Le management très libéral des dirigeants nazis

Historien spécialiste du nazisme, Johann Chapoutot signe avec Libres d`obéir : Le management, du nazisme à aujourd`hui un essai déroutant sur les techniques de management des cadres nazis. Contre toute attente, une idéologie funeste communément associée à un sens de la planification rigoureux aura su s’accomoder des réalités de terrain et accepter une grande marge de liberté dans la gestion des hommes pour arriver à ses fins. Une adaptation dont l’héritage se poursuit jusqu’à aujourd’hui dans les entreprises.

Votre essai suit le parcours professionnel et intellectuel de Reinhard Höhn d’abord figure intellectuelle du IIIe Reich, puis directeur de la principale école de formation de cadres allemands de l’après-guerre. Comment s’opère la filiation entre les théories de l’organisation du travail de cet ancien juriste nazi et les méthodes de management actuelles ?

Reinhard Höhn a réfléchi au management essentiellement après 1945, dans le cadre des missions que lui confiait son employeur, un think tank industriel qui voulait doter l’Allemagne d’une académie de formation des cadres propre à faire advenir en Allemagne la figure du manager, du spécialiste de l’organisation elle-même, alors que l’Allemagne avait une tradition de cadres spécialistes de leur matière ou de leur technique – généralement, des ingénieurs, des titulaires de doctorat (droit, économie, chimie…) ou des docteurs-ingénieurs, statut créé par les réformes universitaires du début du XXe siècle. Le spécialiste non-spécialiste, le manager, était une nouveauté, et une nécessité urgente dans la mesure où, dans le cadre de la guerre froide et du Plan Marshall, l’Allemagne de l’Ouest s’intégrait à un bloc Atlantique où dominaient les archétypes formés par la Harvard Business School ou la MIT School of Management. Pour adapter les cadres aux nouvelles conditions d’une économie performante et de haute croissance, il valait mieux leur donner une formation continue que réformer en profondeur le système universitaire et attendre une nouvelle génération d’étudiants. Le principe d’une école de cadres fut donc retenu, et Reinhard Höhn a ouvert son Akademie für Führungskräfte en 1956, de même que la France a inauguré l’INSEAD en 1957 – dont le principe est le même : accueillir des cadres déjà en fonction, et les doter d’une formation professionnelle.

Avant 1945, Reinhard Höhn, jeune professeur de droit et général SS, s’intéressait, sur le plan intellectuel, à deux choses principales : la transformation des administrations du Reich dans un contexte d’extension territoriale et de diminution des personnels (comment faire plus avec moins ?), le remplacement de l’Etat par des agences, et l’histoire militaire, sa passion de toute une vie.

Je montre dans le livre que c’est en s’inspirant de tout cela, comme de la conception nazie du travail (volontaire, libre) et de la Menschenführung (la direction des hommes – que ce soit à l’armée, à l’usine ou au bureau, ou dans la société en général), que Reinhard Höhn a pu élaborer un modèle de « management par délégation de responsabilité » qui, par son aspect participatif et libéral, a su correspondre aux exigences d’une société nouvelle, libérale et démocratique. De fait, son modèle a été le catéchisme du monde économique allemand des années 1950 aux années 1980 au moins. Lorsqu’il meurt en 2000, Höhn est célébré comme le « Peter Drucker allemand », comme un pape du management.

Vous montrez de façon surprenante que les théoriciens du nazisme préfèrent un foisonnement d’initiatives individuelles désorganisées à la rigidité de l’Etat. On passe d’une gestion absolutiste du pouvoir à un management par objectif où la prérogative des chefs n’est plus d’imposer les méthodes mais d’ordonner, contrôler, évaluer. Cela ne va-t-il pas à l’encontre de l’image de l’organisation quadrillée du pouvoir nazi ?

Oui, et c’est, comme vous le dites, une image, une de celles qui subsistent par persistance rétinienne. Nous sommes nourris d’images produites par les nazis sur eux-mêmes : pas un documentaire ne nous épargne les défilés ou les alignements au cordeau des films de Leni Riefenstahl, qui étaient des mises en scène dictées par les impératifs de la propagande nazie. Comme, de surcroît, ces images correspondent aux stéréotypes que nous cultivons au sujet de l’Allemagne et des allemands (organisés, rigides, disciplinés…), nous ne voyons pas la réalité derrière l’écran. Cette réalité nazie est toute d’improvisation, de contrordres, de contradictions et de chaos. Comment aurait-il pu en être autrement ? Les nazis s’estiment en retard sur tout, sur la biologie et sur l’histoire. Pour adapter l’Allemagne à la réalité d’un monde en guerre biologique, il faut lancer des myriades de chantiers dans tous les domaines, des autoroutes à la réforme du droit, de la création d’une armée à la refonte administrative du Reich… et cela s’accentue avec la conquête de l’Europe ! D’un point de vue militaire, administratif, économique, policier, génocidaire, ce qui domine, c’est la vitesse : rapidité des initiatives, brutalité des mises en œuvre. Tout cela produit du chaos.

Mais c’est un chaos créatif, et voulu comme tel. Les nazis sont des darwinistes sociaux, qui considèrent la concurrence, la lutte et le combat comme positifs et salvateurs. Que l’initiative individuelle fleurisse, et que le meilleur gagne ! A la fin, c’est la solution la plus radicale, car la plus violente et la plus rapide, qui est retenue par une hiérarchie qui se contente, au fond, de fixer des objectifs généraux et d’arbitrer in fine en faveur du « meilleur ».

Cette pratique du darwinisme institutionnel, qu’Albert Speer, ministre de l’armement à partir de 1942 appelle « l’improvisation organisée », est théorisée par des juristes, hauts fonctionnaires du régime fortement empreints de darwinisme social et de racisme, inconditionnels de la « lutte pour la vie », de la « survie du meilleur » et de la « sélection naturelle ». Reinhard Höhn, officier supérieur de la SS, membre de son élite (le SD) et protégé d’Heinrich Himmler, en fat partie.

Pourtant vous montrez par ailleurs que ces théories du management sous le nazisme sont elles-mêmes inspirées d’un nouvel art de la guerre venu de la Révolution française où la motivation individuelle prend le pas sur l’organisation totalitaire. Comment la souplesse d’exécution de l’armée française inspire-t-elle les dirigeants nazis ?

Bien en amont des nazis, la défaite terrible que les Prussiens concèdent à Napoléon en 1806 à Iéna a conduit à repenser en profondeur l’organisation militaire, l’art du commandement et les rapports entre donneur d’ordres et subordonnés. Clausewitz, un général prussien traumatisé par la défaite, a constaté que la victoire des Français était en grande partie celle de l’adaptation au terrain, de l’initiative individuelle et du mouvement face à la rigidité mécanique de la ligne d’infanterie prussienne hérités de Frédéric II. Des tirailleurs mobiles faisaient face à des automates mus par des ordres mathématiques qui ne laissaient aucune place à l’improvisation, au brouillard de la guerre et à l’imprévu. Par ailleurs, remarquait le général Scharnhorst, les soldats français étaient des soldats-citoyens qui se battaient pour eux-mêmes, pour leur liberté. Autrement dit, ils étaient passablement plus motivés au combat que les soldats de plomb prussiens, manipulés sur le champ de bataille comme des pions sur une carte de Kriegsspiel…

Les réformes de l’armée prussienne, entre 1806 et 1813, ainsi que les écrits théoriques de Scharnhorst, ont donné naissance à un nouvel art du commandement, la « tactique par la mission », en allemand Auftragtstaktik : le chef donne un objectif, sans spécifier les voies et les moyens. A charge au subordonné, qui doit remplir l’objectif, de calculer et de mettre en œuvre les moyens adéquats pour le succès de sa mission. Dans cette configuration, un seul critère d’évaluation : la réussite – tempéré par la proportion, donc l’économie, des moyens (ne pas perdre trop d’hommes et de matériel, par exemple).

C’est cette conception du commandement qui permet à la Wehrmacht d’obtenir ses plus beaux succès, notamment lors de la campagne de 1940 en France : les officiers de terrain, comme le général Rommel, sont libres de faire ce qu’ils veulent pour atteindre leurs fins. Ils prennent tellement cette liberté à cœur que leur marge d’appréciation va jusqu’à l’insubordination caractérisée, comme lorsque Rommel coupe sa radio pour ne pas entendre les ordres d’arrêt ou de repli de son état-major, une surdité sélective que reproduit son camarade Guderian quand, au lieu de s’arrêter à Pontailler-sur-Saône, il se retrouve à Pontarlier, à la frontière suisse…

Dans l’armée prussienne, puis allemande, on est donc libres d’obéir : il faut obéir (atteindre un objectif, réussir une mission – Auftrag), mais on est libre de choisir les moyens de sa réussite.

