Validé sur Canal+ : que pense la presse de la série de Frank Gastambide ?

Porté par Franck Gastambide, la série suit l’ascension fulgurante d’un jeune rappeur validé par le milieu, bien vite rattrapé par les luttes intestines d’un univers dont il ne maîtrise pas les codes. A-t-elle convaincu la critique ?

DE QUOI ÇA PARLE ?

 Un jeune rappeur talentueux, épaulé par ses deux amis d’enfance, se retrouve du jour au lendemain « validé » par une des stars du milieu. Seulement, cette alliance se transforme rapidement en une dangereuse rivalité…

Validé, créée par Franck Gastambide, Charles Van Tieghem et Xavier Lacaille

Avec Hatik, Saïdou Camara, Brahim Bouhlel, Sabrina Ouazani…

10 X 26 minutes – disponible en SVOD sur myCanal et Canal+ Séries

A quoi ça ressemble ?
Validé - saison 1 Bande-annonce VF

QU’EN PENSE LA PRESSE ?

Selon Première :

« Complètement ancrée dans la réalité, dynamique et sans concessions, bourrée de caméos prestigieux et de références à l’actualité, elle est bien partie pour s’imposer comme le Dix pour cent du rap. Une étiquette que Franck Gastambide, son créateur, ne renie pas même s’il préfère citer la série américaine Entourage comme modèle. » 4/5

Selon le Monde :

« Si les auteurs de De l’encre réglaient leurs comptes avec l’industrie musicale, ceux de Validé – Franck Gastambide, Charles Van Tieghem, Xavier Lacaille et Nicolas Laquerrière – ont scénarisé leur série avec le concours de cette même industrie (…) Les auteurs ont pourtant réussi le tour de force de ne pas être complaisants avec ce milieu qui tend d’innombrables pièges aux jeunes rappeurs, les enferment dans des postures violentes et les obligent à se surpasser pour se sortir de situations les plus improbables. » 4/5

Selon Les Inrockuptibles :

« Si Validé n’est pas aussi woke qu’une Dix pour cent, elle a néanmoins le mérite de s’extraire du cocon bourgeois dans lequel s’écrit cette dernière pour mettre en lumière des questions trop souvent ignorées dans les séries consacrées au milieu artistique : fracture sociale entre Paris et sa banlieue, fossé culturel difficilement surmontable et préjugés solidement enracinés. Et au terme de son dixième et dernier épisode incroyablement tendu, force est de constater que l’énergie et l’ambition du projet font oublier ses quelques défauts qui disparaîtront, on l’espère, dans la deuxième saison d’ores et déjà commandée. »  3,5/5

Selon Libération :

« Autour de la rivalité de deux rappeurs, la fiction de Franck Gastambide joue avec les clichés d’un milieu que les exagérations verbales et les postures avantageuses n’effrayent pas. La flambe, le poids du quartier, les clashs d’ego, tout y est, et plutôt bien. » 3,5/5

Selon Télérama :

« Après Pattaya et Taxi 5, l’acteur, réalisateur et scénariste Franck Gastambide signe Validé : la toute première série consacrée au rap français. Une riche idée sur le papier… hélas noyée sous une cascade de clichés, malgré un casting en or massif, une bande-son percutante et la naissance d’une star du genre. » 2,5/5

Selon Ouest France :

« Sur le premier plan, le pari est réussi. Car Franck Gastambide a rassemblé un casting de premier choix qui connaît le milieu (…) Un univers impitoyable où la drogue, les armes et les magouilles business en tout genre seraient omniprésents si l’on se fie à cette série. Une réalité il y a quelques années, mais beaucoup plus nuancée en 2020. Si Validé avait vocation à toucher le grand public, c’est raté. » 2,5/5

Predator Hunting Grounds : un week-end d’essai fin mars

Attendu le 24 avril, le jeu « Predator Hunting Grounds », qui exploite la licence culte de la 20th Century Fox dans un titre multijoueurs au gameplay asymétrique, sera accessible pour un week-end d’essai fin mars. Images !

