Octobre de Soren Sveistrup

Résumé : Début octobre, dans la banlieue de Copenhague, la police découvre le cadavre d’une femme amputée d’une main. À côté du corps, un petit bonhomme fabriqué à partir de marrons et d’allumettes. Chargés de l’enquête, la jeune inspectrice Naia Thulin et l’inspecteur Mark Hess découvrent vite que cette figurine est porteuse de mystérieuses empreintes : celles de la fille de Rosa Hartung, ministre des Affaires Sociales, enlevée un an plus tôt et présumée morte.

Chronique : Soren Sveistrup, l’auteur de ce page turner addictif, a participé à l’écriture de la série the Killing et nul doute qu’il y a appris les méthodes élémentaires pour tenir le lecteur en haleine.

Son premier ouvrage réunit tous les ingrédients du polar accrocheur au rythme endiablé. On retrouve donc le duo d’enquêteurs mal assortis, une enquête à tiroirs, un assassin insaisissable et un final explosif.

Du duo d’enquêteurs on peut regretter que l’accent soit mis sur Mark Hess, enquêteur atypique qui se révèle plus attachant que sa collègue Naia Thulin, qui se conforme trop au moule de l’enquêtrice forte tête pour être originale et mémorable.

Le rythme demeure enlevé malgré les fausses pistes, le récit reste captivant. Cela n’empêche pas les invraisenblances d’apparaître de plus en plus énormes au fil du récit mais les lecteurs de ce genre de polar ont l’habitude de passer sur les raccourcis et les facilités scénaristiques.

Si l’on parvient à passer au-delà de ces défauts, qui sont l’apanage du genre, la lecture de ce polar nordique offre un plaisir de lecture électrisant jusqu’à la dernière page.

Note :7/10

  • Date de publication : 1 mars 2019
  • Éditeur : Albin Michel
  • Langue : Français
  • ASIN : B07N8CRGCW

De chair et d’os de Dolores Redondo

Résumé : À travers le Pays basque, dans la vallée du Baztán, des églises sont profanées. Alors qu’elle vient de donner naissance à son enfant, l’inspectrice Amaia Salazar est chargée d’enquêter discrètement sur cette affaire. Avec son équipe, elle doit aussi s’occuper d’une série de crimes conjugaux qui ont tous en commun d’horribles mutilations. Á chaque fois, le meurtrier s’est suicidé en laissant derrière lui une étrange inscription : TARTTALO. Pourquoi tous ces hommes laissent-ils ce même mot ? Que signifie-t-il ? Et pourquoi semble-t-il destiné à la jeune inspectrice ? La vallée du Baztán recèle encore de bien terribles secrets qu’Amaia devra affronter pour espérer enfin y vivre en paix…

Chronique : Nous revoilà en pays Basque espagnol avec l’inspectrice Amaia Salazar pour le deuxième volet de ses enquêtes entre légendes ancestrales, liens de famille complexes et folie meurtrière.

Le livre brasse plusieurs thèmes et légendes Basque, notamment le tarttalo, qui prête son nom au monstre sanguinaire qui hante la vallée de Baztán. Mais aussi les cagots, dont l’histoire et le mystère qui entoure ce peuple pestiféré auraient mérité un livre à part entière. Tout l’arrière-plan légendaire est très bien amené et donne de la consistance au récit même si la multitude de sujets abordés à tendance à disperser le récit. Les légendes mises en avant par l’auteure sont moins diffuses et mystiques que dans le premier volet de la trilogie. Elles se font plus organiques, si l’on peut dire, et se rapproche de la sorcellerie et des rites païens. L’onirisme n’a cependant pas complètement disparu, Amaia est victime de vision terrifiante qu’elle redoute autant qu’elle désire et sa tante Engransi est toujours prompte à tirer les cartes. Ces scènes n’ont pas grande utilité, à part apporter une atmosphère onirique au récit, et plombent un récit déjà assez dense.

