Paw Patrol : la Pat’Patrouille | Un succès fulgurant | Critique & ANALYSE | NETFLIX – NICKELODEON

La Pat’Patrouille est une émission pour enfants immensément populaire, créée en 2013, qui n’a plus à être présentée aux parents, et peut-être même plus tellement aux non-parents.

C’est donc le festival des freins qui lâchent, du train qui déraille, de l’avalanche qui sépare les amoureux, de l’éboulement qui séquestre entre ses griffes rocailleuses l’enfant démuni venu en camping avec ses parents maintenant en pleurs, etc. Immanquablement, Ryder et ses chiots – l’un est un chien policier, l’autre un pompier, etc. – trouvent un moyen de faire atterrir la montgolfière, de rattraper le chiot qui allait tomber dans la mer, de déprendre le sous-marin qui était pris sous une pieuvre endormie (oui). À la fin de l’épisode, tout le monde va bien, tout le monde rit, les chiots reçoivent un biscuit dans un éclat de rire général – et en un sens, les petits auditeurs aussi.

La plupart des obstacles qu’affronte la Pat’Patrouille relèvent du hasard : catastrophe naturelle, bris mécanique, erreur humaine provoquée sans malice par des personnages par ailleurs débonnaires. Mais il y a une exception : le maire Hellinger, sorte de caricature du Vilain avec moustache et haut-de-forme, dont la méchanceté et la vanité provoquent sans cesse des catastrophes, et qui est soutenu par une bande de sbires, qui sont des copies en chaton de chacun des chiots de la Pat’Patrouille (oui, oui).

Sinon, La Pat’Patrouille est une caricature de ces émissions pour enfants sirupeuses et ingénues que certains décrient comme un symptôme d’une société surprotectrice qui refuse que ses enfants affrontent l’adversité : tout le monde, il est gentil. Tout le monde, il tape sur les nerfs de gentillesse.

C’est vrai qu’il y a quelque chose d’agaçant dans ce monde factice où personne ne se fâche jamais et où aucun problème n’est jamais véritablement insoluble. Pourtant, il me semble que La Pat’Patrouille véhicule une certaine vertu – et même, je crois, une vertu nietzschéenne (je ne le dis pas seulement parce que le mot nietzschéen me permet d’avoir l’air cool).

Quoi que fasse le maire Hellinger, le seul véritable méchant de l’émission, Ryder le sauve toujours, lui et sa bande de chiots, sans un reproche, sans un mot, sans une allusion mesquine, sans une remarque sarcastique. Même si tout ce que fait le maire Hellinger est insupportable et n’a pour seul but que de nuire à la Pat’Patrouille. Et à l’épisode suivant, c’est la même chose. Le maire Hellinger déteste la Pat’Patrouille (c’est en fait la seule chose qu’il fait), mais la Pat’Patrouille, elle, comme un grand sage, ne déteste jamais personne.

Tout se passe comme si Ryder et les chiots oubliaient chaque fois la méchanceté aussi puérile que stérile du maire de la bourgade voisine. Bien sûr, il y a là une caractéristique incontournable d’une émission dont les épisodes sont indépendants et les personnages ne vieillissent jamais, mais il n’en demeure pas moins que la méchanceté d’Hellinger est une donnée qui est à la fois fondamentale (elle définit entièrement le personnage) et perdue dans le vide, anéantie par l’oubli (on l’accueille toujours avec un sourire, on ne doute jamais qu’il va, comme toujours, créer un désastre dangereux qu’il faudra résoudre).

Or, l’oubli est l’une des caractéristiques fondamentales du surhomme, l’idéal de Nietzsche, avec le moment présent et l’amor fati, la soumission à la nécessité. Le surhomme est celui qui arrive à être assez léger pour « danser au bord de l’abîme », c’est-à-dire qu’il n’est pas alourdi par tous les jugements que les humains portent si souvent sur ce qui aurait dû se passer, sur ce qui doit se passer, et sur ce qui devrait arriver. En ce sens, pour Nietzsche, l’oubli est une faculté salutaire, voire hygiénique – et un véritable idéal de supériorité.

Quoi que la Vie impose à la Pat’Patrouille, Ryder et ses chiots l’acceptent. On ne s’imagine pas Ryder lancer son casque en crachant par terre : « Quoi? Un autre éboulement? Tab*****, on peut pas avoir un cal**** de break de temps en temps? », comme nous nous le disons dans notre tête au sujet de toutes les broutilles qui nous tombent dessus, comme si effectivement la même Vie s’acharnait particulièrement sur nous. Malgré son acharnement, le maire Hellinger n’a en vérité aucune prise sur la Pat’Patrouille, car la bonne humeur de ses membres les rend invincibles : ils dansent presque littéralement au bord de l’abîme, juste avant de sauver un bébé aigle.

Après, on peut bien se dire que ça ne fait pas des enfants forts, des émissions où toute adversité est noyée dans un éclat de rire avant le générique, mais ce qui est peut-être plus contestable au fond, c’est que la télévision façonne autant les gens qu’on le pense. Moi, j’ai plutôt l’impression que ce discours sur la télévision (comme celui sur les jeux vidéo, à la mode au tournant du XXIe siècle) ne plaît qu’à ceux qui ne sont jamais contents de ce que nous sommes – c’est-à-dire de ce que les autres sont.

Personnellement, je crois plutôt que la télé, comme tous les récits que nous nous racontons, en dit plus sur ce que nous sommes et ce que nous voulons, qu’elle ne façonne véritablement ce que nous devenons. Disons la chose ainsi : sa charge est plus descriptive que prescriptive, plus révélatrice qu’influente. Pourquoi alors ne pas voir La Pat’Patrouille comme un formidable appel d’air, comme l’expression d’une volonté de légèreté et de détachement face à toutes ces obsessions petites (dans tous les sens du terme) qui nous lestent et nous font nous comporter, véritablement, comme des enfants?

