L’emprise de Marc Dugain, qu’il est profond ce mal qui les ronge

Écrire sur la plus vieille ambition humaine ? Oui mais avec un style bien affirmé. Peindre une fresque réaliste et ambitieuse ? Oui mais avec un style propre et sans emphase. Ainsi agit Marc Dugain.

Ce premier tome de la trilogie sur la politique française de Marc Dugain pose les bases de ce qui s’annonce comme son projet le plus ambitieux. Avec un sujet aussi fort et qui remue des passions humaines complexes et diverses on aurait pu s’attendre à ce que l’auteur s’engage dans un récit où les émotions des protagonistes occupent le devant de la scène, c’est mal connaître l’auteur. Au déchaînement de la passion, il préfère la froideur des phrases assassines qui donnent à voir une piètre image du monde politique. On a parfois l’impression de lire le reportage d’un journaliste qui aurait réussi à s’infiltrer dans l’intimité des rouages du pouvoir politique français tout en conservant une certaine distance avec son sujet.

Sa plume d’une précision chirurgicale dissèque la vie politique française dans une expérience d’un réalisme glaçant. Peu d’humour dans cette autopsie qui ne laisse rien au hasard, mis à part dans les quelques portraits au vitriol qu’affectionne l’auteur et dans ces dialogues qui sont autant de piques envoyées à une caste qui n’a même plus conscience d’évoluer en dehors du monde dans lequel le peuple se débat jour après jour. À travers son intrigue aux ramifications internationales c’est un constat amer et pessimiste qui se dresse sous nos yeux. Les rivaux sont assassinés, au propre comme au figuré, sans qu’une voix ne se hausse. Les alliances avec les ennemis d’hier sont noués alors que les menaces n’étaient même pas voilées la veille. Quant aux rares bonnes décisions qui sont prises, elles sont acceptées avec tant de compromission et de mépris pour la vérité et la vie humaine que l’on en vient à douter de leur pérennité.

Un récit dense donc mais qui possède son propre rythme, plus posé que celui auquel on est en droit de s’attendre vu le sujet abordé. L’ambition de l’auteur n’est pas de produire un énième polar politique aux pages vite tournés, vite oubliés mais de développer un début de réflexion sur les cercles de pouvoir politiques et financiers et sur la manière dont ces hommes, que ni les sentiments ni la loi n’arrêtent, se positionnent sur l’immense échiquier de la politique en constant mouvement.

Pour conclure on peut se demander quelle est l’emprise réellement évoquée par le titre. La logique voudrait que l’on considère ces hommes de pouvoirs comme ayant une réelle maîtrise sur le jeu politique et par ricochet sur nos vies à tous. Mais les différents portraits d’hommes rongés par leurs ambitions nous amènent à voir les choses différemment, et si la véritable emprise était celle qu’exerce la soif de pouvoir sur ces êtres dénués de scrupules ? Une question qui renverse l’échiquier et nous amènent à les voir d’une autre manière, beaucoup plus humaine et misérable.

Nul doute que l’auteur appronfondira cette réflexion dans les tomes suivants de sa trilogie.

Résumé : Un favori à l’élection présidentielle, le président d’un groupe militaro-industriel, un directeur du renseignement intérieur, un syndicaliste disparu après le meurtre de sa famille, une photographe chinoise en vogue… Qu’est-ce qui peut les relier ? Lorraine, agent des services secrets, est chargée de faire le lien. De Paris, en passant par la Bretagne et l’Irlande, pourra-t-elle y parvenir ? Rien n’est moins certain. Neuf ans après La malédiction d’Edgar, Marc Dugain nous offre une plongée romanesque sans concession au coeur du système français où se mêlent politiques, industriels et espions.

  • Broché : 368 pages
  • Editeur : Folio (19 mars 2015)
  • Collection : Folio
  • Langue : Français
  • ISBN-10 : 2070463044