Le grand voyage – Une nouvelle aventure d’Emmett et Cambouy de Karen Hottois et Delphine Renon | 16 mai 2019

Ce sont les vacances ! Emmett et Cambouy (enfin surtout Cambouy…) ont de grands projets : partir loin, loin, loin ! Oui, mais voilà, une fois l’heure du départ arrivée, le plus aventurier n’est pas forcément celui qu’on croyait et assez vite Cambouy se dégonfle : dormir sous la tente, loin de son lit et de ses amis, n’est finalement pas sa tasse de thé. Le voyage se termine alors plus tôt que prévu à la grande déception d’Emmett qui, lui, s’est découvert l’âme d’un voyageur.
Pour faire oublier qu’il a reculé, Cambouy propose un pique-nique au bord de l’eau où l’on se raconterait sa destination rêvée, pour voyager, mais en pensée, sans danger…
Le problème c’est que la graine du voyage s’est plantée dans la tête d’Emmett qui, petit à petit, sombre dans la mélancolie. Il voudrait tellement voir la mer…

Chronique : Un super livre sur Emmett et Cambouy qui découvrent ce qu’est le voyage  et les moments de joie. Cet album parle de l’amitié et tout ce qui va avec sous une forme assez poétique. Emmett et Cambouy sont amis, ce qui forge leur vie, leur rythme et leur façon de percevoir le monde. Les deux auteurs traitent de ce sujet avec beaucoup d’intelligence, car il ne s’agit pas d’une simple énumération de saynettes. Mais chacun des deux personnages a choisi l’autre, accepté sa personnalité et y a vu un accord. De ces différents moments partagés, se ressent une grande douceur, une belle sensibilité. Les illustrations apportent une certaine folie dans ce réalisme de situations. Les deux personnages expriment leur excentricité, ce qui construit chacun et développe la relation entre les deux. L’enfant peu s’amuser tout en lisant le récit, il construit l’illustration et comprend donc le texte afin d’apprendre les saisons et d’aborder la notion de temps ce qui fait marcher sa motricité fine. Un très bon livre qui tient toutes ses attentes.

Note : 9/10

  • Album: 56 pages
  • Tranche d’âges: 6 – 8 années
  • Editeur : Seuil jeunesse (16 mai 2019)
  • Collection : Album jeunesse
  • Langue : Français
  • ISBN-13: 979-1023511413

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Le cycle de Mithra : Intégrale des romans et des nouvelles de Rachel Tanner | 16 mai 2019

VIIIe siècle après Jésus-Christ : le culte de Mithra est devenu la religion officielle de l’Empire romain, et les autres cultes, dont celui de la petite secte chrétienne, sont férocement réprimés. Mais les mécontents s’agitent : peuples germaniques en révolte, Armoricains jaloux de leur autonomie, tribus helvètes bien décidées à interdire l’accès à leurs montagnes… À Vindossa jardin d’Éden protégé du monde extérieur Ygrène, une puissante magicienne, s’efforce de rassembler les ennemis de Rome. Il ne manque qu’une étincelle pour mettre le feu aux poudres, et elle viendra de Judith de Braffort, fille d’un noble armoricain, envoyée à Vindossa par un dieu assez mystérieux. À Rome pourtant, alors que les légions se mettent en marche pour écraser toute résistance, la vie continue, entre jeux du cirque et chasse aux hérétiques, complots politiques et menaces diverses.

Cette intégrale contient :
– L’Empreinte des dieux
– Le Glaive de Mithra
– Les Sortilèges de l’ombre
– Chronologie Glossaire Mithra et le mithriacisme