Cela dit, si je me trompe et que la télévision façonne effectivement qui nous sommes, il n’y a pas à s’inquiéter : la génération Pat’Patrouille, celle de mes enfants, sera proprement invincible.

Le jeune Wallander saison 1 sur netflix, un polar scandinave classique, trop classique

L’inspecteur Wallander est une figure bien connue du monde du polar, créé par Henning Mankell en 1991, ses enquêtes ont grandement contribué à la renommée du polar nordique.

Cette série a donc pour but de conter ses jeunes années et ses débuts dans la police suédoise. On aurait donc pu s’attendre à ce que la série nous ramène dans les troublantes années 80 ou début des 90 mais étrangement la série se passe de nos jours, on y retrouve les smartphones, des voitures modernes et le dark Web avec lequel notre jeune inspecteur se débrouille remarquablement bien pour un novice dans les enquêtes criminelles. Une fois ce détail passé, on fait connaissance avec ce fameux Kurt Wallander avant qu’il ne devienne la légende du polar tel qu’on le connaît. Il est volontaire, idéaliste et un brin naïf aussi, tout à fait le genre de personnage auquel le spectateur peut s’attacher facilement. La jolie frimousse de l’acteur qui l’interprète, Adam Pålsson, aide beaucoup.

La réalisation se situe dans les standards de ce genre de série, aucun coup de génie mais elle remplit le cahier des charges. Un certain travail a été réalisé sur la lumière et les couleurs donnant un aspect léché à ces six épisodes mais le côté noir et glauque qui a rendu célèbre la saga littéraire se retrouve un peu occulté. Le casting est convaincant dans l’ensemble et cette première saison est soutenue par un rythme solide.

Tout cela aurait pu conduire à une agréable série policière si son intrigue n’avait pas été si scolaire. Les habitués du code des polars pourront cocher toutes les cases de la gentille enquête bien cadrée. On suit wallander lors de son enquête dans les milieux interlopes, on le voit empiler des pistes qui semblent mener nulle part, on l’accompagne alors que les pièces du puzzle commencent à s’imbriquer jusqu’à la révélation finale qui n’en est pas une pour tous les afficionados des livres policiers. Le scénario est solide et l’enquête se suit sans déplaisir mais il manque un élément, un électrochoc à même de propulser l’ensemble vers des hauteurs qu’il semble nécessaire d’atteindre, pour chaque série, afin de se démarquer du reste de la concurrence, toujours plus foisonnante.

Malgré des acteurs convaincants, la série ne dépasse jamais son statut de gentille enquête policière sans originalité. Ce n’est pas son discours timide sur l’immigration et sa fin douce-amère qui vont la sauver face à la marée de programmes nouveaux qui sont disponibles tous les jours.

Depuis 2020 / 60min / Policier, Thriller
Titre original : Young Wallander
Nationalités Suède, Grande-Bretagne

Chaîne d’origine Netflix

Rien que l’acier de Richard Morgan, sang et fureur…et un peu de sexe aussi

J’ai tendance à ne pas trop attacher d’importance à quel genre ou sous-genre appartient l’ouvrage dont j’entame la lecture. Du moment que l’auteur parvient à m’embarquer dans son récit, peu m’importe que ce soit de la high-fantasy, du steampunk ou du arcanepunk. Mais la dark fantasy est un sous-genre qui me parle énormément. Mon souhait serait de dénicher une saga qui reprendrait les thèmes de la saga Dark soul, à savoir la ruine d’une civilisation, la décrépitude inévitable, le crépuscule des dieux et tant d’autres encore que cette introduction qui commence à être un peu longue ne me laisse pas la place d’énumérer.

La saga « terre de héros » de Richard Morgan s’inscrit à merveille dans l’alcôve sombre et humide qui fait partie intégrante de la cathédrale baroque de la fantasy. Son récit est sombre, poisseux et extrêmement défaitiste sur la nature humaine. Sa description de cet univers médiéval crasseux et boueux captive immédiatement malgré le fait que cela exige de progresser sur plus de deux centes pages avant d’appréhender complètement cet empire de bassesse humaine et de violence. Les tenants et les aboutissants de ce monde à couteaux tirés sont progressivement dévoilés mais les éléments présents dans les premiers chapitres sont largement suffisants pour s’immerger dans cette terre qui compte bien peu de héros au final. Le choix des noms des villes, des régions ou des personnages, aux sonorités encore moins facilement prononçables qu’une collection ikea, démontrent à eux seuls la volonté de l’auteur d’aller vers un aspect plus rude, plus écorché.

Ce premier volume pose aisément les bases de cet univers et ses personnages. Les trois personnages principaux sont charismatiques et chacun se trouvent en rupture avec le milieu dans lequel ils se retrouvent obligés de se débattre. Egar ne se retrouvent plus dans les plaines verdâtres et les coutumes désuètes de son peuple. Archeth est une exilée immortelle, obligée de jouer le jeu de la cour de l’empereur et de supporter ses ordres et sa décadence. Et Ringil, le fougueux Ringil, en avoir fait un personnage aux mœurs qui vont à contre-courant de ce qui se fait habituellement dans ce genre de récit peut paraître un brin opportuniste mais se serait oublié qu’il s’agit d’un personnage complet et pas uniquement d’une étiquette juste bonne à faire parler. Ringil possède une densité qu’il ne doit pas uniquement à sa masse musculaire, ses traumatismes familiaux et ses souvenirs de la guerre ont fait de lui un être cynique, réfractaire à l’autorité, hanté par son passé et sous l’emprise d’une colère sourde. Les chapitres qui lui sont consacrés sont un véritable défouloir, pas uniquement pour ses scènes de sexe, tel un taureau que rien ne peut arrêter ses charges mettent à mal un royaume sclérosé et des mentalités étriqués. Évidemment ses trois personnages vont voir leurs destinés converger mais l’ambiance du récit ne se prête pas vraiment à des retrouvailles chaleureuses.

