Dossier : Serge Brussolo / Un écrivain au fil du temps

Auteur de plus d’une centaine de romans, vieux routard de la littérature interlope à l’imagination démoniaque, Serge Brussolo occupe une place très particulière dans le champ littéraire français. Si vous avez peut-être lu sa série de littérature jeunesse, Peggy Sue, avez-vous déjà regardé sa production antérieure ? Brussolo est-il un écrivain prolixe ou prolifique ? 

Son œuvre décapante compte plus d’une centaine de titres. Un rapide coup d’œil à sa production littéraire suffit à faire éclater la traditionnelle classification en genre : fiction historique, thriller d’anticipation, space opera,  policier, roman d’horreur, littérature jeunesse…il est difficile de trouver une catégorie marginale, un sous-genre obscur, que Brussolo n’aurait pas exploré. D’aucuns diront que le seul exercice auquel il ne se soit pas plié est celui de la littérature. Pourtant, si l’on observe de plus près sa production , on pourrait remarquer qu’elle se structure toujours autour des mêmes obsessions. C’est donc à travers elles que je compte vous faire (re)découvrir l’univers fort peu recommandable de Brussolo.

L’amour de la marge

Si on ne devait retenir qu’une seule caractéristique des innombrables romans de Brussolo, ce serait une fascination pour l’étrange et le pathologique. Quel que soit le genre dans lequel il officie, le personnage central sera systématiquement frappé d’anathème et mis à l’index de la société. Parfois, ce choix de la bordure contre la norme est volontaire, voire même déterminant. Cependant, dans certains cas, c’est une posture forcée. Pour prendre un exemple extrême, l’un des avatars du héros chez Brussolo est Conan Lord, un aviateur défiguré contraint à cambrioler pour subvenir à ses besoins.

Pour autant, si on devait définir une topique du personnage, on pourrait proposer la figure suivante : David Sarella, jeune thésard en histoire travaillant sur un sujet oublié, bien souvent forcé à accepter un emploi pour gagner un peu d’argent, généralement une tâche monotone et propice à l’exclusion sociale. A cela, il faut ajouter des relations conflictuelles avec son entourage, des histoires d’amours inachevées, une tendance naturelle à la paranoïa doublée d’un courage hors-norme et d’un don pour la rêverie.  Or dans bien des récits de Brussolo, c’est justement cet attrait pour l’imagination qui entraîne peu à peu le personnage au bord de la société. De façon schématique, une imagination débridée est le premier pas vers la folie dans les romans de Brussolo.

Par ailleurs, la marge ne se manifeste pas uniquement à travers le milieu socio-culturel du personnage brussolien  mais se rapporte également dans les cercles dans lesquels évolue le personnage.  En somme, le héros marginalisé fréquente des groupes eux-mêmes marginalisés. De cette façon, les tentatives de socialisation du personnage le font pénétrer dans d’inquiétants microcosmes. Ces sociétés en vase clos permettent à Brussolo d’étudier les rapports de domination entre individus ainsi que de désigner les symboles de pouvoir. Bien souvent, ces micro-sociétés sont religieuses, s’apparentant parfois à des sectes mais il peut également s’agir d’un lieu confiné ne pouvant interagir avec le monde extérieur.  Il ne faut pas pour autant se méprendre : les analyses de Brussolo sur ces groupes restreints détachés de la société ne peuvent en aucun cas prétendre à une quelconque pertinence sociologique, l’intérêt de ses ouvrages est ailleurs.

