Le Voyage saharien (7 février 2018) de Sven Lindqvist

Dans le désert du Sahara, la lumière est parfois si blanche qu’elle confond ciel et terre. Est-ce cet éclat qui attira l’aviateur et écrivain Antoine de Saint-Exupéry, André Gide et Pierre Loti, la sulfureuse Isabelle Eberhardt, le peintre Eugène Fromentin et l’explorateur Michel Vieuchange ? Un siècle après leur passage, Sven Lindqvist tente de comprendre pourquoi tous furent éblouis, au point d’ignorer parfois les massacres perpétrés en ces lieux, au nom de la colonisation. C’est l’histoire des Plongeurs du désert, une odyssée bouleversante et inédite dans notre passé colonial. Quelques années plus tard, l’auteur repart dans le désert, avec dans ses bagages Au coeur des ténèbres de Joseph Conrad. C’est le point de départ d’Exterminez toutes ces brutes !, une analyse lumineuse où littérature et histoire dévoilent la part obscure de notre héritage européen. Le Voyage saharien réunit en un volume les deux plus grands essais d’un écrivain majeur, acclamé à l’étranger, indispensable à la compréhension de l’histoire coloniale en Occident.

Chronique : Les mots clairsemés de Sven Lindqvist sont comme des bombes lourdes sur la page. Le Voyage saharien est un journal de voyage évocateur et polémique intellectuelle: ici, ses voyages au Sahara l’amènent à confronter les réalités de l’empire , à critiquer les écrivains coloniaux qui l’ont influencé plus tôt. Il interroge les absences dans leurs écrits, leur incapacité à consigner les décès et encore moins les détails. Il écrit: »C’est là que se trouvait Fromentin il y a 130 ans. Le paysage que nous voyons est le même. Le même soleil, le même désert. Mais pas les mêmes personnes. Ses Arabes étaient fermés, menaçants, hostiles. Ceux que j’ai rencontrés sont des gens ouverts, vivants et hospitaliers. »

Son propre « romantisme du désert » est une impression d’un paysage habité sous la pression politique et écologique. Ses paroles sont sobres, mais elles sont percutantes et racontent des histoires saisissantes. Parfois, la langue est pleine de couleurs: »J’aime les montagnes avec leurs longues racines rouges de sable. J’adore les dunes de la nouvelle lune, en forme de faucilles avec des bords aiguisés et polis au vent. » Ce à quoi il fait référence dans son titre, cependant, ce sont les Européens qui sont entrés dans le désert et qui sont repartis avec des portraits romantiques et faux de ce qu’ils y ont trouvé. « L’histoire de l’impérialisme, écrit Lindqvist, est un puits plein de cadavres. Plus tard, il demande: »Qui est prêt à plonger dans ce puits obscur et à le nettoyer? »

Note : 9,5/10

 

  • Broché: 440 pages
  • Editeur : Les Arènes (7 février 2018)
  • Collection : AR.ESSAI

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