Batman: detective tome 2 : médiéval, des chevaliers en carton-pâte

Peter Tomasi est un auteur de comics qui est parvenu à me séduire grâce à deux séries qu’il a écrite pour DC, Batman et robin et, plus récemment, superman. Ses dialogues sont un délice et il n’a pas son pareil pour tisser des liens parentaux forts entre les héros emblématiques de l’éditeur de comics et leurs héritiers.

Il reprend la série Batman: detective, une énième itération consacrée au chevalier noir de Gotham, après le run ambitieux de James Tynion IV déjà publié par urban en sept volumes. Le premier volume du run de Tomasi, intitulé mythologie, développé l’idée d’un batman constamment sur le qui-vive, anticipant les situations avant qu’elles ne se présentent. Un batman que l’on peut voir à peu près partout depuis une bonne décennie et le scénariste semblait vouloir poursuivre dans cette voie héritée de Grant Morisson et Scott Snyder.

BATMAN EST L’ENNEMI

Dans ce second volume le scénariste recycle une idée que l’on a déjà pu lire dans les précédentes séries consacrées au protecteur de Gotham. Une idée qui consiste à placer Batman face à des ennemis qui remettent en cause son existence et son concept même de justice. Les antagonistes ne peuvent plus se contenter d’être des mafieux ou des fous dangereux, ils doivent mettre batman face à ces contradictions et faire trembler les fondations de son univers. Ainsi Snyder dévoilait l’existence d’une société secrète, la cour des hiboux, qui remettait en cause la connaissance que Bruce Wayne pensait avoir sur la ville qu’il considère comme la sienne. James Tynion IV créait le syndicat des victimes, et même si ses membres se sont révélés plus complexes que ne le laissait prévoir leur première apparition, l’idée est là: instiller l’idée que batman est plus néfaste pour Gotham que bénéfique. Pourtant dans l’intrigue qui nous intéresse aujourd’hui aucun élément nouveau ou original ne vient épaissir le propos du scénariste, qui semble ici en petite forme.

Batman se retrouve donc encore une fois face à un ennemi qui, en plus de posséder autant de ressource technologique que lui, a su fédérer autour de lui des ennemis de Batman de seconde zone connu pour leurs ego démesurés. Mais même en passant au-dessus de ces incohérences le récit manque d’entrain et de consistance. Le scénariste semble en roue libre et ne paraît pas savoir où mener son histoire ni comment lui donner de l’ampleur. Le fait de retrouver le tandem père-fils avec batman de nouveau accompagné de Damian Wayne ne suffit pas à rendre l’intrigue intéressante même si Tomasi excelle toujours à écrire le dynamique duo.

UN TRAVAIL GRAPHIQUE SOIGNÉ

Aux crayons on retrouve Brad Walker, qui signe ici un travail correct mais sans génie non plus. Les couleurs sont assurées par Nathan Fairbairn et David Baron, le rendu donne au comic un aspect rond ,gentillet, au ton colorés voir flashy, bien loin de l’aspect nerveux et sombre de la précédente série detective comics. Un choix qui contribue à donner une identité visuelle propre à ce nouveau run.

Ce second tome me prouve une fois de plus qu’il n’y a pas de valeur sûre. Que ce soit en littérature, en musique ou dans le septième art ce n’est pas parce qu’un auteur nous a captivés avec une histoire, un album ou film qu’il faut pour autant se jeter sur sa nouvelle œuvre car le risque d’être déçu est toujours présent. Une leçon que je n’ai pas finie de recevoir malheureusement.

Résumé: Après avoir passé un test dans un simulateur où chaque année Batman exorcise ses démons et se confronte à sa propre mort, Bruce Wayne reprend la mission de sa vie : protéger Gotham.
Mais l’apparition d’un mystérieux chevalier vêtu d’une armure lourde, armé d’une épée et visiblement très au fait des activités de l’homme chauve-souris, va lancer une véritable joute : le Chevalier Noir contre le Chevalier d’Arkham !

