Pyramides de Romain BENASSAYA | 9 janvier 2020

2182, des colons fuient la Terre devenue stérile dans une vingtaine d’immenses vaisseaux pour un voyage de deux cents ans. Toutes prennent la direction de Sinisyys, une autre planète bleue, dans le système 82 Eridani. Une seconde chance pour l’humanité. Mais à leur réveil d’un long sommeil en biostase, les occupants du Stern III ne se trouvent pas sur le nouvel Éden tant souhaité. Ici, point de voûte étoilée, et l’IA du vaisseau en panne ne peut leur donner aucune indication.
Les seuls indices que les passagers ont sont l’extraordinaire évolution de la forêt qui sert de poumon au vaisseau, et des Jardiniers – des pucerons génétiquement modifiés devenus scarabées. Combien de temps ont-ils bien pu passer en stase pour qu’une telle chose soit possible ? Et quel est cet environnement froid et noir, ressemblant à un tunnel aux proportions dantesques ?

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Chronique :Qu’on put ressentir les explorateurs d’antan lorsque, après un long voyage, ils découvrent qu’ils ne sont pas parvenus à destination et surtout que le lieu où ils se trouvent leur est complètement inconnu ? C’est sur ce sentiment étrange, mélange de peur et d’incompréhension, que l’auteur base son récit.

Il n’est pas tant question de science-fiction dans cet ouvrage que de nature humaine. Les détails ayant trait à la science-fiction sont exposés de manière claire et concis, le récit se concentre sur les réactions des naufragés qui doivent appréhender un environnement inconnu et aux proportions gigantesques. Le récit se transforme alors en fable ethnologique nous montrant comment un groupe d’humains livré à lui-même peut se livrer aux pires comportements comme aux meilleurs. Les tensions se créent vite et certains personnages tombent rapidement dans les extrêmes, en étant fermés au dialogue et prêt à tout pour imposer leurs points de vue. C’est le seul reproche que je pourrais faire au livre, il manque une transition entre la naissance des différents groupes et le durcissement des opinions. On a l’impression qu’il manque une étape dans le basculement psychologique des personnages. Le manque de caractérisation des personnages secondaires n’aide pas.

Cependant l’auteur parvient à nous conter la création d’une société humaine sans être jamais ennuyeux malgré le nombre de pages conséquents. Le mystère entourant leur présence dans ce tunnel mystérieux reste finalement au second plan, l’auteur préférant se concentrer sur les passions humaines. Les détails épars distillés par l’auteur suffisent à maintenir la curiosité du lecteur tout au long de l’œuvre.

Le final apportera autant de réponses que de questions mais offrira de belles fins aux arcs narratifs des principaux personnages.
Pyramides offrent donc un récit captivant, une fable sur la nature humaine et ses travers, mais aussi sur sa force et sa capacité d’adaptation. On pourrait retenir que la morale de l’histoire est que la providence sourit aux téméraires.

Note : 8/10

 

  • Poche : 624 pages
  • Editeur : Pocket (9 janvier 2020)
  • Collection : Science-fiction
  • Langue : Français
  • ISBN-10 : 2266292617

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L’échiquier de jade de Alex Evans

La cité millénaire de Jarta est une nouvelle fois le théâtre d’événements mettant en péril sa stabilité. D’un côté, un démon s’attaque à la ville et a déjà dévoré deux personnes. Tous les mages sont réquisitionnés pour faire face à la menace. De l’autre une délégation diplomatique doit être reçue par le gouvernement en pleine période électorale. La visite est d’autant plus importante que l’ambassadrice représente un pays agressif. Mais voilà, le cadeau prévu, un antique échiquier de jade, a disparu !
Il n’en faut pas plus pour mettre la cité en ébullition. L’enquête est confiée à nos deux sorcières qui auront fort à faire pour retrouver le mystérieux objet et éviter un incident diplomatique…

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Chronique : Bien qu’il s’agisse du second volume des aventures des magiciennes Padmé et Tanit, celui-ci peut se lire de manière complètement indépendante. L’auteur insère çà et là quelques références aux précédentes enquêtes de deux héroïnes mais sans que cela ne soit gênant pour les nouveaux lecteurs.