L’esthétique du Grand-Guignol

Si la marge est le thème récurrent par excellence des romans de Brussolo, le Grand-Guignol est la principale composante stylistique de ses romans.  Les détails macabres parsèment ses romans de manière si intensive qu’on peut soupçonner l’auteur d’en faire un usage parodique. Le ton volontairement cynique, parfois même badin, contraste avec l’extrême violence des situations et provoque un effet comique, proche de l’humour noir. L’une des meilleures illustrations de ce principe serait la première phrase de La Fille de la nuit :

« Certaines personnes ont un trou de mémoire…un trou dans leur emploi du temps…elle, elle avait tout cela à la fois puisqu’elle avait un trou dans la tête. »

Par ailleurs, l’un de ses romans, Les écorcheurs, fait directement référence au théâtre du  Grand-Guignol et, dans un renversement grotesque, les acteurs de ce théâtre ont réellement étripé, mutilé et torturé des gens sur scène en faisant passer ces crimes pour une représentation particulièrement réaliste. Il semblerait que la multiplication de situations mortifères et d’intrigues sanglantes soient un prétexte sur lequel se greffe l’imagination délirante de Brussolo. Par exemple, voici le motif récurrent de L’enfer, c’est à quel étage ? roman dont le titre nous aiguillonne déjà sur la piste de la surenchèr.

Traditionnellement, l’appât du gain justifie toutes les exactions des personnages de Brussolo et leur permet toutes les excentricités. Notez également la situation particulièrement grotesque dans laquelle se retrouve l’héroïne de L’homme sur la banquise .

Le folklore traditionnel et certaines mythologies orientales servent de point d’appui à Brussolo pour déployer les ressorts de son imagination. Les artefacts perdus, les histoires racontées au coin du feu et les croyances ancestrales de population reculées sont souvent exploitées afin d’en faire ressortir la part la plus sombre et la plus violente. Les mythes apportent un semblant d’authenticité au récit, un pseudo contexte historique qui tend à amplifier l’horreur du récit. Par exemple, si Brussolo développe une intrigue se déroulant dans l’Antiquité, elle prendra nécessairement place sous le règne d’un empereur romain décadent torturant les chrétiens. De même, le Moyen-Âge est systématiquement décrit comme une ère obscurantiste où les superstitions se mêlent au christianisme dans un syncrétisme douteux. Evidemment, autant dire que ses romans n’ont pas la moindre valeur historique et perpétuent sans cesse des clichés. Mais la fin justifie les moyens. Brussolo n’est pas historien, il est romancier et cherche à susciter la terreur et la pitié en utilisant tous les artifices imaginables.

Pour clore ces réflexions éparses sur l’usage immodéré du gore, on pourrait justifier son emploi de plusieurs manières. Tout d’abord parce que c’est un moyen très efficace pour retenir l’attention du lecteur. Rien de telle qu’une mutilation du héros pour le mettre en éveil et le faire tourner les pages de manière fébrile. L’abondance d’hémoglobine peut aussi être envisagée comme un ressort du comique, ce qui ferait basculer certains des romans les plus macabres de Brussolo dans la parodie. Ici, je pense notamment à la série en deux volumes des Croix de Sang où nous suivons les aventures malheureuses d’un infirmier de guerre sur une planète lointaine et dangereuse.  Cependant, lorsque l’horreur est distillée de manière plus subtile, ce qui est le cas dans la majorité des romans de Brussolo, elle provoque un sentiment d’angoisse, parfois redoutablement efficace.

L’inquiétante étrangeté

L’esthétique macabre de ses récits permet de créer un climat délétère dans lequel le personnage principal doit se frayer un chemin. Tous les moyens sont bons pour susciter la terreur. L’inquiétante étrangeté qui se dégage de son univers romanesque se traduit par une défiguration du quotidien. Par exemple, l’action de Ceux qui dorment en ces murs se déroule dans un Brésil fantasmé, faisant écho à une vision grossière de l’Amérique du Sud. Les rapports de domination semblent bien exploités mais l’intrigue bascule assez rapidement dans un capharnaüm d’images grotesques. De même, pour prendre un roman plus réussi, Les chiens de minuit nous plonge au cœur de la jungle urbaine et met en lumière la dangerosité du sentiment d’appartenance à un gang. Or cette situation n’est pas sans rappeler certaines tensions sociales inhérentes aux grandes villes. Voir dans les romans de Brussolo une dégradation soudaine d’un univers familier provoque un sentiment de malaise, qui peut se prolonger jusqu’à l’angoisse, cette sensation diffuse d’étranglement.

