Interview de Gilles Legardinier pour « Une chance sur un milliard » Chez Flammarion

Gilles Legardinier est un écrivain et scénariste français.

Il est abandonné à la naissance et recueilli par une famille d’accueil, comme il le raconte dans « Vaut-il mieux être toute petite ou abandonné à la naissance ? » publié en 2017 avec Mimie Mathy.Il s’est toujours passionné pour la transmission de l’émotion. Dès l’âge de 15 ans, il décroche des stages et travaille sur les plateaux de cinéma anglais et américains où il deviendra pyrotechnicien. Il s’oriente ensuite vers la conception et la production et réalise des films publicitaires, des bandes-annonces et des documentaires sur les coulisses de grands films. Il se consacre aujourd’hui à la communication pour le cinéma pour de grandes sociétés de production, ainsi qu’à l’écriture de scénarios de bandes dessinées et de romans.Parallèlement, il a publié de nombreuses adaptations à succès mais surtout quelques œuvres très remarquées dont « Le sceau des Maîtres » (2002) et « Le dernier géant » (2002) en littérature jeunesse. Il s’illustre entre autres illustré dans le thriller avec « L’Exil des Anges » (Prix SNCF du polar 2010) et « Nous étions les hommes » (2011), et dans le roman humoristique, ce qui lui vaut un succès international avec « Demain j’arrête ! » (2011) (le roman sera adapté en bande dessinée en 2019), « Complètement cramé ! » (2012), « Et soudain tout change » (2013), « Ça peut pas rater ! » (2014) et enfin « Quelqu’un pour qui trembler » (2015). Associant aventure, thriller historique et comédie, « Le premier miracle » (2016) marque une nouvelle étape, suivie par deux autres comédies, « Une fois dans ma vie » (2017) et « J’ai encore menti ! » (2018). Gilles Legardinier est aussi le co-auteur de la comédie sentimentale « Comme une ombre » (2018), coécrite avec son épouse, Pascale. Il est chevalier des arts et des lettres, dont il a reçu les insignes des mains de Claude Lelouch.

Article du roman « Une chance sur un milliard » : https://culturevsnews.com/2020/10/07/une-chance-sur-un-milliard-7-octobre-2020-de-gilles-legardinier/

Achat du livre : https://amzn.to/3lkWEWl

Gilles Legardinier
Une chance sur un milliard par Legardinier

INTERVIEW

Pouvez-vous me décrire en quelques mots votre parcours ?

Mon parcours trouve sa cohérence dans la recherche d’émotions et d’échanges. Je ne l’ai pas compris immédiatement. Tout jeune, j’ai d’abord été marqué par la puissance du cinéma, alors c’est vers lui que je suis allé. N’ayant aucune vocation à être dans la lumière, j’y suis arrivé par la technique, en tant que pyrotechnicien. Puis j’ai découvert l’importance de l’écriture, l’aspect intime qu’elle peut atteindre dans un livre. Alors j’ai écrit, et tout s’est enchaîné grâce au public.

Comment vous est venue l’envie d’écrire ? À quelle période ?

Pour moi, l’écriture n’est pas une fin en soi, ni un exercice de style, mais le moyen de parler intimement à chacun. Car à chaque fois qu’une lectrice ou un lecteur prend un livre, même vendu à des millions d’exemplaires, il se retrouve seul avec vous. C’est un phénomène unique, particulier au livre, et qu’aucune pub ne vient saboter.

Je n’ai pas eu de déclic vers l’écriture, j’y suis venu comme on entre dans l’eau d’un lac, l’été, en prenant la température et en m’y sentant peu à peu absolument bien.

Quelles étaient les lectures de votre enfance ?

Je ne vais pas me composer une culture de bienséance comme j’en vois beaucoup le faire. Je lisais très peu étant jeune. Je préférais de loin construire des cabanes dans les arbres et faire du vélo avec mes amis plutôt que de rester seul ! Mon premier choc littéraire, je le dois à ma grand-mère paternelle, Charlotte, qui, alors que j’étais en vacances chez elle – certainement inquiète de me voir faire n’importe quoi sur ses meubles, sur sa façade et sa toiture – m’a tendu Le Comte de Monte-Cristo. Je me suis tenu tranquille quatre jours. Un record. Je vivais le livre. J’ai découvert le pouvoir de la narration. Je ne m’en suis heureusement jamais remis !

Le comte de Monte-Cristo. Volume 1, Alexandre Dumas, Livres, LaProcure.com

Quel est votre rythme de travail ?

Je ne suis pas un auteur maudit qui s’astreint. J’aime écrire, c’est un espace de liberté absolue, un monde de sentiments. Ce sont plutôt tous les à-côtés du métier qui me fatiguent – sauf les échanges avec le public, dont j’adore la spontanéité. En général, je me lève à 3 h du matin, je suis devant l’écran à 3 h 30 et j’écris jusqu’au petit-déjeuner. Ensuite, ayant fait ce que je préfère, je suis disponible pour le monde et mes autres métiers.

Connaissez-vous déjà la fin du livre au départ, ou laissez-vous évoluer vos personnages au fil de l’écriture?

Écrire un livre à destination du public, c’est proposer aux gens de les prendre par la main pour les emmener se balader les yeux fermés. Quel irresponsable préparerait l’excursion sans savoir où elle conduit ? Je laisse la place à l’imprévu, à la magie du moment, mais la feuille de route est maîtrisée. C’est pour cela que je laisse vieillir mes histoire en moi pendant des années avant de passer à l’écriture. Aucun grand vin n’est de l’année.

Y a-t-il des personnages dont vous vous êtes inspiré ?

Je ne m’inspire de personne, mais je me nourris de la vie, de ce que j’éprouve, de ce dont je suis témoin. Je passe mon temps à observer, à écouter, mais je ne m’appuie jamais sur une réalité telle quelle. Je suis une éponge avec un point de vue !

D’où vous est venue cette idée d’écrire un livre sur le bilan de la vie d’un homme ?  

Mes livres mettent toujours en scène des personnages qui, pour continuer à vivre et à avancer, doivent comprendre quelque chose du monde et d’eux-mêmes. Il est risqué de naviguer à vue. Pour avoir une chance de réussir une traversée, il faut regarder le compas et les cartes, sinon on se perd. Faire son bilan revient à regarder le compas et les cartes. Dans ce livre, je l’ai simplement abordé sous forme d’ultimatum. Lorsque la trotteuse vous pousse, vous allez à l’essentiel. On ne triche plus lorsqu’il ne nous reste plus de temps. Et c’est là que les humains se dévoilent vraiment. J’aime cette vérité débarrassée des faux-semblants.

On ressent une certaine empathie envers les personnages du livre, comme si c’étaient des personnes que l’on peut côtoyer au quotidien, crédibles. Vous êtes-vous inspiré de vos rencontres ?

On peut aussi côtoyer des gens au quotidien et les détester. Ne pas avoir le choix. C’est également un des thèmes du livre. Tout dépend de notre capacité à choisir. Je suis moi-même beaucoup dans l’empathie. C’est ma nature, je n’y peux rien. Parfois cela me complique la vie mais souvent, cela permet aussi des rencontres extraordinaires. Je l’ai dit, je ne m’inspire pas, mais tout me nourrit sans que je puisse exactement analyser de quelle façon. Ce qui est certain, c’est que je suis gourmand de vie.

Avez-vous eu de l’aide dans l’écriture de ce roman?

Ce roman est né de matière intime, infusée sur des années à travers différentes couches de sentiments. C’est un processus très personnel. Il n’y a pas cette fois la documentation qu’avait exigé mon roman précédent, Pour un instant d’éternité, sur lequel ma fille, Chloé, m’avait beaucoup aidé. Mais je ne pourrais pas écrire si je ne bénéficiais pas d’un environnement humain qui me motive et me sécurise. En cela, tous ceux que j’aime et auprès de qui je vis sont une aide. Ce sont eux qui me donnent la force d’être moi-même.

Pour un instant d'éternité - Gilles Legardinier - Babelio

Le final explosif est très cinématographique. Comment vous est-il venu ? Était-ce une envie dès le début de l’écriture, ou bien en avez-vous eu l’idée plus tard ?

Ayant commencé dans le cinéma, en pyrotechnie, j’ai toujours beaucoup de plaisir à imaginer des situations assez vives qui peuvent faire quelques dégâts… Je suis assez chahuteur et je préfère nettement quand ça bouge. Je savais que le livre finirait comme ça. Avec moi, dans la vie ou dans les livres, ça remue toujours un peu…

Le parcours a-t-il été long et difficile entre l’écriture de votre livre et sa parution ?

Sur ce roman-là, non. Une maturation interne tout à fait naturelle chez moi, ensuite, la collaboration avec mes éditeurs est excellente et je peux uniquement me focaliser sur le texte et la qualité de ce que je compte proposer au public. Par contre, il n’en a pas toujours été ainsi. Le chemin que j’ai dû suivre pour faire éditer mon tout premier roman, voilà plus de dix ans, fut un redoutable parcours d’obstacles. J’en rigole aujourd’hui et ça fera un chapitre hilarant de mes mémoires, mais je n’en suis pas encore là !

Avez-vous reçu des remarques surprenantes, marquantes de la part de lecteurs ?

Lorsque vous proposez un roman, chaque lecteur en fait sa propre lecture. En une dizaine de best-sellers, j’ai eu l’occasion d’entendre tout et n’importe quoi, mais j’ai la grande chance de bien m’entendre avec celles et ceux pour qui j’écris. Je ne triche pas. Du coup, ceux qui viennent à moi savent à qui ils ont affaire. Mais pour chaque livre, il y a toujours le regard que vous n’aviez pas prévu, l’analyse que vous n’avez pas anticipée. C’est formidable !

Avez-vous d’autres passions en dehors de l’écriture (musique, peinture, cinéma…) À part votre métier, votre carrière d’écrivain, avez-vous une autre facette cachée ?

Je suis un garçon curieux, j’ai une passion pour la musique, je fais beaucoup de photo, je me documente énormément. Je continue à travailler pour le cinéma avec mon épouse. Mais plus que tout, j’aime vivre avec les gens et les voir dépasser les limites qui les bloquaient. C’est sans doute mon plus grand plaisir. Voir quelqu’un s’engager, oser, se lancer, ça me fout les larmes.

Quels sont vos projets ?

J’en ai trop pour répondre en quelques lignes. On verra ensemble ce qui aboutit !

Quels sont vos coups de cœur littéraires ?

Pascale, ma moitié, lit environ deux livres par semaine. J’ai la chance de l’avoir en éclaireuse et je lui demande de ne me passer que ce qui la remue vraiment. Elle doit m’en recommander deux par an en moyenne sur la centaine qu’elle lit. Soit dit en passant, mon métier n’est pas de lire, mais d’écrire, et lire les autres ne vous donnera jamais de talent. Vous pouvez passer des années à regarder des champions de tennis jouer, le jour où vous avez la raquette à la main…

Utilisez-vous une bande son pour écrire? À moins que le silence suffise ?

Je sais que beaucoup d’excellents confrères adossent leurs émotions d’écriture à des chansons ou de la musique. Pour ma part, écrire revient à aller chercher tout au fond de moi, de mon imagination, de ma mémoire et de mon cœur. C’est de concentration dont j’ai besoin, de silence absolu. La musique nous entraîne vers d’autres émotions, souvent fabuleuses, mais ce sont les miennes que je veux capter.

Avez-vous un site internet, blog, réseaux sociaux où vos lecteurs peuvent vous laisser des messages ?

Une boîte postale indiquée à la fin de mes livres et une page Facebook. Ceux qui le veulent vraiment arrivent toujours à me joindre, je suis quelqu’un d’accessible.