En ouvrant ce livre on pénètre dans un univers riche et foisonnant. L’auteur a construit une cité, plaque tournante du commerce d’un monde en plein bouleversement, qui fait beaucoup penser à la ville de Shangai. Le tout dans une ambiance steampunk assez rafraîchissante alors que la magie y tient une place à part, entre méfiance et superstition, attendez-vous à croiser des serviteurs automates, des golems de guerre et des dirigeables, mais aussi des démons, des nécromanciens et des adeptes d’un culte sanglant. Tous ces éléments s’imbriquent dans un ensemble cohérent et aisément compréhensible car l’auteur maîtrise son récit et ses différentes composantes.

Le récit est porté par ses deux personnages principaux, toutes deux attachantes, chacune à sa manière. Si Padmé introduit un soupçon d’élégance bourgeoise, Tanit est plus brute de décoffrage et les deux sont complémentaires. Leurs histoires personnelles sont passionnantes et enrichissent encore plus l’univers créé par Alex Evans. On peut juste regretter qu’elles ne partagent pas plus de moments ensemble.

L’intrigue en elle-même, n’offre rien d’originale, elle coche toutes les cases de l’intrigue de politico-espionnage sans jamais prendre de réelle ampleur. Mais elle s’avère suffisamment divertissante pour nous emmener à parcourir les ruelles mal famées de Jarta.

En somme les amateurs de fantasy vont pouvoir se plonger dans une saga prometteuse. On aimerait qu’à l’avenir l’auteur densifie son récit afin de nous offrir un univers à l’atmosphère encore plus incarnée.

Note : 8/10

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Éditeur Pocket
Date de publication 9 janvier 2020
Langue Français
Longueur du livre 304
ISBN-10 2266299921

City of Windows de Robert Pobi (8 janvier 2020)

Tempête de neige à New York : un agent du FBI est tué par un sniper. Incapables de comprendre d’où le tir est parti, les enquêteurs se tournent vers le seul homme qui puisse résoudre l’énigme, Lucas Page. Ce professeur d’astrophysique, Asperger de haut niveau, a quitté le FBI dix ans plus tôt, gravement blessé. Mais son talent surnaturel pour décrypter les scènes de crime est intact. Il se lance dans l’enquête alors que le serial sniper frappe et frappe encore.

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Chronique : Tout écrivain est également un citoyen de son pays, spectateur des troubles contemporains qui secouent la société dans laquelle il vit, mais là où un citoyen lambda va réagir un postant des commentaires sous le lien d’un article en ligne ou d’une vidéo YouTube, l’auteur lui va user de sa plume pour livrer son opinion au reste du monde.

C’est l’entreprise à laquelle s’est attaqué Robert Pobi, un auteur qui a déjà livré deux thrillers solides mais où la critique sociale n’était pas aussi présente. Avec son nouveau polar, plutôt un thriller d’action avec la présence du FBI, l’auteur égratigne sévèrement la société américaine et son culte de la violence. Au point parfois de négliger le déroulement de son enquête.

Mais commençons par les personnages. Le héros s’appelle Lucas Page et c’est lui, avec son ton acerbe et son mépris affiché pour ses compatriotes, qui va endosser le rôle de porte-parole du camps de la raison. Il est toujours agréable de suivre un enquêteur au ton acide et qui porte un regard désabusé sur le monde qui l’entoure même s’il faut reconnaître que dans la réalité ce professeur d’université, dont l’auteur ne clarifie jamais s’il est vraiment autiste ou simplement pétri d’orgueil, ferait un piètre défenseur des lois contre le port d’armes. Cela étant ses interventions et sa diatribe contre le port d’armes sont toujours plaisantes à lire. Signalons aussi que l’auteur a le souci de mettre en place une intrigue non manichéenne où les torts sont partagés même si l’on comprend très vite dans quel camp vont ses affinités politiques.

À côté de cela son personnage est le seul suffisamment développé avec une enfance difficile, un background intéressant mais qui fonctionne comme une pièce rapportée et n’apporte pas grand chose à l’œuvre. La famille recomposée du héros servira de faire-valoir émotionnel sans que beaucoup de profondeur ne lui soit apporté. Les autres personnages sont développés au minimum, mention spéciale à l’agent Grover Graves qui ne semble pas avoir d’autre but que de servir de tête de turc à notre génie misanthrope. Seul l’agent Whitaker tire son épingle du jeu et parvient à créer un lien avec Page.