Pour accréditer davantage cette présence d’une inquiétante étrangeté, on peut remarquer que les romans historiques de Brussolo comportent très souvent des notes à l’intention du lecteur signalant l’authenticité de certaines anecdotes du récit. Ce paratexte contribue à forger un effet de réel qui tend à bousculer la sérénité du lecteur. Ce principe est parfois renforcé par l’avertissement de l’auteur qui semble se prémunir d’éventuelles ressemblances avec le réel, tout en adoptant un ton goguenard et malicieux.

Par ailleurs, les héros de Brussolo ne méritent jamais ce qualificatif. Ils sont souvent entraînés malgré eux dans un conflit qui les dépassent. Ils sont passifs face à l’évènement et réagissent toujours de manière très humaine – trop humaine. Comme n’importe lequel d’entre nous en situation de crise, ils sont terrifiés et semblent souvent dépassés par ce qui arrive. Évidemment, il est difficile de généraliser sur plus d’une centaine de livres, et Peggy Meetchum se comporte véritablement en héroïne, mais cette caractéristique renforce cette impression de vulnérabilité du personnage principal. Les romans de Serge Brussolo sont un miroir déformant de notre propre quotidien. Par anamorphose, ils nous font basculer dans un univers violent et dégradé, qui n’est pourtant pas si étranger du nôtre. Dans le monde romanesque de Serge Brussolo, tout peut arriver et personne n’est en sécurité, pas même le personnage que vous suivez depuis 300 pages.

Répétition ou réécriture ?

Si tout peut arriver dans un roman de Brussolo, il faut tout de même reconnaître que certains scénarios sont plus prévisibles que d’autres. L’imagination de Brussolo est certes délirante, elle n’est pas sans limite. Lorsqu’on écrit plus d’une centaine de livres, il est évident que les mêmes ficelles se répètent encore et encore. Certaines facilités oscillent entre le clin d’œil un peu lourd et la redite grossière. Pour s’en rendre compte, il suffit de regarder l’emploi des noms propres chez Brussolo. Pas moins d’une trentaine de ses héros se nomment David Sarella et partagent les mêmes caractéristiques alors même qu’ils ne sont pas identiques. Lorsque Brussolo veut évoquer un lieu mystérieux, il portera toujours le nom d’Almoha, et c’est une constante qui dure depuis son premier roman. Que ce soit une île battue par les flots, une oasis perdue, un monde inconnu, le nom reste le même. En revanche, si c’est une ville coloniale perdue dans l’Amazone, elle aura pour toponyme San-Carmino. De même, l’héroïne a fréquemment Peggy pour prénom, et son nom hésite entre Meetchum ou Sue. Même les personnages secondaires ne sont pas épargnés par ce fléau patronymique et Candarec joue souvent le même rôle. Pis encore, c’est parfois les intrigues qui se font directement échos. Pour reprendre un exemple bien connu, toute sa série jeunesse Peggy Sue n’est qu’une version édulcorée de ses romans pour adultes. De même, Brussolo glisse dans ses romans de nombreuses allusions à ses œuvres antérieures, que ce soit à travers des personnages récurrents ou des figures mythiques de ses romans, comme le mystérieux Docteur Squelette.

Pourtant, cette répétition permanente de certains motifs permet d’instaurer un rapport de familiarité inédit avec son lecteur. Une sorte de jeu se met en place et l’on se surprend à jouer au chat et à la souris avec l’auteur. Il ne s’agit plus de se laisser surprendre par une intrigue convenue mais de déchiffrer la mécanique du livre avant son dénouement. A ce titre, quelques ouvrages sont fascinants puisqu’ils tiennent plus du collage et à la juxtaposition de thèmes brussoliens plutôt qu’à une création originale. Le lecteur se fait donc enquêteur en reconstituant l’histoire à partir d’indices textuels.