C’est cet art du commandement que le SS Reinhard Höhn, historien militaire reconnu et spécialiste, du reste, de Scharnhorst, décide de transposer à l’organisation productive dans le cadre d’une économie libérale, de marché et de haute croissance.
Pour les nazis « la force productive est soutenue par la joie », on pourrait presque retrouver cette formule dans la novlangue du monde des startups ?
Oui, et cela n’a rien de bien surprenant. Le management est, essentiellement, un art d’aménager la contrainte – en rendant la subordination, qui définit le contrat de travail, acceptable par l’agent producteur.

On constate que, après 1945, dans le « monde libre », il fallait être libre politiquement (dans le cadre de la démocratie libérale, en tant que citoyen) mais aussi économiquement (dans le cadre de l’entreprise, en tant que producteur, voire en tant que consommateur, dans une société de consommation définie par l’abondance, la diversité et le marketing).

Face à cela, il y avait le « bloc de l’Est », caractérisé par la tyrannie (politique) et la pénurie (économique), ainsi que par l’esclavage (productif).

Le management libéral de Höhn était parfaitement adéquat aux temps nouveaux, ceux de la démocratie capitaliste, tout en venant des temps anciens (ceux de la lutte contre le communisme, dont les nazis étaient les plus fervents acteurs).

Et en ce moment que lisez-vous (essais ou fictions) ?

Pour le loisir et la réflexion hors travail universitaire, des polars nordiques, de la littérature française contemporaine, des essais de politique et d’économie, ainsi que de l’histoire grecque et romaine.

Découvrez Libres d`obéir : Le management, du nazisme à aujourd`hui  de Johann Chapoutot publié aux éditions Gallimard dans la collection NRF Essais. 

Interview : Louise Mey à propos de La Deuxième Femme

Dans La Deuxième Femme, Louise Mey met très justement en lumière les codes de l’emprise amoureuse, parfois intrinsèque aux situations de violence conjugale. Si l’auteure avait déjà exploré ces thématiques dans ses romans policiers Les Ravagé(e)s et Les Hordes invisibles, la violence prend ici une dimension plus intime. On y suit malgré nous les tourmentes de Sandrine, nouvelle compagne de l’homme dont elle a tant rêvé, qui se révelera capable d’une violence extrême.

Ce livre a pour sujet prédominant la dénonciation des violences faites aux femmes, ligne déjà conductrice de vos romans Les Ravagé(e)s et Les Hordes invisibles. Dans ces derniers, vous situiez partiellement l’action dans un commissariat. Cette fois-ci, l’horreur se déroule dans la sphère familiale. Pourquoi avoir fait le choix d’une narration intime ? 

Oui, c’est un point de vue différent. Les policiers et policières que j’ai inventés pour Les Ravagé(e)s et Les Hordes invisibles savent beaucoup de choses, discutent entre eux, ont du recul sur la situation, ce qui permet d’avoir une approche un peu théorique des cas qu’ils rencontrent et touchent majoritairement des femmes et des personnes LGBTQ+.

Mais je ne voyais pas comment raconter ce que je voulais raconter en conservant cette posture de surplomb. Ça me semblait même un peu injuste : c’est facile d’analyser et de discourir sur l’emprise lorsque l’on n’en est pas soi-même victime.
Ce que j’ai essayé de faire, au contraire, c’était d’accompagner mes personnages au plus près, des personnages qui surnagent comme ils peuvent ; et de montrer comment ils en arrivent là où on les trouve. C’est une approche plus viscérale. Je traite toujours d’une question globale, qui est celle des violences systémiques faites aux femmes, mais c’est comme un champ/contrechamp, un changement de point de vue après deux Alex et Marco – et avant de terminer le troisième. 

Une partie substantielle de la narration de votre livre réside dans le refus de nommer l’autre : les autres femmes ne sont pas reconnues par Sandrine, le personnage principal, pour leur statut, et sous votre plume « l’homme qui pleure » ne possède pas de prénom. En faisant le choix de ne pas nommer ce personnage principal masculin, en lui refusant une part de son identité, cherchiez-vous à amorcer une discussion sur les problématiques de violence liées au genre masculin et à sa possible toxicité dont il est parfois question aujourd’hui ?

Les personnages féminins sont bien nommés par Sandrine, mais vous avez raison, elle leur dénie une reconnaissance à part entière : Caroline est « la première femme » avant d’être Caroline, elle n’existe que par ce statut directement lié au compagnon de Sandrine. Et au départ, Sandrine est persuadée que Lisa, par exemple, n’est pas une interlocutrice légitime car pour Sandrine, il y a des métiers « d’homme » : médecin, flic… Elle a appris à penser que les hommes font mieux, savent mieux. Quant à l’homme qui est un pivot dans le récit, le choix de ne pas lui donner de prénom est délibéré. Ce n’est pas un personnage qui m’intéresse beaucoup. Dans le polar, le thriller, les personnages masculins ont très souvent et la parole, et la main sur la narration.

 

De manière générale, il y a quand même beaucoup de livres, de films, qui décortiquent les motivations d’hommes qui font du mal aux femmes. Je me souviens d’un film où deux inspecteurs masculins, entièrement habillés – bon, ce n’est pas surprenant en soi, ils sont en train de travailler… – discutent de leur enquête alors qu’au second plan, il y a le corps d’une femme à moitié nue, jambes écartées, et floue. Cela m’avait révulsée – et c’était peut-être voulu. Ça m’a donné envie d’écrire autre chose ; des histoires où les victimes ne sont pas que des prétextes. Les histoires que l’on écrit infusent la société que nous habitons et j’avais envie de proposer quelque chose qui ferait un peu contrepoint. 

Encore dans la presse, malgré le travail de certaines équipes de journalistes et de militantes, on trouve encore beaucoup trop fréquemment des violences systématiques relatées sous la forme de faits divers, où les hommes mis en cause se voient attribuer des excuses : ils étaient ivres, ils étaient jaloux, ils étaient malheureux… Ça ne m’intéresse pas de participer à cela. On m’a déjà demandé, à plusieurs reprises « pourquoi ce choix d’écrire sur les pervers narcissiques » ; mais je n’ai jamais prétendu cela. Les hommes qui font du mal au femmes le font souvent parce qu’ils estiment qu’ils en ont le droit, ou qu’ils n’auront de toute façon pas à répondre de leurs actes. Et malheureusement, dans la réalité, le nombre d’hommes condamnés pour des violences ou des crimes sexistes leur donne raison… Mais depuis le début, mon propos est justement : « ces hommes ne sont pas fous ». Au contraire. Et c’est là, en effet, que la discussion sur la dimension toxique de la masculinité, telle qu’on la construit, devrait s’amorcer. Les personnes avec de réelles pathologies psychiques ont en fait davantage de risques d’être maltraitées que de maltraiter. Et si des hommes « sains d’esprit » sont violents avec les femmes, c’est bien qu’il y a un problème global. 

 

Et pour finir de répondre à votre question, ce qui est intéressant, c’est qu’on relève souvent (dans la fiction, la presse, dans les interventions télé…) que les hommes sont présentés avec leur nom de famille, leur titre officiel, alors que les femmes sont souvent réduites à leur simple prénom (ou alors on leur donne du « Madame » alors qu’elles sont professeures, expertes, comme pour nier leur expertise). Dans mes textes, j’ai réalisé que c’est l’inverse : le prénom, c’est un lien supplémentaire, une épaisseur en plus… les victimes en ont souvent, les agresseurs beaucoup moins. 

Quelle a été l’inspiration pour le personnage de Sandrine, la deuxième femme ? Était-ce un hommage aux “petites gens” que l’on ne voit pas, n’écoute pas ? 

C’est une question d’autant plus intéressante qu’au départ, le titre était La Première Femme. Avec ce titre, Sandrine n’était même pas au centre de sa propre histoire !
Mais Sandrine pourrait être n’importe quelle femme. Le fait qu’elle soit « petite » dans son estime d’elle-même, qu’elle se juge stupide, pas cultivée, fait partie du personnage, mais c’est presque anecdotique. D’autant qu’il y a un écart entre la manière dont Sandrine se voit, et ce qu’elle est vraiment…

Le personnage de Sandrine m’est venu d’un bloc, j’y tiens beaucoup. Mais peut-être que, rétrospectivement, si les choses étaient à refaire, je la travaillerais différemment, pour qu’elle soit moins « petite », justement.