L’enquête en elle-même souffre de quelques longueurs dues en partie à ces scènes oniriques. Ce n’est que lorsqu’elle prend un tournant plus personnelle que le récit se dynamise à nouveau pour un dernier tiers haletant. L’intrigue aurait gagné à être plus resserré mais reste une fois de plus solide et plutôt bien mené.

La seule chose qui m’a vraiment gêné lors de ma lecture et le manque de subtilité dans l’écriture des personnages secondaires. Les hommes sont souvent des clichés de machisme détestables tandis qu’un personnage féminin passe trop rapidement du statut de victime à celui de femme forte qui ne s’en laisse pas compter. Toute cette partie de l’intrigue aurait mérité un traitement plus élaboré, les violences domestiques sont infiniment complexes et le portrait psychologique des bourreaux est trop succinct pour être crédible. En l’état ils ne sont rien d’autres que des amas d’arrogance haineuse sans aucune consistance.

Entre la touche d’onirisme qui alourdit le récit et le manque de subtilité dont fais parfois preuve l’auteur on pourrait croire que j’ai passé un mauvais moment de lecture, il n’en est rien. L’auteure possède un style évocateur et parvient toujours à nous emporter vers les forêts de Navarre remplis de légendes et d’histoire.

Note : 7/10

Date de publication : 19 mars 2015
Éditeur : Editions du Mercure de France
Langue : Français
ASIN : B00U2IC3ZK

Mister miracle de Tom King et Mitch Gerads

Résumé :Élevé sur Apokolyps, planète-usine sous le règne de l’implacable Darkseid, Scott Free réussit l’impensable : échapper à ses geôliers pour rejoindre la Terre où il rencontra son mentor, un artiste de l’évasion officiant sous l’alias de Mr Miracle dont il reprendra l’identité. Depuis, aucun barreau, aucune entrave, aucune prison, ne put retenir prisonnier Mr Miracle, symbole d’une liberté retrouvée. Mais que se passe-t-il lorsque l’artiste de l’évasion ultime se trouve aux prises avec une nouvelle forme de captivité : la dépression

Chronique : Étant un lecteur assez mitigé du run de Tom King sur Batman, je n’ai pas réagi avec beaucoup d’enthousiasme à l’annonce de sa mini-série consacrée à Scott Free, alias mister miracle, mais celle-ci étant plébiscitée par nombre de site consacrés aux comics je me suis laissé tenter.

Et je dois avouer que ce fut une bonne surprise. Tom King parvient à ménager le lecteur entre divertissement et réflexion profonde. Les dialogues sont fluides et la narration visuelle établie par Mitch Gerads et à la fois simple et complexe avec ses pages gaufrier régulière où apparaissent les personnages de manière brouillés comme si mister miracle se trouvait sur la mauvaise fréquence.

Tom King fait partie de ses auteurs pour qui les personnages doivent servir le récit et non l’inverse. Ici king met en avant le thème de la dépression, mister miracle se sent coincé dans une vie de laquelle, ironie du sort, il ne parvient pas à s’échapper. Sa relation avec big barda est subtilement contée, le couple est touchant et crédible. Scott Free est un héros, un homme, partagé entre deux mondes où il se sent étranger dans chacun d’eux. Le traumatisme laissé par son éducation sur Apokolips ne le laisse jamais en paix, illustré par les auteurs par les cases noires où transparaît le leitmotiv « Darkseid est » comme un rappel incessant de la menace mortelle qui plane sur notre héros.

En plus de cette plongée intime dans l’esprit d’un homme perturbé, King ajoute un sous texte métaphysique sur le médium du comics notamment à travers le personnage parodique de funky flashman qui fait clairement référence à Stan Lee. Les références à l’œuvre de Jack Kirby, le créateur de mister miracle, sont nombreuses et apporte un supplément d’âme à une œuvre déjà riche en plus d’être un superbe hommage à l’œuvre de ce grand maître des comics.

Le récit, auréolé de deux Eisner Awards, est une œuvre éminemment personnelle où les auteurs y ont mis une grande part d’eux même et cela transparaît à chaque page. Que tous ceux qui sont effrayés à l’idée de mettre un pied dans le vaste univers DC se rassurent, l’œuvre est tout à fait accessible aux néophytes des comics. Non seulement le récit est bien plus qu’un récit de super-héros mais en plus les éléments de la saga des néo-dieux, créé par Jack Kirby, sont suffisamment bien expliqués pour permettre à chacun de profiter de l’histoire.