Chronique : Rome, la capitale du monde civilisé est remarquablement mise en scène, l’action de cette uchronie se situe au VIIIème siècle et réunit les protagonistes survivants de l’empreinte des dieux.
Si vous aimez l’empire romain laisser vous emporter par cette histoire où le christianisme n’est pas né et a été remplacé par le culte de Mithra
. Dans les années 1500, Judith, fille du duc Morvan de Braffort, coule une jeunesse heureuse en Armorique auprès de ses frères et de Christina, la nouvelle épouse de son père. Elle n’ignore pas qu’à Rome, l’empereur, après que l’hérésie chrétienne ait été pratiquement décimée, entend bien étendre à toutes les provinces le culte exclusif de Mithra, mais Rome est si lointaine ! Aussi, en dépit de son vif déplaisir, ne mesure-t-elle pas immédiatement les changements que va entraîner l’arrivée de Savanarol au château de son père que le prêtre, fanatique, entend bien convertir en même temps que ses gens.
En dépit de son prosélytisme, il va pourtant se heurter à un mur, même si les réticences de Morvan sont entourées de toute la diplomatie nécessaire. Ici, on respecte les dieux mais essentiellement les siens. Et ni Judith ni sa belle-mère ne sont de faibles femmes aisées à convertir. Savanarol va cependant trouver une aide inattendue en Frédérique, une cousine veuve et aigrie que le duc a recueillie ainsi que son fils. Le meurtre accidentel de ce dernier par son cousin, au cours d’une sotte dispute, va faire basculer leur vie à tous.
Pendant que Frédérique, exilée, va partir pour Rome et, forte d’une haine sans mesure encouragée par les prêtres de Mithra, va gravir rapidement tous les degrés du culte pour pouvoir assouvir sa vengeance, les fils de Morvan, par sécurité, vont également devoir s’éloigner.
Quant à Judith, en dépit du chagrin qu’elle en éprouve, elle ne pourra non plus demeurer avec les siens car elle a rencontré un dieu. Quel dieu ? Elle l’ignore mais elle n’oserait désobéir à l’ordre donné : rejoindre la magicienne Ygrene, dans son domaine de Vindossa, et en devenir l’apprentie.
Il ne neige pas à Vindossa, le temps y est toujours doux et les arbres fleuris. C’est un lieu de grand pouvoir, de ce pouvoir qu’Ygrene acceptera d’enseigner à Judith à condition qu’elle obéisse en tout et ne dérange pas son époux, l’énigmatique magicien Laran qui erre parfois avec Vinkey, un lion apprivoisé autant que magique.
Et c’est en ce lieu de pouvoir que vont se réunir les plus puissants de magiciens pour contrer le désir d’hégémonie de Rome qui est, en réalité, celui de Mithra, car même les dieux doivent respecter l’équilibre.
Judith va d’abord être chargée de rechercher l’aide d’Ogmios, le dieu guerrier, dont le pouvoir, comme celui des autres dieux, a diminué en même temps que le nombre de ses fidèles. Il lui faudra ensuite rallier Charles, comte des marches de Germanie, rebelle et proscrit après avoir essuyé une sanglante défaite à Trèves contre l’armée romaine. Et c’est lui qui viendra à son secours lorsque, trahie, elle tombera aux mains du général romain Agrippa sur le chemin du retour. Car c’est bien sur Vindossa que marche une immense armée romaine, aux ordres d’un empereur qui, sur l’instigation du grand-prêtre Eunomos, entend écraser toute résistance.
C’est donc sur ce champ de bataille, où elle va combattre aux côtés de ses frères, que se joue l’avenir des dieux… Les uchronies de Rachel Tanner sont de purs moments de délice et de délire, car on sent l’auteur extrêmement bien documentée — elle a une formation d’historienne et d’archéologue. Elle se délecte et nous régale de truculentes histoires de batailles, de conflits entre humains ou entre dieux païens, d’amour ou de sorcellerie. Des jeux du Cirque aux plaisirs des Thermes, du marché aux légumes aux bordels officiels, des catacombes au Palais impérial, nous sommes conviés à une visite guidée d’un genre particulièrement vivant. Rachel Tanner bénéficie d’une voix, d’une écriture, d’une inspiration. Il serait facile de se référer à quelque spécificité féminine, quitte à souligner, dans un a contrario supposé, le goût pour les combats, la violence des affrontements, la crudité énergique du vocabulaire, fort bien venue au moins dans les dialogues, voire le fait que lorsqu’un personnage est aussi narrateur, c’est un homme. N’empêche. À côté de la cervelle parfois répandue, des horions et des rats voraces, on découvre une immense attention aux gens. Aux femmes, aux enfants en particulier. Sans mièvrerie ni moralisme, comme en fait foi le splendide portrait des deux concubines d’un patricien. Sans misérabilisme non plus, mais avec réalisme quant à la misère et l’injustice, à la douleur et aux blessures, ou à l’exploitation, y compris sexuelle, y compris celle des enfants, ceci avec une authentique sensibilité, de celles qui font cogner fort, et droit à l’estomac. Et avec, en fait, une attention constante aux choses et aux gens, et une volonté de parler du passé non tel que le mythifient les adeptes du « bon vieux temps » mais tel qu’on peut le connaître, quitte, à partir de là, à le modifier et à le rêver, mais dans ses dégueulasseries et son humanité mêlées. Avec cette intégrale de Rachel Tanner les lecteurs auront fort envie de se le procurer. Mnemos  offre une sublime  couverture plus que réussie . A lire et relire .