Ceci étant dit, dans le livre, il y a un passage court (mais important) où on évoque une femme « importante » qui est victime de violences – et on comprend, je l’espère (non pas qu’une femme est plus importante qu’une autre) qu’une femme CSP+++, indépendante, « puissante », peut, elle aussi, être sous emprise. Parce qu’il n’y a pas vraiment de profil et qu’encore une fois, quand une femme est victime de violences, le problème, ce n’est pas elle.

« Elle devait être de celles-là, celles dont le père de Sandrine parlait, les salopes qui font chier leur monde, elle Sandrine avait appris à ne pas faire chier son monde, elle était bonne élève. » Comme de nombreuses femmes, Sandrine a appris à se replier, à ne pas exister pour mieux survivre. Sur quoi avez-vous basé vos recherches pour ce livre ? Vous êtes-vous entretenue avec des victimes pour tenter de comprendre leur schéma mental lorsqu’elles sont confrontées à des situations d’extrême violence ?  

L’origine de La Deuxième Femme, ce sont mes recherches pour écrire Les Ravagé(e)s et Les Hordes invisibles : j’ai consulté (merci Internet) beaucoup de statistiques, d’études. Elles ont modifié ma manière de lire les actualités et de décrypter la culture qui m’entoure. Dans Les Ravagé(e)s et Les Hordes invisibles, quelque part, l’emprise est déjà partout. Que ce soit celle que les hommes veulent exercer sur les femmes ou celle que les stéréotypes de genre font peser sur les femmes en tant que groupe social.

L’expression n’est pas très élégante mais La Deuxième Femme, c’est presque une purge de tout ce que j’ai absorbé, pas seulement d’événements terribles, mais aussi de la réception qui leur était faite. « Elle n’avait qu’à pas » (sortir, boire un verre, accepter qu’on la raccompagne) ; « elle n’avait qu’à » (dire non, se défendre, crier, ou quand la victime a réussi à réagir, se défendre mieux, crier plus fort). C’est une inversion de la responsabilité. Quand on cambriole votre maison, personne ne vous dit « oui mais quand même, avec des rideaux comme ça, vous l’avez un peu cherché, non ? ». Dans La Deuxième Femme, j’ai essayé de réfléchir à ce « mais elles n’ont qu’à partir » qu’on entend dès qu’une femme parle des violences qu’elle subit. Ou quand elle meurt. 


Cette situation de violence dépasse le couple formé par Sandrine et M. Langlois, puisqu’elle aura des réelles répercussions sur la sphère familiale dans son entièreté. Elle touchera particulièrement le petit Mathias, fils silencieux pris entre deux eaux. Pourrait-on dire qu’il s’agit ici d’un personnage pivot, reflet des effets de la masculinité toxique ?

Je pense que c’est se leurrer que de croire que la violence au sein d’un couple n’affecte pas les enfants. J’ai participé à une table ronde sur le féminicide organisée par Causette en février. Grâce à la Fondation des femmes, j’ai rencontré une avocate qui se spécialise en défense des victimes : Me Anaïs Defosse. Elle insistait beaucoup sur le fait que les enfants sont profondément affectés par ce genre de situation ; que le traumatisme d’un accident grave est inférieur à celui de voir un de ses parents être violent avec l’autre. Qu’un homme violent ne peut pas être un bon père, pas tant qu’il n’a pas eu le temps de sortir de sa propre violence.

Le personnage de Mathias est aussi là pour illustrer une réalité terrible qui est que les hommes violents utilisent souvent les enfants comme moyen de pression ; beaucoup d’assassinats se produisent au moment du passage de bras, lors d’une garde alternée. Et il ne faut pas oublier que quand un conjoint ou ex-conjoint tue une femme, il tue aussi, parfois, ses enfants. 

On pourrait presque qualifier ce livre d’étude de la soumission inconsciente du genre féminin pour s’accommoder aux désirs et attentes du patriarcat. Le sexisme intériorisé de Sandrine, sa haine de l’autre femme qui vient mettre à mal sa relation avec « son homme » en sont des exemples. Était-ce important pour vous de souligner cette soumission qui n’est pas toujours mise en lumière dans la littérature, et qui peut mener à une déconstruction sociétale du soi ?

C’est un beau compliment ! Mais c’est peut-être audacieux de ma part de revendiquer cela.

Le roman noir est un champ très vaste et qui laisse beaucoup de liberté. Y compris celle, comme ici, de passer tant de temps avec un personnage, qu’enfin on comprend comment il fonctionne ; on arrive à ressentir les mécanismes qui ont fait de lui ce qu’il est. La manière dont il s’efface, se dilue, se ratatine. Quelque part, il s’agit de pouvoir être « utile », quand j’écris.
L’emprise est un mécanisme psychique dont on parle de plus en plus mais qui me semble compliqué à faire ressentir vraiment. C’est donc très gratifiant de recevoir des messages de personnes me disant qu’elles ont « compris » ce que cela signifiait. Et j’étais soulagée d’avoir des retours de professionnel.le.s qui me disaient « oui, c’est conforme à ce qu’on observe », car les livres peuvent aussi faire du mal et c’est une vraie responsabilité.

Je pense qu’il y a des personnages féminins forts dans la littérature ; et que plus il y en aura, plus il y aura d’autrices qui pourront décrire la complexité que c’est d’être une femme (ou d’être socialement vue comme une femme), de naviguer entre ce que l’on est, ce que l’on veut être, ce que l’on s’interdit, ce qu’on nous interdit… et mieux ce sera, pour tout le monde !

Quel est le livre qui vous a donné envie d’écrire ?

Ils sont trop nombreux ! Je me souviens que j’avais essayé de rédiger le 100e exercice de style de Queneau… (mon papy était très fier). Je crois que les enfants qui inventent des histoires sont nombreux ; j’ai eu la chance d’avoir un accès facile à la littérature et d’être toujours encouragée.

Quel est le livre que vous auriez rêvé d’écrire ?

Promenons-nous dans les bois de Bill Bryson, car ma spécialité, c’est d’accepter de partir en randonnée puis de regretter et de râler tout du long.

Quelle est votre première grande découverte littéraire ?

J’en ai eu plusieurs… Je me souviens du premier livre qui m’a fait pleurer d’émotion : la scène où Helen Keller fait le lien entre l’eau qu’Anne Sullivan lui fait toucher d’une main, et les signes qu’on lui trace dans l’autre. Cette porte qui s’ouvre d’un coup sur le monde grâce au langage, rien que d’y penser… Je crois que ça me rappelait le vertige que j’ai ressenti quand j’ai appris à lire. 

Quel est le livre que vous avez relu le plus souvent ?

Je suis une grande lectrice… et une grande relectrice. (Quand j’écris, je ne lis rien de nouveau, de peur d’absorber sans le vouloir, alors…) Il y a des livres que j’ai usés jusqu’à la corde : Les Quatre Filles du Docteur March ; Treize à la douzaine ; Sans sucre, merci ; et puis plus tard les Fred Vargas, les Alison Lurie…

Quel est le livre que vous avez honte de ne pas avoir lu ?

Ah non ! On ne devrait jamais avoir honte de ne pas avoir lu un livre. (On peut en revanche en éprouver un certain embarras si sa lecture était au programme d’un examen et qu’on tombe dessus…)

Quelle est la perle méconnue que vous souhaiteriez faire découvrir à nos lecteurs ?

J’ai souvent découvert des autrices et auteurs que j’ai adorés grâce à des cadeaux, des libraires ou des bibliothécaires… Je n’ai pas de conseil sauf : allez en bibliothèque ! Allez en librairie !

Quel est le classique de la littérature dont vous trouvez la réputation surfaite ?

Rousseau. J’ai détesté chaque seconde de ma lecture de Rousseau, et je l’avais au bac de français, alors j’ai eu du temps pour le détester en long, en large et en travers. Être obligée de trouver du génie à un type qui abandonne 5 enfants pour pouvoir écrire son manuel d’éducation tranquille, quelle arnaque.

Avez-vous une citation fétiche issue de la littérature ?

J’ai très mauvaise mémoire : j’en note des dizaines, que j’oublie… Mais récemment, j’ai revu puis relu Cyrano de Bergerac de Rostand, et j’ai de nouveau reniflé très fort au moment de « Comment pouvez-vous lire à présent ? Il fait nuit. »

Et en ce moment que lisez-vous ?