Dévoilé en mai 2019 et développé par Illfonic, un studio américain basé à Golden, dans le Colorado, le jeu Predator Hunting Grounds exploite la célébrissime licence de la Twentieth Century Fox dans un jeu multijoueurs et au gameplay asymétrique. D’un côté les joueurs incarneront des soldats d’élite aux profils différents, censés remplir des objectifs et traquant le Predator. De l’autre côté un joueur prendra le contrôle du Predator justement, en choisissant parmi différentes classes de personnages. Une créature alien évidemment bardée de gadgets différents et tous plus mortels les uns que les autres.

Attendu sur PC et PS4 le 24 avril prochain, Predator : Hunting Grounds (dans lequel au passage on retrouvera la voix de Schwarzy !) se laissera approcher par les joueurs des deux plateformes à la fin du mois de mars. Illfonic vient d’annoncer que le titre serait jouable du 27 mars à 17h00 au 29 mars. Cette démo, accessible sans limitation sur PC depuis l’Epic Games Store, demandera toutefois aux joueurs PS4 d’être abonnés au PlayStation Plus.

Adults in the Room / De Costa-Gavras Avec Christos Loulis, Alexandros Bourdoumis, Ulrich Tukur

Après 7 années de crise le pays est au bord du gouffre. Des élections, un souffle nouveau et deux hommes qui vont incarner l’espoir de sauver leur pays de l’emprise qu’il subit.

Achat : https://www.filmotv.fr/film/adults-in-the-room/17346.html

Chronique :  « Adults in the Room », en partant de l’histoire et de l’état de la Grèce en 2015, est un film véritablement passionnant et palpitant sur les dessous de la « Politique et de la Finance » ! Costa Gavras a réussi un exploit en faisant de ces fameuses élections et du gouvernement qui en a découlé, une histoire haletante dont les rebondissements incroyables et son déroulement-même, sont un vrai enseignement sur l’Europe d’aujourd’hui ! On est simplement fasciné d’assister avec Yanis Varoufakis, aux réunions de cet Eurogroupe dont les différents ministres des finances de chacun des pays européens tirent les ficelles, en banquiers implacables et insatiables qu’ils sont ! Une vraie révélation à la manière d’un thriller, mené de main de maître par un réalisateur de 86 ans… Chapeau ! Unique à découvrir, même si l’on connaît forcément le dessous des cartes et que l’on sait déjà le fin mot de l’histoire… Pour incarner le charismatique Yanis Varoufakis, l’acteur Christos Loulis est simplement fabuleux d’énergie et de conviction ! On reste médusé par les avancées, et fatalement plus souvent par les reculs encaissés par ce ministre dans sa détermination à défendre les intérêts de son pays et par là-même de son peuple qui lui n’aspire juste qu’à une vie meilleure. Toute cette lutte pour refuser ou aménager le remboursement de cette dette, est décrite à la perfection, à travers une peinture édifiante d’un monde de profit, de rendement prêt à broyer de l’humain à tour de bras, au point de ne pas avoir le droit essentiel d’exister ! Tout l’aspect social et humain d’un peuple en souffrance est gommé, effacé brutalement et rapidement d’un geste sans concession, sans compassion, juste à cause d’une dette qui doit être remboursée coûte que coûte, au risque d’enfoncer encore davantage ce pays ! L’enchaînement des événements vécus par ce ministre et à fortiori par son peuple, fait preuve d’une démonstration ici limpide et machiavélique, dont l’Europe et son fonctionnement hyper capitaliste en sont la cause et le fondement même. Une situation pourtant plus qu’alarmante, dont les répercussions guettent bon nombre d’entre nous, et qui devraient nous amener à réfléchir même pour les cadres moyens en nette perte de pouvoir d’achat… Alors n’ayant rien à perdre, on se demande encore ce qu’attendent toutes ces populations humiliées et bafouées par cette économie capitaliste à outrance, pour battre le pavé dans la rue par millions, et ainsi reprendre définitivement les rennes de leur destin en main et enfin vivre décemment plutôt que survivre ! Qu’on se le dise.