Comme annoncé en introduction le discours social de l’auteur prend progressivement de plus en plus de place dans l’intrigue jusqu’à ce qu’il soit impossible de distinguer l’un et l’autre au détriment d’une intrigue policière qui perd en efficacité ce qu’elle gagne en discours social. Le tout reste fluide et très rythmé mais, sans doute débordé par l’ampleur du sujet, l’auteur se voit obligé de raccrocher les wagons de l’enquête pour que le tout tienne en place et c’est un peu dommage. Si l’auteur était parvenue à équilibrer son enquête et son discours social on aurait là un polar parfait pour ce début d’année.

Cependant inutile de bouder son plaisir, ce thriller se dévore sans même que l’on s’en rendent compte et confirme Robert Pobi dans le rang des grands auteurs de polars.

Note : 8/10

 

  • Broché : 512 pages
  • Editeur : Les Arènes (8 janvier 2020)
  • Collection : AR.HORS COLLECT
  • Langue : Français
  • ISBN-13 : 979-1037500571

 

 

Le suspect de Fiona Barton (9 janvier 2020)

Résumé : Quand deux jeunes filles de dix-huit ans disparaissent lors de leur année sabbatique en Thaïlande, leurs familles se retrouvent aussitôt sous les projecteurs des médias internationaux : désespérées, paniquées et exposées jusque dans leur intimité. La journaliste Kate Waters, toujours avide d’un bon papier, se charge immédiatement de l’affaire, une occasion bienvenue pour elle de se rapprocher de son fils, parti vivre à Phuket deux ans auparavant. Mais ce qui s’apparente au départ à une simple fugue d’ados qui aurait mal tourné, s’avère rapidement être quelque chose de plus sérieux. Les découvertes alarmantes se succèdent, le nombre de suspects se multiplie et la piste criminelle ne peut plus être écartée. Face à la complexité de l’affaire et au manque de coopération des autorités sur place, Kate ne voit qu’une seule issue : se rendre sur les lieux afin de prendre l’enquête en mains. Mais cette fois elle est loin d’imaginer à quel point elle va être impliquée personnellement …

Achat du livre :

Chronique : Après deux œuvres d’une finesse psychologique que l’on aimerait voir plus souvent, Fiona Barton a décidé de revenir à la base du polar tout en gardant ce qui fait son style.

On retrouve donc une narration polyphonique, une ambiance pesante qui s’installe au fil des pages et surtout les personnages de la journalistes Kate Waters et de l’inspecteur Sparkes.

Le profil psychologique des personnages est toujours aussi bien dressé, surtout celui des mères, Fiona Barton sait comment écrire des personnages féminins, c’est important de le souligner car c’est moins courant que l’on pourrait le croire venant des auteures. Les pires personnages féminins que j’ai pu lire étaient souvent décrits par une plume féminine. Son portrait de Kate Waters s’étoffe et devient le véritable atout du livre. Ce personnage qui, dans les premiers livres de l’auteure, profitait du malheur des autres avec malice sans pourtant verser dans le scabreux, se retrouve, dans cette nouvelle intrigue, de l’autre côté du miroir. Une épreuve qui sera loin de l’abattre et va la confronter à des choix difficiles.

L’aspect psychologique ne s’arrête pas là, tous les protagonistes de l’enquête ont droit à un profil soigné, hormis le pauvre Jake qui ne parvient jamais à s’extraire de cette image de gentil glandeur.

Avec un tel support aussi travaillé, on serait en droit de s’attendre à une enquête tout en finesse comme L’auteure nous y a habitués précédemment. Mais il n’en est rien, l’enquête est plus directe, plus frontale, et malheureusement les retournements de situation se voient venir de loin, de trop loin.

Est-ce moi qui ait lu trop de polar et ne parvient plus à être surpris ? Le fait est que j’ai trouvé l’intrigue cousue de fil blanc, sans parler d’une énorme incohérence dans le dernier tiers du livre qui m’a fait lever les yeux au ciel. Les ficelles sont tellement grosses que toute notion de suspens s’évapore et ce n’est pas la fin, sous forme d’interrogatoire poussif, qui va arranger le tout.