Site officiel : http://www.gilles-legardinier.com/

Facebook : https://www.facebook.com/Gilles.Legardinier/

Adresse postale : Gilles Legardinier
BP 70007
95122 Ermont Cedex

Interview de Chrysostome Gourio pour « Wilma la vampire » Chez Sarbacane Editions

Chrysostome Gourio est un auteur de romans policiers français

Étudiant à Nice puis diplômé en philosophie à l’Université François Rabelais de Tours, il décide de se lancer dans l’écriture au début des années 2000.

Ayant échoué par trois fois à l’agrégation, il enchaîne les petits boulots alimentaires et, après avoir été enseignant au lycée agricole de Châteauroux, il devient libraire pendant quelques années à Paris, d’abord à la Procure, puis au Comptoir des Mots

Après un premier polar passé inaperçu, Flicosophes, paru en 2002, il signe le Dolmen des Dieux, un épisode de la collection « Le Poulpe » dans lequel il revient aux sources de la série, puis dans l’esprit de Jean-Bernard Pouy, dont il revendique une certaine forme de filiation littéraire, il commet le Crépuscule des Guignols, un western philosophique contemporain, vibrant hommage à Spinoza encule Hegel.

Devenu interprète en langue des signes, il vit désormais à Toulouse.

Chrysostome Gourio - Babelio

Article sur Wilma la vampire : https://culturevsnews.com/2020/10/13/wilma-la-vampire-7-octobre-2020-de-eglantine-ceulemans-chrysostome-gourio/

Achat du livre : www.leslibraires.fr

INTERVIEW

  1. Pouvez-vous me décrire en quelques mots votre parcours ?

J’ai grandi dans le Sud, puis j’ai habité dans le Centre, 10 ans à la Capitale et je vis maintenant dans le Sud-Ouest. De ces lieux j’ai gardé le goût de la nourriture riche et variée, des climats changeants, des saisons différentes, de l’agréable boisson et des amis chers. J’ai pratiqué des tas de sports différents sans être doué pour aucun : judo, tennis, handball, pelote basque, escrime ou parachute. Par ailleurs, j’ai fait des études de philosophie – j’ai glorieusement raté trois fois l’agrégation – puis de science du langage, ai été gardien de camping, éboueur, prof de philo, libraire, gardien de but et interprète français – langue des signes française.

  1. Comment vous est venue l’envie d’écrire ? A quelle période ?

Quand j’étais gamin, nos parents nous lisaient souvent des histoires, à mes frangins et moi. Et j’ai toujours trouvé ça magique. Ça faisait bouillonner mon imagination, et puis ce fait de pouvoir lire ensemble, de partager, c’était extraordinaire. Alors dès que j’ai su lire tout seul j’ai dévoré tout ce qui passait entre mes mains, et dès que j’ai su écrire, j’ai commencé à raconter mes propres histoires. Je prenais un personnage dans un dessin animé, un autre dans un roman, encore un dans une bande dessinée, un bout d’intrigue ailleurs et je faisais se rencontrer tout ce petit monde. C’est ainsi qu’à l’âge de huit ans, j’ai raconté comment le Capitaine Flam et Astérix sauvaient la chocolaterie de Charlie attaquée par les Sylvides.

  1. Quelles étaient vos lectures de votre enfance ?

Je lisais de tout : romans, bandes dessinées, revues… Le Petit Nicolas est un de mes premiers souvenirs de lectures, Moomin également, tous les Roald Dahl avec une prédilection pour La Potion magique de Georges Bouillon, mais je lisais peu de bibliothèque verte par exemple – le club des cinq et leur côté moralisateur avait tendance m’ennuyer. Côté bandes dessinées il y avait Astérix, bien sûr, Tintin, Philémon (de Fred), Yakari, Marion Duval, Les Tuniques Bleues…, puis il y a eu Druillet, Gotlib, Sempé… Mes parents avaient des livres partout : c’était facile, il suffisait de se servir.

Le petit Nicolas - LE SITE OFFICIEL
  1. Quel est votre rythme de travail ?

J’ai deux activités : interprète le jour et auteur la nuit (un peu comme Batman, les dollars et la Batmobile en moins). J’écris donc dès que je peux, quand j’ai un moment de libre. Je me balade toujours avec mon ordinateur dans mon sac à dos au cas où. De toute façon, j’écris tous les jours et j’ai toujours mes histoires dans ma tête, je me promène donc toujours avec mes personnages et je vis même un peu avec eux.

  1. Connaissez-vous déjà la fin du livre au départ ou laissez-vous évoluer vos personnages au fil de l’écriture?

En général, quand je commence une histoire, je sais à peu près d’où je pars, avec quel(s) personnage(s) et je sais à peu près où je veux les faire arriver (des fois pas du tout). Mais je fais partie des auteurs jardiniers : je plante une graine (ou plusieurs) et je regarde comment ça pousse. Du coup, je suis mes personnages, je les accompagne, les regarde évoluer et me laisse guider. Parfois un personnage fait un truc inattendu, prend une importance qu’il n’avait pas, me force à revoir mon intrigue… En fait, c’est eux qui font tout. Il arrive même que ça ne finisse pas du tout comme je l’avais prévu, mais ce n’est pas grave, bien au contraire. Ce qui importe c’est de me raconter l’histoire en même temps que je l’écris.

  1. Il y a-t-il des personnages dont vous vous êtes inspiré ?

Je m’inspire toujours de gens que je connais, que je croise, dans les transports ou ailleurs, parfois j’emprunte des personnages à d’autres auteurs (avec leur autorisation) pour que nos mondes se croisent et que ça crée une unité (ce que j’ai fait avec Wilma dans l’aventure de laquelle on retrouve Nel créé par Clémentine Beauvais et Gurty créée par Bertrand Santini). Je m’inspire aussi de personnages de films, de romans, de bandes dessinées, d’un caractère, d’une histoire… Mais je reprends toujours ça à ma sauce pour en faire autre chose ou quelqu’un d’autre.

Carambol'Ange – Éditions Sarbacane
  1. D’où vous venait cette idée de faire un livre sur les vampires ?

J’ai toujours adoré les vampires, les mythes et les légendes qui les concernent, tout ce qu’on a fait évoluer autour d’eux depuis les premiers romans gothiques. Et puis surtout, Dracula a toujours été un de mes romans préférés ! Donc, depuis Rufus le fantôme je savais que si j’écrivais une histoire dans ce même univers il y aurait une vampire quelque part. Quand on s’est dit avec Tibo Bérard – mon sémillant éditeur chez Sarbacane – qu’on partait pour une autre aventure mais sans que ce soit une suite, j’ai mis mon idée en application : une histoire de vampire, mais avec une héroïne. Parce qu’il y en a marre que ce soit toujours UN vampire !

  1. On sent une certaine empathie envers les personnages du livre mais le fait d’aborder les thèmes du harcèlement scolaire est fort pour un livre jeunesse . Vous êtes-vous inspirés de vos rencontres ?

C’est une thématique de plus en plus forte, on entend de plus en plus de témoignages et je connais plusieurs enfants dans mon entourage qui en ont été victimes. Et c’est insupportable, au même titre que toute forme de harcèlement (à l’encontre des femmes, des homosexuels, de personnes de couleur ou de culture différente…). Par contre, je n’écris pas pour faire passer des messages, dire ce qu’il faut faire ou pas, penser ou pas. Je glisse deux-trois petites choses comme ça, et je laisse les lecteurs-trices s’en saisir ou pas. Donc tout comme j’ai eu envie de parler de la mort et de la grève dans Rufus le fantôme, j’ai eu envie de parler de ça avec les aventures de Wilma. Mais ça ne veut pas dire que c’est de ça que le livre traite, par contre c’était une bonne manière de provoquer la rencontre de mes personnages.

Amazon.fr - Rufus le fantôme - Ceulemans, Eglantine, Gourio, Chrysostome -  Livres
  1. Avez-vous eu de l’aide dans l’écriture de ce roman?

Je travaille globalement seul, en tout cas sur la première version d’écriture. J’écris, j’écris, j’écris… Je râle, je trouve que c’est pourri, je réécris, je râle, je réécris encore… Après je fais lire mes textes ou je lis mes textes à d’autres (pour celui-ci, mes mouflettes par exemple). Et une fois que je suis à peu près content du résultat, je l’envoie à mon éditeur. C’est là que commence le travail collaboratif. Pour celui-ci, j’ai travaillé avec Tibo Bérard et Julia Thévenot qui ont été de formidables lecteurs et conseillers (ce texte leur doit beaucoup). Et puis il y a tout le travail avec Églantine Ceulemans, formidable illustratrice devant l’Éternel de la littérature jeunesse (qui me fait énormément rire). Ses dessins apportent aussi des idées qui me font modifier certaines choses. Par exemple, Rufus n’avait pas les cheveux frisottés avant qu’elle le dessine, j’ai donc modifié sa description dans le texte.

  1. Le final explosif est très cinématographique comment vous est-il venu ? était-ce une envie dès le début de l’écriture ou est-elle venue plus tard ?

J’ai une imagination très cinématographique. Sans doute parce que j’ai passé l’autre moitié de mon enfance et de mon adolescence entre la télé et le cinéma (la première moitié s’étant passée dans les livres). Là aussi, j’ai ingurgité tout ce qui passait à ma portée : dessins animés, séries, films, documentaires… Et je pense que ça a conditionné ma manière de penser (ce n’est peut-être pas pour rien que je suis devenu interprète en langue des signes). Donc, quand j’écris, je vois les scènes, je suis plongé dans leur cœur, et je ne fais qu’écrire ce que je vois.

  1. Le parcours a t-il été long et difficile entre l’écriture de votre livre et sa parution ?

Comme il s’agissait de notre troisième collaboration avec les éditions Sarbacane et en particulier avec Tibo Bérard, le parcours a été très facile. Nous savions que nous avions envie de raconter une autre histoire, et une fois que nous en avions posé les bases (comme je l’ai dit plus haut), il m’a suffit de me jeter dans l’écriture.

  1. Avez-vous reçu des remarques surprenantes, marquantes de la part de lecteurs ?

Pas pour celui-ci car il vient juste de sortir, en tout cas, pas encore. Mais pour Rufus ce qui a été surtout surprenant c’est l’accueil du livre, le rire des lecteurs-trices, leur facilité à aborder une thématique telle que la mort… Et puis surtout, ce dont je me rappellerai toujours, c’est mon arrivée dans deux classes. Dans la première, tous les élèves s’étaient déguisés en revenants (sorcière, vampires, fantômes), m’avaient préparé des jeux (dont un trivial pursuit autour du livre que j’ai encore), et confectionné des gâteaux mortels (dont un magnifique cerveau : demi-sphère de gâteau au chocolat recouvert de boudins de pâte d’amande, le tout nappé de coulis de framboise) ; dans la seconde les élèves s’étaient confectionné des déguisements de fantômes avec des draps de toutes les couleurs (et l’un des enfants avait fait son déguisement dans un vrai suaire : son grand-père travaillait dans les pompes funèbres). C’était génial !

  1. Avez vous d’autres passions en dehors de l’écriture (Musique, peinture, cinéma…) A part votre métier, votre carrière d’écrivain, avez vous une autre facette cachée ?

J’ai une passion cachée pour les Granola, la musique Metal, le parachute et l’escrime !

  1. Quels sont vos projets ?

J’ai toujours plein de projets en cours, je ne sais pas écrire une histoire à la fois. Je vais et viens de l’une à l’autre, j’ai besoin de ça. Je travaille donc actuellement sur une nouvelle aventure de la Brigade des Chasseurs d’Ombres, un court roman sur la surdité, un escape book, une réécriture de l’épopée de Gilgamesh (pour lequel j’ai obtenu une bourse d’écriture) et d’autres divers projets qui mûrissent dans ma tête.