J’avance dans ma pile à lire sans discriminer. Récemment, j’ai lu Le Discours, de Fabcaro ; Ténèbres, prenez-moi la main de Dennis Lehane (une relecture, tiens), Le bestial serviteur du pasteur Huuskonen, d’Arto Paasilinna et Une histoire du monde sans sortir de chez moi, de Bill Bryson – une lecture spéciale confinement…

Et comme j’ai du mal à me concentrer, pendant ce confinement, je fais quelque chose d’assez rare : je lis plusieurs livres à la fois. J’ai terminé Sorcières, de Mona Chollet, et maintenant j’alterne avec Les femmes de droite, d’Andrea Dworkin ; Les Maia d’Eça de Queiroz ; et Femmes qui courent avec les loups de Clarissa Pinkola Estés.

 

L’interview de Fabio M. Mitchelli pour la sortie de «L’ombre de l’autre »

Avec la parution prochaine du nouveau livre de Fabio M. Mitchelli » L’ombre de l’autre « chez La Bête Noire de chez Robert Laffont prévu pour le 1er semestre 2020 , voici l’interview d’un auteur hors norme.

  • Pouvez-vous me décrire en quelques mots votre parcours ?

Mon parcours est celui d’un enfant qui a grandi avec des bouquins plein les mains et des films plein la tête. Adolescent, déjà, j’étais passionné de littérature noire et fantastique. Edgar Alan Poe fut pour moi mon moteur à explosion. Le cinéma m’a beaucoup influencé, tel que celui de David Lynch, ou encore Hitchcock… Dès mes quinze ans, je me suis mis à imaginer de terribles histoires, puis à les écrire, des histoires avec des personnages tourmentés, dans une vie qui ressemble, malheureusement, à celle que l’on connaît aujourd’hui. Et puis j’ai découvert la plume de King, la collection Gore de chez Fleuve Noir, Grangé, Lovecraft, Thomas Harris et son Hannibal Lecter, Philippe K.Dick et Maurice G.Dantec. Evidemment, je n’étais pas complètement hermétique à la littérature de Baudelaire, Sartre, ou Camus. Et j’ai même trouvé cela plutôt amusant de mélanger le noir et le blanc…

  • Comment vous est venu l’envie d’écrire ? A quelle période ?

Une prof de Français s’est interessé à mon goût prononcé pour les poèmes noirs. Je devais avoir 13 ans. Puis, peu à peu, elle a senti en moi grandir le goût pour la langue et la rédaction. Un beau jour, elle m’a alors conseillé de lire les Nouvelles extraordinaires d’Edgar Allan Poe, et plus particulièrement « Double assassinat dans la rue Morgue ». Ce fut pour moi le big bang littéraire…

  • Quelles étaient vos lectures de votre enfance ?
  • (Réponse dans la réponse 1?)
  • Quel est votre ‘modus operandi’ d’écriture ? (Votre rythme de travail ?)

 Passionné par l’histoire des grands criminels du XXeme siècle, américains et français, je fouille constamment leur histoire, leur vie. Je cherche parfois à comprendre pourquoi ils en sont arrivés là. L’idée d’écrire un nouveau roman germe alors en moi dès lors que je suis touché par un sujet de société dans lequel se retrouve impliqué (directement ou indirectement) l’un de ces individus. Je me plonge alors dans une longue et fastidieuse phase de documentation, de recherches. Ensuite je construis ma trame, je donne vie à mes personnages et leur attribue à chacun une fonction clé, ou pas. Puis l’écriture me porte, et l’imaginaire qui se nourrit aussi de la réalité fait le reste…

Lorsque je suis en phase d’écriture, je travaille sans relâche, plutôt du soir au matin (parfois tôt !), mais en général, une semaine sur deux je me lève tôt pour attaquer l’écriture, de 8h30 à 14h00, pour reprendre à 16h00 jusqu’à 21h00.

En fait, considérant que tous mes romans sont inspirés de faits réels, je donne vie à un nouveau livre lorsque je me déplace pour rencontrer les acteurs principaux de l’affaire sur laquelle je vais travailler. Pour l’aspect réel, comme un journaliste qui se documente, qui fait des recherches sur les protagonistes d’une affaire criminelle, sur ses aspects sociaux, juridiques, psychologiques, médicaux même, je vais rencontrer les magistrats, les policiers, témoins, psychanalystes, ou encore des proches des victimes ou des criminels, ceci afin de récolter la matière qui va me servir à l’écriture. Je travaille aussi essentiellement sur des bases de données journalistiques déjà existantes concernant les faits (documentaires vidéos, reportages presse, média divers, etc.).   Je mène mes investigations à la manière d’un enquêteur qui exhume les cold cases, traque les informations cachées ou laissées en suspens… Pour l’aspect fiction, comme un écrivain qui sollicite son imagination, je plonge dans les limbes de mon imaginaire. Comme un comédien qui se met dans la peau de son personnage, j’essaie de me mettre dans la peau de ceux de mes romans. Mais je soigne ma schizophrénie… Après tout cela, je construis un séquencier, une sorte de scénario de l’histoire, un texte synthétique qui va architecturer la trame. Enfin, la phase d’écriture et celle des corrections vient parachever une année entière de travail.

  • Connaissez-vous déjà la fin du livre au départ ou laissez vous évoluer vos personnages ?)

Tout est établi par avance, dès lors que débute le process du séquencier, le destin de mes personnages est scellé. Mais il peut arriver parfois qu’un malheureux personnage, destiné à mourir dans le roman, soit grâcié comme par magie par la toute puissance de son créateur. C’est c’est toute puissance, ce pouvoir de décision sur la vie, la mort, le destin de nos personnages, qui est fascinant dans la magie de l’écriture…

  • Quelle est la genèse de votre dernier roman « Apocalypse Transferts »?

Pour Apocalypse Transferts, je me suis inspiré d’un drame qui s’est déroulé à Grenoble en 2012, mais aussi de l’environnement social, virtuel et technologique dans lequel grandissent nos adolescents. Le roman survole le thème de l’éducation, de la banalisation et la surenchère de la violence à la télévision, au cinéma ou dans les médias, le rapport des adolescents aux réseaux sociaux et aux jeux vidéos ultra violents, les conséquences qui en découlent ou pas.

  • Il y a-t-il des personnages qui existent vraiment, dont vous vous êtes inspiré ?

Oui, dans Apocalypse Transferts, Kevin et Sofiane, mais simplement pour l’hommage, et la similitude à la vie de quartier, comme Kevin et Sofiane du roman. Quant à mes précédents romans, la plupart des criminels ont existé, ou existent toujours…

  • Le parcours a t-il été long et difficile entre l’écriture de votre livre et sa parution ?

On ne peut pas vraiment parler de difficulté. Après l’écriture, il y a un long travail de relectures et de corrections, mais cela fait partie du jeu. On ne peut se permettre de laisser passer des incohérences ou des propos bancals lorsque l’on s’inspire de faits réels. Me concernant, je trouve cela plutôt agréable de pouvoir rentrer dans la matrice de son propre roman, le décrypter, le construire, tout cela en collaboration avec mes éditeurs et éditrices. Je pense que c’est une chance de pouvoir travailler avec de grands professionnels de l’édition. On en sort grandi, transformé, assagi et rassuré…

  • Avez-vous reçu des remarques surprenantes, marquantes de la part de lecteurs ?

Toutes les remarques, critiques ou félicitations de la part de lecteurs restent surprenantes ou marquantes, qu’elles soient positives ou négatives. Encore une fois, c’est la règle du jeu. Lorsque le roman part rejoindre les étals des librairies, il n’appartient plus à l’auteur, mais bel et bien au lecteur. Et il est tout à fait légitime que ce dernier exprime ses émotions, ses sentiments vis à vis du récit dans lequel il s’est immergé.

  • Avez vous d’autres passions en dehors de l’écriture (Musique, peinture, cinéma…) A part votre métier, votre carrière d’écrivain, avez vous une autre facette cachée ?

Oui, je suis aussi intermittent du spectacle, comédien à mes heures perdues. J’incarne le personnage de Jack Sparrow et je propose des prestations pour des particuliers, établissements privés ou publics, événements divers, etc… cela me permet d’ouvrir une soupape de sécurité, de plonger vers la lumière, de me détendre, et surtout d’évoluer dans un univers différent. Travailler toute l’année sur de biens sombres affaires criminelles peut parfois avoir des conséquences sur son quotidien…

  • Quels sont vos projets ?

Vaste question. Ils sont nombreux et variés. Mais sur le plan littéraire, je ne peux rien dévoiler pour le moment, seulement que ma collaboration avec la collection La Bête Noire, chez Robert Laffont, et France Loisirs continue pour mon plus grand plaisir. Et celui des lecteurs, je l’espère…

  • Quels sont vos coups de cœur littéraires ?

