Sculpter l’éternité: Rodin face à Michel-Ange de Xavier Coste

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Jeune artiste encore dans l’ombre, Auguste Rodin doute et cherche sa voie. Rien ne fonctionne, ses collègues et les critiques ne le comprennent pas, ses oeuvres ne sont jamais assez bien…

Avec Sculpter l’éternité, Xavier Coste propose un roman graphique ambitieux, à la croisée de la biographie artistique et de la fiction introspective. L’ouvrage s’intéresse à une période charnière de la vie d’Auguste Rodin, encore inconnu, en proie au doute et à une quête de reconnaissance qui tarde à se concrétiser.

Le récit s’ancre dans les années de formation de Rodin, à un moment où rien ne semble lui réussir. Ses œuvres peinent à trouver leur place, les critiques restent sourdes, et l’artiste traverse une phase de remise en question profonde. Coste choisit de s’éloigner d’une biographie linéaire pour privilégier une approche plus sensible, centrée sur les états intérieurs.

Au cœur du livre, une idée forte : la relation imaginaire entre Rodin et Michel-Ange. Plus qu’une simple influence, le maître italien devient une présence, presque une voix, qui accompagne, interroge et confronte le jeune sculpteur. Ce dialogue à travers le temps structure le récit et donne au livre une dimension poétique.

Xavier Coste s’attache à représenter la création artistique comme un processus instable, fait d’élans, de blocages et d’obsessions. Le doute n’est pas ici un obstacle secondaire, mais un moteur, une condition même de l’émergence de l’œuvre.

Graphiquement, l’auteur déploie un style expressif, jouant sur les matières, les contrastes et les textures. Le dessin ne cherche pas la restitution académique, mais accompagne les tensions du récit, traduisant visuellement les états d’âme du personnage et la violence parfois silencieuse de la création.

Le roman graphique interroge ainsi la filiation artistique, la transmission et le poids des figures tutélaires. Comment créer sous l’ombre d’un géant ? Comment s’en affranchir sans le trahir ? Ces questions traversent l’ensemble de l’ouvrage.

Avec Sculpter l’éternité, Xavier Coste livre une œuvre dense, qui dépasse le simple portrait d’artiste pour proposer une réflexion sur l’acte de créer.

Un roman graphique exigeant et habité, où la sculpture devient langage, et où le dialogue entre deux génies interroge la place de l’artiste face à l’histoire.

Éditeur ‏ : ‎ RUE DE SEVRES Date de publication ‏ : ‎ 15 avril 2026 Édition ‏ : ‎ Illustrated Langue ‏ : ‎ Français Nombre de pages de l’édition imprimée  ‏ : ‎ 208 pages ISBN-10 ‏ : ‎ 2810210616 ISBN-13 ‏ : ‎ 978-2810210619

Santa en concert : une intensité rare au service de l’émotion

Sur scène, Santa confirme avec éclat son statut d’artiste incontournable de la nouvelle scène pop française. Loin des artifices spectaculaires, elle propose un concert centré sur l’essentiel : la voix, l’interprétation et une relation presque organique avec son public.

Dès les premières minutes, l’artiste impose une présence singulière. Installée au piano ou arpentant la scène avec une intensité contenue, elle capte immédiatement l’attention. Sa performance repose sur un équilibre maîtrisé entre tension et lâcher-prise, entre retenue et explosion. Une dualité qui constitue aujourd’hui la signature de son identité scénique.

Une direction artistique sobre et maîtrisée

La scénographie, volontairement épurée, privilégie une mise en lumière précise, jouant sur les contrastes et les atmosphères. Les jeux d’éclairage accompagnent les variations émotionnelles du concert, sans jamais prendre le pas sur l’interprétation. Ce choix esthétique renforce la dimension intime du spectacle, tout en lui conférant une élégance certaine.

Musicalement, les arrangements live gagnent en ampleur sans trahir l’ADN des morceaux. Le piano, élément central, structure la narration musicale, tandis que les montées instrumentales viennent soutenir les moments de bascule émotionnelle. Le travail sonore, précis et enveloppant, valorise chaque nuance vocale.