Il reste de cet intrigue menée sous le soleil thaïlandais et, dans le même temps, la grisaille britannique une fluidité qui enrobe le lecteur dans un style vaporeux et voluptueux qui ne fera de mal à personne. Et c’est peut être là le problème.

Note:  6/10

Éditeur Fleuve éditions
Date de publication 9 janvier 2020
Langue Français
Longueur du livre 504
ISBN-10 2265114588

Bad man de Dathan Auerbach (21 février 2019)

Résumé : Eric, trois ans, a disparu il y a cinq ans. Peu à peu, les affichettes ont jauni, les policiers se sont désintéressés de l’affaire, la vie a repris son cours dans cette petite ville désaffectée de Floride.
Pas pour Ben, le grand frère de la victime. Qui ne s’est jamais remis du drame. Qui a vu sa famille sombrer. Mais qui n’a jamais cessé ses recherches.
Recruté en tant que magasinier de nuit dans le supermarché même où Eric a disparu, Ben sent que les lieux ont quelque chose à lui révéler. Quelqu’un sait où est son frère, une personne qui prend un malin plaisir à se jouer de lui. Qui ? Le directeur qui n’a jamais collaboré à l’enquête ? Ses collègues auxquels il a accordé trop vite sa confiance ? Mais il y a plus que ça, une présence impalpable, diffuse, qui brouille ses pensées… Qui est ce bad man dont l’ombre inquiétante plane sur la ville ?

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Chronique : Cet ouvrage prend un parti pris qui ne plaira pas à tout le monde mais son ambiance oppressante m’a convaincu de m’avancer dans les allés de ce supermarché rempli de secret et de drames.

Certains lui reprocheront le fait que l’intrigue piétine mais il faut comprendre que l’on se trouve en présence d’un thriller centré sur son personnage principal. Un personnage brisé, à la limite de sombrer dans le désespoir le plus total. Sa psychologie est solide même si elle n’évolue pas vraiment au cours de l’intrigue. Ben passe à travers divers états allant de la rage à la mélancolie le tout baignant dans une culpabilité que la chaleur du soleil de Floride n’arrange en rien.

D’autres s’attarderont sur ces passages qui insinuent qu’une menace diffuse rode dans le sillage de Ben. Passage qui n’apporte au final pas grand chose une fois la lecture terminée, mais ces scènes contribuent à créer une atmosphère angoissante à la limite du livre d’horreur. Ces scènes ont très bien fonctionné sur moi mais j’avoue être facilement impressionable. L’idée d’instiller l’angoisse dans un supermarché est originale, cela change des maisons abandonnées même si on retrouve aussi un tel lieu plus loin dans l’intrigue.

Enfin on pourrait aussi remarquer un final qui laisse dans l’ombre certains éléments de l’intrigue mais le but de l’auteur n’est sans doute pas de faire toute la lumière sur le mystère de la disparition du petit Éric mais d’instaurer une ambiance à part.

Pour ma part je regrette surtout que le supermarché, personnage à part entière du récit, ne soit pas mieux exploité tant les scènes de nuit se déroulant dans ses locaux déprimants sont marquants. L’auteur l’écarte même complètement à la fin du roman, un final qui traine en longueur d’ailleurs pour une fin d’une noirceur absolue mais suffisamment ouverte pour laisser espérer que certaines questions ne resteront pas sans réponse pour les personnages restants.

Ce thriller aurait pu être une vraie pépite si l’auteur s’était plus concentré sur les éléments de l’intrigue plutôt que l’atmosphère que j’ai personnellement trouvé à mon goût.

Note : 6/10

Éditeur Belfond
Date de publication 21 février 2019
Langue français
Longueur du livre 448
ISBN-10 2714479952

De bonnes raisons de mourir de Morgan Audic (2 mai 2019)

Résumé : Un cadavre atrocement mutilé suspendu à la façade d’un bâtiment. Une ancienne ville soviétique envoûtante et terrifiante. Deux enquêteurs, aux motivations divergentes, face à un tueur fou qui signe ses crimes d’une hirondelle empaillée. Et l’ombre d’un double meurtre perpétré en 1986, la nuit où la centrale de Tchernobyl a explosé…Morgan Audic signe un thriller époustouflant dans une Ukraine disloquée où se mêlent conflits armés, effondrement économique et revendications écologiques.