  1. Quels sont vos coups de cœur littéraires ?

J’ai découvert il y a peu les livres de Manon Fargetton dans lesquels je me suis plongé avec plaisir, j’ai relu Héros de Benoît Minville, j’ai enfin lu Le jour où mon père a disparu de Benoît Séverac ainsi que Lady Elliot Island de Christophe Guillaumot, et surtout je me suis immergé dans le génial Les Furtifs de Alain Damasio.

Nos vies en l'air de Manon Fargetton | Redbluemoon
  1. Utilisez vous une bande son pour écrire? A moins que le silence suffise ?

Tout dépend de mon humeur. J’ai surtout besoin de musique pour me plonger dans un univers particulier et ça peut être un groupe, un compositeur de musique de film, du classique, du metal… Mais en période de relecture, je m’enferme dans ma tête et là j’ai besoin de silence. Évidemment, pour Wilma, j’ai baigné dans Motörhead tout du long.

Motorhead : Motorhead: Amazon.fr: Musique
  1. Avez-vous un site internet, blog, réseaux sociaux où vos lecteurs peuvent vous laisser des messages ?

On peut me retrouver sur ma page Facebook et sur Instagram !

FACEBOOK : https://www.facebook.com/chrysostome.gourio/

INSTAGRAM : https://www.instagram.com/chrysostomegourio/?hl=fr

Interview Melissa MARS: Carrière ,inspirations , les réseaux sociaux, etc.

Melissa Mars m’a accordé une interview exclusive autour de son métier de chanteuse et d’actrice. Nous avons parlé de ses débuts, la musique, de films et bien d’autres.

Melissa Mars:
WEBSITE: http://www.melissamars.com
FACEBOOK: http://www.facebook.com/melissamars
TWITTER: http://www.twitter.com/melissamars
INSTAGRAM: http://www.instagram.com/melissamarsofficial
YOUTUBE: http://www.youtube.com/melissamarsofficial

Interview : Sophie GINISTY Auteur de « Le réveil des Légendes – L’étoile flamboyante »

Sophie Ginisty est titulaire d’une licence (2008-2012) et d’un master (2012-2014) en relations internationales de l’Institut national des langues et civilisations orientales (Inalco). Elle a commencé à écrire son premier roman, « Le Réveil des Légendes », en 2011, lorsqu’elle habitait à Tokyo, où elle a obtenu son certificat d’études japonaises. C’est en le publiant, chapitre après chapitre, à l’occasion d’un concours d’écriture, sur le site d’écriture collaborative 404 Factory, que Sophie Ginisty a été repérée par le jury composé de professionnels de l’édition et des univers de l’imaginaire. « Le Réveil des Légendes » (2020) est le gagnant de l’édition 2019 du Grand Prix 404 Factory.

Sophie (@valet2trefle) | Twitter

Achat du livre : https://amzn.to/2MK9vCk

Chronique du livre :https://culturevsnews.com/2020/06/09/le-reveil-des-legendes-letoile-flamboyante-01-de-sophie-ginisty-4-juin-2020/

INTERVIEW

  1. Pouvez-vous me décrire en quelques mots votre parcours ?

Mon parcours est celui d’une âme curieuse, qui a soif de découvertes et d’aventures. Ce sont mes envies de dépaysement qui m’ont poussé d’un côté à beaucoup voyager, pour découvrir de nouvelles cultures, de nouveaux paysages, de nouvelles façons de vivre ; et d’un autre à me plonger dans les livres, les films et les jeux-vidéos, véritables fenêtres vers d’autres mondes. Tous ces voyages, réels et imaginaires, ont été des sources importantes d’inspiration qui m’ont mené à écrire des histoires, d’abord avec des amis, puis sur des forums d’écriture, et enfin dans une série de livres. En résumé, je suis une vadrouilleuse qui s’inspire de ses voyages pour coucher de nouvelles aventures sur papier.

  1. Comment vous est venu l’envie d’écrire ? A quelle période ?

J’ai toujours aimé inventer des histoires et surtout les partager avec les autres, que ce soit à travers le jeu (comme tous les enfants le font en s’inventant des aventures) ou l’écriture. La première fois que j’ai mis sur papier une histoire, c’était à l’école primaire, pour le journal de l’école. J’avais tout simplement envie de voyager dans un autre monde, d’être émerveillée par la découverte de ce monde, et de le faire avec tous mes camarades !

Ce plaisir de plonger dans un univers complètement différent, de créer quelque chose de nouveau et d’emporter les autres avec moi, je l’ai gardé. C’est pour ça que j’écris maintenant des romans et que j’anime des jeux de rôle en tant que maître du jeu.

  1. Quelles étaient vos lectures de votre enfance ?

Les premières lectures qui m’ont marqué sont celles de mon adolescence. On y retrouve déjà beaucoup de fantasy et de fantastique (Le Secret de Ji de Pierre Grimbert, La Belgariade de David Eddings, Le Seigneur des Anneaux de Tolkien, L’Assassin Royal de Robin Hobb, L’Épée de Vérité de Terry Goodkind, Le Clan des Otoris de Lian Hearn, Lestat le vampire d’Anne Rice, Harry Potter de J.K. Rowling, etc.) mais aussi des romans d’aventure et/ou historiques (Geisha d’Arthur Golden, Rouge Brésil de Jean-Christophe Rufin, Le Huit de Katherine Neville, etc.), mélangés à des classiques, à du Nothomb et du Vargas, et beaucoup de mangas (X1999, Hoshin, Tsubasa Reservoir Chronicle, Le Nouvel Angyo Onshi, GTO, Cowboy Bebop, Noir, Full Metal Alchemist, One Piece, etc.).

  1. Quel est votre ‘modus operandi’ d’écriture ? (Votre rythme de travail ?)

J’essaie d’écrire un peu tous les soirs en revenant du travail, même si parfois cela se résume à rédiger quelques phrases, et un peu plus le weekend. L’important c’est de rester dans l’histoire, de continuer à la vivre pour pouvoir la faire vivre en retour aux lecteurs à travers l’écriture. Lorsque j’ai terminé un chapitre, je le laisse en général reposer une journée avant de le relire en entier pour le corriger. Je passe ensuite une journée de brainstorming sur la suite et reprends enfin l’écriture.

Mensetsu on Twitter: "Hop surprise ! Un Mensetsu Hors série d'été ...

  1. Connaissez-vous déjà la fin du livre au départ ou laissez-vous évoluer vos personnages ?

Un peu des deux ! Je connais les grandes lignes de l’histoire dès le début. C’est un peu comme les étapes d’un voyage : on sait qu’on va passer par certains endroits mais parfois on ne sait pas en détail comment on va y arriver ! La fin est l’une de ces étapes, je la connais donc à l’avance mais elle peut être altérée par les errances de parcours.

  1. Il y a-t-il des personnages dont vous vous êtes inspiré ?

Très certainement, mais je ne l’ai pas forcément fait consciemment… il est donc difficile de répondre à la question. Je peux tout de même dire que Geralt, le personnage principal du Sorceleur (Andrzej Sapkowski) m’a inspiré fortement un personnage secondaire qui apparaît dans un chapitre du roman ; que son compagnon, Jaskier, a certainement aidé à la création de Gaël, le poète voleur ; et que Roland de La Tour Sombre (Stephen King) m’a donné envie d’avoir un gunslinger dans mon histoire (et un maître un peu grognon).

  1. D’où vous vient cette vision fantastique sur les demi elfes? et cette envie d’écrire dessus ?

J’ai toujours trouvé les dualités intéressantes chez les personnages, et la double identité est pleine de richesse car elle peut être vécue de bien des façons. Il suffit de regarder le cas des enfants issus de parents de couleur de peau différentes dans notre société. En France, on les appelle des « métisses », ce qui implique un mélange, un mixte des cultures. Au Japon, on les appelle des « halfs », ce qui implique plutôt une coupure : ils ne sont que la moitié d’une personne car seulement à moitié japonais. Ce terme m’avait beaucoup dérangé à l’époque, quand je vivais là-bas, et je me suis demandée comment ces « halfs » le vivaient… et par extension, comment un demi-elfe vivrait sa double origine dans le monde de Gaïa, où une partie de la population, la race humaine, a clairement le dessus sur l’autre, la race elfique. Serait-il un lien entre les cultures ? Une preuve qu’elles peuvent vivre ensemble en harmonie ? Ou au contraire serait-il l’objet de haines raciales de la part de l’une ou des deux races ? Et quelles conséquences cela aurait-il sur le développement de sa personnalité ? Accepterait-il ses deux origines ou en rejetterait-il une, et si oui laquelle ? La race elfique pour mieux s’adapter à la société dans laquelle il vit ? Ou au contraire la race humaine, car il se construirait en opposition à celle-ci ? Ce sont toutes ces questions et toutes ces possibilités qui m’ont donné envie de creuser un peu plus le sujet et d’explorer les conséquences que la double identité pouvait avoir.

  1. On sent une certaine empathie envers ces êtres dont vous dressez le portrait dans votre livre, en quelques lignes ces personnages prennent vie, vous êtes-vous inspirés de vos rencontres ?

Je pense que tous les écrivains s’inspirent de leurs expériences personnelles, c’est ce qui nourrit notre imagination et notre plume. Mais si on ressent de l’empathie dans le livre, c’est peut-être parce que lorsque j’écris, j’essaie de ne pas le faire depuis le point de vue d’un dieu omniscient mais de celui des personnages eux-mêmes. Je me glisse dans leur peau et je veux que le lecteur le fasse aussi. Le pouvoir d’immersion d’une histoire est quelque chose de très important pour moi. Je ne veux pas simplement que le lecteur lise, je veux qu’il vive, qu’il ressente, qu’il voyage dans un monde qui lui paraisse aussi réel que le nôtre. Et pour cela, il doit devenir intime avec les personnages, les connaître aussi bien qu’il se connaît lui-même.

  1. Avez-vous reçu de l’aide dans l’écriture de votre roman?

Le monde de Gaïa, dans lequel le roman se déroule, a été créé en grande partie lors d’une soirée que j’ai passé en compagnie d’un très bon ami, Mathieu, à Tokyo. Sans lui, ce continent en spirale n’aurait jamais existé et les Gn’afs (les Hommes-poisson) non plus. Nous avons d’ailleurs rédigé ensemble le prologue de l’histoire. Et puis, je ne sais pas si j’aurais trouvé la force et la volonté d’aller jusqu’au bout sans Aurora, ma première et plus fidèle lectrice. Elle a su me donner la motivation pour poursuivre grâce à son enthousiasme constant et à ses questions ! C’est le cas aussi pour Cédrick, qui a transformé toutes mes cartes pour les rendre telles qu’on les connaît (et non pas dessinées par mes soins sur un bout de papier tout moche). Voir son monde prendre forme est vraiment quelque chose qui pousse à poursuivre ! Et pour finir, l’œil avisé et critique de Tiphaine m’a aidé à déceler des manques d’information ou des incohérences dans les premiers chapitres, avant même que mon éditrice ne le fasse.

  1. Le final explosif est très cinématographique, comment vous est-il venu ? était-ce une envie dès le début de l’écriture ou est-ce venu plus tard ?

Je n’avais pas cette scène en tête dès le début du roman mais elle m’est tout de même venue assez vite et j’avoue que j’ai eu hâte de pouvoir l’écrire ! L’idée m’a été inspirée en grande partie par mes rêves. Dans le monde onirique, la logique n’est plus la même que dans le monde réel, il n’y a pas forcément de continuité dans l’espace et dans le temps. Un simple petit évènement, un détail, peut changer l’ensemble du scénario dans lequel le rêveur se trouve et le faire voyager d’un monde à un autre. C’est extrêmement intéressant à exploiter pour un écrivain ! Quant au côté cinématographique, je suis très contente qu’on le ressente puisqu’effectivement, je me représente toujours ce que j’écris en image, surtout les scènes d’action. Ce final, je me suis dit qu’il devrait être aussi spectaculaire que Inception de Christopher Nolan !