Le style de l’auteur exige d’être apprivoisé. Si les combats sont d’une clarté écarlate et d’un dynamisme en accord avec le caractère des héros, la profusion de virgules lors des descriptions donne un aspect fouillis qui perd le regard du lecteur et atténue la puissance des lieux que l’auteur nous fait visiter. Des lieux qui possèdent pourtant un charme certains pour quiconque s’extasie devant des ruines médiévales ou des marais glauques. Mais c’est déjà un souci que j’avais constaté dans son roman de science-fiction thin air. L’intrigue tarde à se mettre en place mais l’auteur parvient à maintenir l’attention du lecteur grâce à ses personnages torturés. On peut regretter une conclusion épique mais un peu rapide pour un premier tome.

Cette introduction à la terre des héros est comme une attaque brutale qui laisserait une armée désemparée, se demandant ce qu’il y est arrivée. Avant qu’elle ne se rende compte qu’elle a subi un assaut frontal, sans subtilité ni originalité mais diablement efficace.

Résumé: Il y a dix ans, l’alliance des hommes et des Kiriaths a repoussé les terribles Écailleux. Qui se souvient maintenant des héros de cette guerre ?

Ringil vit en exil, rejeté par sa famille. Mais pour sa cousine Shérin, vendue comme esclave, il décroche son épée et retourne sur les lieux d’un passé qu’il avait tout fait pour oublier.

Dame Archeth, dernière représentante d’un peuple disparu, est la conseillère d’un empereur décadent qu’elle abhorre. Elle seule soupçonne qu’une terrible menace point aux frontières de l’empire.

Egar le Tueur de Dragons est un nomade des steppes, revenu de la guerre auréolé de triomphe. Une gloire aujourd’hui bien émoussée dans un monde qu’Egar ne reconnaît plus.

Ces trois-là ont tout perdu. Sauf peut-être la bataille qui les attend, héroïque et désespérée…

  • ISBN-10 : 2352943795
  • Broché : 456 pages
  • ISBN-13 : 978-2352943792
  • Dimensions du produit : 15.3 x 3.4 x 23.8 cm
  • Éditeur : Bragelonne (19 mars 2010)
  • Poids de l’article : 600 g
  • Langue : : Français

Derrière les panneaux il y a des hommes de Joseph Incardona, lorsque l’asphalte nous rappelle notre condition humaine

Résumé: Pierre a tout abandonné, il vit dans sa voiture, sur l’autoroute. Là où sa vie a basculé il y a six mois.
Il observe, il surveille, il est patient.
Parmi tous ceux qu’il croise, serveurs de snack, routiers, prostituées, cantonniers, tout ce peuple qui s’agite dans un monde clos, quelqu’un sait, forcément.
Week-end du 15 août, caniculaire, les vacanciers se pressent, s’agacent, se disputent. Sous l’asphalte, lisse et rassurant, la terre est chaude, comme les désirs des hommes.
Soudain ça recommence, les sirènes, les uniformes.
L’urgence.
Pierre n’a jamais été aussi proche de celui qu’il cherche.
Joseph Incardona mêle les genres avec habileté et réussit un roman profond et ambitieux. Son style puissant et son art très cinématographique de la narration font mouche.

Je traverse vos territoires, je vous permets de rejoindre la destination de vos rêves en une journée à peine, je permets à vos vacances ou vos escapades en amoureux de prendre forme et pourtant je ne suis qu’un no man’s Land ou vous ne faites que passer, bref éclairs de couleur chromée dans un paysage de bitume et de barrière de sécurité. Et pourtant dans ces lignes droites, symbole du mouvement et de la fuite, grouille un microcosme dont vous saisissez l’existence à travers vos pare-brise mais que vous préférez ignoré, pressez que vous êtes d’arriver à destination peut-être ou effrayer parce que la révélation de ce monde pourrait vous apprendre sur vous-même. Un homme pourtant, un écrivain, Joseph Incardona, a décidé de placer l’action de son roman au sein de mon petit monde dissimulé aux yeux de tous et d’en révéler la noirceur et peut-être aussi quelque chose sur les Hommes.

Je suis un territoire où rien ne se créer, pas d’écoles, pas d’entreprises innovantes, pas de salle de réunion, pas de concert, pas de cinéma. La liste de ce qui n’existe pas au sein de mon royaume, qui s’étale sur plus de 116 000 km, est longue alors il n’est guère étonnant que l’humanité s’en trouve réduite à sa plus juste expression, à ses instincts les plus primaires, manger, baiser, tuer. Pas de place pour le reste, lorsque l’on fait partie de l’espace compris entre un point A et un point B il ne peut y avoir de place pour les rêves vaporeux et les projets d’évasion. Les pensés se retrouvent abaissées au même niveau que les besoins, au ras du goudron.

Mes sujets se retrouvent réduits à la fonction qui leur a été dédié et se doivent d’accomplir leurs tâches sans espoir de devenir autre chose, sans même l’espoir de connaître une douce fin. Mes sujets sont des petits salariés, des gérants mesquins, des prostituées esseulées et vulnérables, des laissé-pour-compte qui ne s’y retrouvent plus dans votre royaume de faux-semblants, des assassins aussi, au moins un, sans doute plus. Et puis il y a Pierre.

Pierre et sa haine solitaire, Pierre et sa soif de vengeance qui vont le pousser à arpenter mon royaume qu’il n’aurait même pas daigné regarder auparavant mais ça c’était avant que sa fille ne disparaisse au sein de mon fief. Depuis Pierre n’est plus un homme c’est une arme. Mais une arme solitaire, qui cogite sur le sens de sa quête sanglante, qui remue des réflexions philosophiques que moi, le seigneur du bitume, en tant que témoin de vos disputes sur les bandes d’arrêt d’urgence, de vos accidents fulgurants et parfois mortels je connais depuis longtemps mais que j’ai décidé de taire pour maintenir l’illusion. Car si vous saviez, peut-être resteriez-vous chez vous plutôt que de fouler mon empire de goudron.