Note : 9,5/10

 

  • Broché: 600 pages
  • Editeur : MNEMOS (16 mai 2019)
  • Collection : ICARES
  • Langue : Français
  • ISBN-10: 2354087357

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Fantômes de papier de Julia HEABERLIN| 16 mai 2019

Depuis des années, elle ne pense qu’à ça. Elle avait douze ans lorsque sa grande soeur a disparu. Pour elle, ça ne fait pas de doute : Rachel a été enlevée, puis assassinée. Grâce à une photo retrouvée sous l’escalier du grenier familial, elle connaît même le coupable : Carl Feldman, un photographe aussi célèbre pour ses clichés que pour les accusations de meurtre dont il est ressorti blanchi. Aujourd’hui sénile, Carl Feldman vit dans un établissement adapté. Mais l’heure de la vengeance a bientôt sonné : la jeune femme est prête à tout pour le forcer à recouvrer la mémoire et faire éclater la vérité. Même à prendre l’identité de sa fi lle illégitime et à entraîner l’homme qui l’a privée de sa soeur dans un road-trip texan sur les traces d’affaires de disparition non résolues. Mais de la jeune femme sans nom au plan millimétré et du vieil homme à la mémoire peut-être pas si morcelée, qui est le plus dangereux ?

Chronique : Une femme croit que l’ancien photographe Carl Louis Feldman est coupable. De meurtre, y compris le meurtre de sa soeur Rachel. Il a été acquitté pour le meurtre d’autres jeunes femmes dont il était accusé et il vit maintenant dans un foyer de soins pour personnes atteintes de démence. Pourtant, rien de tout cela n’a d’importance pour cette jeune femme, car elle sait que Carl est responsable et elle est déterminée à le prouver afin qu’elle puisse enfin découvrir ce qui est arrivé à sa sœur, douze ans plus tard. Comment, demandez-vous ? C’est très simple en fait. Elle prévoit de l’emmener faire un tour. Un tour en voiture, bien sûr. Partout dans l’État du Texas, visitant les lieux de ses crimes présumés, utilisant les photos qu’il a prises pour, espérons-le, rafraîchir sa « mémoire ». Cette fille se fait passer pour sa fille pour le sortir de sa maison de retraite et voilà, ça marche ! Peux-tu dire « Yee haw ?! » Ça me semble vague, et pour être franc, c’est un peu dangereux. Je ne monterais pas volontairement dans une voiture avec un meurtrier présumé, mais c’est juste moi. Et toi qui croyais que je riais devant le danger…

Ce qui commence comme un cauchemar, se transforme lentement en quelque chose d’autre. L’esprit de Carl est-il vraiment criblé de démence ? Ou peut-être joue-t-il son nouvel « ami » comme un violon ? Des questions, des questions. J’avais l’esprit en ébullition. Carl Louis Feldman est-il vraiment ce qu’il semble être ? Quelle que soit la façon dont vous la découpez, Carl est un homme intrigant. De toutes les conditions qu’il met en place, aux choses qu’il voit et entend – ses pensées me faisaient souvent sourire et me faisaient rire à haute voix. Quant à la femme ? Elle est intéressante, excentrique et très déterminée. Elle veut que quelqu’un paie et elle pense que quelqu’un est Carl. Elle a planifié toutes les éventualités et a pris les précautions nécessaires. Est-ce suffisant ?