Pour être franc, ils ne datent pas d’hier. J’ai de plus en plus de mal à trouver le temps nécéssaire pour lire, mais ces dernières années jai eu trois gros coups de coeur; le premier c’était en 2012, un roman de Regis Jauffret: Claustria. Le second, c’est en 2015, un roman de Heloïse Guay de Bellissen: Les enfants de choeur de l’Amérique. Pour finir, le troisième est encore un ouvrage de la romancière De Bellissen; qui est un roman paru en 2013, mais que j’ai lu en 2019, et qui s’intitule: Le roman de Boddah…

  • Utilisez vous une bande son pour écrire? A moins que le silence suffise ?

Toujours en musique, d’ailleurs, depuis « La compassion du diable », j’ai pour habitude d’habiller la trame de mes romans d’une playlist musicale. Les titres viennent illustrer parfois l’humeur de tel ou tel personnage, un paysage, une réflexion, une narration. Pour moi, à l’instar d’un film, la musique est indissociable à la création littéraire, quel que soit le genre. Elle vient insuffler une énergie puissante et elle permet à la plume d’être plus prolixe, elle est le moteur de nos émotions, la musique est un fossoyeur, elle vient creuser notre mémoire pour y déterrer nos souvenirs les plus anciens… qu’elle soit anxiogène, triste, lugubre ou gaie, la musique permet de s’immerger dans l’oeuvre, que l’on soit le créateur ou le spectateur…

  • Avez-vous un site internet, blog, réseaux sociaux où vos lecteurs peuvent vous laisser des messages ?

Pour les réseaux sociaux, comme beaucoup, un profil Facebook, Instagram, et Twitter.

Insta: fabiommitchelli

Twitter: FabioMMitchelli
Facebook (page officielle)
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Et pour ceux qui aiment le Captain Jack, voici la page Facebook:
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L’année du gel de Agathe Portail + ITW vidéo| 8 janvier 2020

Été 2017. Après un épisode de gel qui a dévasté ses vignes, Bernard Mazet se range à l’idée de sa femme d’ouvrir des chambres d’hôtes pour sauver la propriété familiale de Haut Méac. Le château affiche complet avec la venue d’un groupe de trentenaires pour une semaine. La fantasque Olivia, Vincent, le célibataire volage, Clara, si discrète, et leurs deux couples d’amis semblent heureux de se retrouver. Mais dans la chaleur écrasante, les esprits s’échauffent et les drames personnels refont surface.

Achat du livre : https://amzn.to/2N0HXZS

Chronique : Condensé de cette œuvre de génie : Traité avec justesse, l’ouvrage est d’une qualité littéraire remarquable. Agathe Portail nous livre ici un superbe suspens digne d’Agatha Christie dans les décors de la nouvelle Aquitaine.

Plus on tourne les pages, et plus on se rend compte que l’on est dans une autre dimension.Immédiatement happé par les premières pages, le lecteur est plongé aux côtés des protagonistes. On se demande, tout comme eux : pourquoi ?  Et tant d’autres questions… Le lecteur est toujours sous pression et ne peut s’empêcher de tourner les pages, se perdant de chapitre en chapitre, afin de savoir qui est le coupable…

La construction du roman est parfaite,, il s’agit d’une prouesse remarquable.Ainsi, les points positifs sont nombreux, c’est un sans faute concernant le scénario. Pour ce qui est de l’écriture, il n’y a aucune lourdeur, le style de Portail reste simple, rythmé et efficace. Aucun de ses personnages n’est stéréotypé, chacun a ses ambiguïtés, là aussi le travail est époustouflant.Quant aux décors et aux descriptions, on n’est pas déçu, malgré les beaux horizons qui nous sont offerts on visualise les scènes et on voyage. Mais ce n’est pas tout, impossible de révéler un des gros rebondissements de l’histoire, mais il nous fait basculer dans une autre dimension, tel un triller paranoïaque, il nous fait vibrer et nous questionner encore plus

.Le livre est un vrai turn-over, on le dévore d’une traite, pour assécher cette soif de savoir qui nous conduit vers la fin.La mise en place de l’intrigue est tellement parfaite et bien ficelée qu’à la fin, même si vous veniez à deviner (chose qui m’étonnerait) il y a toujours les explications des différents indices semés tout au long du roman, et que l’on avait manqué.Ce qui est aussi frustrant, est que la seconde partie du roman est intense, mais je ne peux pas en parler et ça, c’est dur, sinon je risque de briser l’intrigue principale. Un super roman à lire, où on ne s’ennuie jamais. Hâte de lire le prochain livre de cet auteur.

Note : 9,5/10

L’entretien :

 

  • Broché : 416 pages
  • Editeur : Calmann-Lévy (8 janvier 2020)
  • Collection : Cal-Lévy-Territoires
  • Langue : Français
  • ISBN-10 : 2702167381

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L’interview de Jacques Olivier Bosco pour la sortie de « Laisse le monde Tomber »

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Avec la parution du nouveau livre de Jacques Olivier Bosco  » Laisse le Monde Tomber « aux Éditions French Pulp voici une interview en 14 points avec un auteur hors norme.

Achat du livre : https://amzn.to/33ASUao

Chronique sur le site : https://culturevsnews.com/2019/10/17/laisse-le-monde-tomber-de-jacques-olivier-bosco/

  • Pouvez-vous me décrire en quelques mots votre parcours ?

J’ai un travail, une famille et une passion pour l’écriture, raconter des histoires. J’aime cuisiner, et est-ce que je noue des contacts facilement si je me retrouve seul dans une soirée ? Je ne sais pas, cela dépend, j’ai toujours du mal avec cette question. Mais à vous, je peux le dire, je me lie plus facilement avec mes personnages inventés (c’est triste, je sais)

  • Comment vous est venue l’envie d’écrire ? À quelle période ?

J’ai commencé en faisant des dessins à deux ou trois ans ( comme tout le monde en fait ), et puis cela s’est transformé en BD ( très naïves), des nouvelles, des poèmes ( période préado), et encore des nouvelles ( des tas) et puis des scénarios (j’ai eu la chance de travailler un peu dans le cinéma), que j’ai transformé en roman par la suite.

  • Quelles étaient vos lectures de votre enfance ?

Presque toutes les BD des bibliothèques que je fréquentais, puis j’ai sauté le Club des cinq pour aller direct aux Six compagnons, puis les Signes de pistes, tous les Conan Doyles, quelques Agatha Christie, et la littérature sont venue avec Jack London (tous, tous, tous, quels moments d’évasion et d’émotion !). Plus tard, Fante m’a beaucoup impressionné par son énergie et sa mélancolie, encore plus Bukowski, plus crue et violente, puis Djian, Ravalec, et les Son et Rivages de toutes époques (beaucoup, beaucoup de Son et de Rivages)

  • Quel est votre ‘modus operandi’ d’écriture ?

Je travaille l’histoire, l’imaginaire, pendant des siestes, ou lorsque je conduis ou que je m’isole dans le bruit d’un bar, le silence d’après minuit ou dans la musique, puis je n’écris que le matin, au calme, deux à trois pages par jour, et encore, cinq ou six jours par mois, vers la fin du roman, beaucoup plus.

  1. Connaissez-vous déjà la fin du livre au départ ou laissez vous évoluer vos personnages ?)

J’ai un plan, évidemment, j’ai fait une conférence une fois avec Karine Giebel, elle fait l’inverse. J’ai essayé de faire évoluer mes personnages tout seul, mais je n’ai pas la même force d’imagination qu’elle. Alors je scénarise les grandes lignes, les histoires dans les histoires, tous mes romans ont de multiples histoires, des personnages fouillés, même pour quelques paragraphes, j’essaie de densifier mes histoires, je veux dire, qu’elles soient très travaillées ( à part Loupo qui est assez linéaire). C’est une question de respect pour le lecteur, et pour moi, je m’ennuie vite en écrivant, comme en lecture.