Pour rendre compte de cette nature humaine et de cette folie qui guette, l’auteur a fait le choix de phrases courtes qui ne sont même plus des phrases parfois. Ses écrits s’étiolent comme la pensée humaine face à l’approche de la mort, se résument à des concepts, des idées qui traversent l’air épais du mois d’août comme vos bolides traversent mon royaume.

Ou alors ces non-phrases sont-elles la métaphore d’un homme, Pierre, à bout de souffle face aux épreuves que lui impose la dure loi que je fais régner dans mon royaume, un souffle que chacun de mes sujets tente de récupérer sans jamais comprendre que, dans le no man’s land qui est le mien, le seul souffle que j’autorise est celui de la mort.

Je suis le début et la fin de votre civilisation. Je ne suis qu’une étape dans votre parcours et pourtant sans vous en rendre compte vous laissez sur mon territoire un peu de vous, des rires, des larmes, des enfants ou une sombre torpeur annonciatrice de votre allégeance future à mes lois séculaires. Car aucun de mes sujets n’a fait le choix de rester mais tous se savent condamnés à jouer leur rôle, comme vous le vôtre, jusqu’à ce que j’en estime en avoir fini avec eux. Et joseph Incardona a parfaitement compris ceci et me retranscrit très bien dans son roman.

”Pierre Castan espère une seule chose :

Que Bouddha se soit trompé.

Que Bouddha soit un bonhomme jovial, obèse et heureux, mais qu’il se soit trompé.

Que la réincarnation n’existe pas.

Surtout pas.

Surtout ne pas vivre encore et encore.

L’enfer, c’est l’éternité.

  • ISBN-13 : 978-2363390547
  • Poids de l’article : 400 g
  • Dimensions du produit : 14.5 x 2.3 x 22 cm
  • Broché : 288 pages
  • ISBN-10 : 2363390547
  • Éditeur : Finitude (16 avril 2015)

Le Livre des Anciens, T1 : Soeur écarlate – 16 septembre 2020 de Mark Lawrence

Au couvent de la Mansuétude, on forme des jeunes filles à devenir des tueuses. Dans les veines de certaines d’entre elles coule le sang ancien, révélant des talents qui ne se manifestent plus que rarement depuis le jour où les Anciens ont accosté sur le rivage d’Abeth.

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Chronique : Lire Soeur écarlate, c’est un peu comme monter dans le mauvais train : l’histoire vous attire sans cesse et vous ne pouvez pas voir le voyage qui vous attend, encore moins deviner ce qu’il contient. Une interruption tout aussi décourageante et excitante de la banalité. Selon le lecteur, vous pouvez refuser l’aventure et choisir de débarquer au prochain arrêt. Ou bien vous pouvez rester, à la dérive, vous permettre de changer vos habitudes et aller jusqu’au bout.

Je suis heureux d’avoir choisi cette dernière solution.

"Il est important, quand on tue une religieuse, de s'assurer que l'on amène une armée de taille suffisante. Car Soeur Thorn du couvent de la Douce Pitié, Lano Tacsis, a amené deux cents hommes." 

Dès ces premières lignes, nous sommes projetées sans précaution dans un monde où les ténèbres abondent, où les enfants puissants sont échangés contre de l’argent, contre des faveurs, où les prêtres sont attirés par l’appât du pouvoir, et où les religieuses complotent et tiraillent, font des alliances et les rompent, appellent les femmes au combat et les renvoient chez elles.

Les pierres de touche de la vie de Nona Grey avaient toutes été jetées dans le désordre lorsqu’elle a été vendue à une gardienne d’enfants. Ou peut-être était-ce bien avant cela, lorsqu’elle avait passé trois ou quatre ans à tenir des mains ensanglantées à sa mère et à dire : « C’était en lui ». Ou peut-être que c’est arrivé bien après, lorsque Nona a frôlé la mort et a fait le malheur de Raymel Tacsis pour avoir blessé son amie, sans en compter le coût.

Peut-être était-ce le moment où elle a été arrachée à une condamnation à mort par Abbess Glass qui avait vu en elle une trace sauvage qui pourrait se transformer en quelque chose de magique si seulement on la laissait s’épanouir. Chance, fortune, destin -ona ne savait pas vraiment quel nom lui donner. Sa vie était remplie de trop de fantômes et toute l’horreur de ces souvenirs était liée à un autre.

Néanmoins, dans l’espace où l’histoire de Nona glanait des mots, la légende était parmi eux.

Je suis née pour tuer, les dieux m'ont fait perdre la vie. 

Soeur écarlate est le premier livre d’une série de trois, et il lui incombe donc de faire beaucoup de travail. Et il y parvient sans effort. Dans une prose épurée d’une grande clarté (la citation de ce livre est stupéfiante), Lawrence construit un monde vivant, densément croyable, avec un confluent intrigant d’histoire, de politique, de religion et de culture. Sa construction du monde est un labyrinthe de passé, de présent et de futur. Le récit en couches à travers les décennies ressemble plus à des empreintes de pas sanglantes qui vous entraînent sauvagement dans l’obscurité qu’à une promenade enfilée de lignes de lumière brûlantes dans l’esprit du lecteur. Mais Lawrence le fait fonctionner à merveille : nous en venons à apprendre le passé de Nona au fil des autres personnages, tandis que les souvenirs lui reviennent, non recherchés, de l’éther. Mon esprit était tourbillonné de pensées, et, au centre de tout : le mystère de Nona Grey.