  1. Le parcours a-t-il été long et difficile entre l’écriture de votre livre et sa parution ?

L’histoire a été très longue à mettre sur papier. Ce n’est pas toujours facile de combiner vie étudiante/professionnelle et écriture. Il faut trouver le temps, la force, la motivation et le courage de proposer son texte à un éditeur. J’avais déjà présenté quelques nouvelles à des maisons d’édition qui avaient été refusées alors j’avoue que j’étais plutôt stressée lorsque j’ai participé au concours 404 Factory avec mon premier roman. Et puis finalement, ça a payé ! Le travail de correction avec mon éditrice s’est ensuite très bien passé et ce qui a été le plus long c’est la création de la couverture, mais in fine, ça valait le coup ! Tout était fin prêt pour que le livre sorte enfin en librairie, mais c’était sans compter sur le Covid-19 qui a reculé la parution de 2 mois. Comme le dit La Fontaine : « Patience et longueur de temps / Font plus que force ni que rage ». Tout vient à point à qui sait attendre !

  1. (Avez-vous reçu des remarques surprenantes, marquantes de la part de lecteurs ?)

Une lectrice m’a dit qu’elle avait pleuré en lisant la fin de mon livre et que mon écriture l’avait inspiré pour son propre roman. Cela m’a incroyablement touché, parce que cela voulait dire que j’avais réussi à faire vivre mon histoire et à stimuler son imagination, ce qui est pour moi la marque des bons livres.

  1. Avez-vous d’autres passions en dehors de l’écriture (Musique, peinture, cinéma…) A part votre métier, votre carrière d’écrivain, avez-vous une autre facette cachée ?

J’aime beaucoup voyager, découvrir de nouvelles régions ou de nouveaux pays et j’adore faire du trekking en montagne et de la randonnée, à pied ou à cheval. Les chevaux sont d’ailleurs une autre de mes passions et j’ai longtemps fait des compétitions de saut d’obstacles. Sinon, j’aime aussi jouer aux jeux-vidéos et plus encore aux jeux de rôle sur table avec mes amis.

  1. Quels sont vos projets ?

Écrire la suite du Réveil des Légendes. Si tout va bien cette saga sera constituée de 6 tomes : 3 tomes qui racontent l’histoire de Ieven, que l’on suit ici dans L’Etoile Flamboyante, et 3 tomes qui racontent l’histoire de son jumeau, sur la même période de temps. Les deux trilogies se passeront donc en parallèle l’une de l’autre et pourront se lire séparément… mais la personne qui lit les deux trilogies comprendra les liens qui unissent ces deux histoires tout en ayant une vue d’ensemble de ce qu’il se passe dans l’Empire de Gaïa. C’est un gros projet mais j’espère que je pourrai le mener à terme et que les lecteurs seront au rendez-vous !

  1. Quels sont vos coups de cœur littéraires ?

Il y en a plein ! Mais pour n’en citer que quelques-uns : L’Assassin Royal de Robin Hobb, le premier livre qui m’a vraiment transporté et fait vivre aux côtés du personnage principal, Fitz, et qui m’a largement inspiré dans mon écriture. Gagner la Guerre de Jean-Philippe Jaworski, l’histoire est très prenante et la plume fleurie de l’auteur est un véritable régal. Le comics Sandman de Neil Gaiman qui mélange des légendes du monde entier, qui met en scène des dieux de toutes les religions, qui est à la fois très poétique, plein d’action et d’humour, grave et léger : un vrai chef d’œuvre !

  1. Utilisez-vous une bande son pour écrire? A moins que le silence suffise ?

Je n’écoute pas de musique lorsque j’écris, pour la bonne raison que lorsque je suis concentrée, je n’ai plus vraiment conscience de ce qui m’entoure : je ne l’entendrais donc pas. De plus, j’aime me relire régulièrement à voix haute et le silence, ou les simples bruits de la nature, sont alors les meilleurs des compagnons.

  1. Avez-vous un site internet, blog, réseaux sociaux où vos lecteurs peuvent vous laisser des messages ?

Ils peuvent me contacter sur le site de 404 Factory (et lire mes écrits !), mais également sur Instagram ou sur Twitter. Mon pseudo y est toujours Valet2trefle !

Site 404 factory : https://www.404-factory.fr/

INSTAGRAMhttps://www.instagram.com/valet2trefle/

TWITTER : https://twitter.com/valet2trefle

 

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Le management très libéral des dirigeants nazis

Historien spécialiste du nazisme, Johann Chapoutot signe avec Libres d`obéir : Le management, du nazisme à aujourd`hui un essai déroutant sur les techniques de management des cadres nazis. Contre toute attente, une idéologie funeste communément associée à un sens de la planification rigoureux aura su s’accomoder des réalités de terrain et accepter une grande marge de liberté dans la gestion des hommes pour arriver à ses fins. Une adaptation dont l’héritage se poursuit jusqu’à aujourd’hui dans les entreprises.

Votre essai suit le parcours professionnel et intellectuel de Reinhard Höhn d’abord figure intellectuelle du IIIe Reich, puis directeur de la principale école de formation de cadres allemands de l’après-guerre. Comment s’opère la filiation entre les théories de l’organisation du travail de cet ancien juriste nazi et les méthodes de management actuelles ?

Reinhard Höhn a réfléchi au management essentiellement après 1945, dans le cadre des missions que lui confiait son employeur, un think tank industriel qui voulait doter l’Allemagne d’une académie de formation des cadres propre à faire advenir en Allemagne la figure du manager, du spécialiste de l’organisation elle-même, alors que l’Allemagne avait une tradition de cadres spécialistes de leur matière ou de leur technique – généralement, des ingénieurs, des titulaires de doctorat (droit, économie, chimie…) ou des docteurs-ingénieurs, statut créé par les réformes universitaires du début du XXe siècle. Le spécialiste non-spécialiste, le manager, était une nouveauté, et une nécessité urgente dans la mesure où, dans le cadre de la guerre froide et du Plan Marshall, l’Allemagne de l’Ouest s’intégrait à un bloc Atlantique où dominaient les archétypes formés par la Harvard Business School ou la MIT School of Management. Pour adapter les cadres aux nouvelles conditions d’une économie performante et de haute croissance, il valait mieux leur donner une formation continue que réformer en profondeur le système universitaire et attendre une nouvelle génération d’étudiants. Le principe d’une école de cadres fut donc retenu, et Reinhard Höhn a ouvert son Akademie für Führungskräfte en 1956, de même que la France a inauguré l’INSEAD en 1957 – dont le principe est le même : accueillir des cadres déjà en fonction, et les doter d’une formation professionnelle.

Avant 1945, Reinhard Höhn, jeune professeur de droit et général SS, s’intéressait, sur le plan intellectuel, à deux choses principales : la transformation des administrations du Reich dans un contexte d’extension territoriale et de diminution des personnels (comment faire plus avec moins ?), le remplacement de l’Etat par des agences, et l’histoire militaire, sa passion de toute une vie.

Je montre dans le livre que c’est en s’inspirant de tout cela, comme de la conception nazie du travail (volontaire, libre) et de la Menschenführung (la direction des hommes – que ce soit à l’armée, à l’usine ou au bureau, ou dans la société en général), que Reinhard Höhn a pu élaborer un modèle de « management par délégation de responsabilité » qui, par son aspect participatif et libéral, a su correspondre aux exigences d’une société nouvelle, libérale et démocratique. De fait, son modèle a été le catéchisme du monde économique allemand des années 1950 aux années 1980 au moins. Lorsqu’il meurt en 2000, Höhn est célébré comme le « Peter Drucker allemand », comme un pape du management.

Vous montrez de façon surprenante que les théoriciens du nazisme préfèrent un foisonnement d’initiatives individuelles désorganisées à la rigidité de l’Etat. On passe d’une gestion absolutiste du pouvoir à un management par objectif où la prérogative des chefs n’est plus d’imposer les méthodes mais d’ordonner, contrôler, évaluer. Cela ne va-t-il pas à l’encontre de l’image de l’organisation quadrillée du pouvoir nazi ?

Oui, et c’est, comme vous le dites, une image, une de celles qui subsistent par persistance rétinienne. Nous sommes nourris d’images produites par les nazis sur eux-mêmes : pas un documentaire ne nous épargne les défilés ou les alignements au cordeau des films de Leni Riefenstahl, qui étaient des mises en scène dictées par les impératifs de la propagande nazie. Comme, de surcroît, ces images correspondent aux stéréotypes que nous cultivons au sujet de l’Allemagne et des allemands (organisés, rigides, disciplinés…), nous ne voyons pas la réalité derrière l’écran. Cette réalité nazie est toute d’improvisation, de contrordres, de contradictions et de chaos. Comment aurait-il pu en être autrement ? Les nazis s’estiment en retard sur tout, sur la biologie et sur l’histoire. Pour adapter l’Allemagne à la réalité d’un monde en guerre biologique, il faut lancer des myriades de chantiers dans tous les domaines, des autoroutes à la réforme du droit, de la création d’une armée à la refonte administrative du Reich… et cela s’accentue avec la conquête de l’Europe ! D’un point de vue militaire, administratif, économique, policier, génocidaire, ce qui domine, c’est la vitesse : rapidité des initiatives, brutalité des mises en œuvre. Tout cela produit du chaos.

Mais c’est un chaos créatif, et voulu comme tel. Les nazis sont des darwinistes sociaux, qui considèrent la concurrence, la lutte et le combat comme positifs et salvateurs. Que l’initiative individuelle fleurisse, et que le meilleur gagne ! A la fin, c’est la solution la plus radicale, car la plus violente et la plus rapide, qui est retenue par une hiérarchie qui se contente, au fond, de fixer des objectifs généraux et d’arbitrer in fine en faveur du « meilleur ».

Cette pratique du darwinisme institutionnel, qu’Albert Speer, ministre de l’armement à partir de 1942 appelle « l’improvisation organisée », est théorisée par des juristes, hauts fonctionnaires du régime fortement empreints de darwinisme social et de racisme, inconditionnels de la « lutte pour la vie », de la « survie du meilleur » et de la « sélection naturelle ». Reinhard Höhn, officier supérieur de la SS, membre de son élite (le SD) et protégé d’Heinrich Himmler, en fat partie.

Pourtant vous montrez par ailleurs que ces théories du management sous le nazisme sont elles-mêmes inspirées d’un nouvel art de la guerre venu de la Révolution française où la motivation individuelle prend le pas sur l’organisation totalitaire. Comment la souplesse d’exécution de l’armée française inspire-t-elle les dirigeants nazis ?

Bien en amont des nazis, la défaite terrible que les Prussiens concèdent à Napoléon en 1806 à Iéna a conduit à repenser en profondeur l’organisation militaire, l’art du commandement et les rapports entre donneur d’ordres et subordonnés. Clausewitz, un général prussien traumatisé par la défaite, a constaté que la victoire des Français était en grande partie celle de l’adaptation au terrain, de l’initiative individuelle et du mouvement face à la rigidité mécanique de la ligne d’infanterie prussienne hérités de Frédéric II. Des tirailleurs mobiles faisaient face à des automates mus par des ordres mathématiques qui ne laissaient aucune place à l’improvisation, au brouillard de la guerre et à l’imprévu. Par ailleurs, remarquait le général Scharnhorst, les soldats français étaient des soldats-citoyens qui se battaient pour eux-mêmes, pour leur liberté. Autrement dit, ils étaient passablement plus motivés au combat que les soldats de plomb prussiens, manipulés sur le champ de bataille comme des pions sur une carte de Kriegsspiel…

Les réformes de l’armée prussienne, entre 1806 et 1813, ainsi que les écrits théoriques de Scharnhorst, ont donné naissance à un nouvel art du commandement, la « tactique par la mission », en allemand Auftragtstaktik : le chef donne un objectif, sans spécifier les voies et les moyens. A charge au subordonné, qui doit remplir l’objectif, de calculer et de mettre en œuvre les moyens adéquats pour le succès de sa mission. Dans cette configuration, un seul critère d’évaluation : la réussite – tempéré par la proportion, donc l’économie, des moyens (ne pas perdre trop d’hommes et de matériel, par exemple).