Ton King et Mitch Gerads offrent un récit riche et généreux en réflexion diverses, doublé d’un hommage réussi à Jack Kirby, tout en restant accessible au profane.

Note : 9/10

Éditeur Urban Comics Editions
Date de publication 30 mai 2019
Langue Français
Longueur du livre 301
ISBN-13 979-1026815167

Une cosmologie de monstre de Shaun Hamill

Résumé (si l’on peut dire) : « Dans Une Cosmologie de monstres, Shaun Hamill allie brillamment les univers angoissants de H.P. Lovecraft avec l’histoire contemporaine d’une famille menacée de destruction par des forces surnaturelles. Il réussit son coup, parce que ces braves gens pourraient être nos voisins. L’horreur ne fonctionne que lorsque nous nous attachons aux personnes concernées ; nous nous attachons aux Turner, et leurs cauchemars deviennent les nôtres. La prose de Hamill est sobre, tout simplement belle. Voilà à quoi ressemblerait un roman d’horreur signé John Irving. J’ai adoré ce livre, et je pense qu’il vous plaira aussi. »
Stephen King

Chronique : Il est rare que je me plonge dans la lecture d’un livre sans avoir lu le résumé figurant sur la quatrième de couverture. C’est une habitude, c’est comme lorsqu’on rentre dans l’eau, on trempe d’abord les orteils avant de s’immerger entièrement. La quatrième de couverture permet de savoir dans quel genre de livre on s’aventure, même si cela n’empêche pas les mauvaises surprises, c’est un bon moyen de repérer les livres qui vont nous accrocher.

Cette introduction, plus longue qu’à l’accoutumé, pour bien vous faire comprendre mon ressenti de lecture par rapport à ce premier roman de l’auteur. La quatrième de couverture se résume à une citation attribué à Shephen King et les personnes qui m’en avaient parlé sont resté évasives quant à la teneur de l’histoire. Cependant l’évocation de l’univers de Lovecraft m’a suffi pour ouvrir cette cosmologie de monstre.

Je ressors de ma lecture assez satisfait, même si mes attentes, ou plutôt fantasmes de lecture, n’ont pas été combler. De manière, peut être un peu naïve, je m’attendais à un récit angoissant où la folie côtoie l’horreur mais en fait il s’agit avant tout du récit du destin d’un homme, Noah Winters, et de sa famille. Une fois compris que la mythologie lovecraftienne restera en toile de fond, je me suis mis à vraiment apprécier ma lecture.

L’auteur a un talent indéniable pour mettre en scène ses personnages et créer des relations intimes et puissantes entre les membres de cette famille maudite. Pendant 400 pages l’auteur va nous plonger au milieu de cette famille, de ces moments de tendresse jusqu’aux drames les plus tragiques et ce sur au moins quatre décennies. Un talent narratif qui parvient à masquer la lenteur de l’intrigue et le manque de suspens de manière générale.

Les descriptions auraient mérité d’être plus détaillé et mise en scène de manière plus inquiétante mais c’est un défaut pardonnable tant l’auteur parvient à incarner la famille Turner grâce à son style fluide et intime.

Un livre à déconseiller aux amateurs de Lovecraft qui s’attendraient à un récit étouffant d’angoisse mais tous ceux qui apprécient les chemins de vie gorgés d’émotions et mâtiné de fantastique devraient jeter un œil un ce premier roman prometteur.