Mais l’histoire prend du temps à se mettre en marche. Soeur écarlate est opaque dans son intrigue et glaciale dans son rythme. Une grande partie de l’histoire est constituée de longs récits des cours de Nona et de conférences prolongées sur l’Ancêtre. Un lecteur qui s’attend à une expérience plus organique pourrait avoir du mal à suivre le style et le rythme. Mais voici le truc : ne vous laissez pas tromper par les méandres de l’intrigue de Soeur Rouge, comme j’ai failli l’être. Ce roman récompense l’engagement, et au moment où la magie du monde passe d’un murmure à un cri, ce qui était léthargique est devenu passionnant. Comme si le monde était toujours calme juste avant qu’un coup de tonnerre n’éclate, l’intrigue de la descente en enfer est éclaboussée de traits lumineux et audacieux. Les révélations sur les personnages m’ont frappé comme un coup de marteau. Et à la fin du livre, il y a une promesse débordante de voir le monde s’élargir encore plus.

La distribution tentaculaire des personnages, pour la plupart des femmes, prend également vie. Les méchants sont d’une efficacité redoutable et le développement de l’intrigue en tandem avec la façon dont les personnages principaux apprennent à se connaître est bien mené. Il n’est pas facile de gérer l’équilibre délicat et tendu des amitiés entre adolescentes ainsi que la terreur et la violence d’une guerre imminente, mais Lawrence le fait de façon magistrale. Je me réjouis de voir ces filles apprendre à créer des liens avec leurs pairs, à s’identifier à eux, à puiser leur force les unes dans les autres au lieu de chercher à se détruire mutuellement, comme le ferait un système sexiste. Honnêtement, je suis un gros bouton quand il s’agit d’amitié féminine dans les livres et ce nouveau livre me dit exactement où pousser.

Soeur écarlate est aussi une brillante et triomphante refonte du trope des « Élues », qui ne le déconstruit pas radicalement mais l’examine, le teste et l’explore plus largement et plus profondément. Une pensée poursuivant la suivante en cercles interminables, j’arrachais des hypothèses, les retournais dans ma tête et les démantelais rapidement. J’attends la suite avec impatience.

J’ai adoré le personnage de Nona. Son personnage contient des multitudes. Nona est beaucoup de choses. Un mélange d’indomptabilité et de vulnérabilité bouillonne derrière ses yeux, et il y a un grondement sous son aisance que je voulais voir révélé. C’est aussi fascinant de voir à quel point son personnage est involutif et multiforme : c’est la fille qui porte toujours son coeur sur sa manche, comme une bannière lumineuse pour attirer les snipers du monde, la fille qui s’accroche à ses proches avec une qualité désespérée, presque effrayante, et pour qui l’amitié est plus sacrée que toute foi. Mais c’est aussi la fille qui s’abandonne souvent à l’attraction des ténèbres, sa soif de sang non assouvie, laissant la rage en elle se déchaîner dans un spasme de violence, la fille qui n’a jamais pu venir à bout du tourbillon de haine, de rage et de désespoir de la ruche. C’était le cadeau de Nona Grey, grotesque et merveilleux, et absolument fascinant à lire.

Note : 9,5/10

Blitz, T1 : Black-out – 16 septembre 2020 de Connie Willis

Oxford, futur proche. L’université est définitivement dépoussiérée : historien est devenu un métier à haut risque. Car désormais, pour étudier le passé, il faut le vivre. Littéralement. Michael Davies se prépare pour Pearl Harbor, Merope Ward est aux prises avec une volée d’enfants évacués en 1940, Polly Churchill sera vendeuse en plein coeur du Blitz, et le jeune Colin Templer irait n’importe où, n’importe quand, pour Polly…Ils sont aux premières loges. Une aubaine pour des historiens, sauf quand l’Histoire elle-même se met à dérailler.

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Chronique : Avertissement : Ce livre n’a pas de fin appropriée. Il était censé être la première moitié d’un livre mais l’éditeur l’a divisé en deux livres et Black out est la première moitié. All Clear est le deuxième livre/la deuxième moitié du livre. Vous devez absolument avoir All Clear sous la main pour le lire immédiatement après ce livre. J’ai fini ce livre et j’ai commencé le lendemain le même jour et c’est comme ça qu’il faut faire. J’ai délibérément lu lentement pour qu’il n’y ait pas d’interruption avant que je puisse lire le livre suivant.

J’ai été complètement fasciné ! Ce livre est tellement amusant à lire.

J’étais au paradis : de la fiction historique où j’ai vraiment appris beaucoup sur ce que c’était que d’être un civil à Londres et dans les zones d’évacuation et d’autres parties de l’Angleterre pendant la Seconde Guerre mondiale, de la fiction spéculative qui est l’un de mes genres préférés, et des voyages dans le temps pour lesquels j’ai un penchant particulier.

J’aime le fait que ce soit un personnage nommé Ira Feldman, un juif, qui a inventé le voyage dans le temps, et que ses parents semblent avoir vécu pendant la Seconde Guerre mondiale. Ce fait n’est mentionné qu’en passant, mais je l’ai bien noté.

J’ai apprécié tous les personnages principaux : Polly, Merope/Eileen, Mike, et aussi beaucoup d’autres en 2060 et 1940. Ce sont des personnages qui me tenaient à cœur et ils semblaient tous complètement authentiques. Je commençais à dresser une liste de quelques personnages mémorables, mais ils étaient trop nombreux, alors je vais simplement dire cela et laisser les lecteurs les rencontrer et apprendre à les connaître lorsqu’ils liront ce livre. Il y a eu beaucoup de répétitions pendant le livre, en particulier la longue dernière partie, mais cela a marché pour moi parce que c’est le genre de pensée obsessionnelle et répétitive et d’inquiétude que je ferais dans ces circonstances, et le fait que les personnages du livre le fassent a donné aux événements un tel sentiment d’immédiateté. La plupart des actions se déroulent en 1940 et dans les environs, mais le monde d’Oxford en 2060 était également fascinant. J’aime la façon dont les historiens voyageurs de 2060 doivent apprendre les méthodes de 1940, par exemple comment conduire une voiture à essence de l’époque.