SCÉNARISTE : TOMASI PETER – DESSINATEUR : Brad Walker

Black science de Rick Remender et Mateo Scalera

Synopsis: Grant McKay, fondateur de la Ligue Anarchiste Scientifique, a accompli l’impensable en créant le Pilier, un artefact capable de plier les arcanes de la Science Interdite à sa volonté et offrant à l’humanité la possibilité de voyager à travers les dimensions. Seul problème : un incident technique est venu perturber la première expédition avec pour résultat de piéger Grant, ses deux enfants et son équipe de scientifiques entre les dimensions de l’Infinivers, à la merci de mondes plus hostiles les uns que les autres. Seule solution face à l’inconnu : aller de l’avant.

Je suis en train de tomber amoureux…de l’application izneo et des nombreuses offres qu’elle propose. En l’occurrence les éditions urban proposent une réduction sur sa collection urban indies, qui regroupe plusieurs comics indépendants écrits par les grands noms de l’industrie du comic book en creator-owned, c’est-à-dire que leurs créations leurs appartiennent entièrement ce qui n’est pas le cas lorsqu’ils écrivent pour les big two, Marvel et DC.

L’offre initiale concerne les trois premiers tomes de chaque série mais les huit premiers tomes de la série dont je vais vous parler sont tous proposer au tarif dérisoire de 2,99 € ce qui signifie que vous pouvez accéder aux trente premiers épisodes pour moins de 23,92 €. Mêmes les épisodes uniques à la parution hebdomadaires vendues dans les comics shops américains coûtent plus cher. L’occasion était donc trop belle pour passer à côté de ce comic qui me faisait de l’oeil depuis un moment.

Black science donc, puisque c’est d’elle qu’il s’agit ,comme ne le laissait pas deviner le titre de l’article. En lisant le premier épisode une référence évidente va venir à l’esprit des lecteurs, en tout cas des trentenaires, ce sera la série sliders qui narrait les mésaventures d’un groupe d’explorateurs perdus dans les dimensions mais en vérité l’héritage remonte à plus loin que ça. Grant Mckay et ses compagnons d’infortune s’inscrivent dans l’héritage laissé par Homère et son Odyssée. Black science est donc une modernisation d’une épopée bien connue dans laquelle le scénariste y poursuit l’étude de son thème fétiche.

Le comic est mené d’une main de maître par le scénariste Rick Remender. Ce dernier fait partie de ces scénaristes qui se passionnent pour un thème qu’ils vont développer tout au long des différentes œuvres qu’ils écrivent en y mettant beaucoup d’eux-mêmes. Le thème favori de Remender ? La paternité, désirée ou non, et son corollaire, l’éducation que l’on transmet à notre descendance et comment celle-ci influence le caractère et le devenir de nos enfants. C’est un thème fondateur pour cet auteur. On le retrouve dans la plupart de ses oeuvres, que ce soit en creator-owned, dans les séries Fear agent ou Low, ou bien dans ses runs pour Marvel sur uncanny avengers ou uncanny x-force. Le portrait qu’il dresse de son personnage principal, Grant Mckay, est loin d’être élogieux, mari volage et père absent. Il fait aussi preuve d’une certaine arrogance, jugeant que son génie et son travail l’exempt de ses responsabilités familiales. Un personnage à déconstruire donc, ce que Remender va s’employer à faire au travers d’un périple sans temps morts où le danger est présent à chaque croisement.

Le rythme est effréné, rappelons que Remender n’a qu’une vingtaine de pages par épisodes pour faire avancer son récit. Tout va donc très vite. L’auteur a recours à une technique courante dans les comics, la double narration. Pendant que les bulles de dialogues vont se centrer sur ce qui se passe à l’instant, des cases de monologue intérieur vont nous permettre de faire connaissance avec le personnage en tête d’affiche de l’épisode et ses tourments intérieurs. Un choix qui s’explique par l’aspect compressé du récit et le manque de pagination mais c’est le système des comics américains qui veut ça. C’est une technique que j’ai toujours trouvée un peu indigeste mais cela n’enlève rien à l’ingéniosité du scénario et la maîtrise de son scénariste. L’autre défaut que je pourrais faire ne concerne pas la série directement, il est inhérent à la lecture d’un comic sur tablette et je ne suis sans doute pas le seul à l’avoir expérimenté. Les auteurs de comics adorent étaler la lecture sur des doubles pages où la narration se fait horizontalement d’un bout à l’autre de la double page. Cette technique est souvent bluffante en version physique mais elle perd beaucoup de son effet sur tablette malheureusement.