Ni l’un ni l’autre de nos personnages principaux ne sont des narrateurs fiables puisqu’il faut se demander s’ils sont toujours sains d’esprit. En voyageant dans l’état du Texas, je me suis souvent demandé si Carl était vraiment atteint de démence, parfois il semblait extrêmement lucide. Il y a beaucoup de suspense, je n’avais aucune idée si Carl était coupable ou non, bien que les preuves semblaient suggérer sa culpabilité. Il y avait aussi de l’humour, avec la situation elle-même, avec les exigences de Carl et les fantômes qui semblent l’accompagner. On nous emmène même sur le site des Davidisns et des marquages des morts. Une installation si unique, quoique étrange, et que j’ai trouvé bien faite.

« Paper Ghosts » de Julia Heaberlin est un roman qui m’a fait battre sauvagement le cœur et prendre mon souffle dans la gorge. C’était une balade folle, intéressante, sauvage et j’ai apprécié chaque seconde.

Note : 9,5/10

 

  • Broché: 432 pages
  • Editeur : Presses de la Cité (16 mai 2019)
  • Langue : Français
  • ISBN-10: 2258153131

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Le monde de Nedarra – tome 1 Celle qui reste de Katherine Applegate | 23 mai 2019

Byx serait-elle la dernière de son espèce, celle que l’on appelle l’ultimon ? Pour en avoir le cœur net, elle traverse le royaume de Nedarra à la recherche des siens. Mais chaque recoin regorge de prédateurs…

Chronique : C’est le premier d’une série d’aventures fantastiques, la série Nedarra, (je ne sais pas combien de livres il a). Byx, notre héroïne est une créature en forme de chien qui a des pouces opposables, peut marcher sur deux jambes et peut parler. Leur caractéristique la plus précieuse est leur capacité à dire quand quelqu’un (humain ou autre) ment. Byx est l’avorton de sa petite meute, qui sont eux-mêmes les derniers des dairnes restés sur leur terre, chassés par les humains et qui ont constamment besoin de se déplacer. Un jour, juste avant que la meute ne parte, Byx s’enfuit pour jeter un dernier coup d’œil à la mer, où elle finit par sauver et se lier d’amitié avec une créature beaucoup plus petitte. Quand elle rentre chez elle, elle découvre que sa meute a été impitoyablement tuée et qu’elle est la dernière des dairnes encore en vie Maintenant, elle doit partir en voyage, accompagnée de Tobble et d’une jeune fille humaine, Khara, qui les a capturés, à la recherche d’une maison, ou plutôt d’un endroit où, selon la légende, d’autres dairnes ont déjà vécu. Bien que ce ne soit pas une quête très simple et que leur chemin soit semé d’embûches, Byx et ses amis découvrent rapidement que ce qu’ils cherchent et ce qu’ils combattent est beaucoup plus important que ce qu’ils avaient compris au départ, et il y en a très peu sur le chemin sur lequel ils peuvent compter.

Ce fut une lecture très agréable pour moi. Bien qu’il puisse se dérouler dans un monde imaginaire, bon nombre des questions qu’il traite et qu’il soulève font partie intégrante du monde dans lequel nous vivons (et s’y rapportent). Le plus important d’entre eux est l’inégalité, non seulement entre les sexes, mais aussi entre les différents êtres vivants – certaines espèces étant surnommées (et traitées) inférieures simplement parce qu’elles ne font pas ce que les autres font. Ensuite, il y a le problème le plus important, celui de la nature destructrice de l’homme. Leur avidité pour l’argent, le pouvoir, le contrôle, pour démontrer leur supériorité les a amenés à tout détruire autour d’eux, puis à pleurer hypocritement leur perte une fois que le mal est fait. C’est une caractéristique des humains dans ce monde fantastique, comme dans notre monde réel.