L’histoire et les personnages sont si fascinants, et la prémisse est si créative, que même si ce n’est pas parfait, c’était un merveilleux livre .

Note : 9,5/10

Méli-mélo des Dinos de Axel Scheffler – 27 août 2020

Quelles drôles de créatures allez-vous inventer aujourd’hui ? Mélangez un tyrannosaure et un tricératops, vous obtenez… un TYRANNOTOPS, bien sûr ! Et si vous mélangez un vélociraptor et un diplodocus ? Un VÉLOCIDOCUS, évidemment !

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Chronique : Amusant et instructif. Il existe différents niveaux de ce livre pour différents âges et différentes séances de lecture. Les plus jeunes peuvent simplement regarder les drôles de formes de dinosaures, les plus âgés peuvent jouer avec les drôles de noms obtenus en combinant différents dinosaures, et enfin, il y a les descriptions.

Un croisement entre un Tyrannosaure et un Thalassomédon devient :

Trannomedon :
Je suis un carnivore puissant – un carnivore redoutable. Tout le monde devrait donc se cacher et fuir mon grand rugissement !
Contrairement à la plupart des autres dinosaures, je nage sous la mer. Mes nageoires sont impressionnantes et me permettent de me déplacer avec grâce.

Note : 9,5/10

Le Piratosaure et la Chèvre aux œufs d’or de Alex Sanders – 27 août 2020

Catastrophe ! Le Piratosaure n’a plus une once d’or dans ses coffres. C’est la misère ! Heureusement, son ami Jack le Pirate peut le tirer de ce mauvais pas. Il suffit de s’emparer d’une chèvre qui pond… des oeufs en or massif. Hélas, elle est la propriété d’un ogre monstrueux, le bien nommé Pantacruel…

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Chronique : Le Piratosaure est unes série très sympa, pleine d’humour et bien écrite. Alex Sanders a recours à un vocabulaire plus riche que celui employé dans la majorité des albums, qui permet d’enrichir de nouveaux mots le lexique des enfants. Des traits rugueux, des couleurs contrastées, un humour décalé : la patte d’Alex Sanders est reconnaissable entre toutes. Les plus jeunes enfants s’arrêteront d’ailleurs aux images et aux truculents personnages avec Le Piratosaure et son ami le pirate . Cette petite réflexion sur les contes et l’importance du gains plaira néanmoins aux parents.

Note : 9,5/10

Interview : Anthony Combrexelle Auteur de «Ordo»

Anthony « Yno » Combrexelle est auteur de nouvelles, game designer et scénariste, graphiste et illustrateur. Il conçoit, écrit et illustre de nombreux jeux de rôle (Patient 13, Rushmore, Outer Space, Americana, Notre Tombeau, Adventure Party : Les Terres Perdues) sous le pseudonyme de Yno depuis plus de quinze ans. « Presque minuit » (2018), son premier roman, est lauréat du Prix 404 Factory.

Lien de l’article de Ordo : https://culturevsnews.com/2020/09/10/ordo-10-septembre-2020-de-anthony-combrexelle/

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INTERVIEW

Pouvez-vous me décrire en quelques mots votre parcours ?

Je suis graphiste le jour et auteur la nuit. J’ai commencé à écrire mes premiers scénarios et jeux de rôle de manière autodidacte. Me débrouillant en illustration, étudiant le graphisme et écrivant, je me suis mis à concevoir mes jeux et mes univers dès l’adolescence. J’ai écrit mon premier roman, Presque Minuit, et je l’ai soumis à de nombreuses maisons d’édition, en vain. Il est resté dormir dans un tiroir durant de nombreuses années. À la faveur du concours de 404 éditions, le « Grand Prix » de 404 Factory, j’ai fait participer le roman et il a été retenu par le jury et publié. Au Crépuscule, puis Ordo, ont alors suivi.

Comment vous est venu l’envie d’écrire ? A quelle période ?

Plus que l’envie d’écrire, c’est l’envie de raconter et de partager des histoires qui m’a toujours séduit. Et ça depuis tout petit. Ça ne prenait pas forcément une forme littéraire, ça pouvait se faire via de l’illustration ou l’invention de jeux mais ça a toujours été le cas. De même, Ordo est mon quatrième roman publié (mon troisième aux éditions 404) mais j’ai conçu plusieurs dizaines de jeux de rôle et de scénarios durant presque deux décennies. Le jeu de rôle est un excellent medium pour apprendre à structurer des intrigues et concevoir des mondes, et d’un point de vue créatif, il est très riche, demande des illustrations, d’avoir des textes évocateurs utilisables en jeu, d’inventer des règles et des systèmes de jeu.

L’envie d’écrire des romans, je l’ai toujours eu mais je ne me suis pas senti capable avant très longtemps et c’est à l’approche de la trentaine, après avoir écrit de nombreux scénarios de jeux de rôle, que je me suis lancé pour trouver un nouveau terrain de jeu amusant. Ce premier roman écrit, c’était donc Presque Minuit.

Quelles étaient vos lectures de votre enfance ?

Quand j’avais 10-14 ans, je lisais essentiellement du fantastique, entre Lovecraft et Stephen King. Vers mes 16-18, j’ai basculé vers les écrits de Clive Barker et Neil Gaiman et je peux dire qu’ils restent mes principales influences encore aujourd’hui.

Quel est votre rythme de travail ?

Je prends des notes dès que je peux, dès que j’ai une idée, sur mon téléphone ou en brouillon de mail. Et dès que j’ai le temps pour, j’injecte ces notes dans les fichiers qui correspondent à l’idée. Parfois sur ma pause déjeuner, plus souvent une fois rentré chez moi. Et je travaille durant la soirée. Et ce, le plus souvent possible (tous les jours ou presque) même si c’est pour 10 ou 20 minutes, et ce autant que possible afin d’être le plus efficace : se remettre dans le bain d’une histoire ou d’un projet me prend du temps… sauf si j’ai la tête dans le projet au quotidien.

