l’histoire de la SF américaine où Robert Silverberg reste un incontournable

Robert Silverberg est sans aucun l’un des derniers (le dernier ?) monstres sacrés de la science-fiction. Rendu célèbre par un tas de chefs d’oeuvre du style « Les monades urbaines », « L’oreille interne », « Les profondeurs de la terre », etc, il a toujours eu cette étonnante capacité de divertir, bien souvent à carrément me passionner. Robert Silverberg, est ni plus ni moins qu’un part importante de l’histoire de la SF américaine. L’auteur n’a donc nul besoin d’écrire sa biographie, le lecture des préfaces peut largement satisfaire le lecteur avide d’en savoir plus sur l’écrivain, ses techniques, ses habitudes, etc… Et il y a de quoi dire, entre tout un tas d’anecdotes sur le paysage éditorial de l’époque, les rencontres de Silverberg avec des auteurs, des éditeurs, ou bien des moments plus personnels de ce forçat de l’écriture. Car oui, Silverberg a la plume facile, en quantité (rappelons qu’au plus fort de production, il était tout à fait capable de sortir une dizaine de nouvelles par mois !!), comme en qualité.

Alors bien sûr, né en 1935, Robert Silverberg n’avait que 18 ans à l’époque des premières nouvelles ici présentes, que l’on ne peut décemment pas qualifier de chefs d’oeuvre. Pourtant, tous les récits offrent leur lot de plaisir instantané puisque l’écrivain ne doit pas sa carrière au fruit du hasard, non, il a du talent. Beaucoup. Il le sait et ne s’en cache d’ailleurs pas, à tel point qu’on sent un peu d’autosatisfaction poindre ici ou là dans les préfaces… Pourtant, malgré tout son talent, sa préoccupation première, du moins au début de sa carrière était de payer son loyer, et si on parle d’auto-satisfaction précédemment, il faut aussi saluer la franchise avec laquelle il avoue avoir fait de l’alimentaire, beaucoup d’alimentaire . Il savait ainsi adapter son écriture et ses récits aux magazines pulps qu’il visait (l’essentiel de la production SF de l’époque se faisant via ce canal de diffusion). D’où des histoires parfois un peu faciles, parfois un peu prévisibles, sentant bon la SF des années 50, mais encore une fois toujours divertissantes. Et malgré quelques textes un peu plus profonds de temps en temps, il faudra quelques éditeurs décidés à le pousser dans ses retranchements (notamment Frederik Pohl) pour que commence à apparaître un auteur qui produit enfin des textes à la hauteur de son talent, nous amenant jusqu’au début des années 70, où il est alors au sommet de son art. Le jeune auteur désir de publier à tout prix pour vivre de sa plume, quitte à prendre quelques commandes hasardeuses (comme écrire une histoire d’après une illustration de couverture, défi dont il parvient tout de même à se tirer avec les honneurs), donnant des récits divertissants mais sans grande profondeur à quelques exceptions près, et un homme qui arrive plus réfléchi, plus sensible, plus humain.

Avec « Le monde aux mille couleurs » où Silverberg tente d’écrire une histoire à la Jack Vance, « Pourquoi ? » et ces astronautes se posant des questions existentielles sur leur but dans la vie, « Ozymandias » et l’éternelle confrontation entre scientifiques et militaires, « En bonne compagnie » et ce dirigeant d’une planète se demandant ce qui de l’exil ou du martyr est la meilleure voie, etc…) au voyage dans le temps (« Absolument inflexible » et cette illustration simple mais parfaite de la problématique de la boucle temporelle), en passant par le récit humoristico-sarcastique (« Le chancelier de fer » et ce robot ménager qui prend le pouvoir au sein d’une famille), le récit plus simplement fantastique (« Tant de chaleur humaine » et cet homme qui « absorbe » les mauvaises pensées de ceux qui l’entourent, « L’homme qui n’oubliait jamais », excellent récit sur un homme à la mémoire parfaite, prémices de « L’oreille interne »), ou bien le récit d’anticipation (« Voir l’homme invisible », nouvelle grande réussite malgré une idée de départ qu’il est facile de faire voler en éclat : certains crimes sont punis d’invisibilité, c’est à dire que la personne sanctionnée est libre mais « marquée », cette marque indiquant à ses concitoyens qu’ils ne sont pas censés la voir).

C’est aussi l’occasion pour l’auteur d’explorer des thèmes qui lui sont chers, comme l’archéologie (« L’affaire des antiquités » et son ton assez cynique sur le sujet), les médias (« Les colporteurs de souffrance », critique au vitriol de la surenchère médiatique) ou bien l’altérité, thème qui revient à plusieurs reprises (« Les amours d’Ismaël » et ce dauphin amoureux d’une humaine, « Martel en tête » et cet extraterrestre qui tente de communiquer mais n’arrive qu’à provoquer des cauchemars, ou « Trip dans le réel » où c’est cette fois une femme qui tombe amoureuse d’un extraterrestre déguisé en homme).

Ses livres les plus connus :

Le cycle de  Majipoor (éditions Mnemos)
Il s’agit de sa grande fresque « Fantasy » ,
R.S. reconnaît s’être très inspiré de Jack Vance et de ses Planète-Opéra pour créer un univers  fantasy avec de nombreuses races, une géographie, des Dieux, etc… bref tout ce qu’on retrouve maintenant dans un univers de JdR.
A l’époque, il n’y avait pas légion de livre-univers, en dehors de Tolkien, Herbert avec Dune, P.J.Farmer avec le Monde du Fleuve ou la Saga des Hommes-Dieux.
Reste que le Cycle de Majipoor reste un classique, qui se lit facilement.

les Monades Urbaines : ensemble de nouvelles qui se croisent parfois, parlant de toute une société vivant dans une agglomération géante sous forme de méga building. Rappelant 1984 d’Orwel, ici la mégalopole est reine et la société de consommation est coupée de ses racines avec le reste du monde, et la nature.

Le Livre des Crânes : c’est trash, politiquement incorrect, et délibérément malsain. Une sorte de road movie qui rappele Voyage au Bout de la Nuit. L’histoire : 4 étudiants et amis vont tenir leur journal voyage (c’est donc raconté à la première personne), un road movie qui va les mener vers une possible vie éternelle, à la recherche une secte qui aurait percé le secret de l’immortalité. Mais le prix à payer est lourd : sur les 4, la règle dit que 2 doivent mourir pour que les 2 autres deviennent immortels.
On partage donc les espoirs et souvenirs de ces 4 amis : un Juif New Yorkais malingre et intello, une espèce de quaterback fils à papa pété de tune, un gars qui a tout misé sur ses études médicales pour s’élever au dessus de ses racines campagnardes, et un homosexuel provocateur. Ne vous arrêtez pas à ces clichés, les personnages sont extrêmement soignés.
On va partager avec eux le côté le plus sombre de leurs souvenirs et de leur personnalité.
C’est clairement un bouquin malsain qui en dérangera plus d’un, mais c’est un livre qu’on n’oublie pas une fois refermé.

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