Note: 8/10

Éditeur Albin Michel
Date de publication 2 octobre 2019
Langue Français
Longueur du livre 416
ISBN-10 2226439048

Bienvenue à Mother’s Rest de Lee Child


Résumé : Pourquoi cette ville s’appelle-t-elle « Mother’s Rest » ? C’est la question qui pousse Jack Reacher à descendre d’un train, en pleine nuit, dans cette bourgade perdue de l’Oklahoma.À la gare, une femme splendide semble l’attendre. Mais Michelle Chang,  ex-agent du FBI, l’a pris pour Keever, qu’elle cherche désespérément.  Son collègue a disparu. Sans hésiter une seconde, Reacher décide de  l’aider à le retrouver. Mais ce qu’il ignore, c’est qu’après un périple à  travers tout le pays et dans les profondeurs du Darknet, il se retrouvera  à la case départ, à Mother’s Rest, face au pire cauchemar imaginable. 

Chronique : Certains auteurs tracent leurs plumes de leur côté, loin des modes éditoriales. Ils sortent leurs livres chaque année, réglés comme du papier à musique. Lee Child est l’un d’eux.

Sa saga, ayant pour personnage principal Jack Reacher, a débutée en 2003 et se poursuit depuis seize ans. L’auteur a trouvé la formule idéale pour perdurer le succès de sa saga, un héros vagabond déconnecté des considérations quotidiennes et qui parcourt les U. S. A. de long en large en combattant le crime partout où il le rencontre.

Le profil de son héros est atypique et participe au succès de la série. Jack Reacher est retraité de l’armée, il a le double avantage d’être un colosse doté d’un esprit analytique à toute épreuve, il reste d’un calme olympien en toutes circonstances et ne se laisse impressionner par pas grand chose. Un savant mélange de sherlocks holmes et de Chuck Norris, à la limite du surhomme. Ces aptitudes exceptionnelles poussent parfois la saga vers la caricature mais c’est toujours intéressant de voir Reacher tirer des conclusions à partir d’une observation ou du langage corporel de ses adversaires.

Jack Reacher ne se bat pas, il triomphe. C’est une notion à retenir notamment lors des combats rapprochés, inutile de préciser de Reacher est un expert dans ce domaine, le lieu de la confrontation devient un échiquier dans lequel notre ancien soldat visualise les prochains coups de son adversaire avant même que celui-ci n’y ait pensé. L’auteur ne conte pas un combat mais le récit détaillé d’une défaite inévitable.

La même formule se répète inlassablement de livre en livre et cet opus, l’avant-dernier en date, n’échappe pas à la règle. Reacher débarque dans un endroit, le plus souvent une ville paumée du fin fond des États-Unis, et découvre que quelque chose ne tourne pas rond. Il est souvent aidé par une femme dans son enquête, qui aura toujours des ressources dans le milieu judiciaire et qui finira par vivre une amourette avec Reacher avant que celui-ci ne reprenne son éternelle errance sur les routes d’Amérique.

La saga est l’exemple type du plaisir coupable. Elle offre une intrigue palpitante mais vite oublié et le personnage principal n’évolue jamais, héritier direct de James Bond, mais chaque opus de la saga est une occasion de se détendre en appréciant les aventures d’une machine à tuer inébranlable.

À noter que la série a été adapté deux fois au cinéma avec, aussi improbable que cela paraisse lorsque l’on connaît le personnage, Tom Cruise dans le rôle de Jack Reacher.

Note: 7/10

Date de publication : 19 septembre 2018
Éditeur : Calmann-Lévy
Langue : Français

La formule de Dieu de José Rodrigues dos Santos


Résumé : Printemps 1951, deux espions de la CIA épient une rencontre de la plus haute importance entre David Ben Gourion,  » premier  » Premier Ministre de l’État d’Israël, et Albert Einstein. L’objet de leur discussion : l’obtention de l’arme nucléaire par le jeune état juif et l’existence de Dieu. Cinquante ans plus tard, Tomas Noronha, expert en cryptologie, est appelé au Caire par une mystérieuse jeune femme. Sa mission : déchiffrer un cryptogramme caché dans un document détenu par le gouvernement de Téhéran. Un manuscrit écrit de la main d’Albert Einstein dont le contenu pourrait bousculer l’ordre mondial. Tomas Noronha devient alors un agent double censé collaborer avec les
Iraniens pour informer l’Occident. Mais au cours de son enquête, il découvre que le fameux manuscrit contient beaucoup plus de choses que ne l’espéraient ses différents commanditaires. Il serait tout simplement la preuve scientifique de l’existence de Dieu.