Note : 9 / 10

Bande-annonce

 

Donnybrook / De Tim Sutton Avec Jamie Bell, Frank Grillo, Margaret Qualley

Ex-marine, Jarhead est un père désespéré. Non seulement il est prêt à tout pour nourrir ses enfants, mais c’est aussi un combattant redoutable.

VOD : https://www.filmotv.fr/film/donnybrook/17181.html

Chronique : Surtout connu comme le gamin d’une ville minière anglaise qui voulait danser, Jamie Bell, la star de « Billy Elliot », est devenue robuste avec l’âge. Dans le sombre film Donnybrook du réalisateur Tim Sutton , il incarne Jarhead Earl, un ancien Marine américain coincé dans des circonstances économiques relativement sombres. Dix-huit longues années ont rendu difficiles les traits autrefois angéliques de l’acteur. Disparaissant dans le rôle, au lieu de rayonner d’espoir et de possibilité, son visage révèle un homme qui a vu le fond du rocher. C’est un combattant dans le sens le plus littéral – un pugiliste scrappy et légèrement coulant qui ne connaît pas d’autre moyen d’échapper à son existence de parc de roulottes que d’affronter les voyous les plus dangereux du comté dans le match à mort qui donne ce thriller obsédant à combustion lente son nom.

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En fait, le Donnybrook pourrait être un match à mort. Même à la fin du film, on ne peut pas être trop sûr de ce qu’est le secret bien gardé, bien que la simple mention inspire le respect dans le coin ravagé par les opioïdes d’Amérique où le film se déroule. Le Donnybrook est une sorte de club de combat à la poubelle blanc – caché quelque part hors de la grille et dirigé par des hommes qui ressemblent à un croisement noueux entre les néonazis et les Hell’s Angels – où un buy-in à gros enjeux gagne des gens désespérés un pot de 100 000 $. De son apparence, c’est tuer ou être tué une fois que vous entrez dans le ring. C’est certain: Jarhead Earl prévoit de gagner ou de mourir en essayant, comme un furet qui mord fort jusqu’à ce que son cœur cesse de battre, ou un féroce Jack Russell terrier face à un adversaire beaucoup plus grand.

Pour Sutton – dont le film précédent, «Dark Night», inspiré du tournage mégaplex d’Aurora de 2012, a fait une déclaration austère sur la violence armée – «Donnybrook» marque une avancée majeure en termes d’ambition et de style, méritant la distinction d’ouvrir le Festival du film de Toronto section de la plateforme compétitive. Au lieu de s’en tenir à l’ambiance raréfiée de ses projets précédents, Sutton emprunte la route des films de genre granuleux, enveloppant ses préoccupations concernant la masculinité frustrée américaine dans le manteau lisse et existentiel d’un thriller de style frères Coen (d’autres se souviendront du style plus nihiliste du réalisateur de « Green Room » Jeremy Saulnier).

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Depuis le monologue d’ouverture, prononcé par un ermite grisonnant de Backwoods qui transporte Jarhead Earl vers le Donnybrook, le script de Sutton sonne comme «No Country for Old Men» – ou plus exactement, comme le genre de portrait élégiaque et noir charbon de l’Amérique sans issue. que Cormac McCarthy a colporté toutes ces années. (Il n’est pas surprenant que Frank Bill, dont le roman « Donnybrook » est basé, fasse de fréquentes comparaisons avec l’écrivain occidental.) « Le monde a changé. Des criminels qui gèrent tout », dit le codeur, sa voix comme une souche d’arbre traînée sur du béton alors qu’il dirige Jarhead Earl vers le redneck River Styx. «Revient à un homme sachant ce qu’il peut faire. C’est comme ça que vous vous battez – c’est tout ce qui compte. »

