journaliste politiquement engagé. L’enquête le mène des bistrots crapoteux et des rues poussiéreuses de la capitale aux résidences somptueuses des nantis du régime, et croise la route de la mère d’Alice, sauvagement assassinée alors qu’elle continuait obstinément à chercher son enfant disparue.

  • Poids de l’article : 440 g
  • Broché : 432 pages
  • ISBN-10 : 2021141918
  • ISBN-13 : 978-2021141917
  • Dimensions du produit : 14.1 x 2.8 x 22.5 cm
  • Éditeur : Le Seuil (15 janvier 2015)
  • Langue : : Français

Bienvenue à Gomorrhe de Tom Chatfield, histoire d’une guerre sans nom

En se basant sur la recette éculée du thriller politique, l’éditorialiste Tom Chatfield signe une première œuvre au rythme haletant qui présente sous nos yeux un monde effrayant.

Car l’auteur ne nous présente rien d’autre dans son ouvrage qu’un monde en guerre, mais une guerre souterraine, ignorée par ses habitants qui continuent à profiter du confort de la vie occidentale sans se poser de questions. À l’aide de son savoir encyclopédique sur les nouvelles technologies l’auteur déploie le catalogue des armes de cette guerre sans nom. Les notes de bas de pages s’avèrent indispensables si, comme moi, vous êtes incapables de vous y retrouver dans cette débauche technologique. Celles-ci n’alourdissent en aucun cas la lecture et permettent de partir à la découverte d’un monde enfoui sous les capots de nos ordinateurs portables.

Mais savoir et raconter n’est pas la même chose. L’auteur n’oublie pas d’enrober toutes ses connaissances autour d’une histoire au schéma classique mais toujours aussi efficace. Notre héros principal, le brave Azi Bello, se retrouve donc embarqué bien malgré lui dans une sombre histoire de terrorisme international avec option piratage informatique. À l’aide de ses seules connaissances en informatique il va devoir survivre tout en parcourant la moitié du globe. L’équilibre entre déballage de savoir et action frénétique est conservé même si les scènes d’action restent timides mais il aurait été difficile de faire du malingre Azi un combattant à la Sylvester Stallone. Ce n’est pas pour autant que le récit l’épargne et, s’il n’en a pas la formation, azi ressortira tout de même de cette aventure avec tous les traumatismes et les cicatrices des agents secrets. Seule la fin verse dans l’incrédulité avec l’apparition d’un élément futuriste peu plausible qui heureusement disparaît avant de couvrir le récit de ridicule.

Entre la plongée dans un univers méconnu et effrayant et le rythme soutenu on pourrait s’attendre à ce que l’auteur est fini de déployer tous les éléments qui font de son roman un excellent thriller, ce serait sans compter la petite touche d’humour constante qui vient alléger de manière subtile une intrigue bien sombre et cynique au demeurant. Le personnage d’Azi est parfaitement écrit, surdoué en informatique mais complètement inadapté à la vie sociale, il se trouve être en décalage constant entre sa nature de techno-branleur et le monde dangereux dans lequel il se retrouve projeté. Il permet ainsi au lecteur de s’immerger facilement dans ce monde complexe où rien n’est ce qu’il semble être et où la mort est toujours prodiguée par des machines bien humaines.

En conclusion l’auteur signe ici un premier roman ambitieux, informatif mais pas rébarbatif, et malin, surtout dans ses dernières pages où il prend soin d’éviter le cliché du grand terroriste qui révèle ses plans aux héros prisonniers. Un techno-thriller politique qui vous fera vérifier à deux fois votre niveau de protection contre les logiciels malveillants.

Résumé: Gomorrhe. Un nom murmuré dans les recoins les plus sombres des forums les plus tordus. Un endroit que la lie du Darknet rêve de visiter. Un mot prononcé sur un ton ironique, quand on plaisante sur ce qu’aucun darknet ne vous vendra jamais. Tout le monde sait comment on se divertissait à Sodome, mais de quelle nature étaient les moeurs de Gomorrhe pour mériter, elle aussi, d’être détruite par « une pluie de souffre et de feu ?
Infiltrer des néo-nazis occupés à faire de notre planète un endroit infréquentable suffisait largement à remplir la vie d’Azi Bello, et à lui permettre de faire la démonstration de ses talents de hackeur.
Mais lorsque la mystérieuse Anna s’invite dans l’abri de jardin qui lui sert de bureau, la vie d’Azi prend une toute autre tournure. Car Anna et l’organisation secrète pour laquelle elle travaille en savent suffisamment
sur Azi pour qu’il n’ait pas d’autre choix que de leur obéir. Et ceux qu’on lui ordonne de mettre hors d’état de nuire sont considérablement plus dangereux que la meute de suprémacistes qu’il combattait derrière ses écrans.
De Londres à Raqqa en passant par Berlin, Athènes, San Francisco et l’Allemagne, pourchassé par des ennemis d’autant plus terrifiants qu’ils sont souvent invisibles, Azi va découvrir que le monde réel est infiniment plus dangereux que le virtuel. Et que d’un monde à l’autre, Gomorrhe se nourrit avec la même avidité de l’argent des uns et de l’idéologie des autres pour étendre son règne de terreur.

Je remercie les éditions Hugo pour l’envoie de ce thriller au rythme trépidant

  • Broché : 473 pages
  • ISBN-10 : 2755643579
  • ISBN-13 : 978-2755643572
  • Éditeur : Hugo Roman (15 octobre 2020)
  • Dimensions du produit : 14.1 x 3.3 x 21 cm
  • Poids de l’article : 463 g
  • Langue : : Français