Chronique : Vous êtes nul en mathématiques ? La physique, pour vous, est telle une montagne impossible à gravir ? Et bien plongez-vous dans la formule de Dieu histoire d’être bien rassuré sur votre niveau lamentable.

Vendu comme un thriller d’espionnage par l’éditeur, le livre tient plus de l’ouvrage de vulgarisation scientifique que du thriller. Ce n’est pas un reproche mais lorsque l’on aborde des thèmes aussi divers et complexes que la théorie du chaos, la théorie de la relativité, la physique quantique, l’hindouisme, le bouddhisme, le principe anthropique, et la Bible, le tout en moins de 600 pages, il est normal de voir l’aspect espionnage international se réduire à quelques chapitres, certes trépidants mais pas transcendants non plus.

Les nombreuses théories scientifiques nous sont délivrées par le biais de pavés de dialogues, parfois un peu indigeste, mais toujours intéressants. Le personnage de Tomás, incarne le rôle de l’élève qui a soif de connaissance mais il est aussi le lecteur qui va découvrir des thèmes scientifiques complexes. C’est pourquoi son côté candide est lassant à la longue, voire risible, tout comme sa propension à répéter ce que vient de lui dire son interlocuteur. Cela alourdit les dialogues déjà conséquents. Il est quand même plaisant de voir les rôles s’inverser à la fin du roman.

Tout au long de l’œuvre les principales théories scientifiques seront amenées par divers personnages crédibles, pour la plupart, sauf en ce qui concerne le moine bouddhiste qui rassemble tous les clichés que l’on pourrait avoir sur le Tibet, ce qui m’a fait sortir de l’histoire.

L’auteur parvient néanmoins à conserver une certaine fraîcheur et un équilibre entre divertissement et enseignement et offre une conclusion satisfaisante à un récit qui aurait facilement pu être complètement indigeste.

Note 7/10

Aj and the queen saison 1

Synopsis : Ruby Red, célèbre drag queen New-yorkaise, s’apprête à réaliser son rêve ouvrir son propre bar mais rien ne va se passer comme prévu et il va bientôt se retrouver sur les routes dans son vieux camping car avec un passager clandestins.

Basé sur le thème bien connue du duo improbable la série de la star des drag queen américaines offre un show plaisant et flamboyant.

Précisons d’emblée que le show n’offre pas grand chose d’original, mis à part une plongée dans l’univers drag la série valide toutes les balises de ce genre de série. Un duo improbable d’étrangers qui n’ont rien à faire ensemble et qui embarquent pour un road trip haut en couleur c’est un pitch que l’on retrouve dans nombre de films. C’est même un genre à part dans le cinéma hollywoodien, le buddy movie. Ajoutons à cela un ton naïf qui va en repousser certains et un nombre d’incohérences qui s’accumulent d’épisodes en épisodes on pourrait penser que l’on fait face à un nouveau programme Netflix bancal et oubliable comme la plateforme en sort une dizaine par mois.

Mais il n’en est rien la série fonctionne malgré, ou grâce à, ses défauts. Le duo formé par AJ et Robert nous offre de bons moments de complicité et de scènes burlesques qui nécessitent une suspension de crédibilité de la part du spectateur pour être apprécié pour ceux qu’elles sont, de purs moments de comédie où RuPaul déploie tout son talent de performeur. Le ton est volontairement naïf, les bons sentiments sont légion et les situations se règlent un peu trop facilement mais le but de la série est d’apporter des paillettes, rouges de préférence, dans les yeux des spectateurs et non de brosser un portrait réaliste de l’Amérique profonde.

Un duo qui trouve rapidement son rythme

Chaque épisode est l’occasion de découvrir un aspect du monde des drags queen, les représentations dans les bars miteux, la concurrence entre drags, mais aussi l’entraide et même les concours de beauté. RuPaul offre une prestation unique à chaque épisode, mention spéciale à l’infirmière antillaise, et nous montre ainsi que l’univers des drags n’est pas uniquement composé de glamour et de play-back maîtrisé.