Une interprétation à haute intensité émotionnelle

C’est indéniablement dans l’interprétation que le concert trouve sa pleine dimension. Santa déploie une palette vocale impressionnante, capable de passer d’une fragilité presque murmurée à des envolées puissantes avec une fluidité remarquable.

Les titres emblématiques comme Popcorn Salé, Recommence-moi ou La Différence prennent sur scène une dimension nouvelle. Délestés de leur cadre studio, ils deviennent des espaces d’expression brute, où chaque mot semble vécu, traversé. L’artiste ne se contente pas de chanter : elle incarne.

Cette capacité à habiter ses textes crée une proximité rare avec le public. Même dans des salles de grande capacité, Santa parvient à instaurer une forme d’intimité, presque confidentielle. Le silence entre les notes, les respirations, les regards : tout participe à cette sensation de suspension.

Une dramaturgie du live

Le concert est pensé comme une véritable progression narrative. L’alternance entre moments d’introspection et séquences plus fédératrices construit une dynamique fluide, sans rupture. Chaque titre trouve sa place dans un ensemble cohérent, où l’émotion monte progressivement pour atteindre plusieurs points culminants.

Cette construction dramaturgique, associée à une interprétation sans concession, transforme le concert en expérience immersive. Il ne s’agit pas simplement d’une succession de chansons, mais d’un parcours émotionnel, presque cinématographique dans son approche.

Une artiste en pleine affirmation

Avec ce live, Santa confirme sa capacité à porter un spectacle sur la durée, en maintenant une exigence constante. Elle s’inscrit dans une tradition d’artistes pour qui la scène est un espace de vérité, un lieu où la musique prend tout son sens.

Son rapport au public, sincère et direct, participe pleinement à cette réussite. Sans surenchère, sans effets inutiles, elle crée un lien authentique, basé sur le partage et l’émotion.

Avec ce concert, Santa livre une performance d’une grande justesse, à la fois intense, élégante et profondément incarnée. Un live qui privilégie l’émotion à l’esbroufe, et qui confirme son statut d’artiste majeure de la scène actuelle.

Une proposition artistique forte, où la simplicité devient puissance, et où chaque instant semble suspendu.*

Chien Pourri à la préhistoire: Le Grand Pourrinosaure de Colas Gutman (Auteur), Marc Boutavant (Illustrations)

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Un canichosaure, des pigeondactyls… Pas de doute, Chien Pourri et Chaplapla sont retournés à la préhistoire !

Avec ce nouvel opus des aventures de Chien Pourri, Colas Gutman et Marc Boutavant prolongent une série jeunesse devenue incontournable, en embarquant leurs personnages dans un décor aussi inattendu que ludique : la préhistoire.

Le duo formé par Chien Pourri et Chaplapla se retrouve propulsé dans un univers revisité, peuplé de créatures aussi absurdes qu’inventives : canichosaures, pigeondactyls et autres espèces hybrides qui détournent avec humour les codes du monde préhistorique. Fidèle à l’esprit de la série, le récit repose sur un comique de langage et de situation, accessible aux jeunes lecteurs.

Au cœur de l’aventure, la rencontre avec le Grand Pourrinosaure, figure centrale de ce volume, introduit un jeu de miroir amusé. Cette créature, à la fois repoussante et attachante, renvoie directement à l’identité même de Chien Pourri, dont la saleté et la maladresse constituent depuis l’origine les traits distinctifs.

Le texte de Colas Gutman conserve sa tonalité caractéristique : un humour décalé, souvent basé sur des jeux de mots et des situations absurdes, mais toujours traversé par une forme de tendresse. Derrière le comique, la série continue de valoriser des thèmes simples et essentiels, comme l’amitié, la différence et l’acceptation de soi.