Sutton utilise la musique de manière non conventionnelle, pas autant comme une partition qu’une explosion d’énergie brute qui attire l’attention, soulignant qu’il ne s’agit pas d’un drame ordinaire. Il s’agit plutôt d’une saga criminelle dur (les personnages de boxe tragiques sont si communs dans la fiction pulpaire que Quentin Tarantino en a écrit une dans « Pulp Fiction »), le genre où la moitié des personnages établis dans le premier acte sont destinés à être abattus, poignardés , étouffé ou brûlé à mort. Un seul de ces cadavres pourrait raisonnablement être reconnaissant de sa sortie après que la mauvaise nouvelle, la femme fatale Dalia (Margaret Qualley), ait été forcée de lui donner une «fin heureuse» troublante pour nous / avilissante.

Les combats, en ce qui concerne Jarhead Earl, sont «la seule chose à faire pour des gens comme nous». Et donc il attrape un fusil de chasse et vole le prêteur sur gages local, volant juste assez pour couvrir ses frais d’entrée. Bizarrement, lorsque le caissier au nez cassé appelle les flics, le shérif Donny Whalen (James Badge Dale) lui demande instamment de ne pas porter plainte. Il a de vrais criminels à attraper – comme un trafiquant de drogue sociopathique nommé Chainsaw Angus (Frank Grillo), une machine à tuer complètement amorale qui est la version de ce film d’Anton Chigurh de Javier Bardem dans «No Country».

Grillo est l’un de ces acteurs de personnages d’armes secrètes que les cinéastes ne font que découvrir comment déployer correctement, et ici, Sutton est peut-être plus proche que quiconque de maximiser ce potentiel. Il est comme un homme de tête qui a mal tourné: grisonnant, ciselé et Jon Hamm beau, avec une séquence sadique à la place de cette étincelle malicieuse. Il est présenté comme le crétin qui vend des opioïdes à la femme de Jarhead Earl (Dara Tiller, qui n’a pas grand-chose d’autre à faire que d’avoir l’air épuisé ou inquiet), trouvant trop facile de battre son mari en colère lors de leur première confrontation – pas un début prometteur pour Jarhead Earl, qui compte sur ses poings pour gagner de l’argent.

Au fur et à mesure que le film avance, alternant entre ces deux personnages ultra-machos alors que leurs chemins se séparent et finalement se réunissent, le statut mythique d’Angus se profile de plus en plus intimidant, rendu doublement sinistre par la dynamique inconvenante qu’il a avec sa sœur Dalia (entrevue dans le premier ferry- scène de bateau avec Jarhead Earl, qui taquine la possibilité de rebondissements à venir). Bell peut être l’anti-héros tragique du film, humanisé quelque peu par ses interactions avec son fils Moses (Alex Washburn), mais à bien des égards, le personnage de Qualley est l’âme du film: quelqu’un qui vient de circonstances brisées et a grandi sans boussole morale et sans rôle approprié modèle. En l’occurrence, Dalia s’est également battue en elle, accompagnant Jarhead Earl lors de la dernière étape de son voyage vers le Donnybrook.

Cela nous ramène à la question de ce qu’il est exactement, ce sinistre Donnybrook – cet endroit entrevu de manière abstraite dans le plan d’ouverture et représenté tout au long par les co-compositeurs Phil Mossman et Jens Bjørnkjaer. Pour toute l’accumulation, la finale est anticlimatique, précipitée et pas aussi cauchemardesque que les 90 minutes précédentes. Il ne peut aller que de deux façons, et il va de l’une de ces façons. Il s’avère que le titre fait également référence à la première bataille de Bull Run, qui établit une coda inutile pour le poème épique décourageant qui a précédé, permettant à Sutton d’offrir un résumé ordonné de son requiem pour le rêve américain.