L’univers de Serge Brussolo est foisonnant, insolite, avec parfois des idées incongrues et étranges, mais c’est ce qui fait le charme de l’auteur. D’un roman à l’autre, certaines de ses idées sont abordées de manière différente.

Qu’il s’agisse de récupérer un trésor dans une pyramide truffée de pièges et de faux-semblant, qui plus est enfouie dans les sables mouvants ; de percer à jour le secret d’un chevalier qui ne quitte jamais son armure sans céder aux superstitions locales ; de déjouer le mystère d’un faux pèlerinage et de puissances « démoniaques »… Brussolo ne lâche jamais son lecteur qu’il tient en haleine d’un bout à l’autre. « Pèlerins des ténèbres », « Le labyrinthe de Pharaon », « La Captive de l’hiver » : autant de titres qui semblent avoir été écrits pour des insomniaques chroniques.

Impossible ici d’évoquer chacun des fleurons d’une production pléthorique, dans laquelle la qualité est toujours au rendez-vous. Il existe cependant des Brussolo « mineurs », des Brusssolo paresseux, dans lesquels l’intrigue se déroule sans accrocs, sans surprises. Mais même ceux-là témoignent d’un tel savoir-faire qu’ils dépassent de plusieurs coudées la plupart des thrillers basiques : on y décèle malgré tout la griffe inimitable du maître.

Les thrillers de Brussolo, qu’ils fussent historiques ou contemporains, peuvent selon moi, se diviser en deux catégories : ceux dont l’intrigue rebondit pratiquement à chaque page (« Le labyrinthe de pharaon », « La main froide », « La fille de la nuit » par exemple) et ceux où l’atmosphère prévaut. Souvent oppressante, anxiogène. Si l’action finit quand même par avoir le dernier mot, les réflexions et hypothèses des héros et des héroïnes, leurs découvertes progressives y sont prédominantes. Là, Brussolo peut donner totalement libre cours à son imaginaire débridé. C’est le cas de « Armés et dangereux », « Le murmure des loups »  « Dortoir interdit ».Des romans fascinants à plus d’un titre, qui suscitent chez leurs lecteurs une irrémédiable addiction.

 

Horrifikland (16 janvier 2019) de Lewis Trondheim et Alexis Nesme

Mickey, Donald et Dingo tiennent une agence de détective. Sauf que les affaires tournent moyennement : pas un contrat en vue depuis des jours ! Mickey songe même sérieusement à plier boutique, lorsqu’une vieille dame leur charge de retrouver son petit chat Blacky. Problème : celui-ci aurait été aperçu pour la dernière fois prêt du terrifiant parc abandonné « Horrifikland », dont certaines attractions fonctionnent toujours… Au programme : brouillard artificiel, décor de cimetière, chauves-souris et fantômes plus vrais que nature ! Pour retrouver Blacky, les nerfs de nos acolytes seront mis à rude épreuve…

Chronique : Horrifikland est dessiné par Alexis Nesme et scénarisé par Lewis Trondheim, dans le cadre de la collection Disney chez Glénat. Trondheim n’en est pas à son coup d’essai dans cette collection puisqu’il a déjà signé Donald’s Happiest Adventures et Mickey’s Craziest Adventures.  On y retrouve nos héros Disney, s’aventurant dans un terrifiant parc d’attractions…  Trondheim touche à la corde sensible en faisant dans la nostalgie. Mickey et ses amis vont avoir affaire avec le vrai Pat Hibulaire, celui à la jambe de bois, avec son acolyte l’historique Maître Ratineau. On assiste également au retour du Mad Doctor, méchant du dessin animé éponyme de 1933 réalisé par Dave Hand. Mickey est sûr de lui et déterminé. Donald est pleutre et couard. Dingo est hilarant. En particulier, la scène dans laquelle ce dernier se déguise en vieille dame et qu’il croît que personne ne va le reconnaître est un grand grand moment. Alexis Nesme, dans un graphisme hors d’âge, offre un écrin sur mesure à cette histoire horrifiquement drôle. Il apporte une patte très personnelle au graphisme des personnages tout en respectant les codes de leurs personnalités et de leurs attributs. Les décors touffus donnent à voir dans tous les coins faisant de l’album un livre qui peut se lire et se relire sans lassitude. Là est la richesse du média bande-dessinée. Les en-têtes chapitrant l’histoire nous invitent dans les années 30 comme dans les plus beaux cinémas-théâtres de l’époque. Un des meilleurs épisodes de la série.