Les illustrations de Marc Boutavant jouent un rôle déterminant dans la réussite de l’ensemble. Son trait expressif, ses couleurs vives et ses compositions dynamiques renforcent l’efficacité du récit et participent pleinement à l’immersion dans cet univers fantaisiste.

Avec Le Grand Pourrinosaure, la série confirme sa capacité à renouveler ses situations tout en conservant son identité. L’humour reste central, mais il s’accompagne d’une cohérence visuelle et narrative qui en fait une lecture solide pour le jeune public.

Un album rythmé et inventif, qui mêle aventure, absurdité et complicité, dans la continuité d’une série qui a su s’imposer durablement dans le paysage de la littérature jeunesse

Éditeur ‏ : ‎ EDL Date de publication ‏ : ‎ 8 avril 2026 Langue ‏ : ‎ Français Nombre de pages de l’édition imprimée  ‏ : ‎ 96 pages ISBN-10 ‏ : ‎ 221135226X ISBN-13 ‏ : ‎ 978-2211352260

Le Livre sans nom 2 – La Fête de la Lune – retrouvez le Bourbon Kid dans cette adaptation en BD du roman culte d’Anonyme de Bourbon Kid (Anonyme) (Auteur), Yello (Illustrations), Koe’ (Adapté par)

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La suite des aventures du Bourbon Kid, enfin disponible en BD !

Avec cette adaptation en bande dessinée de La Fête de la Lune, Anonyme, épaulé par Yello et Koe’, poursuit la transposition graphique de l’univers du Bourbon Kid. Une œuvre culte, connue pour son mélange décomplexé de polar, de fantastique et d’humour noir, qui trouve ici une nouvelle incarnation visuelle.

Le lecteur retrouve Santa Mondega, ville fictive devenue emblématique de la saga, véritable concentré de chaos où se croisent criminels, créatures surnaturelles et figures improbables. Le récit s’inscrit dans la continuité directe du premier volume, reprenant les fils narratifs laissés en suspens : la mystérieuse pierre, les luttes d’influence entre clans, et la présence persistante du Bourbon Kid, figure insaisissable et violente.

Ce deuxième tome s’organise autour d’un événement central : la Fête de la Lune. Ce rassemblement festif, qui attire une foule hétéroclite, devient rapidement le point de convergence de multiples intrigues. L’ambiance carnavalesque — costumes, excès, confusion — sert de toile de fond à une montée en tension progressive, où les règlements de comptes se multiplient.

Le récit assume pleinement son caractère hybride. On y croise des vampires mafieux, des agents du FBI spécialisés dans le paranormal, des chasseurs de primes atypiques et des personnages aux motivations souvent ambiguës. Cette accumulation, loin de nuire à la lisibilité, participe à l’identité du projet : un univers où les codes sont volontairement brouillés.

L’adaptation en bande dessinée repose en grande partie sur le travail graphique de Yello, qui traduit l’énergie et la démesure du matériau original. Le dessin privilégie le mouvement, l’impact visuel et la lisibilité des scènes d’action, tout en accompagnant les variations de ton, entre violence et second degré.

Le rythme est soutenu, structuré par une succession de séquences courtes et efficaces, qui maintiennent une tension constante. L’éclipse annoncée, plongeant la ville dans l’obscurité, agit comme un élément dramatique supplémentaire, renforçant l’impression d’un monde sur le point de basculer.

Avec La Fête de la Lune, cette adaptation confirme la pertinence du passage au format BD pour une œuvre fondée sur l’excès et le spectacle. Elle restitue l’esprit de la saga tout en lui offrant une nouvelle lecture, plus immédiate et visuelle.