C’est cette conception du commandement qui permet à la Wehrmacht d’obtenir ses plus beaux succès, notamment lors de la campagne de 1940 en France : les officiers de terrain, comme le général Rommel, sont libres de faire ce qu’ils veulent pour atteindre leurs fins. Ils prennent tellement cette liberté à cœur que leur marge d’appréciation va jusqu’à l’insubordination caractérisée, comme lorsque Rommel coupe sa radio pour ne pas entendre les ordres d’arrêt ou de repli de son état-major, une surdité sélective que reproduit son camarade Guderian quand, au lieu de s’arrêter à Pontailler-sur-Saône, il se retrouve à Pontarlier, à la frontière suisse…

Dans l’armée prussienne, puis allemande, on est donc libres d’obéir : il faut obéir (atteindre un objectif, réussir une mission – Auftrag), mais on est libre de choisir les moyens de sa réussite.

C’est cet art du commandement que le SS Reinhard Höhn, historien militaire reconnu et spécialiste, du reste, de Scharnhorst, décide de transposer à l’organisation productive dans le cadre d’une économie libérale, de marché et de haute croissance.
Pour les nazis « la force productive est soutenue par la joie », on pourrait presque retrouver cette formule dans la novlangue du monde des startups ?
Oui, et cela n’a rien de bien surprenant. Le management est, essentiellement, un art d’aménager la contrainte – en rendant la subordination, qui définit le contrat de travail, acceptable par l’agent producteur.

On constate que, après 1945, dans le « monde libre », il fallait être libre politiquement (dans le cadre de la démocratie libérale, en tant que citoyen) mais aussi économiquement (dans le cadre de l’entreprise, en tant que producteur, voire en tant que consommateur, dans une société de consommation définie par l’abondance, la diversité et le marketing).

Face à cela, il y avait le « bloc de l’Est », caractérisé par la tyrannie (politique) et la pénurie (économique), ainsi que par l’esclavage (productif).

Le management libéral de Höhn était parfaitement adéquat aux temps nouveaux, ceux de la démocratie capitaliste, tout en venant des temps anciens (ceux de la lutte contre le communisme, dont les nazis étaient les plus fervents acteurs).

Et en ce moment que lisez-vous (essais ou fictions) ?

Pour le loisir et la réflexion hors travail universitaire, des polars nordiques, de la littérature française contemporaine, des essais de politique et d’économie, ainsi que de l’histoire grecque et romaine.

Découvrez Libres d`obéir : Le management, du nazisme à aujourd`hui  de Johann Chapoutot publié aux éditions Gallimard dans la collection NRF Essais. 

Interview : Louise Mey à propos de La Deuxième Femme

Dans La Deuxième Femme, Louise Mey met très justement en lumière les codes de l’emprise amoureuse, parfois intrinsèque aux situations de violence conjugale. Si l’auteure avait déjà exploré ces thématiques dans ses romans policiers Les Ravagé(e)s et Les Hordes invisibles, la violence prend ici une dimension plus intime. On y suit malgré nous les tourmentes de Sandrine, nouvelle compagne de l’homme dont elle a tant rêvé, qui se révelera capable d’une violence extrême.

Ce livre a pour sujet prédominant la dénonciation des violences faites aux femmes, ligne déjà conductrice de vos romans Les Ravagé(e)s et Les Hordes invisibles. Dans ces derniers, vous situiez partiellement l’action dans un commissariat. Cette fois-ci, l’horreur se déroule dans la sphère familiale. Pourquoi avoir fait le choix d’une narration intime ? 

Oui, c’est un point de vue différent. Les policiers et policières que j’ai inventés pour Les Ravagé(e)s et Les Hordes invisibles savent beaucoup de choses, discutent entre eux, ont du recul sur la situation, ce qui permet d’avoir une approche un peu théorique des cas qu’ils rencontrent et touchent majoritairement des femmes et des personnes LGBTQ+.

Mais je ne voyais pas comment raconter ce que je voulais raconter en conservant cette posture de surplomb. Ça me semblait même un peu injuste : c’est facile d’analyser et de discourir sur l’emprise lorsque l’on n’en est pas soi-même victime.
Ce que j’ai essayé de faire, au contraire, c’était d’accompagner mes personnages au plus près, des personnages qui surnagent comme ils peuvent ; et de montrer comment ils en arrivent là où on les trouve. C’est une approche plus viscérale. Je traite toujours d’une question globale, qui est celle des violences systémiques faites aux femmes, mais c’est comme un champ/contrechamp, un changement de point de vue après deux Alex et Marco – et avant de terminer le troisième. 

Une partie substantielle de la narration de votre livre réside dans le refus de nommer l’autre : les autres femmes ne sont pas reconnues par Sandrine, le personnage principal, pour leur statut, et sous votre plume « l’homme qui pleure » ne possède pas de prénom. En faisant le choix de ne pas nommer ce personnage principal masculin, en lui refusant une part de son identité, cherchiez-vous à amorcer une discussion sur les problématiques de violence liées au genre masculin et à sa possible toxicité dont il est parfois question aujourd’hui ?

Les personnages féminins sont bien nommés par Sandrine, mais vous avez raison, elle leur dénie une reconnaissance à part entière : Caroline est « la première femme » avant d’être Caroline, elle n’existe que par ce statut directement lié au compagnon de Sandrine. Et au départ, Sandrine est persuadée que Lisa, par exemple, n’est pas une interlocutrice légitime car pour Sandrine, il y a des métiers « d’homme » : médecin, flic… Elle a appris à penser que les hommes font mieux, savent mieux. Quant à l’homme qui est un pivot dans le récit, le choix de ne pas lui donner de prénom est délibéré. Ce n’est pas un personnage qui m’intéresse beaucoup. Dans le polar, le thriller, les personnages masculins ont très souvent et la parole, et la main sur la narration.

 

De manière générale, il y a quand même beaucoup de livres, de films, qui décortiquent les motivations d’hommes qui font du mal aux femmes. Je me souviens d’un film où deux inspecteurs masculins, entièrement habillés – bon, ce n’est pas surprenant en soi, ils sont en train de travailler… – discutent de leur enquête alors qu’au second plan, il y a le corps d’une femme à moitié nue, jambes écartées, et floue. Cela m’avait révulsée – et c’était peut-être voulu. Ça m’a donné envie d’écrire autre chose ; des histoires où les victimes ne sont pas que des prétextes. Les histoires que l’on écrit infusent la société que nous habitons et j’avais envie de proposer quelque chose qui ferait un peu contrepoint. 

Encore dans la presse, malgré le travail de certaines équipes de journalistes et de militantes, on trouve encore beaucoup trop fréquemment des violences systématiques relatées sous la forme de faits divers, où les hommes mis en cause se voient attribuer des excuses : ils étaient ivres, ils étaient jaloux, ils étaient malheureux… Ça ne m’intéresse pas de participer à cela. On m’a déjà demandé, à plusieurs reprises « pourquoi ce choix d’écrire sur les pervers narcissiques » ; mais je n’ai jamais prétendu cela. Les hommes qui font du mal au femmes le font souvent parce qu’ils estiment qu’ils en ont le droit, ou qu’ils n’auront de toute façon pas à répondre de leurs actes. Et malheureusement, dans la réalité, le nombre d’hommes condamnés pour des violences ou des crimes sexistes leur donne raison… Mais depuis le début, mon propos est justement : « ces hommes ne sont pas fous ». Au contraire. Et c’est là, en effet, que la discussion sur la dimension toxique de la masculinité, telle qu’on la construit, devrait s’amorcer. Les personnes avec de réelles pathologies psychiques ont en fait davantage de risques d’être maltraitées que de maltraiter. Et si des hommes « sains d’esprit » sont violents avec les femmes, c’est bien qu’il y a un problème global. 

 

Et pour finir de répondre à votre question, ce qui est intéressant, c’est qu’on relève souvent (dans la fiction, la presse, dans les interventions télé…) que les hommes sont présentés avec leur nom de famille, leur titre officiel, alors que les femmes sont souvent réduites à leur simple prénom (ou alors on leur donne du « Madame » alors qu’elles sont professeures, expertes, comme pour nier leur expertise). Dans mes textes, j’ai réalisé que c’est l’inverse : le prénom, c’est un lien supplémentaire, une épaisseur en plus… les victimes en ont souvent, les agresseurs beaucoup moins. 

Quelle a été l’inspiration pour le personnage de Sandrine, la deuxième femme ? Était-ce un hommage aux “petites gens” que l’on ne voit pas, n’écoute pas ? 

C’est une question d’autant plus intéressante qu’au départ, le titre était La Première Femme. Avec ce titre, Sandrine n’était même pas au centre de sa propre histoire !
Mais Sandrine pourrait être n’importe quelle femme. Le fait qu’elle soit « petite » dans son estime d’elle-même, qu’elle se juge stupide, pas cultivée, fait partie du personnage, mais c’est presque anecdotique. D’autant qu’il y a un écart entre la manière dont Sandrine se voit, et ce qu’elle est vraiment…

Le personnage de Sandrine m’est venu d’un bloc, j’y tiens beaucoup. Mais peut-être que, rétrospectivement, si les choses étaient à refaire, je la travaillerais différemment, pour qu’elle soit moins « petite », justement.

Ceci étant dit, dans le livre, il y a un passage court (mais important) où on évoque une femme « importante » qui est victime de violences – et on comprend, je l’espère (non pas qu’une femme est plus importante qu’une autre) qu’une femme CSP+++, indépendante, « puissante », peut, elle aussi, être sous emprise. Parce qu’il n’y a pas vraiment de profil et qu’encore une fois, quand une femme est victime de violences, le problème, ce n’est pas elle.

« Elle devait être de celles-là, celles dont le père de Sandrine parlait, les salopes qui font chier leur monde, elle Sandrine avait appris à ne pas faire chier son monde, elle était bonne élève. » Comme de nombreuses femmes, Sandrine a appris à se replier, à ne pas exister pour mieux survivre. Sur quoi avez-vous basé vos recherches pour ce livre ? Vous êtes-vous entretenue avec des victimes pour tenter de comprendre leur schéma mental lorsqu’elles sont confrontées à des situations d’extrême violence ?  

L’origine de La Deuxième Femme, ce sont mes recherches pour écrire Les Ravagé(e)s et Les Hordes invisibles : j’ai consulté (merci Internet) beaucoup de statistiques, d’études. Elles ont modifié ma manière de lire les actualités et de décrypter la culture qui m’entoure. Dans Les Ravagé(e)s et Les Hordes invisibles, quelque part, l’emprise est déjà partout. Que ce soit celle que les hommes veulent exercer sur les femmes ou celle que les stéréotypes de genre font peser sur les femmes en tant que groupe social.