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Chronique : Comme il est bon de finir l’année sur un excellent polar. J’ai l’impression de l’avoir attendu toute l’année celui-ci. Il réunit tous les ingrédients que j’affectionne particulièrement dans mes lectures polars, atmosphère, intrigue et personnages.

Commençons par ces derniers, aucun ne brille par son originalité mais le personnage du capitaine Joseph Melnyk, le milicien qui a roulé sa bosse, qui croit en sa mission de maintien de l’ordre malgré le regard désabusé qu’il porte sur la société ukrainienne est crédible et solide. Il sera notre porte d’entrée dans la découverte d’un pays qui ne s’est toujours pas remis de la tragédie de Tchernobyl et qui traverse aujourd’hui une guerre civile qui saigne à blanc sa jeunesse. Le second personnage, l’enquêteur Alexandre Rybelko, est emprunté à la figure du flic alcoolique, dur à cuire, dont les espoirs d’une vie meilleure ont depuis longtemps fondu comme neige au soleil. Là encore l’écriture du personnage fait mouche, l’auteur donne en quelques pages une profondeur à ce flic torturé que la vie n’épargne pas. Les autres membres du casting sont à l’avenant que ce soit Galina Novak, la bleue qui veut faire ses preuves, ou Ninel, la militante écologiste qui ne s’en laisse pas conter.

L’atmosphère maintenant, il ne suffit pas de situer l’intrigue de son polar dans la région irradié pour donner une densité particulière à l’œuvre. Non l’auteur a brodé autour de la tragédie initiale pour nous conter trois décennies de malversations politiques, de misères humaines et de désastres sanitaires. L’auteur distille les anecdotes concernant la catastrophe et ses conséquences de manière savante, nous rappelant tout au long des quatre cents pages de l’œuvre que rien n’est réglé plus de trente ans après. Grâce à son style visuel les paysages désolés de la région prennent vie contribuant à apporté une ambiance macabre et désespérée.

Terminons par l’intrigue. Les deux enquêtes parallèles s’entremêlent sans se marcher dessus et délivrent petit à petit les éléments qui vont mener à la résolution. Tout cela serait déjà satisfaisant pour tous amateurs de polars mais l’auteur se permet en plus un twist final relié de manière indirect à l’enquête. Je soupçonne l’auteur d’avoir semé sciemment des petits cailloux afin d’envoyer les lecteurs les plus perspicaces dans une direction, persuadé qu’ils seront d’avoir deviné les derniers indices, avant de les propulsé dans une direction innatendue qui finit de placer ce roman dans le top des meilleurs que je n’ai jamais lu.

Voilà un auteur qu’il va falloir suivre de près, surtout s’il continue à écrire des histoires aussi dense et adictives.

Note : 10/10

Éditeur Albin Michel
Date de publication 2 mai 2019
Langue Français
Longueur du livre 496
ISBN-10 2226441425

Lou après tout tome deux La communauté de Jérôme Leroy (3 octobre 2019)

Résumé : Épuisée, Lou revient vers la mer afin de se laisser mourir sur la plage où Guillaume lui a appris à nager. Marchands d’esclaves, pillards, Entre-Deux… avec son lot d’horreurs, la vie d’après le Grand Effondrement mérite-t-elle que l’on se batte encore pour elle ?
Plusieurs rencontres inattendues amènent Lou à continuer, malgré tout. Chez les Wims, elle découvre une communauté harmonieusement organisée sous l’autorité d’un Délégué. Et puis, il y a Amir… Une promesse d’apaisement, enfin.
Lou le savait pourtant bien : c’est au moment précis où l’on baisse la garde que surviennent les pires dangers.

Chronique : Après un premier tome qui posait les bases de ce monde apocalyptique, Jérôme Leroy nous revient avec le deuxième volume de sa trilogie sur la fin du monde.

Le premier volume introduisait le duo touchant composé de Guillaume et de Lou. Le monde en ruine décrit par l’auteur n’avait rien d’original mais avait le mérite d’être suffisamment captivant pour nous tenir en haleine. La force du récit tenait surtout à la complicité entre les deux protagonistes. Mais ce postulat de départ ayant volé en éclat, l’auteur peut-il encore nous intéresser à son récit ?