Un deuxième tome maîtrisé, qui prolonge l’univers du Bourbon Kid avec efficacité, en conservant ce mélange singulier de violence, d’humour et de fantastique qui fait sa signature

Éditeur ‏ : ‎ Sonatine Date de publication ‏ : ‎ 2 avril 2026 Édition ‏ : ‎ Illustrated Langue ‏ : ‎ Français Nombre de pages de l’édition imprimée  ‏ : ‎ 192 pages ISBN-10 ‏ : ‎ 2383992224 ISBN-13 ‏ : ‎ 978-2383992226

Les Invisibles – le nouveau thriller intense de R.J. Ellory, à la naissance du profilage de R.J. Ellory

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 » Il est partout. Et il est nulle part. Exactement comme le diable. « 

Avec Les Invisibles, R. J. Ellory poursuit son exploration des zones d’ombre de l’âme humaine, dans un thriller ample qui s’inscrit à la fois dans la tradition du roman noir américain et dans une réflexion sur la naissance du profilage criminel.

Le récit débute en 1975, à Syracuse, dans l’État de New York. Rachel Hoffman, jeune recrue de la police, est confrontée à sa première scène de crime : une institutrice assassinée, accompagnée d’un message énigmatique emprunté à La Divine Comédie de Dante. Ce détail, loin d’être anecdotique, donne d’emblée une dimension symbolique et presque métaphysique à l’enquête.

Très vite, un second meurtre survient. Le schéma se répète, la violence s’installe, et Rachel se retrouve entraînée dans une traque qui dépasse le cadre de son apprentissage. L’affaire prend une dimension personnelle, marquée par une forme de proximité troublante avec le tueur, qui semble jouer avec les codes et les attentes des enquêteurs.

Cinq ans plus tard, alors que les crimes de Syracuse semblent appartenir au passé, une nouvelle série d’homicides frappe New York. Les similitudes avec l’affaire initiale relancent l’enquête et ouvrent une perspective plus vaste. Rachel, désormais en passe d’intégrer l’unité d’analyse comportementale du FBI, se retrouve au cœur d’une traque qui va s’étendre sur plus d’une décennie.

Ellory construit ici un récit au long cours, où le temps devient un élément central. L’enquête ne progresse pas de manière linéaire, mais s’inscrit dans une durée, faite de silences, de reprises et de dérives. Cette temporalité étendue permet de suivre l’évolution du personnage de Rachel, dont l’implication bascule progressivement vers l’obsession.

Le roman interroge également les débuts du profilage criminel, en montrant comment les enquêteurs tentent de comprendre non seulement les actes, mais les motivations et les schémas psychologiques des criminels. Cette dimension apporte une profondeur supplémentaire, sans jamais alourdir le récit.

Comme dans ses précédents ouvrages, Ellory privilégie une écriture dense, immersive, qui accorde une place importante aux états intérieurs des personnages. La tension ne repose pas uniquement sur l’identification du coupable, mais sur le cheminement psychologique de l’enquête.

Les Invisibles s’impose ainsi comme un thriller ambitieux, où l’enquête devient une descente progressive dans les zones les plus sombres de l’esprit humain.

Un roman ample et maîtrisé, qui confirme la singularité de R. J. Ellory dans le paysage du polar contemporain, en alliant puissance narrative, profondeur psychologique et sens du suspense.

Éditeur ‏ : ‎ Sonatine Date de publication ‏ : ‎ 2 avril 2026 Langue ‏ : ‎ Français Nombre de pages de l’édition imprimée  ‏ : ‎ 552 pages ISBN-10 ‏ : ‎ 2383992690 ISBN-13 ‏ : ‎ 978-2383992691

Kidnapped: Après la mafia romance Enslaved F de Clara Nové

Dans l’obscurité d’une cave sicilienne, Yelen survit à peine. Affamée, brisée, elle n’est plus qu’une ombre. Jusqu’au jour où Armando Rizzo, héritier impitoyable d’un puissant clan mafieux, la libère lors d’un assaut sanglant.

Avec Kidnapped, Clara Nové s’inscrit dans le sillage des romances sombres contemporaines, en reprenant les codes de la mafia romance tout en accentuant la dimension psychologique et la question de la reconstruction.

Le roman s’ouvre sur une situation extrême. Yelen, séquestrée dans une cave en Sicile, est au bord de la rupture physique et mentale. Son extraction, lors d’un assaut mené par Armando Rizzo, héritier d’un clan mafieux, constitue moins un sauvetage qu’un déplacement de sa condition. Le récit refuse d’emblée toute idéalisation : Armando n’est pas un protecteur au sens classique, mais un homme inscrit dans une logique de pouvoir et de violence.