L’expression n’est pas très élégante mais La Deuxième Femme, c’est presque une purge de tout ce que j’ai absorbé, pas seulement d’événements terribles, mais aussi de la réception qui leur était faite. « Elle n’avait qu’à pas » (sortir, boire un verre, accepter qu’on la raccompagne) ; « elle n’avait qu’à » (dire non, se défendre, crier, ou quand la victime a réussi à réagir, se défendre mieux, crier plus fort). C’est une inversion de la responsabilité. Quand on cambriole votre maison, personne ne vous dit « oui mais quand même, avec des rideaux comme ça, vous l’avez un peu cherché, non ? ». Dans La Deuxième Femme, j’ai essayé de réfléchir à ce « mais elles n’ont qu’à partir » qu’on entend dès qu’une femme parle des violences qu’elle subit. Ou quand elle meurt. 


Cette situation de violence dépasse le couple formé par Sandrine et M. Langlois, puisqu’elle aura des réelles répercussions sur la sphère familiale dans son entièreté. Elle touchera particulièrement le petit Mathias, fils silencieux pris entre deux eaux. Pourrait-on dire qu’il s’agit ici d’un personnage pivot, reflet des effets de la masculinité toxique ?

Je pense que c’est se leurrer que de croire que la violence au sein d’un couple n’affecte pas les enfants. J’ai participé à une table ronde sur le féminicide organisée par Causette en février. Grâce à la Fondation des femmes, j’ai rencontré une avocate qui se spécialise en défense des victimes : Me Anaïs Defosse. Elle insistait beaucoup sur le fait que les enfants sont profondément affectés par ce genre de situation ; que le traumatisme d’un accident grave est inférieur à celui de voir un de ses parents être violent avec l’autre. Qu’un homme violent ne peut pas être un bon père, pas tant qu’il n’a pas eu le temps de sortir de sa propre violence.

Le personnage de Mathias est aussi là pour illustrer une réalité terrible qui est que les hommes violents utilisent souvent les enfants comme moyen de pression ; beaucoup d’assassinats se produisent au moment du passage de bras, lors d’une garde alternée. Et il ne faut pas oublier que quand un conjoint ou ex-conjoint tue une femme, il tue aussi, parfois, ses enfants. 

On pourrait presque qualifier ce livre d’étude de la soumission inconsciente du genre féminin pour s’accommoder aux désirs et attentes du patriarcat. Le sexisme intériorisé de Sandrine, sa haine de l’autre femme qui vient mettre à mal sa relation avec « son homme » en sont des exemples. Était-ce important pour vous de souligner cette soumission qui n’est pas toujours mise en lumière dans la littérature, et qui peut mener à une déconstruction sociétale du soi ?

C’est un beau compliment ! Mais c’est peut-être audacieux de ma part de revendiquer cela.

Le roman noir est un champ très vaste et qui laisse beaucoup de liberté. Y compris celle, comme ici, de passer tant de temps avec un personnage, qu’enfin on comprend comment il fonctionne ; on arrive à ressentir les mécanismes qui ont fait de lui ce qu’il est. La manière dont il s’efface, se dilue, se ratatine. Quelque part, il s’agit de pouvoir être « utile », quand j’écris.
L’emprise est un mécanisme psychique dont on parle de plus en plus mais qui me semble compliqué à faire ressentir vraiment. C’est donc très gratifiant de recevoir des messages de personnes me disant qu’elles ont « compris » ce que cela signifiait. Et j’étais soulagée d’avoir des retours de professionnel.le.s qui me disaient « oui, c’est conforme à ce qu’on observe », car les livres peuvent aussi faire du mal et c’est une vraie responsabilité.

Je pense qu’il y a des personnages féminins forts dans la littérature ; et que plus il y en aura, plus il y aura d’autrices qui pourront décrire la complexité que c’est d’être une femme (ou d’être socialement vue comme une femme), de naviguer entre ce que l’on est, ce que l’on veut être, ce que l’on s’interdit, ce qu’on nous interdit… et mieux ce sera, pour tout le monde !

Quel est le livre qui vous a donné envie d’écrire ?

Ils sont trop nombreux ! Je me souviens que j’avais essayé de rédiger le 100e exercice de style de Queneau… (mon papy était très fier). Je crois que les enfants qui inventent des histoires sont nombreux ; j’ai eu la chance d’avoir un accès facile à la littérature et d’être toujours encouragée.

Quel est le livre que vous auriez rêvé d’écrire ?

Promenons-nous dans les bois de Bill Bryson, car ma spécialité, c’est d’accepter de partir en randonnée puis de regretter et de râler tout du long.

Quelle est votre première grande découverte littéraire ?

J’en ai eu plusieurs… Je me souviens du premier livre qui m’a fait pleurer d’émotion : la scène où Helen Keller fait le lien entre l’eau qu’Anne Sullivan lui fait toucher d’une main, et les signes qu’on lui trace dans l’autre. Cette porte qui s’ouvre d’un coup sur le monde grâce au langage, rien que d’y penser… Je crois que ça me rappelait le vertige que j’ai ressenti quand j’ai appris à lire. 

Quel est le livre que vous avez relu le plus souvent ?

Je suis une grande lectrice… et une grande relectrice. (Quand j’écris, je ne lis rien de nouveau, de peur d’absorber sans le vouloir, alors…) Il y a des livres que j’ai usés jusqu’à la corde : Les Quatre Filles du Docteur March ; Treize à la douzaine ; Sans sucre, merci ; et puis plus tard les Fred Vargas, les Alison Lurie…

Quel est le livre que vous avez honte de ne pas avoir lu ?

Ah non ! On ne devrait jamais avoir honte de ne pas avoir lu un livre. (On peut en revanche en éprouver un certain embarras si sa lecture était au programme d’un examen et qu’on tombe dessus…)

Quelle est la perle méconnue que vous souhaiteriez faire découvrir à nos lecteurs ?

J’ai souvent découvert des autrices et auteurs que j’ai adorés grâce à des cadeaux, des libraires ou des bibliothécaires… Je n’ai pas de conseil sauf : allez en bibliothèque ! Allez en librairie !

Quel est le classique de la littérature dont vous trouvez la réputation surfaite ?

Rousseau. J’ai détesté chaque seconde de ma lecture de Rousseau, et je l’avais au bac de français, alors j’ai eu du temps pour le détester en long, en large et en travers. Être obligée de trouver du génie à un type qui abandonne 5 enfants pour pouvoir écrire son manuel d’éducation tranquille, quelle arnaque.

Avez-vous une citation fétiche issue de la littérature ?

J’ai très mauvaise mémoire : j’en note des dizaines, que j’oublie… Mais récemment, j’ai revu puis relu Cyrano de Bergerac de Rostand, et j’ai de nouveau reniflé très fort au moment de « Comment pouvez-vous lire à présent ? Il fait nuit. »

Et en ce moment que lisez-vous ?

J’avance dans ma pile à lire sans discriminer. Récemment, j’ai lu Le Discours, de Fabcaro ; Ténèbres, prenez-moi la main de Dennis Lehane (une relecture, tiens), Le bestial serviteur du pasteur Huuskonen, d’Arto Paasilinna et Une histoire du monde sans sortir de chez moi, de Bill Bryson – une lecture spéciale confinement…

Et comme j’ai du mal à me concentrer, pendant ce confinement, je fais quelque chose d’assez rare : je lis plusieurs livres à la fois. J’ai terminé Sorcières, de Mona Chollet, et maintenant j’alterne avec Les femmes de droite, d’Andrea Dworkin ; Les Maia d’Eça de Queiroz ; et Femmes qui courent avec les loups de Clarissa Pinkola Estés.

 

L’interview de Fabio M. Mitchelli pour la sortie de «L’ombre de l’autre »

Avec la parution prochaine du nouveau livre de Fabio M. Mitchelli » L’ombre de l’autre « chez La Bête Noire de chez Robert Laffont prévu pour le 1er semestre 2020 , voici l’interview d’un auteur hors norme.

  • Pouvez-vous me décrire en quelques mots votre parcours ?

Mon parcours est celui d’un enfant qui a grandi avec des bouquins plein les mains et des films plein la tête. Adolescent, déjà, j’étais passionné de littérature noire et fantastique. Edgar Alan Poe fut pour moi mon moteur à explosion. Le cinéma m’a beaucoup influencé, tel que celui de David Lynch, ou encore Hitchcock… Dès mes quinze ans, je me suis mis à imaginer de terribles histoires, puis à les écrire, des histoires avec des personnages tourmentés, dans une vie qui ressemble, malheureusement, à celle que l’on connaît aujourd’hui. Et puis j’ai découvert la plume de King, la collection Gore de chez Fleuve Noir, Grangé, Lovecraft, Thomas Harris et son Hannibal Lecter, Philippe K.Dick et Maurice G.Dantec. Evidemment, je n’étais pas complètement hermétique à la littérature de Baudelaire, Sartre, ou Camus. Et j’ai même trouvé cela plutôt amusant de mélanger le noir et le blanc…

  • Comment vous est venu l’envie d’écrire ? A quelle période ?

Une prof de Français s’est interessé à mon goût prononcé pour les poèmes noirs. Je devais avoir 13 ans. Puis, peu à peu, elle a senti en moi grandir le goût pour la langue et la rédaction. Un beau jour, elle m’a alors conseillé de lire les Nouvelles extraordinaires d’Edgar Allan Poe, et plus particulièrement « Double assassinat dans la rue Morgue ». Ce fut pour moi le big bang littéraire…

  • Quelles étaient vos lectures de votre enfance ?
  • (Réponse dans la réponse 1?)
  • Quel est votre ‘modus operandi’ d’écriture ? (Votre rythme de travail ?)

 Passionné par l’histoire des grands criminels du XXeme siècle, américains et français, je fouille constamment leur histoire, leur vie. Je cherche parfois à comprendre pourquoi ils en sont arrivés là. L’idée d’écrire un nouveau roman germe alors en moi dès lors que je suis touché par un sujet de société dans lequel se retrouve impliqué (directement ou indirectement) l’un de ces individus. Je me plonge alors dans une longue et fastidieuse phase de documentation, de recherches. Ensuite je construis ma trame, je donne vie à mes personnages et leur attribue à chacun une fonction clé, ou pas. Puis l’écriture me porte, et l’imaginaire qui se nourrit aussi de la réalité fait le reste…

Lorsque je suis en phase d’écriture, je travaille sans relâche, plutôt du soir au matin (parfois tôt !), mais en général, une semaine sur deux je me lève tôt pour attaquer l’écriture, de 8h30 à 14h00, pour reprendre à 16h00 jusqu’à 21h00.

En fait, considérant que tous mes romans sont inspirés de faits réels, je donne vie à un nouveau livre lorsque je me déplace pour rencontrer les acteurs principaux de l’affaire sur laquelle je vais travailler. Pour l’aspect réel, comme un journaliste qui se documente, qui fait des recherches sur les protagonistes d’une affaire criminelle, sur ses aspects sociaux, juridiques, psychologiques, médicaux même, je vais rencontrer les magistrats, les policiers, témoins, psychanalystes, ou encore des proches des victimes ou des criminels, ceci afin de récolter la matière qui va me servir à l’écriture. Je travaille aussi essentiellement sur des bases de données journalistiques déjà existantes concernant les faits (documentaires vidéos, reportages presse, média divers, etc.).   Je mène mes investigations à la manière d’un enquêteur qui exhume les cold cases, traque les informations cachées ou laissées en suspens… Pour l’aspect fiction, comme un écrivain qui sollicite son imagination, je plonge dans les limbes de mon imaginaire. Comme un comédien qui se met dans la peau de son personnage, j’essaie de me mettre dans la peau de ceux de mes romans. Mais je soigne ma schizophrénie… Après tout cela, je construis un séquencier, une sorte de scénario de l’histoire, un texte synthétique qui va architecturer la trame. Enfin, la phase d’écriture et celle des corrections vient parachever une année entière de travail.