Les performances de RuPaul sont souvent bluffantes

Les seconds rôles trouvent également leurs places entre deux prestations de la divine Ruby Red. Damien, l’escroc pas si cupide, régalera les yeux des téléspectatrices mais pas uniquement. La perfide Danger tient le rôle de la garce flamboyante et Louis, le colocataire aveugle de Robert, aura l’occasion de prouver qu’il n’est pas qu’un ressort comique.

Le reste du casting qui tient la route

La série aurait gagné à soutenir un rythme plus resserré, mais c’est un reproche que l’on pourrait faire à nombre de série Netflix, mais elle offre un divertissement léger et émouvant pour tous ceux qui sont prêts à grimper dans un camping qui affiche six zéros à son kilométrage.

Depuis 2020 / 60min / ComédieDe RuPaulMichael Patrick KingAvec RuPaulIzzy G.Michael-Leon WooleyNationalité U.S.A.

Le gardien invisible de Dolores Redondo

Résumé : Au Pays basque, sur les berges du Baztan, le corps dénudé et meurtri d’une jeune fille est retrouvé, les poils d’un animal éparpillés sur elle. La légende raconte que dans la forêt vit le basajaun , une étrange créature mi-ours, mi-homme… L’inspectrice Amaia Salazar, rompue aux techniques d’investigation les plus modernes, revient dans cette vallée dont elle est originaire pour mener à bien l’enquête qui mêle superstitions ancestrales, meurtres en séries et blessures d’enfance.

Chronique : Embarquement immédiat pour le pays Basque espagnol avec ce premier roman, un polar mâtiné de fantastique.

L’auteure sait comment créer une ambiance, on parcours ces forêts ancestrales avec les enquêteurs, à la recherche d’un assassin ou d’une créature fantastique. Toute la beauté de la culture Basque s’échappe des pages du livre pour nous happer et nous entraîner dans les rues de ces villages aux charmes préservés et dans ces repas de famille interminables d’où s’échappent des senteurs alléchantes.

Le personnage d’Amaia Salazar est bien campé, complexe et suffisamment attachant pour nous convaincre de la suivre dans son enquête malgré quelques longueurs. Un passé traumatisant et une famille aux relations compliqués mais attendrissantes complètent le tableau.

L’intrigue, quant à elle, souffre d’une certaine platitude mais reste convaincante pour une première intrigue. Le final aurait pu être plus percutant mais, là encore, L’auteure a su gérer ses effets.

L’aspect fantastique est bien présent mais reste au second plan. Espérons que L’auteure saura lui donner un rôle plus fondamental dans la suite des enquêtes de son héroïne.

Le gardien invisible se révèle donc être une lecture agréable et un premier essai convaincant bien qu’un peu scolaire dans le monde du polar.

Note : 7/10

Éditeur Folio
Date de publication 15 janvier 2015
Langue Français
Longueur du livre 528
ISBN-10 2070461696

La couleur du trois de Leni Zumas (16 janvier)

Résumé : Quinn, la trentaine passée, est célibataire, sans enfants, et sur le point de perdre son emploi. Comme si sa précarité financière n’était pas suffisamment angoissante, elle doit faire face au retour en ville de Cam, son premier petit ami, dont elle s’est séparée dans des circonstances qu’elle préférerait oublier. Cette réapparition fait remonter à la surface le traumatisme de ses années adolescentes ̶ la mort violente de sa sœur cadette ̶ , qu’elle croyait pourtant avoir enfoui au plus profond d’elle-même par des tactiques toutes personnelles…

Chronique : Ce roman est une invitation à découvrir un style et une narration bien particulière. À charge au lecteur de saisir cette invitation et de découvrir la plume de Leni Zumas.

Une plume pour le moins originale, constitué de chapitres courts, tels des flash-back subliminaux et incontrôlables. Très peu de descriptions mais un style très organique, où le corp humain et ses fluides sont perçus comme une source d’angoisse. Une narratrice unique qui se décompose en trois temporalités différentes, pour celles que j’ai pu clairement repérer. L’œuvre ne se laisse pas apprivoiser facilement mais dissimule un récit à fleur de peau.