Mais pour en revenir à l’élément fantastique, j’ai aimé le monde que l’auteure a créé – aussi dangereux soit-il – il y a plusieurs êtres et lieux intéressants, tous très imaginatifs à mes yeux (il y a même un langage qu’elle a créé pour les différentes espèces). J’aurais préféré une carte du monde pour m’aider à mieux l’imaginer, mais elle n’était pas incluse dans l’ARC. Les personnages principaux eux-mêmes sont issus de différentes espèces qui se trouvent rassemblées par les circonstances, et qui doivent apprendre à surmonter leur méfiance et à se comprendre les uns les autres pour ce qu’ils sont. En conséquence, ils développent des amitiés improbables mais fortes, ce qui était agréable à voir. Les personnages eux-mêmes sont tous très sympathiques, même si j’ai trouvé Byx, Tobble et Gambler le félin particulièrement attachant, et j’ai aimé la relation qui se développe entre eux. L’illustration de Byx et Tobble sur la pochette est assez parfaite, et est très mignonne aussi.

J’ai aimé que l’auteur termine l’aventure (contrairement à certains livres qui s’arrêtent un peu brusquement) bien qu’il soit clair que la quête principale continuera avec plus d’aventures et de dangers en cours de route. Bien qu’il s’agisse d’un livre pour enfants, je pense que les adultes aussi apprécieraient cette lecture. J’attends avec impatience le prochain versement.

Note : 9/10

 

  • Broché: 416 pages
  • Tranche d’âges: 9 – 12 années
  • Editeur : Seuil jeunesse (23 mai 2019)
  • Collection : Fiction
  • Langue : Français
  • ISBN-13: 979-1023510744

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Pierre-de-vie de Jo Walton| 23 mai 2019

Applekirk est un village rural situé dans les Marches, la région centrale d’un monde où le temps ne s’écoule pas à la même vitesse selon que l’on se trouve à l’est – où la magie est très puissante et où vivent les dieux – ou à l’ouest – où la magie est totalement absente. C’est la fin de l’été, et la vie s’écoule paisiblement pour les villageois. Mais le manoir va être mis sens dessus dessous par le retour de Hanethe, qui fut autrefois la maîtresse des lieux. Partie en Orient, elle y est restée quelques dizaines d’années. Mais, plus à l’ouest, à Applekirk, plusieurs générations se sont succédé. Ayant provoqué la colère d’Agdisdis, la déesse du mariage, Hanethe la fuit. Mais Agdisdis est bien décidée à se venger. Subtil roman de fantasy – prix Mythopoeic en 2010 -, Pierre-de-vie dresse le portrait de femmes simples et merveilleuses, d’une famille sans histoires mais singulière, confrontées à des changements qui les dépassent, dans un monde hors du commun.

Chronique : Applekirk est une petite communauté rurale, où le temps est étrange ; les mois peuvent passer ailleurs tandis que les années passent à Applekirk. Ici, les gens vont à leurs affaires, dans les fermes et dans le manoir, menant leur vie comme ils y sont soumis par leur propre mode de vie, cette partie de leur moi qui leur dit quel devrait être leur talent et leur travail dans la vie. Taveth est le cœur tranquille du manoir, le gardant en ordre comme elle garde sa famille étendue en ordre, selon son mode de vie. Elle a aussi un talent étrange : elle voit plusieurs fois à la fois, et plusieurs personnes qu’elle rencontre, leur passé, leur présent et leur futur. Quand deux nouvelles personnes viennent à Applekirk, elles perturbent l’ordre tranquille de sa routine et de la vie de ses habitants.

