Bad Feminist (22 mars 2018) de Roxane Gay

Bad Feminist. Derrière ce titre ironique, Roxane Gay développe une réflexion révolutionnaire et bienvenue sur l’état actuel du féminisme. Lassée des prises de position parfois trop clivantes de certaines organisations féministes, et fatiguée d’entendre des femmes dire qu’elles ne sont pas féministes, elle rappelle que la défense de l’égalité des sexes ne dispense pas d’assumer ses contradictions : on peut aimer la télé-réalité, se peindre les ongles en rose et revendiquer le fait d’être féministe. Bad Feminist regroupe ses chroniques initialement publiées dans The Guardian et sur le site The Rumpus. Roxane Gay y parle de culture, de race, de sexe et de genres, de stéréotypes sur l’amitié féminine, en se fondant sur sa propre histoire de femme noire dans l’Amérique contemporaine. Le portrait qui émerge en filigrane est celui d’une femme au regard d’une incroyable justesse, aussi bien sur elle-même que sur notre société. Une société dans laquelle les produits culturels que nous consommons entretiennent bon nombre de stéréotypes qui finissent par nous définir. Après avoir lu Bad Feminist, vous ne verrez plus les femmes, ni le monde, de la même façon.

Chronique : Roxane Gay mélange anecdote, analyse critique et humour pour créer un ensemble de pièces. Elle admet ne pas connaître toutes les réponses et entendre une femme autonome, intelligente et indépendante dire qu’elle se sent si rafraîchissante. Elle écrit sur toute une gamme de sujets : le féminisme, la race, la culture pop, et plus encore. Elle discute comment et pourquoi elle aime The Hunger Games, elle commente la façon inutile dont les réalisateurs blancs dépeignent les personnages noirs, et plus encore. En tant que professeure d’anglais et adepte avide de la culture pop, sa capacité à discerner les tendances et les modèles au sein des médias a brillé. À bien des égards, la sympathie est un mensonge très élaboré, une performance, un code de conduite qui dicte la bonne façon d’être. Les personnages qui ne suivent pas ce code deviennent différents. Les critiques qui critiquent l’improbabilité d’un personnage ne peuvent pas nécessairement être blâmés. Ils expriment simplement un malaise culturel plus large avec toutes les choses désagréables, toutes les choses qui osent enfreindre la norme de l’acceptabilité sociale. Gay se distingue toujours le plus dans son acceptation de l’imperfection. Dans son introduction, elle écrit que « le féminisme est défectueux parce qu’il s’agit d’un mouvement propulsé par les gens et que les gens sont intrinsèquement défectueux » et que « nous tenons le féminisme à une norme déraisonnable où le mouvement doit être tout ce que nous voulons et doit toujours faire les meilleurs choix ». Dans ce recueil d’essais, Gay accomplit tant de choses : elle écrit sur l’intersectionnalité de la race et du sexe, elle établit une voix cohérente, ironique et tranchante, et elle inclut un chapitre entier sur le Scrabble qui m’a fait rire et qui me donne envie de lire plus, plus, plus et plus. Mais, même si elle accomplit tant de choses, elle reconnaît ses propres contradictions et les contradictions inhérentes à la condition humaine. Elle trouve un équilibre approximatif et approprié en terminant son livre en l’admettant :  Je suis une mauvaise féministe. Je préférerais être une mauvaise féministe plutôt qu’aucune féministe du tout.

Note : 9,5/10

 

  • Broché: 464 pages
  • Editeur : Denoël (22 mars 2018)
  • Collection : Impacts

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