Bien que l’auteure possède une plume créative, la narration respecte quand même une certaine linéarité. On fait la connaissance de Quinn, ancienne chanteuse d’un groupe de rock, jeune femme à la dérive, hanté par un passé qui menace de refaire surface. Au fil des saynètes que Quinn partage avec nous, les détails des tragédies de sa vie nous sont délivrés. Une souffrance sourde mêlée de culpabilité menace d’engloutir toute son existence tel le leviathan biblique.

Ce récit n’est pas celui d’une guérison, c’est à peine si la fin du roman apportera une lueur d’espoir pour Quinn, mais celui d’une prise de conscience. La montée à la surface de la souffrance enfouie sera l’occasion de solder une partie des comptes.

Une œuvre qui ne laisse pas indifférente mais qui restera hermétique à certains tellement la proposition est risquée et la narration complexe.

Note : 7/10

Éditeur Presses de la Cité
Date de publication 16 janvier 2020
Langue Français
Longueur du livre 352
ISBN-10 2258165806

Je ne suis pas un monstre de Carme Chaparro

Résumé : 24 décembre. Un enfant disparaît dans un centre commercial de Madrid.
Même lieu et même mode opératoire qu’une ancienne affaire : l’enlèvement de Nicolás Acosta deux ans plus tôt. Et si tout recommençait ?
L’inspectrice Ana Arén, qui a failli lors de l’enquête précédente, se lance à corps perdu dans une course contre la montre pour retrouver le petit garçon. Mais certains journalistes viennent contrarier son enquête, avides de scoops et d’audience.
Les fausses pistes s’enchaînent, les rumeurs enflent et les politiques s’en mêlent. La ville tremble, sans répit, devant la menace d’un tueur en série, d’un prédateur à l’affût des proies qu’il veut faire siennes.
Alors que la vérité est sur le point d’éclater, l’inspectrice se retrouve face à une effroyable réalité qui pourrait la consumer

Achat du livre en ligne: https://www.amazon.fr/dp/2259277667/ref=cm_sw_r_cp_awdb_c_zFHgEb444J5XC

Chronique : L’empathie. Voilà une donnée essentielle pour tout auteur qui cherche à captiver les lecteurs dans leurs récits. Sans empathie pour les personnages les livres se retrouvent vite abandonnés en pleine lecture.

L’auteure, Carme Chaparro a bien tenté de mettre l’accent sur l’empathie dans son récit mais sans y parvenir réellement. La faute a un personnage d’enqêtrice surtout définie par une émotion prédominante, la colère. Une colère tout d’abord dirigée sur elle-même mais aussi contre sa hiérarchie. La rendre cassante envers ses subordonnés n’aide pas à faire d’elle un personnage attachant.

Le personnage d’Inès, la journaliste qui doit jongler entre son métier exigeant et son rôle de mère, est plus nuancé mais là encore je ne suis pas parvenu à m’attacher à elle.

En ce qui concerne l’enquête, celle-ci paraît être assez brouillonne. Certains éléments sont amenés sans que cela n’aille plus loin. La technique consistant à achever les chapitres sur la promesse d’une révélation choc est usante. Comme si l’auteure ne connaissait que cette astuce pour maintenir le suspens.

Deux mots sur la fin, qui participe à la renommée du roman, je n’ai pas tant été déçu par le dénouement en lui-même mais plutôt par le choix de basculer dans un récit confession sans aucune tension dramatique. Les enquêteurs dévoués et exténués qui avaient enfin les clés pour résoudre le mystère méritaient mieux que cette éclipse soudaine du récit.

J’ai plus apprécié les cent premières pages, où l’auteur met en place son récit et ses personnages que l’enquête en elle-même. Ce qui est dommage pour un polar.

Note 6/10

Éditeur Plon
Date de publication 26 septembre 2019
Langue Français
Longueur du livre 320
ISBN-10 2259277667