Connaissez-vous déjà la fin du livre au départ ou laissez-vous évoluer vos personnages au fil de l’écriture ? Le final explosif est très cinématographique comment vous vous est il venue ? était-ce une envie dès le début de l’écriture ou est cette venue plus tard ?

Je fais partie de la secte des « architectes » : je sais tout dans les moindres détails avant de rédiger et je suis assez radical dans ma construction, dans ma structure. C’est quelque chose que je valorise beaucoup : j’apprécie les « belles mécaniques » dans les histoires que je lis, et je tente d’offrir la même chose quand j’écris. Je ne rédige donc jamais « au propre » avant que toutes les pièces de mon puzzle s’enchâssent parfaitement, du moins à mon goût. Je pars donc souvent de scènes fortes que je visualise et je tente de les relier pour en faire une bonne histoire. Ça me permet d’avoir un final et des conclusions spectaculaires qui semblent logiques parce qu’amenées par le récit jusque-là.

D’où vous venez cette vision futuriste sur cette magie omniprésente ? et cette envie d’écrire dessus ?

J’adore la magie dans le quotidien, l’irruption enthousiasmante et colorée d’une surprise dans la vie de tous les jours. Dans mes récits, pour que ce soit intéressant « dramatiquement », c’est généralement de mauvaises surprises pour les personnages. Mais, de manière générale, j’adore tenter de coller à notre réalité, ou du moins à une certaine forme et vision de notre réalité, et faire des pas de côté, pour jouer à « et si on disait que… » et inventer la suite.

On sent une certaine empathie envers ces cinq jeunes héros dont vous dresser le portrait dans votre livre, en quelques lignes ces personnages prennent vie, vous êtes-vous inspirés de vos rencontres ?

Je crois qu’on s’inspire tous de notre vécu, de qui on côtoie, de qui on voit dans les œuvres et de nos expériences personnelles. Évidemment que je ne suis pas magicien (bon, si c’était le cas, je ne vous le dirais pas). Par contre, je sais ce que c’est de vouloir réussir quelque chose, de rater parfois, de ne pas être compris, de ne pas se sentir les épaules pour prétendre à, et tout ça, c’est finalement assez simple de les injecter dans des personnages pour les rendre crédibles, intéressants. D’ailleurs, comme avec Ordo, je souhaitai proposer un roman fun, très enlevé et énergique, divertissant au possible, avec beaucoup de personnages ayant du style, du charme, ajouter quelques éléments plus humains, liés aux désirs de chacun, des faiblesses, permettait de les rendre plus réels, de jouer justement sur cette frontière entre réalité et magie.

Avez-vous eu de l’aide dans l’écriture de ce roman ?

Mes éditrices m’ont aidé à trier l’ensemble des mes idées et mon éditrice en chef, Ludivine Irolla, m’a questionné régulièrement, à ma demande ou à la sienne, afin qu’on soit sur la même longueur d’onde sur ce que j’allais proposer, sur la façon dont je voyais l’univers et le roman et sur les fameux « petits détails » qui font tout l’intérêt de cette histoire.

Le parcours a t-il été long et difficile entre l’écriture de votre livre et sa parution ?

Long, non. Difficile, oui. Le roman a été écrit dans des conditions assez particulières : on m’a demandé si j’avais un roman à proposer pour une publication. J’en avais deux… mais ils ne correspondaient pas à la ligne éditoriale de l’éditeur et j’ai donc dû écrire ce roman en moins de cinq mois. C’était une opportunité folle et je l’ai saisie mais ça a rendu mes journées particulièrement chaotiques et mes nuits éprouvantes. Je suis très content d’Ordo mais je n’étais pas mécontent d’en avoir terminé pour me reposer.

  1. Avez-vous reçu des remarques surprenantes, marquantes de la part de lecteurs ?

Le roman venant de sortir il y a quelques jours à peine, c’est encore trop frais pour avoir des anecdotes notables, mais je suis ravi que les retours soient si enthousiastes. Je redécouvre le roman à travers leurs retours.

Avez vous d’autres passions en dehors de l’écriture (Musique, peinture, cinéma…) A part votre métier, votre carrière d’écrivain, avez-vous une autre facette cachée ?

J’aime énormément de choses. Je lis énormément… de comics, de mangas, de jeux de rôle. Je joue beaucoup à toutes sortes de jeu, et mon principal plaisir en dehors de l’écriture de romans, c’est la conception de jeux de rôle où je peux tout créer et publier par moi-même. C’est très satisfaisant créativement d’être en capacité de le faire.

Quels sont vos projets ?

Ça fait partie de mes questions actuelles, au moment où je réponds à cette question (rires). J’aimerai pouvoir écrire un nouveau roman dans l’univers de Presque Minuit et Au Crépuscule, j’aimerai aussi pouvoir écrire une suite à Ordo. J’ai des dizaines et dizaines de pages de notes pour ces deux projets. Mais ça dépendra avant tout des retours du public. J’aimerai écrire un thriller fantastique ainsi que de la fantasy, quelque chose de plus médiéval, sombre et épique. J’aimerai pouvoir aussi écrire une trilogie afin d’avoir la place pour des intrigues plus amples, qui puissent rebondir sur la durée. De manière générale, j’ai à peu près 80 projets plus ou moins développés (de romans, de jeux de rôle, de jeux de société) qui dorment dans mon disque dur, attendant l’envie, le temps ou la demande d’un éditeur pour les développer.

Quels sont vos coups de cœur littéraires ?