Le style est toujours aussi fluide, les mots s’echouent sur les pages comme les vagues sur la plage. Pour tous les amateurs de récits post-apocalyptique le récit ne propose rien de bien original. On y retrouve les thèmes chers à ce genre : l’homme est un loup pour l’homme, la difficulté de survivre face aux hordes innombrables de morts-vivants, le groupe de survivants très bien organisés à la tête de laquelle se trouve un despote qui rappellera forcément un certain gouverneur. Les thèmes sont vus et revus certes mais ils sont mis en scène de manière efficace. En choisissant de situer son récit sur le littoral du nord de la France rend le récit encore plus vivant. Une certaine poésie se dégage de ces paysages ravagés par l’homme et qui retrouvent lentement leurs états sauvages.

Lou, la jeune guerrière solitaire, incarne l’âme du livre. Son portrait est finement dressé, jamais trop aguerri car elle reste une jeune fille dans un monde sans foi ni loi, mais jamais trop naïve non plus car les épreuves qu’elle a traversées on fait d’elle une véritable amazone prête à relever tous les défis. Son amour pour l’odyssée d’Homère et la poésie d’Apollinaire font d’elle un pont culturel entre la civilisation disparue et ce nouveau monde barbare ainsi que la preuve que l’humanité n’a pas encore complètement sombré dans la bestialité.

Portée par une héroïne solide et extrêmement attachante, cette trilogie offre une variante qui manque peut-être d’originalité mais qui offre mine de rien un récit épique. Il ne reste plus qu’à espérer que le troisième et dernier volume nous offre une conclusion à la hauteur de nos attentes.

Note : 8/10

Éditeur Syros Jeunesse
Date de publication 3 octobre 2019
Langue Français
Longueur du livre 432
ISBN-10 2748526449

Tous les péchés sont capitaux de Daria Desombres (27 mars 2019)

Résumé :Depuis l’assassinat de son père, avocat renommé, Macha Karavaï, une jeune étudiante en droit de vingt-deux ans, nourrit une véritable obsession pour les tueurs en série. Pistonnée pour un stage à la Petrovka, l’état-major de la police de Moscou, elle est prise en grippe par Andreï Yakovlev, l’enquêteur en chef, qui décide de la mettre à l’écart en lui confiant d’anciennes affaires d’homicides qui lui semblent sans intérêt.
Mais quand Macha se rend compte que des cadavres ont été découverts à la cathédrale St Basile, à la Tour Koutafia et repêchés devant les remparts du Kremlin, elle identifie un lien entre l’emplacement de ces crimes et le plan de la ville médiévale de Moscou, construite par les architectes au Moyen Âge selon le modèle de la Jérusalem céleste. Contrairement aux catholiques pour qui il existe sept péchés capitaux, les orthodoxes, eux, estiment que tous les péchés sont capitaux. Les corps des victimes n’ont pas été abandonnés mais plutôt mis en scène par le tueur pour représenter divers péchés. Macha parvient enfin à attirer l’attention d’Andreï et ils se lancent alors sur les traces de ce tueur en série on ne peut moins ordinaire…

Chronique :La Russie est un pays qui reste encore assez inexploré dans le domaine du polar, alors lorsqu’un ouvrage établit son intrigue sur les terres de la mère- patrie avec en sus une bonne dose de mystère il n’en faut pas plus pour m’inciter à me lancer dans la lecture de ce premier roman.

L’auteure nous embarque donc pour une enquête qui n’offre rien d’original. En effet un tueur en série qui fait son macabre office en suivant une liste de péchés et de mises à mort médiévales c’est une caractéristique que les lecteurs de polars ont déjà forcément croisés au cours de leurs lectures. Le personnage de Macha trouve un peu trop facilement les liens entre les différents meurtres et les victimes mais il faut bien que l’enquête commence et le personnage de Macha se révèle suffisamment dynamique pour nous entraîner dans sa théorie de tueur en série mystique.

Cette partie de l’intrigue, avec des anecdotes sur la religion orthodoxe et la Jérusalem céleste, représente l’atout majeur du récit. L’auteur expose clairement les idées des enquêteurs. Malheureusement tout cet enrobage historique ne suffira pas à enrichir la pauvreté psychologique de l’assassin dont les motivations et le passé sont bâclés et ternissent l’ensemble de l’œuvre.