La relation entre les deux personnages se construit sur cette ambivalence. Yelen, marquée par les violences subies, reste mutique, enfermée dans un rapport au monde fragilisé. Armando, de son côté, évolue sous la contrainte d’un mariage arrangé et des règles strictes de son milieu. Leur cohabitation, imposée par les circonstances, devient le cœur du récit.

Clara Nové développe une dynamique relationnelle fondée sur la tension : tension entre domination et vulnérabilité, entre rejet et attraction, entre devoir et désir. Le roman explore progressivement les mécanismes de reconstruction de Yelen, sans les simplifier, en insistant sur la lenteur et la difficulté du processus.

Le cadre mafieux n’est pas seulement un décor. Il structure les enjeux, impose des contraintes et limite les marges de manœuvre des personnages. L’autrice joue sur cette rigidité pour renforcer le sentiment d’enfermement, même hors de la captivité initiale.

L’écriture privilégie une approche directe, centrée sur les émotions et les interactions, avec un rythme qui alterne entre scènes de tension et moments plus introspectifs.

Kidnapped s’inscrit ainsi dans une tendance de la romance contemporaine qui mêle intensité émotionnelle et univers violents, tout en mettant en avant des parcours de résilience.

Un récit marqué par une atmosphère sombre, où la relation se construit dans la contrainte et où chaque rapprochement reste chargé de danger.

La Sirène du fleuve de Anki Edvinsson

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Un polar nordique haletant, porté par un regard lucide sur les questions de société

Avec La Sirène du fleuve, Anki Edvinsson s’inscrit dans la tradition du polar nordique contemporain, en conjuguant intrigue criminelle et lecture sociale. Le roman prend place à Umeå, au nord de la Suède, dans un contexte tendu où les faits divers viennent cristalliser des fractures déjà existantes.

Dès les premières pages, l’autrice installe une atmosphère lourde, marquée par une série d’agressions qui alimentent la peur et la défiance. Très vite, les soupçons se concentrent sur trois jeunes migrants récemment arrivés dans la ville, révélant un climat où l’émotion précède souvent l’analyse. Ce choix narratif permet à Edvinsson d’interroger les mécanismes de désignation des coupables et la manière dont certaines tensions sociales peuvent être instrumentalisées.

La découverte du corps d’une femme dans le fleuve vient structurer l’enquête. Ce point de départ classique du polar est ici enrichi par une montée en tension progressive, jusqu’à un événement qui fait basculer le récit : l’apparition du principal suspect sur une place publique, équipé d’un gilet explosif. Ce geste spectaculaire introduit une urgence nouvelle et reconfigure les enjeux.

Le roman suit alors les inspecteurs Charlotte von Klint et Per Berg, duo confronté à la complexité d’une affaire où les pistes se croisent et se contredisent. Tous deux doivent composer avec leurs fragilités personnelles, sans que celles-ci ne prennent le pas sur la rigueur de l’enquête. Leur complémentarité structure le récit, dans une dynamique propre au genre.

Anki Edvinsson privilégie une écriture efficace, qui avance par étapes, en maintenant un équilibre entre progression de l’enquête et exploration du contexte. Le rythme est soutenu, sans effet de surenchère, et laisse place à une tension constante.

Au-delà de l’intrigue, La Sirène du fleuve s’attache à décrire un environnement social précis, où les questions migratoires, la peur collective et les réactions politiques affleurent sans discours appuyé.

Un polar solide, qui s’appuie sur les codes du genre tout en proposant un regard lucide sur les tensions contemporaines. Un récit maîtrisé, où l’enquête devient aussi une lecture des fractures d’une société.