  • Connaissez-vous déjà la fin du livre au départ ou laissez vous évoluer vos personnages ?)

Tout est établi par avance, dès lors que débute le process du séquencier, le destin de mes personnages est scellé. Mais il peut arriver parfois qu’un malheureux personnage, destiné à mourir dans le roman, soit grâcié comme par magie par la toute puissance de son créateur. C’est c’est toute puissance, ce pouvoir de décision sur la vie, la mort, le destin de nos personnages, qui est fascinant dans la magie de l’écriture…

  • Quelle est la genèse de votre dernier roman « Apocalypse Transferts »?

Pour Apocalypse Transferts, je me suis inspiré d’un drame qui s’est déroulé à Grenoble en 2012, mais aussi de l’environnement social, virtuel et technologique dans lequel grandissent nos adolescents. Le roman survole le thème de l’éducation, de la banalisation et la surenchère de la violence à la télévision, au cinéma ou dans les médias, le rapport des adolescents aux réseaux sociaux et aux jeux vidéos ultra violents, les conséquences qui en découlent ou pas.

  • Il y a-t-il des personnages qui existent vraiment, dont vous vous êtes inspiré ?

Oui, dans Apocalypse Transferts, Kevin et Sofiane, mais simplement pour l’hommage, et la similitude à la vie de quartier, comme Kevin et Sofiane du roman. Quant à mes précédents romans, la plupart des criminels ont existé, ou existent toujours…

  • Le parcours a t-il été long et difficile entre l’écriture de votre livre et sa parution ?

On ne peut pas vraiment parler de difficulté. Après l’écriture, il y a un long travail de relectures et de corrections, mais cela fait partie du jeu. On ne peut se permettre de laisser passer des incohérences ou des propos bancals lorsque l’on s’inspire de faits réels. Me concernant, je trouve cela plutôt agréable de pouvoir rentrer dans la matrice de son propre roman, le décrypter, le construire, tout cela en collaboration avec mes éditeurs et éditrices. Je pense que c’est une chance de pouvoir travailler avec de grands professionnels de l’édition. On en sort grandi, transformé, assagi et rassuré…

  • Avez-vous reçu des remarques surprenantes, marquantes de la part de lecteurs ?

Toutes les remarques, critiques ou félicitations de la part de lecteurs restent surprenantes ou marquantes, qu’elles soient positives ou négatives. Encore une fois, c’est la règle du jeu. Lorsque le roman part rejoindre les étals des librairies, il n’appartient plus à l’auteur, mais bel et bien au lecteur. Et il est tout à fait légitime que ce dernier exprime ses émotions, ses sentiments vis à vis du récit dans lequel il s’est immergé.

  • Avez vous d’autres passions en dehors de l’écriture (Musique, peinture, cinéma…) A part votre métier, votre carrière d’écrivain, avez vous une autre facette cachée ?

Oui, je suis aussi intermittent du spectacle, comédien à mes heures perdues. J’incarne le personnage de Jack Sparrow et je propose des prestations pour des particuliers, établissements privés ou publics, événements divers, etc… cela me permet d’ouvrir une soupape de sécurité, de plonger vers la lumière, de me détendre, et surtout d’évoluer dans un univers différent. Travailler toute l’année sur de biens sombres affaires criminelles peut parfois avoir des conséquences sur son quotidien…

  • Quels sont vos projets ?

Vaste question. Ils sont nombreux et variés. Mais sur le plan littéraire, je ne peux rien dévoiler pour le moment, seulement que ma collaboration avec la collection La Bête Noire, chez Robert Laffont, et France Loisirs continue pour mon plus grand plaisir. Et celui des lecteurs, je l’espère…

  • Quels sont vos coups de cœur littéraires ?

Pour être franc, ils ne datent pas d’hier. J’ai de plus en plus de mal à trouver le temps nécéssaire pour lire, mais ces dernières années jai eu trois gros coups de coeur; le premier c’était en 2012, un roman de Regis Jauffret: Claustria. Le second, c’est en 2015, un roman de Heloïse Guay de Bellissen: Les enfants de choeur de l’Amérique. Pour finir, le troisième est encore un ouvrage de la romancière De Bellissen; qui est un roman paru en 2013, mais que j’ai lu en 2019, et qui s’intitule: Le roman de Boddah…

  • Utilisez vous une bande son pour écrire? A moins que le silence suffise ?

Toujours en musique, d’ailleurs, depuis « La compassion du diable », j’ai pour habitude d’habiller la trame de mes romans d’une playlist musicale. Les titres viennent illustrer parfois l’humeur de tel ou tel personnage, un paysage, une réflexion, une narration. Pour moi, à l’instar d’un film, la musique est indissociable à la création littéraire, quel que soit le genre. Elle vient insuffler une énergie puissante et elle permet à la plume d’être plus prolixe, elle est le moteur de nos émotions, la musique est un fossoyeur, elle vient creuser notre mémoire pour y déterrer nos souvenirs les plus anciens… qu’elle soit anxiogène, triste, lugubre ou gaie, la musique permet de s’immerger dans l’oeuvre, que l’on soit le créateur ou le spectateur…

  • Avez-vous un site internet, blog, réseaux sociaux où vos lecteurs peuvent vous laisser des messages ?

Pour les réseaux sociaux, comme beaucoup, un profil Facebook, Instagram, et Twitter.

Insta: fabiommitchelli

Twitter: FabioMMitchelli
Facebook (page officielle)
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Et pour ceux qui aiment le Captain Jack, voici la page Facebook:
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L’année du gel de Agathe Portail + ITW vidéo| 8 janvier 2020

Été 2017. Après un épisode de gel qui a dévasté ses vignes, Bernard Mazet se range à l’idée de sa femme d’ouvrir des chambres d’hôtes pour sauver la propriété familiale de Haut Méac. Le château affiche complet avec la venue d’un groupe de trentenaires pour une semaine. La fantasque Olivia, Vincent, le célibataire volage, Clara, si discrète, et leurs deux couples d’amis semblent heureux de se retrouver. Mais dans la chaleur écrasante, les esprits s’échauffent et les drames personnels refont surface.

Achat du livre : https://amzn.to/2N0HXZS

Chronique : Condensé de cette œuvre de génie : Traité avec justesse, l’ouvrage est d’une qualité littéraire remarquable. Agathe Portail nous livre ici un superbe suspens digne d’Agatha Christie dans les décors de la nouvelle Aquitaine.

Plus on tourne les pages, et plus on se rend compte que l’on est dans une autre dimension.Immédiatement happé par les premières pages, le lecteur est plongé aux côtés des protagonistes. On se demande, tout comme eux : pourquoi ?  Et tant d’autres questions… Le lecteur est toujours sous pression et ne peut s’empêcher de tourner les pages, se perdant de chapitre en chapitre, afin de savoir qui est le coupable…

La construction du roman est parfaite,, il s’agit d’une prouesse remarquable.Ainsi, les points positifs sont nombreux, c’est un sans faute concernant le scénario. Pour ce qui est de l’écriture, il n’y a aucune lourdeur, le style de Portail reste simple, rythmé et efficace. Aucun de ses personnages n’est stéréotypé, chacun a ses ambiguïtés, là aussi le travail est époustouflant.Quant aux décors et aux descriptions, on n’est pas déçu, malgré les beaux horizons qui nous sont offerts on visualise les scènes et on voyage. Mais ce n’est pas tout, impossible de révéler un des gros rebondissements de l’histoire, mais il nous fait basculer dans une autre dimension, tel un triller paranoïaque, il nous fait vibrer et nous questionner encore plus

.Le livre est un vrai turn-over, on le dévore d’une traite, pour assécher cette soif de savoir qui nous conduit vers la fin.La mise en place de l’intrigue est tellement parfaite et bien ficelée qu’à la fin, même si vous veniez à deviner (chose qui m’étonnerait) il y a toujours les explications des différents indices semés tout au long du roman, et que l’on avait manqué.Ce qui est aussi frustrant, est que la seconde partie du roman est intense, mais je ne peux pas en parler et ça, c’est dur, sinon je risque de briser l’intrigue principale. Un super roman à lire, où on ne s’ennuie jamais. Hâte de lire le prochain livre de cet auteur.

Note : 9,5/10

L’entretien :

 

  • Broché : 416 pages
  • Editeur : Calmann-Lévy (8 janvier 2020)
  • Collection : Cal-Lévy-Territoires
  • Langue : Français
  • ISBN-10 : 2702167381

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L’interview de Jacques Olivier Bosco pour la sortie de « Laisse le monde Tomber »

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Avec la parution du nouveau livre de Jacques Olivier Bosco  » Laisse le Monde Tomber « aux Éditions French Pulp voici une interview en 14 points avec un auteur hors norme.

Achat du livre : https://amzn.to/33ASUao

Chronique sur le site : https://culturevsnews.com/2019/10/17/laisse-le-monde-tomber-de-jacques-olivier-bosco/

  • Pouvez-vous me décrire en quelques mots votre parcours ?

J’ai un travail, une famille et une passion pour l’écriture, raconter des histoires. J’aime cuisiner, et est-ce que je noue des contacts facilement si je me retrouve seul dans une soirée ? Je ne sais pas, cela dépend, j’ai toujours du mal avec cette question. Mais à vous, je peux le dire, je me lie plus facilement avec mes personnages inventés (c’est triste, je sais)

  • Comment vous est venue l’envie d’écrire ? À quelle période ?

J’ai commencé en faisant des dessins à deux ou trois ans ( comme tout le monde en fait ), et puis cela s’est transformé en BD ( très naïves), des nouvelles, des poèmes ( période préado), et encore des nouvelles ( des tas) et puis des scénarios (j’ai eu la chance de travailler un peu dans le cinéma), que j’ai transformé en roman par la suite.

  • Quelles étaient vos lectures de votre enfance ?

Presque toutes les BD des bibliothèques que je fréquentais, puis j’ai sauté le Club des cinq pour aller direct aux Six compagnons, puis les Signes de pistes, tous les Conan Doyles, quelques Agatha Christie, et la littérature sont venue avec Jack London (tous, tous, tous, quels moments d’évasion et d’émotion !). Plus tard, Fante m’a beaucoup impressionné par son énergie et sa mélancolie, encore plus Bukowski, plus crue et violente, puis Djian, Ravalec, et les Son et Rivages de toutes époques (beaucoup, beaucoup de Son et de Rivages)

  • Quel est votre ‘modus operandi’ d’écriture ?

Je travaille l’histoire, l’imaginaire, pendant des siestes, ou lorsque je conduis ou que je m’isole dans le bruit d’un bar, le silence d’après minuit ou dans la musique, puis je n’écris que le matin, au calme, deux à trois pages par jour, et encore, cinq ou six jours par mois, vers la fin du roman, beaucoup plus.

  1. Connaissez-vous déjà la fin du livre au départ ou laissez vous évoluer vos personnages ?)

J’ai un plan, évidemment, j’ai fait une conférence une fois avec Karine Giebel, elle fait l’inverse. J’ai essayé de faire évoluer mes personnages tout seul, mais je n’ai pas la même force d’imagination qu’elle. Alors je scénarise les grandes lignes, les histoires dans les histoires, tous mes romans ont de multiples histoires, des personnages fouillés, même pour quelques paragraphes, j’essaie de densifier mes histoires, je veux dire, qu’elles soient très travaillées ( à part Loupo qui est assez linéaire). C’est une question de respect pour le lecteur, et pour moi, je m’ennuie vite en écrivant, comme en lecture.