Note : 9,5/10

Extrait :

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  • Album: 48 pages
  • Editeur : Glénat Disney (16 janvier 2019)
  • Collection : Créations originales
  • Langue : Français
  • ISBN-10: 2344024638

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Serpent Dieu – Tome 01: Les larmes d’Odin (16 janvier 2019) de Jérôme Le Gris et Benoit Dellac

Islande, il y a fort longtemps… Ulf Keludar, seigneur viking du sud de l’île, recueille sur le rivage un homme inconscient, seul survivant du naufrage de son drakkar. Originaire des Orcades, l’inconnu n’est pas un simple naufragé, il a pour nom Elrik et porte la marque d’Odin, la marque des guerrier-fauves, les trois légendaires « berserks » de ce monde, choisis par le roi des dieux lui-même et dotés d’une puissance surhumaine.

Chronique : Les Vikings sont un lot déconcertant – ils personnifient le meilleur de ce que nous aimons à penser que nous pouvons être – brave, aventureux, noble, cultivant des barbes incroyablement touffues, et possédant le flair de porter des cornes comme un accessoire mélangé avec suffisamment de notions radioactives. Serpent Dieu est une épopée divertissante et bien que ce récit viking audacieux s’apparente davantage à une fiction historique sans éléments fantastiques, Si vous êtes un amoureux de la culture nordique et des Vikings, vous ne pouvez pas la laisser s’échapper et aussi à tous ceux qui veulent échapper à la réalité en plongeant dans un monde de guerres, de trahisons, d’alliances et d’amours ! Le scénario est vraiment très bon. On sent que l’écriture se laisse porter par les évènements et  le talent de Le Gris s’est focalisée sur la restitution de l’ambiance pourrie et paranoïaque régnant à cette époque, grâce au jeu des personnages, aux éléments de scénarios qui permettent de décrire leur état d’esprit. ici Benoit Dellac mise tout sur les couleurs sombres, bleuté, avec des effets de clairs-obscurs où il faut souligner le soin de la mise en scène à la hauteur des grandes épopée cinématographique, on à déjà hâte de lire le second tome en Mai 2019. Merci à Glénat pour cette édition spécial qui nous offre un magnifique dessin que voici :

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Extrait :

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  • Album: 48 pages
  • Editeur : Glénat BD (16 janvier 2019)
  • Collection : 24X32
  • Langue : Français
  • ISBN-10: 2344011757

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Sambre – Tome 08: Celle que mes yeux ne voient pas… (28 novembre 2018) de Yslaire

En cette fin d’année, trente ans après sa création, sept tomes parus et plus d’un million d’exemplaires vendus, se poursuit le dernier chapitre de la plus grande tragédie romantique du neuvième art. Écrite et dessinée par Yslaire, Sambre est l’œuvre d’exception d’un artiste inspiré, mêlant les qualités rares d’une bande dessinée d’auteur et d’un ouvrage grand public. Best-seller dès sa sortie, encensée par la critique et les professionnels, multi-récompensée internationalement, la série culte traverse le temps sans démentir son succès, et s’impose aujourd’hui comme un classique.

