Ceci est mon corps (4 avril 2018) de Patrick Michael Finn

Qui rêverait de naître à Joliet, dans l’Illinois ? Pas Suzy Kosasovich en tous cas. Elle a grandi là, parmi les ouvriers et les églises, entre les barges des canaux et les trains de marchandises, élevée dans la crainte de Dieu et l’effacement de soi. Mais Suzy a un rêve : être acceptée par les ados du quartier. Ceux qui fréquentent le bar de Fat Kuputzniak, où ils viennent étancher leurs frustrations et leur haine. L’occasion lui est offerte le jour du Vendredi saint. Une nuit de cruauté et de violence, sans rédemption.

Chronique : Patrick Michael Finn a la capacité de séduire ses lecteurs dans un lieu où nous n’oserions pas aller sans son accompagnement. Et comment il nous fait entrer dans ce royaume des ténèbres en nous attachant à un personnage qui semble être un observateur doux et silencieux d’un monde à la fois répulsif et magnétique, et ce faisant, il parvient non seulement à raconter une histoire fascinante. Il étonne, terrifie, repousse, met en colère, nous épuise et ne fournit finalement qu’une lumière microscopique de rédemption.

Joliet, Illinois, le Carême se termine et les parents presque absents de Suzy Kosasovich sont de bowling : sa grand-mère catholique Busha (son grand-père Dzia Dzia Dzia est mort du cancer) vit avec elle et est sa seule source de lumière et de rappel d’une vie simple mais ennuyeuse d’une société centrée sur la religion. Mais Suzy Kosasovich est en conflit : à bord de l’autobus scolaire, elle aspire secrètement à faire partie du  » gang  » des  » enfants populaires  » qui ne reconnaissent même pas son existence. Elle décide qu’en ce Vendredi Saint, après s’être occupé des rituels religieux avec Busha, elle visitera le pub du quartier – le Zimwe Piwo Club dont le propriétaire, le répugnant mais pitoyable Fat Kuputzniak, alcoolique et répugnant, permet traditionnellement aux enfants mineurs de boire, surtout le Vendredi Saint, jour anniversaire de la mort accidentelle de sa sœur cadette. Après avoir accompagné Busha aux stations de la Croix à St Cyrille et aidé à draper les statues des saints chez elle, Suzy est partie à l’aventure. Elle rencontre Mickey Grogan, un perdant pathétique qui a fait une passe chez Suzy (elle le trouve tout à fait répugnant) et a ensuite pris sa main dans la déchiqueteuse au moulin, mais elle l’ignore et entre prudemment dans le Zimwe Piwo Club. C’est le Vendredi Saint dans le club qui est au centre de ce roman, une nuit où Suzy Kosasovich a son premier verre (parmi tant d’autres), aspire à l’attention sexuelle du méprisable par le sensuel Joey Korosa malgré le fait que le Joey semble attaché à Darly Shapinka. La nuit devient bruyante et pugilistique, Fat Kuputzniak s’évanouit, la bande prend le dessus, Joey et Darly se battent et Darly se retrouve dans la chambre des femmes comme le noyau de la gratification sexuelle pour tous les hommes du bar, donnant à Suzy l’occasion d’approcher Joey et de découvrir sa première rencontre sexuelle, Darly rentre et bat Suzy dans le coma pendant que le reste de la bande dans le bar se moque de Mickey Grogan pour déballer sa main mutilée. L’atmosphère est puante, bruyante, cruelle, abusive et animaliste – et Suzy tire une leçon majeure de son voyage dans le monde souterrain et de la réalisation concomitante de ce fil conducteur entre l’amour et la luxure, le dégoût et le désespoir et la tendresse.

Finn écrit si bien que chaque aspect de son histoire n’est pas seulement visuel mais aussi sonore et olfactif et viscéral. Malgré le fait que son personnage principal tourne à travers les anneaux de Dante, manifestant un comportement qui devrait nous repousser et la condamner pour ses choix malencontreux, Finn a su maintenir un être humain dont l’attachement fragile à la vie nous touche en fin de compte. C’est un maître artiste du monde plus sombre des jeunes enfants dans cet espace purgatoire avant l’âge adulte. Et il ne nous permet jamais, pour une phrase, de relâcher notre attention sur l’histoire qu’il a créée. C’est un maître artisan. Sous la tension et la tension, l’histoire se déroule comme si vous regardiez une collection de photographies – la réalité, brutale sur votre visage, mais si vous voulez une jolie histoire avec une prose non impliquée, ce n’est pas cela. Et ce n’est pas dans la vie.

Note : 9,5/10

 

  • Poche: 189 pages
  • Editeur : Les Arènes (4 avril 2018)
  • Collection : AR.HORS COLLECT
  • Langue : Français

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