J’ai été frappé de joie lorsque j’ai soudainement réalisé que Walton utilisait le truc de Rumer Godden pour raconter comme si tout se passait en une seule fois, en remontant dans le temps et en remontant dans le temps. J’ai trouvé cela fascinant au tribunal chinois de Godden et je ne l’ai jamais rencontré ailleurs. Taveth le décrit ainsi : « Le temps, elle le sait, est une illusion. Les choses semblent se succéder, mais en y repensant, tout s’est passé en même temps et ce qui semblait à l’époque faire partie d’une histoire en faisait partie d’une autre… ».

Ce que j’aime dans le travail de Jo Walton , c’est sa capacité à créer une société réelle et fonctionnelle, tout en démontrant comment elle fonctionne de façon discrète. Ce livre est un exemple particulièrement bon de l’art : ce que nous apprenons sur les structures familiales, comment les gens interagissent avec les dieux, comment ils approchent le yeya, sont tous cachés dans de petites phrases et des moments, sans jamais le jeter sur votre tête.

Le terme même de mode de vie est un bon exemple : un mode de vie est le vrai travail de quelqu’un dans le monde, la chose qu’il peut vraiment bien faire, qui répond d’une certaine manière à un besoin dans le monde. L’un des personnages principaux, Taveth, a le mode de vie de l’entretien ménager : bien qu’une mère d’âge moyen, mère de jeunes enfants adultes, ne soit pas l’héroïne fantastique conventionnelle d’un long plan, cela fonctionne parfaitement dans ce contexte.

Il y a une intrigue, et des choses passionnantes se produisent, et le monde change en conséquence, mais je laisse au lecteur le soin de les lire.

Note : 9,5/10

 

  • Broché: 336 pages
  • Editeur : Denoël (23 mai 2019)
  • Collection : Lunes d’encre
  • Langue : Français
  • ISBN-10: 2207144089

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Mon oiseau… Ned de Christian Demilly et Marlène Astrié | 6 mars 2019

“Quand j’ai pris mon oiseau dans ma main pour la première fois, c’est qu’il s’était blessé.
Il était petit alors, et son cœur dans ma main palpitait : c’était vivre.

Chronique : Ce formidable livre nous emmène en voyage autour de la planète à travers le rythme d’un oiseau Marlène Astrié  offre sur ce livre un  dessin unique et raconte une histoire, avec une immense sensibilité.
Ce livre est un régal pour les yeux : j’ai été époustouflée par les illustrations et le nombre d’heures de travail que cela doit représenter ! L’ensemble est émouvant, il faut prendre le temps de regarder chaque image pour percevoir tous les détails et être emporté dans l’univers de cette fameuse « âme animale ». Les textes de Christian Demilly et sont touchants, poétiques.

Note : 10/10

 

  • Album: 36 pages
  • Tranche d’âges: 3 années et plus
  • Editeur : Grasset Jeunesse (6 mars 2019)
  • Collection : Lecteurs en herbe
  • Langue : Français
  • ISBN-10: 2246816432

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Comment j’ai raté ma vie de Bertrand Santini et Bertrand Gatignol | 17 avril 2019

Quand j’étais petit, j’habitais un immense château, caché au cœur d’une forêt magique, où tous les jours il faisait beau. Mais un jour, j’ai grandi…

Chronique :Un livre aux illustrations sympathiques, qui est un résumé des phases de la vie d’un garçon. L’histoire est raconté sur une image pleine page avec un court commentaire de l’autre côté. Au début, le petit garçon vit dans un monde intérieur merveilleux, même si en réalité il habite une masure dans un environnement peu enviable…

Puis, il grandit et plus il semble atteindre une réussite matérielle, mais plus il est seul et frustré, n’ayant rien de ce qu’il voulait en dépit des signes extérieurs de richesse.

C’est très bien fait. Le petit commentaire qui prend le contre-pied exact de ce qu’on supposerait en voyant l’image est très amusant. Le thème est bien résumé par l’accroche: « Tout se passait bien… jusqu’au jour où j’ai grandi. »

Note : 9,5/10
Chronique de : Jean-loup Sabatier

 

  • Broché: 48 pages
  • Editeur : Grasset Jeunesse (17 avril 2019)
  • Collection : Hors Collections
  • Langue : Français
  • ISBN-10: 2246816440

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