Un éléphant, ça danse énormément (1 mars 2018) de Arto Paasilinna

Emilia est un prodige des arts forains. Grâce à des années de cirque, la belle éléphante de trois ou quatre tonnes maîtrise mille acrobaties, et danse la troïka et le gopak à la perfection. Son spectacle ravit désormais les passants dans les gares, ainsi que les passagers du Transsibérien. Mais lorsque les lois se durcissent en matière de spectacle animalier, Emilia, en sa qualité d’éléphante, se retrouve brutalement au chômage… Lucia, sa dompteuse, ne peut se résoudre à abandonner son acolyte pachydermique, et c’est ainsi que démarre leur improbable périple, de ferme en ferme dans les forêts de Finlande, jusqu’à un cargo en partance pour l’Afrique. Petit à petit, les personnages les plus farfelus se pressent autour de l’adorable bête, chacun portant secours à ce pachyderme rempli de tendresse qui partout où elle passe sème l’enchantement et la zizanie. Entre deux amourettes, Lucia et Emilia s’embarquent dans des dizaines de mésaventures plus insolites les unes que les autres…

Chronique : Quand elle est née, Emilia ne pesait qu’un quintal. C’était une belle éléphante et elle avait devant elle un grand avenir: devenir artiste . Non qu’il ait eu beaucoup d’alternatives, puisque sa mère jouait pour le cirque et était entourée de danseuses et d’entraîneurs. Mais ce que personne n’avait envisagé, c’était que l’année de sa naissance, en 1986, dans la Finlande qui l’avait vue se révéler, une nouvelle loi interdisant les représentations d’animaux sauvages fut promulguée .  Une période de crise a commencé pour le cirque. Pour Emilia, une ère d’errance dans des contrées lointaines. Avec environ dix kilos de plus et la compagnie de son entraîneur et maîtresse Lucia Lucander, Emilia se rend en Russie et en Sibérie, traversant des villes et des villages pour se produire librement . Ils seront dix années riches et intenses, passées à bord d’un train qui va et vient le long du Transsibérien, entre les jours passés à danser le hopak et les soirées de fête, la nourriture et la musique. Mais de belles choses, vous savez, finissent tôt ou tard. Lucia et Emilia reviennent en Finlande, où elles sont accueillies par une nouvelle loi : cette fois c’est l’Union Européenne qui interdit les spectacles, sur tout son territoire. Il n’y a vraiment rien à faire: personne qui aime les animaux, même pas un petit peu. À contrecoeur, Lucia prend la grande décision: ramener Emilia dans son Afrique chaude et ensoleillée. Et c’est le début d’un voyage nouveau et inattendu. Oui, car il n’est pas si simple de trouver quelqu’un qui veuille emporter un éléphant sur une cargaison: avec sa taille, le danger est trop grand, et le fumier aussi. La seule possibilité semble être à des kilomètres, au-delà des plaines et des forêts de Satakunta et des terres caréliennes. Lucia et Emilia trouveront beaucoup d’obstacles et beaucoup de gens prêts à compliquer leur voyage, mais aussi beaucoup d’autres prêts à les aider et à les accompagner. Les hommes et les femmes comme seul Paasilinna peut dessiner, des personnages toujours en équilibre entre la normalité et la folie, entre la détermination et l’inconscient. Pour composer la grande mosaïque créée par Paasilinna, il y aura des maris et des femmes ivres en fuite, des commerçants amoureux et des bouchers qui pensent à la meilleure recette pour faire une saucisse de pachyderme. Mais aussi des entrepreneurs vaincus par la vie qui décident de faire une dernière folie, des pompiers volontaires, des éco-conspirateurs, des verreries abandonnées, d’énormes poulaillers et des bus froissés. Ceux qui aiment Paasilinna savent déjà à quoi s’attendre de ses romans. Il sait déjà que pour l’accueillir il y aura des personnages étranges et avides de liberté, des situations à la limite de l’absurde, ironiques et émouvantes à la fois . Mais tout humain et par conséquent imprégné d’un soupçon de folie. Parce que nous sommes tous un peu fous, vous savez, alors pourquoi ne pas nous donner une folie réelle et méritée, de temps en temps?

Note : 9,5/10

 

  • Broché: 288 pages
  • Editeur : Denoël (1 mars 2018)
  • Collection : Denoël & d’ailleurs

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