Éditeur ‏ : ‎ Hachette Fictions Date de publication ‏ : ‎ 1 avril 2026 Langue ‏ : ‎ Français Nombre de pages de l’édition imprimée  ‏ : ‎ 320 pages ISBN-10 ‏ : ‎ 2501183797 ISBN-13 ‏ : ‎ 978-2501183796

« Deuxième partie » : au-delà du tumulte, un théâtre sensible et humain

Avec Deuxième partie, Patrick Bruel signe un retour très attendu sur les planches, sous la direction de Samuel Benchetrit. Une pièce qui, malgré le bruit médiatique entourant son interprète, mérite qu’on s’y attarde pour ce qu’elle est avant tout : une proposition théâtrale sincère, fragile et profondément humaine.

Le point de départ est simple, presque classique : un homme surgit dans la vie d’un couple après des décennies d’absence, réveillant souvenirs, regrets et désirs enfouis. Une mécanique de boulevard modernisée, où l’intrusion devient prétexte à questionner l’usure du couple et les chemins que l’on n’a pas pris.

Mais là où la pièce surprend, c’est dans son équilibre délicat entre humour et malaise. Le rire n’est jamais gratuit, il surgit d’une gêne, d’un décalage, d’une vérité parfois inconfortable. La mise en scène de Ladislas Chollat maintient cette tension constante, oscillant entre légèreté apparente et profondeur émotionnelle.

Au cœur du dispositif, le trio d’acteurs fonctionne avec une réelle complicité. Patrick Bruel, loin de toute démonstration, compose un personnage à la fois naïf, obstiné et touchant. Son interprétation, toute en retenue, donne au récit une dimension presque mélancolique. Une présence qui, sans révolutionner le rôle, parvient à capter l’attention et à installer une émotion durable.

Face à lui, Marine Delterme et Stéphane Freiss apportent justesse et relief, incarnant un couple en équilibre précaire, entre confort et frustration.

Bien sûr, tout n’est pas parfait. Le texte de Benchetrit reste parfois attendu, flirtant avec des thématiques déjà explorées, et certains spectateurs pourront regretter un manque de véritable audace. Mais l’essentiel est ailleurs : dans cette capacité à faire émerger, derrière une intrigue simple, une réflexion sensible sur le temps qui passe, les occasions manquées et la possibilité — toujours — de recommencer.

Dans un contexte où les polémiques autour de Patrick Bruel peuvent brouiller la réception de l’œuvre, il est important de rappeler une chose essentielle : le théâtre se juge aussi pour ce qu’il propose sur scène. Et ici, malgré les débats extérieurs, Deuxième partie offre un moment de théâtre honnête, accessible et parfois émouvant.

Une pièce imparfaite, certes, mais habitée — et qui, sans faire de bruit, touche là où ça compte.

Mortépi de Florian Breuil

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Et si le seul moyen d’être reconnu, c’était de mourir ?

Avec Mortépi, Florian Breuil propose un roman graphique sombre et incisif, qui interroge frontalement la notion de reconnaissance artistique à l’ère de la visibilité immédiate. À la croisée du drame intime et de la satire sociale, l’ouvrage s’attaque à des thématiques contemporaines : l’échec, l’ego, la quête de légitimité et la fabrication de la notoriété.

Le personnage de Mortépi, artiste en perte de repères, incarne cette tension. Rongé par un sentiment d’imposture et par une culpabilité diffuse, il évolue dans un environnement où la valeur d’une œuvre semble dépendre moins de sa portée que de sa capacité à exister médiatiquement. L’irruption d’une vidéo virale, diffusée par Nastassia — critique lucide et désabusée — agit comme un catalyseur. Elle précipite la chute du protagoniste tout en révélant les mécanismes d’exposition et de jugement propres à notre époque.

Le récit bascule lorsque Mortépi, dans un geste ultime, choisit de se donner la mort dans l’espoir paradoxal d’accéder à une forme de reconnaissance posthume. Ce point de rupture ne constitue pas une fin, mais un point de départ. La disparition de l’artiste ouvre un nouvel espace narratif, centré sur Niehling, ami resté dans l’ombre, dont la trajectoire prend alors une direction inattendue.