Note : 9/10

UN FILM DE TIM SUTTON
AVEC
JAMIE BELL (Billy Elliot, Snowpiercer – Le Transperceneige, Skin…)
FRANK GRILLO (Le Territoire des loups, La saga American Nightmare, La saga Captain America…)
MARGARET QUALLEY (Once Upon a Time… In Hollywood, The Leftovers…)

La Plateforme sur Netflix : que comprendre de la fin ?

Disponible sur Netflix ce 20 mars, La Plateforme est un thriller espagnol fantastique et angoissant qui pose beaucoup de questions. Alors que comprendre de la fin du film ?

Attention, spoilers. Les paragraphes suivants révèlent des éléments d’intrigue du film La Plateforme. Si vous ne voulez rien savoir, ne lisez pas ce qui suit.

Après avoir fait sensation au TIFF (Toronto Internation Film Festival) en 2019, La Plateforme (El Hoyo, en espagnol), de Galder Gaztelu-Urrutia est disponible sur Netflix ce 20 mars. Entre Cube et Snowpiercer, le film nous plonge dans une sombre prison-tour, appelé « La Fosse », traversée en son centre par une dalle transportant des plats d’exception préparés par des chefs cuisiniers et descendant d’étage en étage pour nourrir les détenus. Ce système favorise les premiers servis et affame les derniers. Chaque prisonnier a le droit de prendre un objet pour sa détention et a 2 minutes pour manger ce qu’il peut sur la plateforme mais ne peut conserver aucune nourriture dans sa cellule qu’il partage avec un autre détenu.

Dans La Plateforme, on suit l’histoire de Goreng (Iván Massagué), qui a volontairement intégré la prison-tour afin d’obtenir à sa sortie un brevet lui permettant de s’élever socialement. Il se réveille à l’étage 48 avec le livre et son co-détenu Trimagasi (Zorion Eguileor), un vieil homme enfermé pour meurtre. Pendant des mois, Goreng va tenter de survivre dans la Fosse où la seule loi qui domine est « manger ou être mangé » face à des prisonniers cannibales, violents, déviants et pervers. Mais l’homme va aussi rencontrer d’autres détenus à d’autres étages espérant un échappatoire ou un futur meilleur à l’image d’Imogiri (Antonia San Juan) et Baharat (Emilio Buale Coka), tout en cherchant l’enfant de Miharu (Alexandra Masangkay), caché dans la prison.

 
UNE FIN RÊVÉE OU RÉELLE ?

Si La Plateforme est une satire sociale sur le comportement humain, le renversement de l’ordre établi et la lutte des classes, le film est aussi intimement lié à Don Quichotte, célèbre roman de Miguel de Cervantes, que Goreng choisit d’emmener avec lui comme seul objet dans sa cellule. En plus d’être semblable physiquement, Goreng et Don Quichotte se ressemblent dans leur combat de justice sociale contre une société espagnole dure. Il rencontre son Sancho Panza (Baharat) avec qui il se mue dans une posture de chevalier idéaliste lorsqu’ils descendent jusqu’au fond de la Fosse avec leurs barres de fer. Par ailleurs, les métaphores sur les faux-semblants et les faux espoirs de Goreng font penser à ceux de Quichotte entre la fille de Miharu qui rappelle les géants et la panna cotta qui rappelle les moulins.

Là où le film peut nous perdre et amener sur différentes interprétations c’est sa temporalité et sa vérité. Est-ce que la petite fille de Miharu que Goreng et Baharat trouvent au tout dernier étage (le 333ème) est réelle ? Si c’est le cas, cela veut dire qu’Imogiri, ancienne employée de l’Administration (qui contrôle la Fosse) s’est elle aussi fait berner et ne savait pas que les enfants pouvaient être incarcérés comme elle l’explique à Goreng. Cela expliquerait aussi l’importance accordée à Miharu dans le récit et le fait qu’elle descende à chaque descente du plateau repas pour tuer des détenus et nourrir sa fille qui est devenue cannibale. On voit bien que la petite se nourrit de chair humaine lorsqu’elle en donne à Goreng. Cette vision optimiste voudrait dire que le message à l’Administration est bien passé : la petite fille, l’être le plus fragile de la prison a réussi à survivre au dernier étage en étant intacte, propre et en bonne santé.