Enfin je ne pourrais pas clore cet article sans parler du talentueux Mateo Scalera dont les dessins énergiques et colorés permettent aux idées les plus folles du duo de prendre forme. Vous voulez trembler pour le sort de nos héros tout en les regardant sauter du haut d’une tortue géante sur lesquelles ont été bâti des cités maya ? Vous voulez lire leur infiltration d’un camp d’amérindiens disposant d’une technologie futuriste en pleine guerre mondiale ? Scalera offrent tout ceci à ses lecteurs ébahis et tout ça dans le premier tome de la série. Les mondes parallèles s’enchaînent tandis que nos dimensionnautes, comme ils s’appellent eux-mêmes, font face à leurs erreurs, parfois mortel.

Black science est donc une excellente surprise, qui vient de s’achever au U.S.A. au numéro 42, dont je n’ai pas encore découvert tous les rebondissements de son intrigue à tiroir. Voilà pourquoi vous m’excuserez sans doute de vous quitter sur cette conclusion un peu abrupte pour me remettre à la lecture de ce passionnant comic.

Mister miracle de Tom King et Mitch Gerads

Résumé :Élevé sur Apokolyps, planète-usine sous le règne de l’implacable Darkseid, Scott Free réussit l’impensable : échapper à ses geôliers pour rejoindre la Terre où il rencontra son mentor, un artiste de l’évasion officiant sous l’alias de Mr Miracle dont il reprendra l’identité. Depuis, aucun barreau, aucune entrave, aucune prison, ne put retenir prisonnier Mr Miracle, symbole d’une liberté retrouvée. Mais que se passe-t-il lorsque l’artiste de l’évasion ultime se trouve aux prises avec une nouvelle forme de captivité : la dépression

Chronique : Étant un lecteur assez mitigé du run de Tom King sur Batman, je n’ai pas réagi avec beaucoup d’enthousiasme à l’annonce de sa mini-série consacrée à Scott Free, alias mister miracle, mais celle-ci étant plébiscitée par nombre de site consacrés aux comics je me suis laissé tenter.

Et je dois avouer que ce fut une bonne surprise. Tom King parvient à ménager le lecteur entre divertissement et réflexion profonde. Les dialogues sont fluides et la narration visuelle établie par Mitch Gerads et à la fois simple et complexe avec ses pages gaufrier régulière où apparaissent les personnages de manière brouillés comme si mister miracle se trouvait sur la mauvaise fréquence.

Tom King fait partie de ses auteurs pour qui les personnages doivent servir le récit et non l’inverse. Ici king met en avant le thème de la dépression, mister miracle se sent coincé dans une vie de laquelle, ironie du sort, il ne parvient pas à s’échapper. Sa relation avec big barda est subtilement contée, le couple est touchant et crédible. Scott Free est un héros, un homme, partagé entre deux mondes où il se sent étranger dans chacun d’eux. Le traumatisme laissé par son éducation sur Apokolips ne le laisse jamais en paix, illustré par les auteurs par les cases noires où transparaît le leitmotiv « Darkseid est » comme un rappel incessant de la menace mortelle qui plane sur notre héros.

En plus de cette plongée intime dans l’esprit d’un homme perturbé, King ajoute un sous texte métaphysique sur le médium du comics notamment à travers le personnage parodique de funky flashman qui fait clairement référence à Stan Lee. Les références à l’œuvre de Jack Kirby, le créateur de mister miracle, sont nombreuses et apporte un supplément d’âme à une œuvre déjà riche en plus d’être un superbe hommage à l’œuvre de ce grand maître des comics.