Florian Breuil construit une narration qui joue sur les contrastes : entre visibilité et anonymat, entre création et réception, entre sincérité et stratégie. Le regard porté sur le milieu artistique est volontairement acide, sans pour autant céder à la caricature. L’auteur s’attache à montrer les ambiguïtés d’un système où la reconnaissance peut naître de la disparition.

Graphiquement, l’ouvrage accompagne cette tonalité par un trait expressif, qui accentue la dimension émotionnelle et parfois brutale du récit. L’ensemble contribue à créer une atmosphère dense, en adéquation avec les enjeux développés.

Mortépi s’impose comme un récit contemporain, lucide sur les dérives de la création et de sa mise en scène. Une œuvre qui interroge la valeur de l’art dans un monde saturé d’images, et la place de l’artiste face à la nécessité d’exister.

Un roman graphique sans concession, où la quête de reconnaissance devient une mécanique tragique.

Éditeur ‏ : ‎ Les Humanoïdes Associés Date de publication ‏ : ‎ 1 avril 2026 Édition ‏ : ‎ Illustrated Langue ‏ : ‎ Français Nombre de pages de l’édition imprimée  ‏ : ‎ 160 pages ISBN-10 ‏ : ‎ 2731670312 ISBN-13 ‏ : ‎ 978-2731670318

Raiders de Daniel Freedman (Scenario), CROM (Dessins)

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Marken et Maron sont des Raiders, autrement dit : les meilleurs guerriers du royaume !

Avec Raiders, Daniel Freedman et CROM proposent une bande dessinée de fantasy qui s’appuie sur les codes du genre — donjons, créatures, quêtes — tout en les inscrivant dans un univers plus sombre, marqué par la corruption politique et les déséquilibres sociaux.

Le récit suit Marken et Maron, deux frères guerriers membres d’un ordre d’élite : les Raiders. Leur quotidien consiste à explorer des donjons, affronter des créatures et récupérer des artefacts, dans une logique qui mêle survie et recherche de pouvoir. Cette activité, au cœur du système économique et militaire du royaume, contribue à maintenir un ordre fragile.

Mais cet équilibre vacille. Le royaume est dominé par une famille royale corrompue, dont l’autorité repose autant sur la force que sur la manipulation. Dans ce contexte, la décision de Marken de renoncer à la violence et de se retirer introduit une rupture. Face à lui, Maron incarne une autre dynamique, plus offensive, plus en phase avec la brutalité du monde qui les entoure.

Cette opposition entre les deux frères structure le récit et dépasse le simple conflit personnel. Elle interroge la place de l’individu dans un système en crise : faut-il s’en extraire ou tenter de le transformer de l’intérieur ?

L’univers développé par Freedman joue sur une tension constante entre aventure et menace. Les donjons, loin d’être de simples lieux d’exploration, deviennent des espaces chargés de danger, où les trésors sont souvent liés à des forces obscures. Cette dimension contribue à installer une atmosphère plus dense, où chaque quête comporte un risque réel.

Sur le plan graphique, CROM propose un style énergique et contrasté, qui met en valeur la violence des affrontements tout en construisant un univers visuel cohérent. Les créatures, les décors et les scènes d’action participent à une immersion efficace, sans sacrifier la lisibilité.

Raiders s’inscrit ainsi dans une fantasy d’action, mais laisse entrevoir des enjeux plus larges autour du pouvoir, de la loyauté et du choix individuel.

Une entrée en matière solide, qui combine efficacité narrative et amorce de réflexion sur un monde en déséquilibre.

Éditeur ‏ : ‎ Les Humanoïdes Associés Date de publication ‏ : ‎ 1 avril 2026 Édition ‏ : ‎ Illustrated Langue ‏ : ‎ Français Nombre de pages de l’édition imprimée  ‏ : ‎ 112 pages ISBN-10 ‏ : ‎ 2731644532 ISBN-13 ‏ : ‎ 978-2731644531