Pourtant, une scène au milieu de film fait réfléchir sur la véracité de ce que vit Goreng à la fin. Une séquence dans la cuisine où l’un des hommes en charge des repas sermonne son équipe de cuisiniers sur un cheveu retrouvé sur la fameuse panna cotta. Puisque le film est composé de quelques flashbacks, l’entretien de Goreng notamment pour intégrer la prison-tour, il ne serait pas impossible que cette scène soit la fin du film et que la deuxième moitié du long-métrage soit l’acheminement vers cette séquence. Comme si les cuisiniers voyaient un plat être retourné par des clients de luxe pour un cheveu, ce qui serait encore plus cruel comme message et reviendrait une nouvelle fois à briser les barrières entre les pauvres et les riches, à l’image du système qui veut que chaque mois les détenus changent d’étage et soient riches de nourriture ou pauvres de nourriture à tour de rôle.

Cela voudrait donc dire que Goreng, déjà bien amoché à voir les fantômes des morts, et Baharat auraient halluciné la présence de la petite fille et qu’ils auraient laissé la panna cotta et un de leurs cheveux dessus avant de mourir. La force du film La Plateforme, au-delà de ses divers messages sur la lutte des classes et la conscience humaine, est aussi un pamphlet sur un thème universel qu’on pourrait résumer à « l’enfer, c’est les autres ». Le long-métrage aussi absurde qu’angoissant ouvre à différentes interprétations et réflexions sur notre état d’esprit face à cette histoire sordide dans un huis clos anxiogène et mortel.

La Plateforme De Galder Gaztelu-Urrutia Avec Ivan Massagué, Zorion Eguileor, Antonia San Juan sur Netflix

Dans une prison-tour, une dalle transportant de la nourriture descend d’étage en étage, un système qui favorise les premiers servis et affame les derniers.

Chronique : Dans la lignée d’un huis-clos à la Cube, saupoudrée d’une réflexion sociale sur le capitalisme et la lutte des classes façon Snowpiercer : Le Transperceneige, avec quelques écarts gore que renieront pas les amateurs de Saw, l’intriguant et étrange La Plateforme a fait son arrivée sur Netflix comme une bonne vieille série B fauchée que l’on pouvait découvrir par hasard sur une étagère de vidéoclub.

Objet cinématographique non identifié, La Plateforme a ce petit côté barré comme le cinéma espagnol en raffole. Pour sa première réalisation, Galder Gaztelu-Urrutia parvient plutôt bien à intriguer dès sa première partie  qui sème le dégoût et l’angoisse.

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Roi (involontaire) du timing, Netflix a ajouté La plateforme sur son catalogue à point nommé en ces temps de confinement où il serait fort à propos de questionner l’individualisme de nos sociétés contemporaines et la répartition des richesses. La mise en scène de Gaztelu-Urrutia, plutôt oppressante, ne manquera pas de procurer à ceux qui le visionnent une sensation d’enfermement devenue familière. Et alors que son film vire progressivement à l’horreur (visuelle), son protagoniste bascule dans une remise en cause existentielle.

Derrière cette métaphore aussi violente et gore que minimaliste, se cache une petite pépite ibérique que Beckett ou Pinter aurait pu écrire.On parle ici d’inégalité, d’égoïsme, d’individualisme, de redistribution, et le réalisateur bouscule le spectateur sans ménagement, à la limite de l’écœurement. 1H30 de pamphlet à peine supportable sur ce qu’est l’homme pour l’homme.
Totalement assumé, cette « plateforme » remarquable n’est vraiment pas à mettre en toutes les mains. Âmes sensibles s’abstenir…

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