Le récit, auréolé de deux Eisner Awards, est une œuvre éminemment personnelle où les auteurs y ont mis une grande part d’eux même et cela transparaît à chaque page. Que tous ceux qui sont effrayés à l’idée de mettre un pied dans le vaste univers DC se rassurent, l’œuvre est tout à fait accessible aux néophytes des comics. Non seulement le récit est bien plus qu’un récit de super-héros mais en plus les éléments de la saga des néo-dieux, créé par Jack Kirby, sont suffisamment bien expliqués pour permettre à chacun de profiter de l’histoire.

Ton King et Mitch Gerads offrent un récit riche et généreux en réflexion diverses, doublé d’un hommage réussi à Jack Kirby, tout en restant accessible au profane.

Note : 9/10

Éditeur Urban Comics Editions
Date de publication 30 mai 2019
Langue Français
Longueur du livre 301
ISBN-13 979-1026815167

The new teen titans volume 1 / urban comics

Synopsis :Robin, Wonder Girl, Kid Flash, Changelin : autrefois, ils étaient les jeunes assistants des plus grands super-héros de la Terre, mais aujourd’hui, devenus de jeunes adultes, ces justiciers décident de reformer leur groupe des Teen Titans avec l’aide des nouveaux venus Raven, Cyborg et Starfire.

Chronique : Longtemps la série des teen titans à fait partie chez DC comics des séries à fort potentiel mais dont les ventes décevantes ont condamné l’avenir avant même qu’il ne soit écrit. Mais dans le monde des comics un concept ne meurt jamais il attend juste que les bons auteurs se penchent dessus. Et, par chance, c’est ce qui arriva aux jeunes titans. Marv Wolfman et George Perez ont lancé une nouvelle série dédié aux jeunes sidekicks au début des années 80. Série qui connut un succès retentissant, au point que la série faisait jeu égal avec les X-men, la série rivale de la maison des idées. Malheureusement ces épisodes sont longtemps resté inédits en France, un outrage qu’urban rattrape aujourd’hui.

Malgré ma joie de retrouver les débuts de cette équipe mythique il faut avouer que la lecture des neufs premiers épisodes fut assez laborieuse. Les épisodes sont ancrés dans leur temps la narration est lourde et répétitive, les retournements de situations sont abrupts et mal amenés et les personnages sont des monuments de naïveté. La découverte des aventures de Robin et ses compagnons s’engageaient assez mal.

Heureusement la situation s’améliore à partir de l’épisode 10. Les pérégrinations de nos héros restent toujours aussi farfelues, les auteurs enchaînent les clichés proprent aux comics des années 80 avec les méchants nazi ou encore les membres de la ruche, incapable de se déplacer sans leur bure de moine. Mais la narration s’est faite plus fluide et les auteurs ont fait de la naïveté de ces héros une caractéristique de la série permettant de développer le caractère des personnages. Le scénariste Marv Wolfman a compris qu’il fallait mettre l’accent sur la vie privée de ces jeunes super-héros pour captiver les lecteurs.

Les premiers éléments de la mythologie des teen titans, qui perdurent encore aujourd’hui, se mettent en place dans ces 16 premiers épisodes. On retrouve donc l’assassin Deathstroke, les liens de changelin avec la doom patrol, la menace de trigon et d’autres encore. L’affirmation de soi et l’opposition aux adultes sont au centre des préoccupations de nos jeune héros, des thèmes bien trouvés pour une série destiné à un public d’adolescents.

Grâce à urban et leur édition toujours soigné, les lecteurs d’aujourd’hui vont pouvoir partir à la rencontre de cette série qui a marqué l’histoire de DC comics.

Note 7/10

SCÉNARISTE : WOLFMAN MARV – DESSINATEUR : PÉREZ GEORGE
Public : 12+
Collection : DC Essentiels
Date de sortie : 30 août 2019
Pagination : 464 pages
Contenu vo : THE NEW TEEN TITANS #1-16, DC Comics Presents #26