Le sang du bayou de Joe R. Lansdale, quand le sordide et le racisme sont au service d’une jolie plume

Le sang du bayou n’est pas un roman de Lansdale en soi, il s’agit d’un groupement de trois romans réunis afin de former une trilogie de polars noirs sudistes. On pourra donc retrouver Un froid d’enfer, Les marécages et enfin Sur la ligne noire.

Le premier d’entre eux, Un froid d’enfer, est peut-être le plus anecdotique des trois. L’intrigue démarre sur les chapeaux de roues, avec un humour noir tranchant mais rapidement le récit se détourne de ce penchant burlesque pour adopter un ton plus calme. Le récit se transforme ainsi en une romance noire pas désagréable à suivre mais au rythme un peu plat. Il reste la plume de Lansdale pour nous accrocher au récit, toujours aussi immersive.

Lansdale fait partie de ses écrivains capables de faire prendre vie sous sa plume le moindre personnage ou le moindre endroit. Qu’il s’agisse d’une foire itinérante, d’une bourgade reculée, d’une forêt touffue ou de ruines lugubres, ces lieux accaparent immédiatement votre imagination au cours de scènes dignes de Stephen King. Ce talent va se confirmer avec les deux romans suivants.

Les marécages, en plus d’offrir une intrigue passionnante et riche nous emportent dans la campagne américaine texane au cours des années 1930. C’est donc toute une société qui s’anime sous nos yeux. Une société où le racisme fait partie des mentalités, où les noirs sont parqués à l’écart dans des bourgades qui leur sont réservés, où les règles sociales leur interdisent d’espérer une amélioration de leurs conditions de vie, où le spectre des lynchages est omniprésent et où les cagoules blanches font régner leurs ordres. Une Amérique finalement pas très différente de celle que l’on peut voir aujourd’hui.

C’est à travers les yeux d’un enfant, Harry, que Lansdale a choisi de nous conter son récit. Un choix judicieux, l’auteur adopte à la perfection le point de vue d’un enfant et permet de se familiariser avec son quotidien champêtre et la petite ville de Marvel creek. La plume de Lansdale fait des merveilles dans ce récit avec des scènes qui m’ont fait penser à certains récits de Stephen King, notamment une scène nocturne dans les bois qui donnent les frissons comme seul savent le faire les grands auteurs. L’intrigue est menée de manière magistrale, même si j’avais deviné l’identité de l’assassin, et contribue à faire de ces marécages la pièce maîtresse de cette trilogie.

Le dernier récit, Sur la ligne noire, est la suite spirituelle du roman précédent. On fait un bond de 30 ans pour atterrir dans les années 60, toujours dans l’east texas dans la ville de Dewmont. Le narrateur est à nouveau un jeune garçon prénommé Stanley, à peine plus âgée que le précédent. Là encore son point de vue d’enfant sur le point d’entrer dans la puberté est l’occasion pour l’auteur de ressusciter une Amérique disparue. Les mentalités commencent à changer doucement. À travers les échanges de Stanley avec d’autres protagonistes on sent les prémices des troubles raciaux qui vont secouer l’Amérique. L’intrigue s’avère être un ton en dessous de celle des marécages, moins riche en personnages marquants, mais offre tout de même des scènes mémorables. La plume évocatrice de l’auteur fait encore des merveilles. On suit avec plaisir le quotidien de ce jeune héros tout en appréciant la chronique sociale que fait Lansdale de cette Amérique malade de ces contradictions.

Cet énorme pavé de plus de 800 pages pourrait effrayer les lecteurs les moins aguerris mais la plume de l’auteur enveloppe le lecteur dans un cocon dont il est difficile de s’échapper malgré l’épaisseur de cette édition. Le style puissamment évocateur de Lansdale nous entraîne dans une suite d’histoires peuplées de personnages inoubliables aussi attachants que monstrueux dans des décors aussi bien inquiétants, la fameuse ligne noire du dernier récit que chaleureux, les foyers des jeunes Harry et Stanley par exemple. Dans lesquels l’auteur nous fait vivre tout en pan de la vie d’une famille. À tel point que l’on ne peut s’empêcher d’avoir la gorge serrée au moment de les quitter tellement on s’est senti proche d’eux.

Résumés: Un froid d’enfer: Las de supporter la puanteur du cadavre de sa mère qu’il a conservé pour toucher les allocations, le jeune Bill Roberts braque en face de chez lui la cabane d’un marchand de pétards. La cavale qui s’ensuit est une succession d’imprévus mortels où Bill s’adapte dans un environnement radicalement transformé par la fuite. Le pote sympa se transforme en allumé dangereux. Une mare tranquille devient, la nuit, le plus effroyable des marais et le plus simple des flics se découvre des instincts de prédateur… Tout plutôt que de se laisser prendre! Le visage totalement déformé par des morsures de serpents, Bill croise la route d’un cirque itinérant spécialisé dans les monstres…

Les marécages: Début des années trente, Texas. Rien ne semble avoir bougé depuis la guerre de Sécession. Le Klan domine. Les lynchages demeurent. Harry, treize ans, fils du représentant local de la loi, s’émancipe de ce monde qui le choque en s’isolant dans les marais. Il y croise, dans les méandres endormis, celui que tout le monde dit être un monstre insaisissable, un esprit de la nuit. Harry est fasciné. Il a trouvé, près des traces de cet Homme-Chèvre, le cadavre d’une femme noire bâillonnée avec des barbelés. On parle d’un « ambulant », serial killer d’une époque démunie devant ce type de crimes imputés au Mal sans qu’il n’y ait de véritable enquête. La population blanche ne s’inquiète pas. N’importe quel Noir fera l’affaire. Jusqu’à ce que les cadavres changent de couleur de peau…