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  • Quelle est la genèse de votre dernier roman « Laisse le monde tomber»?
Ce roman est un peu spécial, il y a eu trois ou quatre versions, la toute première s’appelait « Nuit Noire », c’était une histoire de gamins braqueurs, puis je l’ai transformé une première fois, le titre est devenu « Tombe la nuit », j’étais sur un huis-clos familial, l’histoire d’un homme qui bat sa femme et ses enfants, avec une enquête criminelle sur un tueur et violeur de jeunes femmes dans une cité, il s’agissait du même personnage, un monstre, le mal incarné, il créait une tension terrible autour de lui, abusant de sa propre nièce, suivant des adolescentes pour les agresser et les tuer. Ce sont ses enfants, au final, qui décidaient de le tuer. Mais l’histoire était vraiment très – trop sombre J. Par contre, dans les deux cas, cela se passait dans une cité de banlieue, et il y avait cette atmosphère glauque et dure. J’avais surtout toute une série de personnages, de jeunes, de flics, de vieux que j’avais du mal à laisser tomber. J’ai décidé de tout reprendre à zéro en contrebalançant le côté misérable et glauque par une intrigue ultradynamique et violente, en rajoutant quelque chose de fantastique, ce qui permettait de colorer un peu cet univers déprimant par des touches gothiques. Au total, il a fallu presque six ou sept ans avant que laisse le monde tombé (même le titre a changé une dizaine de fois) ne soit quelque chose de concret et d’intègre.

  • Il y a-t-il des personnages dont vous vous êtes inspiré ?

On a toutes les mêmes idées en même temps, malheureusement. Lorsque j’ai écrit le Cramé (un gangster qui se fait passer pour un flic dans un commissariat), la série Banshee sortait quelques semaines plus tard. J’ai des héros d’enfance qui vont des Strange aux mousquetaires, et à des tas de films que j’ai vus, beaucoup de westerns. Mais c’est l’inconscient qui agit, et le plaisir. Lise – Brutale – Lartéguy était un peu inspiré de Kill Bill, c’est ensuite que j’ai remarqué la ressemblance avec Lisbeth Salender (déjà le prénom), je m’en suis amusé dans Coupable en transformant le prénom de Lise en Lisbeth. Ensuite, des lectrices m’ont parlé de Meurtres pour rédemption, du coup, j’ai voulu lire le livre J. En Fais, au départ il s’agissait du prénom de ma fille Lise, il y a aussi celui de sa sœur Camille, je voulais en faire des héroïnes. Pour mon dernier livre, Jef est inspiré, cette fois exprès, de Chet, le héros du livre Rue Barbare (moins Giraudeau), pour les autres personnages, j’utilise beaucoup la physionomie mouvante et de caractère de personnes que j’ai connues ou fréquentées. Un de mes cadres peut devenir Capitaine de Police, tout comme un collègue, ou la vendeuse de la boulangerie, une fille flic, un témoin, ou, pourquoi pas, une victime (j’ai fait des misères à des collègues et des amis J)

  • D’où vous venez cette vision de la banlieue ? et cette envie d’écrire dessus

La banlieue j’y ai vécu, je dirais même, en double. On vivait dans une cité dans les années soixante-dix, lorsque j’étais enfant, et mes grands-parents habitaient une autre, encore plus grande, la Grande Borne à Grigny, chez qui nous allions passer les vacances, et les weekends, parce que mon père bossait, et que ma mère était partie suite à leur divorce. Cela m’a énormément marqué, je souffrais du divorce, je crois, j’ai même fugué, un soir jusqu’à tard la nuit ( j’avais huit ou neuf ans), et je me souviens d’avoir marché, marché, pour essayer de sortir de cette banlieue, de ces cités, mais cela se répétait, la petite cabane dans la campagne n’apparaissait pas, il n’y avait que des halls d’immeubles, des routes éclairées de lampadaires jaunes, du types solitaires qui faisaient peur, et aussi, beaucoup à cette époque, ces bars de banlieue emplient de mecs qui fumaient et ne souriaient jamais. Dans la journée, on s’emmerdait, et donc, on faisait des conneries ; on se battait entre nous, ou bien on se faisait battre par d’autres, il fallait se planquer des fois, je me suis fais racketter aussi ( je devais être poissard) il y avait une ambiance assez violente, et puis, le problème des cités, c’est qu’on laisse les gamins rester tard en bas des immeubles, c’est à la fois sécurisant, et pour les gosses, l’envie de toucher à la soirée qui vient, et a la nuit derrière, de plus en plus tentant. J’ai retrouvé ces ambiances avec l’humanité fissurée et la rage exacerbée dans les chansons de NTM, des années plus tard. J’ai toujours voulu écrire dessus, un roman noir, pour faire ressortir mes anciennes sensations et émotions, et puis, l’univers de Rue barbare m’y a replongé, je voulais lire ce livre depuis longtemps, ayant été marqué par le film, et c’était vraiment différent, tout en me parlant : des rues mal éclairées et sales, des personnages perdus, des terrains vagues, des bars borgnes, des filles en quête des filles en quête d’amour ou de départ, de la violence et de la peur, des envies suicidaires dans l’air, comme dirait la chanson de Couture. Il y a aussi l’univers de Tchao pantin, et de cet album, Poèmes Rock. Cela s’est transformé en thriller, mais ce n’est pas plus mal. L’univers est si sombre, cela aurait été trop.

  • D’où est venue cette intrigue de militaire traumatisé ?

Pour l’histoire du militaire, je me suis inspiré d’une longue nouvelle que j’avais écrite il y a longtemps. Un jeune qui part faire la guerre au Kosovo et qui découvre les horreurs à la place des actions héroïques. La nouvelle s’arrêtait avec le vieux Gapo dans la fosse boueuse. Le héros rentrait ensuite chez lui et épousait la fille de Gapo en lui disant que son père s’était comporté en héros. Comme je voulais que mon méchant ait une histoire assez consistante (j’adore les méchants des romans d’Akounine, ils sont toujours très fouillés), j’ai eu l’idée de récupérer ce personnage de nouvelle. De plus, par rapport à la banlieue, je pensais à ces jeunes qui partaient faire la guerre en Syrie, alors que, dans le même temps, une grande partie des migrants arrivant en France, et donc en banlieue, fuyaient ces guerres. Je trouvais ce paradoxe intéressant. Certains venaient chercher la sécurité et un peu de confort, alors que d’autres partaient se battre plein de rage et de déception envers la société qui les avait vus naitre. J’ai imaginé alors, que ceux qui fuyaient ces horreurs, les voyaient revenir dans leur petit univers pauvre et abandonné, parce qu’un homme avait cru que la violence n’existait que dans les pays en guerre. En fait, c’est un livre sur la violence, urbaine, humaine, sociétale, et sur les ravages du mal-être, que l’on soit un ou une ado aux origines « de l’autre côté de la mer », qui se retrouve à grandir dans une grande cité de banlieue, ou un jeune flic débarqué d’une ville de province, balafré de désillusion et de solitude. Dans les deux cas, il s’agit d’êtres humains en manque de reconnaissance dont la société bafoue la dignité.

  • Le final explosif est très cinématographique comment vous vous t il venue ? était- cette une envie dès le début de l’écriture ou est cette venue plus tard

Le final vient du fait que j’aime écrire des scènes de tension et de « commando », comme j’ai pu en voir dans les Alien, Rambo, ou dans le premier Prédator. J’avais déjà écrit des scènes de ce type dans Aimer et laisser mourir, une attaque de guérilla en pleine jungle, ou des scènes de braquage sanglant dans le Cramé, ou sur un Ferry Corse dans Brutale. D’habitude, je mettais ces scènes en milieu d’histoire, mais après avoir lu les trois romans de S Craig Zahler (d’affilés), j’ai trouvé super qu’à chaque fois, l’auteur les finissait par une scène d’anthologie, violente et héroïque, et je me suis dit, voilà ce que je veux faire ! Il a fallu reprendre mon histoire au départ pour qu’au final j’ai assez de personnages dans cette forêt. Il fallait un minimum de pertes, chacune dans des conditions assez atroces et impressionnantes, j’ai donc été chercher les trois jeunes de cités en épaississant le personnage de Moussa, et en le faisant intervenir dans les caves au milieu du récit pour créer un peu d’empathie (la construction dramaturgique exige quelques techniques).

  • Comment vous est venue cette idée d’intrigue à base de stress posttraumatique, de technologie high tech, et chien de guerre ?
Pour l’intrigue, stress post-traumatique (tous mes personnages sont traumatisés dans mes livres) et technologiques, je lis beaucoup de journaux comme le Monde et le Figaro et j’ai lu quelques trucs sur les dauphins « militarisés » et guidés par des capteurs ou sur des chiens qu’on utilisait pour poser des mines sous des chars, on parle même d’abeilles munies de microcaméras, et puis, le progrès va si vite, qu’il est très facile d’imaginer ce genre de chose. Il fallait que le côté fantastique du début, finisse par basculer dans quelque chose de réel, sans ça, le roman aurait perdu de sa crédibilité, et de sa contemporanéité, ce qui aurait pu atténuer le message sociétal et humain que je voulais faire passer.

  • Le parcours a-t-il été long et difficile entre l’écriture de votre livre et sa parution ?

Le livre a été très difficile a faire publier parce que la banlieue effrayait les éditeurs de thrillers, ils disaient que les lecteurs n’avaient pas envie de lire des histoires qui se passaient en bas de chez eux. Pour d’autres, sans évoquer ce problème, ils trouvaient l’univers et les personnages trop sombre ; « trop noirs » et, paradoxalement, dans les collections plus « noires » polar, le côté thriller de l’intrigue ne correspondait pas à leurs critères. Je n’arrivais pas trop à comprendre car j’en avais parlé à des amis libraires ou lecteurs et ils disaient que cela leur faisait penser à la première série True Détective, ou l’intrigue est très tendue, limite gothique, et sans véritable sens politique, une intrigue de thriller en fait, alors que tout l’intérêt est placé sur les personnages et leur quête de vérité, envers eux-mêmes, autant qu’envers leur institution, sans parler des rapports ambigus et tendus qu’ils entretiennent entre eux. On retrouve cet aspect sur les personnages et aussi ce côté sombre et sociétal dans La Caire Confidentiel, de même dans Que doit nous perdons ou La Isla minima, des polars dans l’esprit de True Détective, justement. Et ne parle pas des romans américains comme ceux de S. Craig Zahler ou Benjamin Whitmer, qui utilisent l’environnement autant que les failles de leurs personnages, et je trouvais qu’en France, on ne voyait pas ce genre de livre, équivalent des romans noirs qui ont perduré dans tous les pays saufs en France, où la ville joue un rôle important, de même que la société actuelle, ou, dans le cas de mon livre, le ressenti ou les dégâts qu’elle provoque sur mes personnages, tant flics qu’habitants, témoins, victimes, et même, tueurs.

  • Utilisez vous une bande son pour écrire? A moins que le silence suffise.

Pour la musique, c’est vrai, j’en écoute beaucoup, pour créer des atmosphères, ou de l’action, pendant que j’imagine une scène. Pour ce livre, c’était différent, j’vais besoin d’un ressenti émotionnel pour faire agir et vivre mes personnages par rapport à leur environnement, j’ai beaucoup écouté NTM, comme j’ai lu pas mal d’articles sur les problèmes dans les cités, sans vouloir approfondir le sujet. Il s’agit d’un roman de divertissement, dans la catégorie roman noir avec tout ce que cet aspect peut signifier, tout en étant contemporain, je veux dire, humain, vivant, quoi.

  • Avez-vous d’autres passions en dehors de l’écriture (Musique, peinture, cinéma) ? Quels sont vos projets ?

Pas d’autres passions, à part mes proches, et écouter de la musique, des tas de projets, dont un roman adolescent ou préadolescent (mais c’est compliqué à faire), et d’autres polars mais avant, j’aimerais que celui-ci vive et fasse son petit chemin.

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