Le duo d’enquêteurs formés par Macha et Andrei se révèle attachant mais l’auteur aurait peut-être été plus indiqué de développer leur complicité afin de faire d’eux un duo d’enquêteurs équilibré, entre Andrei l’irascible et Macha la jeune stagiaire déterminée. Au lieu de ça, l’auteure tisse entre eux une romance qui n’a rien de honteuse mais qui amène des interrogations sur l’avenir de leur relation. Comment développer des personnages qui ont atteint un tel stade de relation lors d’éventuelle suite à ce premier ouvrage?

Le style de Daria Desombres est encore en pleine gestation. En tout cas il faut l’espérer car si elle parvient à nous intéresser à son récit lors des chapitres consacrés à l’enquête, sa plume se révèle plus aléatoire lors des passages plus intimiste. Son style apparaît comme bridé, comme si elle tenait à se conformer à un académisme qui lui empêche de déployer toute la mesure de son talent.

Ces quelques défauts n’empêchent pas ce polar d’offrir une intrigue solide et suffisamment captivante pour offrir un beau moment de lecture. L’auteure devra confirmer son style dans son deuxième ouvrage.

Note : 7/10

Éditeur Le Masque
Date de publication 27 mars 2019
Langue Français
Longueur du livre 384
ISBN-10 2702449077

Les chiens de Détroit de Jérôme Loubry

Résumé : 2013, à Détroit. Cette ville qui a été la gloire de l’Amérique n’est plus qu’une ruine déserte, un cimetière de buildings.
Cette nuit-là, la jeune inspectrice Sarah Berkhamp mène le groupe d’intervention qui encercle une maison et donne l’assaut. Mais aucun besoin de violence, le suspect attend, assis à l’intérieur. Il a enlevé cinq enfants. Et il est sans doute le Géant de brume, le tueur insaisissable qui a laissé derrière lui sept petits corps, il y a quinze ans. Alors pourquoi supplie-t-il Sarah : « Aidez-moi… » ?
L’histoire s’ouvre donc avec l’arrestation du coupable. Et pourtant, elle ne fait que commencer. À Détroit, personne n’est innocent…

Chronique :Nouvelle sensation du polar français, Jérôme Loubry vient de signer l’un des succès de l’année 2019 avec les refuges. Il est temps pour moi de constater si cet auteur mérite toutes ses louanges en commençant par son premier roman : les chiens de Détroit.

Le récit commence sur un rythme effréné et avec une formule bien connue, on commence par la fin avant de revenir sur les événements antérieurs par le biais de chapitres flash back. Le rythme s’essouffle un peu lors des passages obligés où l’auteur nous présente les protagonistes principaux de son histoire.

Et c’est malheureusement là que se trouve la première faiblesse du roman, car malgré tous les efforts fournis par l’auteur pour nous intéresser à ses personnages d’inspecteurs torturés il ne parvient jamais à dépasser le statut de personnage de papier. La faute à des dialogues patauds et un style sans envergure.

Il en est de même pour sa description de la ville de Détroit. Je me faisais une joie de lire un récit dans cette ville en souffrance, véritable exemple de ce que le capitalisme peut produire de pire. Mais là encore malgré des efforts pour nous plonger dans l’atmosphère de cette ville en ruine la magie n’opère pas. Sa description de l’ancienne capitale de l’industrie automobile reste beaucoup trop scolaire pour être vraiment captivante. C’est bien simple je n’arrivais pas à m’enlever de la tête l’image d’un touriste français en goguette dans cette grande ville, ce qui dommage lorsque vous devez croire en l’histoire.

Des personnages transparents, une atmosphère trop académique pour être crédible, il ne restait plus que l’intrigue en elle-même pour sauver ce premier roman. Si, de manière générale, celle-ci tient debout on pourra regretter une fin précipitée et parsemée d’invraisemblance.

Avec ce premier roman l’auteur s’est appliqué à retranscrire la recette du parfait petit polar sans parvenir à imprégner son récit d’un style marquant et c’est fort dommage.