Chronique : Cet album reflète tout à fait le style « Yslaire » tant dans le dessin que dans l’ambiance générale lourde du scénario… L’ alliance des couleurs monochromes est tout à fait originale et participe entièrement à cette atmosphère si particulière que l’ auteur parvient à insufflé. Nous le savons donc : les deux jumeaux que tout sépare pourront enfin se retrouver dans le tome IX, à paraître d’ici à 2020, intitulé « Nos yeux, nos cheveux, nos fiertés… ». Ici le récit porte vers les retrouvailles de nos jumeaux , c’est toute la question de ce tome VIII. Comment deux jumeaux orphelins, ignorant leur existence, vont se retrouver ? On sent malheureusement ici le tome de transition. Un flashforward ouvre le tome comme une prophétie de ce qui devrait arriver dans le prochain et dernier tome de cet arc. Du coup, on est dans l’attente de voir les éléments se mettre en place. On suit les études sur les insectes de Bernard-Marie avec un doux sourire. Il fait vraiment peine à voir dans cet environnement ultra contrôlé et renfermé. Sa recherche d’évasion est d’autant plus poignante que ce soit avec son études sur la migrations de certains insectes ou sa nouvelle passion pour la photographie. C’est cependant un joli portrait de l’évolution d’une époque. A Paris, sa soeur poursuit son parcours interlope dans les bordels, place à la cocotte qui monte sur scène et se fait entretenir par un riche bourgeois. L’histoire reste donc dramatique à souhait. Petit à petit, tout se met en place : la « carrière » de Judith, la montée à Paris de Bernard-Marie. On attend maintenant le drame final.

Note : 9/10

Extrait :

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  • Album: 72 pages
  • Editeur : Glénat BD (28 novembre 2018)
  • Collection : 24X32
  • Langue : Français
  • ISBN-10: 2344015779

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Wild West Dragons – Tome 01 (28 novembre 2018) de Elian Black’Mor et Carine-M

Après avoir consigné ses découvertes en Europe, en Scandinavie et aux confins de l’Asie, Élian Black’Mor part sur la traces des dragons du Nouveau Monde. Entre cérémonies vaudous et rituels amérindiens, l’explorateur et arpenteur de mondes débute son nouveau voyage à la rencontre de mythologies exotiques et fascinantes, de la Nouvelle-Orléans à la jungle amazonienne en passant par les plaines arides de Sonora.

Chronique :  Suite directe des Maudits et de Sur la piste des dragons oubliés, Wild West Dragons offre, à la manière d’un carnet de voyage, une fabuleuse expédition au cœur de territoires hostiles peuplés de créatures mystérieuses et grandioses.  Cet album propose un carnet de voyage, celui d’une fabuleuse expédition au cœur de territoires hostiles peuplés de créatures mystérieuses et grandioses. C’est un voyage qui va vite prendre des allures mouvementées puisque le navire quittant Liverpool plongera sa proue au cœur des Bermudes en passant par la Nouvelle-Orléans, c’est un goût d’Amérique empli de magie vaudoue qui va animer tout le livre. Graphiquement, les pages sont très travaillées avec leur lot de crayonnés, illustrations couleurs, affichettes, télégrammes, notes n’empêchant en rien la limpidité de ce journal de bord qui nous fait découvrir des dizaines de créatures magiques dans un rythme soutenu.C’est intéressant dans la conception , c’est fouillé, travaillé, pleins de novations et c’est plaisant.

Note : 9,5/10

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  • Album: 72 pages
  • Editeur : Glénat BD (28 novembre 2018)
  • Collection : Hors Collection
  • Langue : Français
  • ISBN-10: 234400274X

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Un peu de tarte aux épinards : Tome 1, Bons baisers de Machy (23 janvier 2019) de Philippe Pelaez et Javi S. Casado

Marie-Madeleine Madac-Miremont vit de la vente de ses tartes aux épinards. Plutôt mal, convenons-en. Jusqu’au jour où elle reçoit du Yémen un colis contenant des plantes rangées en bottes. Dès qu’elle y goûte, Marie-Madeleine comprend le parti qu’elle peut tirer de ces herbes inconnues. Car cet ingrédient dont elle commence à agrémenter ses tartes n’est autre que du Khat, une drogue africaine aux effets euphorisants.
Que le colis soit arrivé là suite à une erreur de routage, Marie-Madeleine n’en a cure. Pas plus que des conséquences sur l’humeur ni de ses clients, ni des destinataires – et propriétaires légitimes – de son nouvel ingrédient.