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  • Quelle est la genèse de votre dernier roman « Laisse le monde tomber»?
Ce roman est un peu spécial, il y a eu trois ou quatre versions, la toute première s’appelait « Nuit Noire », c’était une histoire de gamins braqueurs, puis je l’ai transformé une première fois, le titre est devenu « Tombe la nuit », j’étais sur un huis-clos familial, l’histoire d’un homme qui bat sa femme et ses enfants, avec une enquête criminelle sur un tueur et violeur de jeunes femmes dans une cité, il s’agissait du même personnage, un monstre, le mal incarné, il créait une tension terrible autour de lui, abusant de sa propre nièce, suivant des adolescentes pour les agresser et les tuer. Ce sont ses enfants, au final, qui décidaient de le tuer. Mais l’histoire était vraiment très – trop sombre J. Par contre, dans les deux cas, cela se passait dans une cité de banlieue, et il y avait cette atmosphère glauque et dure. J’avais surtout toute une série de personnages, de jeunes, de flics, de vieux que j’avais du mal à laisser tomber. J’ai décidé de tout reprendre à zéro en contrebalançant le côté misérable et glauque par une intrigue ultradynamique et violente, en rajoutant quelque chose de fantastique, ce qui permettait de colorer un peu cet univers déprimant par des touches gothiques. Au total, il a fallu presque six ou sept ans avant que laisse le monde tombé (même le titre a changé une dizaine de fois) ne soit quelque chose de concret et d’intègre.

  • Il y a-t-il des personnages dont vous vous êtes inspiré ?

On a toutes les mêmes idées en même temps, malheureusement. Lorsque j’ai écrit le Cramé (un gangster qui se fait passer pour un flic dans un commissariat), la série Banshee sortait quelques semaines plus tard. J’ai des héros d’enfance qui vont des Strange aux mousquetaires, et à des tas de films que j’ai vus, beaucoup de westerns. Mais c’est l’inconscient qui agit, et le plaisir. Lise – Brutale – Lartéguy était un peu inspiré de Kill Bill, c’est ensuite que j’ai remarqué la ressemblance avec Lisbeth Salender (déjà le prénom), je m’en suis amusé dans Coupable en transformant le prénom de Lise en Lisbeth. Ensuite, des lectrices m’ont parlé de Meurtres pour rédemption, du coup, j’ai voulu lire le livre J. En Fais, au départ il s’agissait du prénom de ma fille Lise, il y a aussi celui de sa sœur Camille, je voulais en faire des héroïnes. Pour mon dernier livre, Jef est inspiré, cette fois exprès, de Chet, le héros du livre Rue Barbare (moins Giraudeau), pour les autres personnages, j’utilise beaucoup la physionomie mouvante et de caractère de personnes que j’ai connues ou fréquentées. Un de mes cadres peut devenir Capitaine de Police, tout comme un collègue, ou la vendeuse de la boulangerie, une fille flic, un témoin, ou, pourquoi pas, une victime (j’ai fait des misères à des collègues et des amis J)

  • D’où vous venez cette vision de la banlieue ? et cette envie d’écrire dessus

La banlieue j’y ai vécu, je dirais même, en double. On vivait dans une cité dans les années soixante-dix, lorsque j’étais enfant, et mes grands-parents habitaient une autre, encore plus grande, la Grande Borne à Grigny, chez qui nous allions passer les vacances, et les weekends, parce que mon père bossait, et que ma mère était partie suite à leur divorce. Cela m’a énormément marqué, je souffrais du divorce, je crois, j’ai même fugué, un soir jusqu’à tard la nuit ( j’avais huit ou neuf ans), et je me souviens d’avoir marché, marché, pour essayer de sortir de cette banlieue, de ces cités, mais cela se répétait, la petite cabane dans la campagne n’apparaissait pas, il n’y avait que des halls d’immeubles, des routes éclairées de lampadaires jaunes, du types solitaires qui faisaient peur, et aussi, beaucoup à cette époque, ces bars de banlieue emplient de mecs qui fumaient et ne souriaient jamais. Dans la journée, on s’emmerdait, et donc, on faisait des conneries ; on se battait entre nous, ou bien on se faisait battre par d’autres, il fallait se planquer des fois, je me suis fais racketter aussi ( je devais être poissard) il y avait une ambiance assez violente, et puis, le problème des cités, c’est qu’on laisse les gamins rester tard en bas des immeubles, c’est à la fois sécurisant, et pour les gosses, l’envie de toucher à la soirée qui vient, et a la nuit derrière, de plus en plus tentant. J’ai retrouvé ces ambiances avec l’humanité fissurée et la rage exacerbée dans les chansons de NTM, des années plus tard. J’ai toujours voulu écrire dessus, un roman noir, pour faire ressortir mes anciennes sensations et émotions, et puis, l’univers de Rue barbare m’y a replongé, je voulais lire ce livre depuis longtemps, ayant été marqué par le film, et c’était vraiment différent, tout en me parlant : des rues mal éclairées et sales, des personnages perdus, des terrains vagues, des bars borgnes, des filles en quête des filles en quête d’amour ou de départ, de la violence et de la peur, des envies suicidaires dans l’air, comme dirait la chanson de Couture. Il y a aussi l’univers de Tchao pantin, et de cet album, Poèmes Rock. Cela s’est transformé en thriller, mais ce n’est pas plus mal. L’univers est si sombre, cela aurait été trop.

  • D’où est venue cette intrigue de militaire traumatisé ?

Pour l’histoire du militaire, je me suis inspiré d’une longue nouvelle que j’avais écrite il y a longtemps. Un jeune qui part faire la guerre au Kosovo et qui découvre les horreurs à la place des actions héroïques. La nouvelle s’arrêtait avec le vieux Gapo dans la fosse boueuse. Le héros rentrait ensuite chez lui et épousait la fille de Gapo en lui disant que son père s’était comporté en héros. Comme je voulais que mon méchant ait une histoire assez consistante (j’adore les méchants des romans d’Akounine, ils sont toujours très fouillés), j’ai eu l’idée de récupérer ce personnage de nouvelle. De plus, par rapport à la banlieue, je pensais à ces jeunes qui partaient faire la guerre en Syrie, alors que, dans le même temps, une grande partie des migrants arrivant en France, et donc en banlieue, fuyaient ces guerres. Je trouvais ce paradoxe intéressant. Certains venaient chercher la sécurité et un peu de confort, alors que d’autres partaient se battre plein de rage et de déception envers la société qui les avait vus naitre. J’ai imaginé alors, que ceux qui fuyaient ces horreurs, les voyaient revenir dans leur petit univers pauvre et abandonné, parce qu’un homme avait cru que la violence n’existait que dans les pays en guerre. En fait, c’est un livre sur la violence, urbaine, humaine, sociétale, et sur les ravages du mal-être, que l’on soit un ou une ado aux origines « de l’autre côté de la mer », qui se retrouve à grandir dans une grande cité de banlieue, ou un jeune flic débarqué d’une ville de province, balafré de désillusion et de solitude. Dans les deux cas, il s’agit d’êtres humains en manque de reconnaissance dont la société bafoue la dignité.

  • Le final explosif est très cinématographique comment vous vous t il venue ? était- cette une envie dès le début de l’écriture ou est cette venue plus tard

Le final vient du fait que j’aime écrire des scènes de tension et de « commando », comme j’ai pu en voir dans les Alien, Rambo, ou dans le premier Prédator. J’avais déjà écrit des scènes de ce type dans Aimer et laisser mourir, une attaque de guérilla en pleine jungle, ou des scènes de braquage sanglant dans le Cramé, ou sur un Ferry Corse dans Brutale. D’habitude, je mettais ces scènes en milieu d’histoire, mais après avoir lu les trois romans de S Craig Zahler (d’affilés), j’ai trouvé super qu’à chaque fois, l’auteur les finissait par une scène d’anthologie, violente et héroïque, et je me suis dit, voilà ce que je veux faire ! Il a fallu reprendre mon histoire au départ pour qu’au final j’ai assez de personnages dans cette forêt. Il fallait un minimum de pertes, chacune dans des conditions assez atroces et impressionnantes, j’ai donc été chercher les trois jeunes de cités en épaississant le personnage de Moussa, et en le faisant intervenir dans les caves au milieu du récit pour créer un peu d’empathie (la construction dramaturgique exige quelques techniques).

  • Comment vous est venue cette idée d’intrigue à base de stress posttraumatique, de technologie high tech, et chien de guerre ?
Pour l’intrigue, stress post-traumatique (tous mes personnages sont traumatisés dans mes livres) et technologiques, je lis beaucoup de journaux comme le Monde et le Figaro et j’ai lu quelques trucs sur les dauphins « militarisés » et guidés par des capteurs ou sur des chiens qu’on utilisait pour poser des mines sous des chars, on parle même d’abeilles munies de microcaméras, et puis, le progrès va si vite, qu’il est très facile d’imaginer ce genre de chose. Il fallait que le côté fantastique du début, finisse par basculer dans quelque chose de réel, sans ça, le roman aurait perdu de sa crédibilité, et de sa contemporanéité, ce qui aurait pu atténuer le message sociétal et humain que je voulais faire passer.

  • Le parcours a-t-il été long et difficile entre l’écriture de votre livre et sa parution ?