Note : 5/10

En aparté, pour tous ceux qui sont intéressés par l’histoire de la ville de Détroit et sa déliquescence, je partage ici le lien d’un jeune youtubeur français, Arthur genre, passionné par les U. S. A. et leur histoire: https://youtu.be/_0p5VMCaOSM

Éditeur Calmann-Lévy
Date de publication 11 octobre 2017
Langue Français
Longueur du livre 306
ISBN-10 2702161707

American elsewhere de Robert Jackson Bennett (26 septembre 2018)

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Résumé : Veillée par une lune rose, Wink, au Nouveau-Mexique, est une petite ville idéale. À un détail près : elle ne figure sur aucune carte. Après deux ans d errance, Mona Bright, ex-flic, vient d y hériter de la maison de sa mère, qui s est suicidée trente ans plus tôt. Très vite, Mona s attache au calme des rues, aux jolis petits pavillons, aux habitants qui semblent encore vivre dans l utopique douceur des années cinquante. Pourtant, au fil de ses rencontres et de son enquête sur le passé de sa mère et les circonstances de sa mort (fuyez le naturel…), Mona doit se rendre à l évidence : une menace plane sur Wink et ses étranges habitants. Sera-t-elle vraiment de taille à affronter les forces occultes à l’ oeuvre dans ce lieu hors d Amérique ?

Chronique : Voilà un ouvrage dont je n’attendais pas grand-chose. On m’avait évoqué l’inspiration de King et de Lovecraft, j’avais peur du plagiat ou de la copie sans talent. L’épaisseur du livre, près de 800 pages mine de rien, me faisait craindre le pavé indigeste. Comme il bon parfois de se tromper.

L’auteur invoque bien l’héritage de King et Lovecraft mais il a su les assimiler et les intégrer de manière cohérente à son récit. De King on va retrouver la passion pour les petites villes hors du temps englués dans de sombres secrets, une ambiance nostalgique et des personnages cupides qui enchaînent les mauvaises décisions qui finiront par leur coûter cher. De Lovecraft, l’auteur emprunte bien plus qu’un bestiaire terrifiant et mystérieux, on y retrouve les thèmes chers à l’auteur tel que la confrontation des hommes face à des concepts qui les dépassent mais aussi l’invasion pernicieuse de créatures venue d’ailleurs. On y retrouve aussi l’exploration de ruines mystérieuses, formant l’un des meilleurs passages du livre.

Mais au-delà de cet hommage appuyé à ces deux grands noms de la littérature fantastique l’auteur parvient également à nous passionner pour la quête de son héroïne. Cette brave Mona, désespérant de trouver des réponses, déterminés à lever le voile de mystère qui plane sur Wink et qui sera amené à prendre l’une des pires décisions qu’un personnage de fiction est dû prendre un jour. Elle porte le livre sur ses épaules, elle est au centre de l’action, renvoyant dans les limbes les personnages secondaires qui ont parfois un peu de mal à coexister à ses côtés.

Le livre possède une atmosphère dense, rural durant les premières pages avec un soupçon de nostalgie sixties, elle prend très vite une tournure plus inquiétante mais jamais vraiment terrifiante. L’auteur multiplie les scènes d’épouvante et parvient de manière fugace à créer une angoisse diffuse mais qui s’estompe trop vite car le véritable danger se révèle bien trop tard. Entre temps notre héroïne aura échangé avec des créatures, certes étranges et inquiétantes, mais pas réellement hostiles. La notion de danger n’est donc pas vraiment présente. Cela tient peut-être aussi au fait que l’auteur tient absolument à expliquer tous les faits, et il y en a beaucoup, une part de suggestion aurait été souhaitable, cela aurait permis de renforcer l’aura mystérieuse de l’ouvrage.

L’auteur ne parvient pas vraiment à créer une tension autour de son récit et sa fin un peu précipité s’en ressent. Entre invraisenblance, d’où sortent soudainement les alliés de l’homme au panama ?, et un adversaire au physique, certes imposant, mais un peu décevant le récit n’atteint pas le climax qu’il aurait mérité.

Il n’en reste pas moins que, malgré ses quelques défauts, l’auteur nous livre une aventure passionnante, forte de son personnage principal attachant et empreint d’une atmosphère particulière qui ravira tout les amateurs de fantastique.

Note : 8/10

Éditeur Albin Michel
Date de publication 26 septembre 2018
Langue Français
Longueur du livre 784