Chronique : Une bd bien rigolote et qui ne se prend pas la tête. Au départ il faut bien sur aimer l’univers des aventures policière avec un peu de mafia  pour pouvoir lire cette bd qui est très bien fait. L’humour est évidemment bien présent. Philippe Pelaez et Javi S. Casado savent faire rire et rend les gags comiques et très drôles, grâce au superbes illustrations.De l’aventure, des mystères, un soupçon de magie et une famille de héros classique mais efficace : il y a matière à de jolis développements à destination d’un public jeunesse.
Les enfants vont adorer la tête des cette famille, leur air très surpris lors des chutes des gags, comme s’ils ne comprenaient pas du tout ce qui se passe.
Certains gags interfèrent avec les suivants, ce qui fait qu’ils se mélangent, et c’est ça qui fait le comique. Les gags sont tantôt courts, tantôt longs.
Assez souvent, on est induit en erreur par les auteurs, du fait que ce n’est qu’au moment de la chute que l’on comprend le ridicule de la situation. L’événement sur lequel s’achève le volume surprend néanmoins et laisse entrevoir une direction inattendue et intéressante pour une suite bien attendu.

Note : 9,5/10

Extrait :

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  • Editeur : Casterman (23 janvier 2019)
  • Collection : ALBUMS
  • Langue : Français
  • ISBN-10: 220315571X

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Le Livre de Jessie – Journal de guerre d’une famille coréenne (2 janvier 2019) de Park Kun-Woong

Adapté du journal original rédigé par Yang Wu-Jo et sa femme Choi Seon-hwa pendant l’occupation japonaise de la Corée. Le dessinateur coréen Park Kun Woong s’empare d’un témoignage très sensible sur l’occupation japonaise : un journal rédigé à quatre mains par un couple et commencé à la naissance de leur fille Jessie. Ce récit qui court sur plusieurs années et capte avec beaucoup de densité le quotidien familial en temps de guerre, est régulièrement comparé au Journal d’Anne Franck. C’est aussi un récit de transmission, dans lequel des jeunes parents confient à leur fille leur combat pour l’indépendance, leur engagement pour un pays qu’ils sont obligés de fuir et retrouveront en 1945.

Chronique : Figure de la bande dessinée coréenne, Park Kun-woong adapte le célèbre Journal de Jessie, qui retrace l’exil d’une famille pendant l’occupation de la Corée par le Japon.Tôt reconnu pour l’ambitieuse trilogie Fleur, saga dans laquelle il restituait, dans des planches en grande partie muettes, la trajectoire dramatique d’un jeune partisan successivement persécuté par les Japonais et par les Sud-Coréens dans les années 1930 à 1950 (Casterman, 2006), Park Kun-woong s’est fait une spécialité des récits épiques mettant au jour les traumatismes de son pays. Park Kun-Woong nous offre un récit assez juste qui évite la caricature des personnages. Ce roman est avant tout une belle histoire auquel le public va être conquit notamment grâce à la qualité de son écriture et à la justesse des profils des personnages ce livre nous emporte. Les adultes peuvent être mieux à même de comprendre les adolescents d’aujourd’hui. Ces préoccupations sont en partie les mêmes que celles de leurs parents au même âge, mais le contexte sociologique et technologique est bien différent (place des échanges virtuels…).
Cette lecture est très agréable et on lit le roman d’un traite

Note : 9,5/10

Extrait:

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  • Album: 368 pages
  • Editeur : CASTERMAN (2 janvier 2019)
  • Collection : ALBUMS
  • Langue : Français
  • ISBN-10: 2203171707

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