Sur la ligne noire: Profitant des vacances, Stanley, treize ans, se balade dans les bois écrasés de chaleur situés derrière le cinéma en plein air que son père vient d’acheter. Les temps sont durs dans ce trou paumé du Texas. Les non-dits et les histoires anciennes pèsent sur la communauté comme des maléfices. Stanley, en déterrant dans une ruine calcinée une boîte en fer contenant de vieilles lettres d’amour, réveille un drame qui enflamme son imaginaire. Deux jeunes filles seraient, une décennie plus tôt, mortes dans la même nuit sans qu’on retrouve la tête de la seconde. Plus Stanley pose de questions, plus ce qu’il comprend le fascine. Le père de son meilleur ami n’est-il pas le premier à se taire? Un vieux projectionniste du drive-in, ancien policier des réserves indiennes, cache lui aussi bien des choses…

  • Poids de l’article : 560 g
  • Broché : 896 pages
  • ISBN-10 : 207046539X
  • ISBN-13 : 978-2070465392
  • Dimensions du produit : 12.7 x 3.9 x 19 cm
  • Éditeur : Folio (8 octobre 2015)
  • Langue : : Français

Rusty puppy de Joe R. Lansdale, osez monter sur le ring

Si vous êtes amateurs de la langue anglaise vous savez que rusty puppy se traduit par chiot rouillé. Quel titre étrange pour un polar mettant en scène deux détectives privés dans un texas qui étouffe sous la poussière et les tensions raciales. Un titre qui interpelle et qui finira par avoir une explication et croyez-moi les seuls chiots dont vous allez entendre parler dans ce récit sont purement fictifs car seules les molosses les plus hargneux parcours les rues de Camp rapture.

ROUND D’OBSERVATION

Les intrigues de Lansdale ne sont pas d’une surprise renversante, on peut même dire que dans cette dernière enquête de Collins et Hap en date l’intrigue est un peu cousue de fil blanc. Elle se laisse suivre avec plaisir mais elle ne va pas vous retourner le cerveau et vous faire confondre le nord et le sud.

L’atmosphère n’est pas non plus la plus étudiée que j’ai eu l’occasion de goûter. La faute est un manque d’approfondissements dans le background de la ville et du texas en général. La ségrégation et les tensions raciales sont bien présentes mais le contexte n’est pas détaillé, ça manque de corps. Et oui vous avez bien lu j’ai parlé de ségrégation, si elle n’est plus institutionnalisée à travers un ensemble de lois immondes elle est pourtant toujours présente dans les faits. C’est toujours étrange pour un Français comme moi qui a l’habitude d’une certaine mixité sociale mais le quadrillage des quartiers selon la couleur de peau est une réalité aux U.S.A, il suffit de voir le chapitre relatant l’arrivée de Hap dans la cité ghetto de camp rapture pour se rendre compte comment cette séparation des quartiers et des races est culturelle dans ce pays. C’est peut-être juste un détail mais moi ça me sidère.

QUE LE COMBAT COMMENCE

Pour en revenir à nos molosses si l’intrigue n’est pas la plus surprenante ni l’atmosphère la plus dense, qu’est-ce qui fait la force de ce récit ? Deux choses, les personnages et les dialogues. Les personnages principaux sont immédiatement attachants, leur duo fonctionne à merveille et les voir échanger punchlines après punchlines est un délice. Les dialogues sont de pures morceaux de bravoure me faisant parfois penser aux dialogues qu’affectionne Quentin Tarantino dans ses films, en plus concis évidemment.

Des dialogues qui s’apparentent à match de boxe où toutes les règles sont abolies. Toute l’intrigue est construite de cette manière, uppercut, contre, direct du droit, l’auteur ne vous laissera pas souffler avant la dernière page et un final à la hauteur de son talent de boxeur narratif.

Les pages de ce polar sont un ring dans lequel l’auteur n’a pas fini nous faire danser. Voilà pourquoi Joe R. Lansdale est un grand nom du polar malgré ce que ces intrigues pourraient nous laisser penser de prime abord.

Résumé: Hap Collins, plouc autoproclamé, et Leonard Pine, noir, gay et républicain vétéran du Vietnam, ne sont pas les plus malins des détectives. Et ils ont une fâcheuse tendance à se mettre dans l’embarras.
Quand les deux compères se penchent sur le cas d’un jeune Noir assassiné par la police, ils mettent le doigt dans un engrenage qui les mènera jusqu’à un réseau de combats clandestins. Au cours de leur enquête, Hap et Leonard se retrouveront confrontés à des flics corrompus, des tueurs à gages sans scrupule et même à une vampire naine assoiffée de vengeance (à moins qu’il s’agisse simplement d’une gamine au caractère exécrable).
Ce n’est pas la première fois qu’ils subissent menaces, intimidations et agressions, mais que faire quand vos ennemis sont les représentants de la loi en personne ?

304 pages, 155 x 225 mm

ISBN : 9782207139592 / Gencode : 9782207139592
Code distributeur : B26825

Catégorie > Sous-catégorie : Policiers > Romans noirs

Pays : États-unis

Collection Sueurs Froides
Parution : 24-10-2019