Le livre a été très difficile a faire publier parce que la banlieue effrayait les éditeurs de thrillers, ils disaient que les lecteurs n’avaient pas envie de lire des histoires qui se passaient en bas de chez eux. Pour d’autres, sans évoquer ce problème, ils trouvaient l’univers et les personnages trop sombre ; « trop noirs » et, paradoxalement, dans les collections plus « noires » polar, le côté thriller de l’intrigue ne correspondait pas à leurs critères. Je n’arrivais pas trop à comprendre car j’en avais parlé à des amis libraires ou lecteurs et ils disaient que cela leur faisait penser à la première série True Détective, ou l’intrigue est très tendue, limite gothique, et sans véritable sens politique, une intrigue de thriller en fait, alors que tout l’intérêt est placé sur les personnages et leur quête de vérité, envers eux-mêmes, autant qu’envers leur institution, sans parler des rapports ambigus et tendus qu’ils entretiennent entre eux. On retrouve cet aspect sur les personnages et aussi ce côté sombre et sociétal dans La Caire Confidentiel, de même dans Que doit nous perdons ou La Isla minima, des polars dans l’esprit de True Détective, justement. Et ne parle pas des romans américains comme ceux de S. Craig Zahler ou Benjamin Whitmer, qui utilisent l’environnement autant que les failles de leurs personnages, et je trouvais qu’en France, on ne voyait pas ce genre de livre, équivalent des romans noirs qui ont perduré dans tous les pays saufs en France, où la ville joue un rôle important, de même que la société actuelle, ou, dans le cas de mon livre, le ressenti ou les dégâts qu’elle provoque sur mes personnages, tant flics qu’habitants, témoins, victimes, et même, tueurs.

  • Utilisez vous une bande son pour écrire? A moins que le silence suffise.

Pour la musique, c’est vrai, j’en écoute beaucoup, pour créer des atmosphères, ou de l’action, pendant que j’imagine une scène. Pour ce livre, c’était différent, j’vais besoin d’un ressenti émotionnel pour faire agir et vivre mes personnages par rapport à leur environnement, j’ai beaucoup écouté NTM, comme j’ai lu pas mal d’articles sur les problèmes dans les cités, sans vouloir approfondir le sujet. Il s’agit d’un roman de divertissement, dans la catégorie roman noir avec tout ce que cet aspect peut signifier, tout en étant contemporain, je veux dire, humain, vivant, quoi.

  • Avez-vous d’autres passions en dehors de l’écriture (Musique, peinture, cinéma) ? Quels sont vos projets ?

Pas d’autres passions, à part mes proches, et écouter de la musique, des tas de projets, dont un roman adolescent ou préadolescent (mais c’est compliqué à faire), et d’autres polars mais avant, j’aimerais que celui-ci vive et fasse son petit chemin.

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L’interview de Serge Brussolo pour la sortie de ANATOMIK le 13/11/2019

Avec la parution du nouveau livre de Serge Brussolo aux Éditions Bragelonne voici une interview en 18 points avec le maitre français souvent comparé à Steven King.

Achat du livre : https://amzn.to/33D7Hls

Site de Serge Brussolo : https://brussolo-serge.pagesperso-orange.fr/

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L’interview de Serge Brussolo

1 : Que diriez-vous pour convaincre que l’histoire que vous écrivez est intéressante, importante et utile ?

Cela fait quarante ans que je publie, j’ai mes lecteurs fidèles, je pense que je n’ai pas à les convaincre que ce que j’écris va les intéresser, ils me font confiance. C’est du moins ce qui ressort des réactions que je reçois. Ils aiment le style d’histoires que je raconte, ils savent à quoi s’attendre. J’écris pour eux. Je n’ai jamais cherché à m’attirer un public généraliste, ce qui m’obligerait à faire trop de concessions. Certains éditeurs m’y ont encouragé, certes, mais ça ne me convenait pas. Le réalisme n’est pas mon élément naturel.

: À partir de quand le passé devient-il assez vieux pour être de l’histoire ? L’humain (dans le récit) pourquoi est-il un animal qui trébuche vingt fois sur le même caillou ?

La notion de passé est très relative. Quand j’évoque devant un jeune homme les événements de 1968 ça lui paraît aussi lointain que les Croisades ou la Guerre de Cent ans, or pour moi c’était hier. Einstein a écrit quelque chose à ce propos, je crois. L’homme ne tire jamais les leçons de l’expérience, il recommence perpétuellement les mêmes erreurs, c’est comme ça depuis la nuit des temps, et il en ira ainsi jusqu’à ce qu’il détruise la planète. Ce qui évolue, en revanche, ce sont les outils de destruction dont il dispose.

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3 : Comment démêler le vrai du faux dans les récits écrit pour un public qui dans son premier abord ne cherche pas un livre dit réaliste ?

Si l’on commence à se poser ce genre de question, on se gâche d’emblée le plaisir de la lecture ! Le lecteur doit jouer le jeu, se laisser prendre au piège du récit, s’abandonner au rêve, sinon ce n’est pas la peine d’ouvrir un roman, mieux vaut lire des traités de sociologie ou de mathématiques. C’est d’ailleurs pour cette raison que certaines personnes détestent les romans et les jugent inutiles.

4 : Est-il nécessaire d’avoir des connaissances solides dans un sujet pour arriver à en faire un livre ? La confiance que le public accorde à vos récits est-elle dangereuse ?

C’est sûr qu’il est préférable de ne pas dire de conneries dans un contexte réaliste, mais ce n’est pas tellement le domaine dans lequel j’évolue. La Fantasy ne prête pas le flanc à ce genre de critique. Maintenant, si l’on écrit un roman historique, il est préférable de savoir de quoi on parle. Cela dit, je ne vois pas en quoi raconter comment était fabriquée une armure peut s’avérer dangereux… A moins que le lecteur ne s’improvise forgeron ! Mais là cela relève de la bêtise. Il y toujours des esprits faibles, si l’on se met à censurer les livres à cause d’eux, on n’écrit plus rien.

5 : Que pensez-vous  de la multiplication des romans dits best-sellers ces dernières années ?

Les best-sellers ont toujours existé, ça n’a rien d’un phénomène nouveau. C’est le public, les médias et la publicité qui les fabriquent. Ils correspondent à une attente du public à un moment donné. Ils obéissent à un effet de mode, ainsi qu’à un certain conformisme, ce qu’on surnomme « l’effet moutonnier ». Puis le temps passe, et la plupart d’entre eux sont oubliés.

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6 : Voyez-vous le livre dématérialisé comme l’avenir de l’éducation et de l’information, et devrait-il donner plus de visibilité aux jeunes lecteurs ?

Il ne faut pas se leurrer, en tant que grand défenseur (et utilisateur) du ebook, j’ai pu me rendre compte qu’on se heurtait à une terrible résistance du public. Aux USA, le livre dématérialisé fonctionne très bien, il représente le quart des ventes totales du pays. En France, hélas, ce support ne prend pas, on est à peine à 4%.  A l’heure actuelle il est impossible de prévoir si le ebook a la moindre chance de survivre. Il faudrait que le jeune public s’y mette sans tarder car sinon les éditeurs laisseront tomber. Certains n’y croient déjà plus et se montrent très pessimistes. En ce qui me concerne, les ventes dématérialisées représentent 10% des ventes totales.

7 : L’idéologie a-t-elle sa place dans le récit ?

Chaque auteur à ses convictions, l’empêcher de les exprimer relèverait de la censure. C’est d’ailleurs un peu ce qui se passe avec la généralisation du « politiquement correct », des choses ou des mots qu’il ne faut ni prononcer ni évoquer… Maintenant qu’on soit d’accord ou pas avec les idées de l’auteur relève d’un autre débat. Il convient de se méfier de la pensée unique.

8 : Que pensez-vous du travail de Stephen King qui vous est souvent comparé?

Je connais mal Stephen King, je n’ai lu que deux romans : Salem et Shining. Son fantastique n’est pas le mien, il est très ancré dans le réalisme, ce qui n’est pas mon cas. Je préfère le franc délire, les frontières qu’on repousse, voir jusqu’où on peu aller trop loin. 

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9 : Est-il conseillé de juger un roman en s’appuyant sur nos mœurs actuelles ? Peut-elle se transformer en propagande ? 

Encore une fois tout cela est très relatif. La notion d’admiration est toujours tributaire d’un moment historique. Au XIXe siècle on trouvait tel ou tel roman génial, aujourd’hui on estime que ces mêmes oeuvres sont des bouses et leurs auteurs de gros nuls… Il en ira de même pour notre période. Les « grands » auteurs d’aujourd’hui passeront probablement pour des has been dans trois ou quatre décennies… en admettant qu’on lise encore!