Mes coups de cœur des derniers mois sont souvent différents de l’année précédente. Si je devais donner quelques titres qui m’ont beaucoup marqué à leur époque, du moins quand je les ai lus, à mon échelle, ce serait « Imagica » de Clive Barker et « Neverwhere » de Neil Gaiman en fantastique/urban fantasy. « Annihilation » de Jeff Vandermeer en… fantastique à la frontière de la SF, « La Horde du Contrevent » de Alain Damasio en fantasy à la frontière avec la SF, « Une Assemblée de Chacals » de S. Craig Zahler en western bien énervé et « Les Monarchies Divines » de Paul Kearney, « Légende » de David Gemmell, « Servir Froid » de Joe Abercrombie, « Chien du Heaume » de Justine Niogret en médiéval fantastique, plus ou moins épique, plus moins sombre, plus ou moins âpre.

Au vu de la track liste de la fin du livre utilisez vous une bande son pour écrire? A moins que le silence suffise ?

Je n’écris jamais ou rarement sans musique. J’écoute de tout, voire n’importe quoi, même si pour concevoir mes intrigues, j’aime me plonger dans les playlists qui vont accentuer mon ressentir, intensifier mon imaginaire, renforcer l’ambiance que je souhaite. C’est la même chose lorsque je rédige mon plan détaillé : avoir de la musique dans les oreilles me coupe du monde réel et accroit le ressenti que j’ai pour les personnages et les situations et, il me semble, me permet d’être plus intense dans mon écriture.

Avez-vous un site internet, blog, réseaux sociaux où vos lecteurs peuvent vous laisser des messages ?

J’ai un site www.misterfrankenstein.com où je publie tous les éléments en rapport avec mes écrits, un Instagram où je partage mes nombreuses lectures et bêtises du quotidien www.instagram.com/anthony_combrexelle/ , un compte Twitter où je relais davantage de choses qui me tiennent à cœur ou me semblent importantes twitter.com/yno et une page Facebook dédiée à toutes mes activités créatives www.facebook.com/AnthonyYnoCombrexelle

Community de Luna Joice, tous connectés, tous heureux

Le roman ayant remporté le prix Bernard Weber de cette troublante année 2020 est une nouvelle variation sur le meilleur des mondes vu, cette fois-ci, sous le prisme de la communication et des réseaux sociaux.

Il faut bien reconnaître que les moyens de communication sont les technologies qui ont connu une démocratisation fulgurante ces deux dernières décennies, alors que l’ingénierie génétique reste encore de l’ordre de l’imaginaire réservéàun élite financière. Les smartphones et leurs corollaires les applications de messagerie instantanées. Jamais on ne s’est autant écri, des millions de messages sont envoyés, des conversations qui s’étalent sur des heures voire des jours, des groupes de conversations sont créés autour d’un thème que les participants partagent en commun, mais pourtant jamais l’humanité n’a paru aussi divisée, séparé en groupes qui se hurlent sans s’écouter. Il n’est donc guère étonnant que la science-fiction s’empare de ce thème pour nous en dire un peu plus sur l’humanité et ses travers.

Sous le regard de notre héroïne Lyah, on découvre un monde utopique en apparence. L’auteur a fait le choix de nous décrire un personnage classique mais à la psychologie subtile et emphatique. Comme tous les personnages qui remettent en cause le monde dans lequel ils vivent, elle possède un esprit curieux, rêveur et se heurte rapidement aux parois vitrées de ce monde qui paraît vite limité. Son besoin d’évasion va la pousser en remettre en question les fondements de ce monde trop parfait.

Car certes le monde de Lyah est idyllique, la paix mondiale règne, la barrière des langues a été abolie, toutes les données qu’elles soient culturelles, scientifiques ou autres sont téléchargeables quasi instantanément mais comme pour tout ce que l’on obtient dans la vie il y a un prix à payer et c’est ce que Lyah va découvrir. On suit son évolution psychologique à mesure que son désenchantement sur son monde prend forme. Pour être vraiment convaincant il aurait fallu que la fin soit plus détaillée, moins expéditive. Le système des chercheurs aurait mérité d’être plus étayé, ses failles bien humaines encore plus mis en avant. L’épilogue notamment passe trop rapidement sur une conséquence des actions de Lyah qui, potentiellement, pourrait signifier le retour des conflits mais le but de l’auteur est de pousser la réflexion.

Le récit prend rapidement un tournant young adult loin d’être désagréable, la romance entre Lyah et Caleb est plaisante et touchante, surtout que la mentalité des citoyens de ce monde connecté l’empêche de prendre une place prépondérante dans le récit. Les interrogations de lyah trouveront facilement un écho dans l’esprit de tous les adolescents utilisateurs des réseaux sociaux et qui ont parfois l’impression d’étouffer dans notre monde qui offre tant de libertés virtuelles mais si peu souvent l’occasion de les mettre en pratique dans le monde réel.

Résumé: 3006. La Terre a été pacifiée grâce à Community, une technologie révolutionnaire qui permet à l’homme de communiquer par télépathie. L’égoïsme mis de côté au profit de la collectivité, conflits et inégalités appartiennent désormais au passé.
Passionnée par les étoiles, Lyah est une jeune femme dotée d’une profonde soif de connaissances, qui la pousse à se poser beaucoup de questions sur le monde qui l’entoure. Bien plus que tous ceux qu’elle connaît… Pourquoi les humains ont-ils désormais interdiction de se toucher ? Pourquoi ne peut-elle pas choisir elle-même sa future Assignation ? Et pourquoi certaines bases de données lui sont-elles inaccessibles ?
Tandis qu’elle exhume secret après secret sur la société aseptisée dans laquelle elle vit, une interrogation grandit dans son esprit.
Pour Community, à quoi l’humanité a-t-elle renoncé ?

  • Broché : 298 pages
  • ISBN-13 : 978-2755647365
  • ISBN-10 : 2755647361
  • Éditeur : Hugo Roman (3 septembre 2020)