10 : Selon vous, est-ce que la science-fiction nous permet de réfléchir à un futur plus ou moins proche et d’éviter ainsi de potentiels dangers ? dixit votre nouveau roman « Anatomik »

C’était, à l’origine, le but de la SF, à travers une métaphore de faire la critique de nos sociétés. Tous les auteurs n’ont pas suivi cette voie, et le genre a peu à peu évolué vers la simple distraction. Dans les livres qui me passent entre les mains, je détecte souvent une idolâtrie excessive de la technique. Une vénération de la Science qui confine à la religion. Ce manque de recul critique me gêne un peu.

11 : Que pensez-vous du paysage de la littérature dite de genre actuel et de son évolution ?

Pas grand-chose car j’en lis très peu. Je suis gêné par le formatage des genres comme le thriller qui ne nous présente plus guère que des histoires de serial killer, et cela depuis plus de vingt ans! ça m’ennuie, et ça a grandement contribué à m’éloigner du genre.`

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12 : Existe-t-il une concurrence entre les auteurs ?

Concurrence je ne sais pas, mais une grosse jalousie, oui c’est sûr, en dépit des grandes claques dans le dos que s’envoient les écrivains. Dès qu’on a le moindre succès, on devient un concurrent, et c’est mal vu.

13: Sont-ils plus suivis pour leur personne que pour leur contenu ?

Non, les auteurs ne sont pas des stars de cinéma. L’écriture reste un métier obscur, qui n’a rien de glamour ni d’excitant aux yeux de la plupart.

14 : L’argent nuit-il au métier ?

Etant donné le faible pourcentage des droits que touchent la plupart des auteurs j’aurais plutôt tendance à reformuler la question en « Le MANQUE d’argent nuit-il au métier? » Rappelons que 90% des écrivains sont obligés d’exercer un autre métier pour survivre. Les médias ne cessent de mettre en avant les auteurs fortunés, mais ils oublient de préciser que ces rares privilégiés sont extrêmement peu nombreux.

15 : Combien de temps passez-vous à écrire et quel sont vos loisirs extérieurs ?  

 Ecrire est pour moi un plaisir, donc un loisir à temps complet. La durée d’écriture dépend du livre, de l’humeur, des événements extérieurs. Trouver les idées peut prendre plusieurs années, l’écriture du manuscrit deux ou trois mois pour le premier jet, viennent ensuite les corrections. Il n’existe pas de règles. J’ai écrit certains roman en dix jours (comme Simenon) d’autres en un an, voire davantage.

16 : Malheureusement le cinéma et vous ne vous êtes pas donné rendez-vous, mais êtes vous cinéphile ?  Quels sont les films et séries que vous aimez ?

Je ne considère pas le cinéma comme une promotion, donc le mot « malheureusement » est de trop. Je n’ai aucun regret, mais plutôt un certain soulagement. J’ai refusé beaucoup de propositions parce que je ne voulais pas voir mes romans massacrés. Les scénarios qu’on me présentait étaient le plus souvent absurdes ou sans aucun rapport avec le livre.

Je n’ai rien d’un cinéphile, je reste un homme du livre. Pour moi, le cinéma est une aimable distraction, rien de plus, ça ne me passionne pas. Si je « regarde » une série, c’est d’un œil distrait, la plupart du temps en faisant autre chose.

17 : Comment voyez-vous votre avenir dans les prochaines années ?

A mon âge il est conseillé de ne pas faire de projets, mais plutôt de profiter de l’instant présent.

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18 : Pouvez nous donnez des indices sur vos prochaines sorties et où en sont vos projets jeunesses comme Peggy Sue où Elodie ?  

Les prochaines sorties sont sur mon site perso, dans les mois qui viennent je compte me focaliser sur l’auto-édition numérique (gratuite) pour des raisons de liberté d’écriture. Les contraintes éditoriales me sont devenues insupportables.  Je n’écris plus d’ouvrages « jeunesse » depuis presque dix ans. Ce cycle était lié à un éditeur, Olivier Orban chez Plon, qui me laissait toute liberté d’écriture (qu’il en soit remercié!) Je ne suis pas certain qu’aujourd’hui on me permettait d’écrire ce genre de texte, donc je préfère m’abstenir, je n’ai pas envie de batailler contre la censure, j’ai passé l’âge.

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MASKEY ET MALEC : L’INTERVIEW !

Rencontre avec les auteurs de la bd : Follow me chez Glénat.

Lien de la chaine You tube de Maskey: https://www.youtube.com/channel/UCFfukyWXS7h1viyLMYLl19A

Lien de la Bd: https://amzn.to/34RsDW8

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L’INTERVIEW

Maskey

1. Quelles sont les thématiques que tu abordes sur ta chaîne ?

Ma chaîne parle de rap, de culture urbaine et j’essaie de me diversifier avec des contenus comme « rétroland » dans lesquels je parle des années 1990 et de ma jeunesse.

2. Le hip hop a une place centrale dans ta culture. Comment introduire cette dimension musicale dans la bande dessinée, un médium par définition muet ?

La culture urbaine est très importante pour moi et j’ai voulu illustrer cela à travers le personnage de Mike. J’ai vraiment voulu montrer le côté « mec qui galère » plutôt que le rappeur déjà installé, bling bling et riche, car je trouve que l’on caricature trop ce genre de rappeurs. Je voulais plutôt montrer un mec tellement passionné par le rap qu’il finit par devenir un micro vivant, je trouvais ça vraiment plus drôle que le cliché du rappeur qui a déjà percé.

3. Dans quelle mesure Follow me s’inscrit-il dans la continuité de ce que tu pratiques sur ta chaîne ?

À part quelques clins d’oeil, Follow me est très différent de ce que j’ai l’habitude de proposer. Je ne voulais pas tomber dans le piège de la personne influente sur internet qui se considère assez légitime pour faire une autobiographie romancée. Je ne me trouve pas assez intéressant pour faire quelque chose dans ce style-là. Pour rappeler ma chaîne j’ai juste gardé les couleurs et les thématiques « reptiliens/illuminatis » que j’ai adaptés à la BD. Mais sinon, le sujet est différent de ceux que j’aborde sur Youtube.

4. Te reconnais-tu dans un de tes personnages ?

Je me reconnais dans chacun des personnages. Je peux être mégalo comme Steve mais je suis prudent dans mes décisions comme Allan. Plusieurs facettes de ma personnalité ont été réparties dans chacun des personnages. J’ai préféré faire comme cela plutôt que de faire un personnage exactement comme moi.

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Malec

1. Tu t’es fait connaître notamment grâce aux vidéos mash up « Et si … était un anime » : comment t’es venue cette idée ? T’attendais-tu à un tel succès ?

À la base je voulais faire « Si The Witcher était un anime… », mais j’avais mis ça de côté pour développer d’autres projets. Puis, quelques mois plus tard, Narmak un youtuber américain a sorti un opening de Bob l’Éponge en mode manga et Maskey m’a dit : « Ça pourrait être une bonne idée de faire “Si Game of Thrones était un anime”, ça va cartonner ». Il m’a mis en relation avec Kronomuzik, un youtuber musicien de talent. Il a fait la musique, j’ai fait le chant et le dessin animé. Ça a tout de suite pris ! Ce qui m’a motivé à faire « Si Rick et Morty était un anime » avec mon collectif Malec & Co. qui a très bien marché lui aussi.

2. Tes dessins pour Follow me rappellent les univers de Seth Mac Farlane (American Dad, Family Guy). Est-ce une référence directe ? Quelle place occupe cet artiste et plus généralement l’animation américaine dans ton travail ?

C’est une volonté de Maskey. Il voulait un style similaire, ce que j’ai fait. Ce projet allait dans mon sens car j’aime Family Guy et American Dad, tant au niveau visuel qu’au niveau du ton. Et les séries américaines, leur rythme et leur humour, sont en général pour moi une grande source d’inspiration (South Park, Les Simpsons, Rick et Morty, etc.). Il y a beaucoup plus de liberté créative aux États-Unis qu’en France, donc plus de richesse. C’est très inspirant.

3. Follow me regorge de personnages hauts en couleurs, tant sur le plan psychologique que physique. Comment les avez-vous imaginés en terme de design ? Quel est ton personnage préféré ?

Maskey avait une vision très précise de ses personnages. Du coup, il me suffisait d’écouter ce qu’il me disait pour les mettre sur le papier. Mon perso préféré c’est Mike, le micro qui parle. Complètement absurde et idiot.

 

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