L’ombre de la baleine de Camilla Grebe

Résumé : Quand des cadavres de jeunes hommes échouent sur les côtes de l’archipel de Stockholm, la jeune flic Malin et son supérieur, Manfred, sont missionnés pour résoudre ce sombre mystère. Hélas, chacun est plus vulnérable que d’habitude : Malin est très enceinte, et Manfred meurtri par le terrible accident qui a plongé sa petite fille dans le coma.
En parallèle, nous rencontrons Samuel, adolescent rebelle, dealer à mi-temps, élevé par une mère célibataire aussi stricte que dévote. Sa vie bascule quand celle-ci jette à la poubelle des échantillons de cocaïne que le baron de la drogue de Stockholm lui a confiés.

Chronique : Ce n’est pas plus mal que ce roman est un rapport plus ou moins éloigné avec le thème de l’eau car l’expression qui lui correspond le mieux ce serait « à la surface » tant l’auteure s’attaque à des thèmes intéressants sans jamais les approfondir.

Le problème majeur est que les dits thèmes ne sont développés que lors de la seconde partie du récit, après une première manquant de rythme. La vision de la société et des réseaux sociaux recèle une part de vérité mais le propos ne va pas plus loin qu’une critique de base un peu facile. L’épilogue évoque un certain trouble psychiatrique qui aurait mérité une plus grande exposition que quelques lignes en fin d’ouvrage.

Le plus étrange est que l’auteur est plus pertinente dans les différents profils maternels qu’elle brosse tout au long du récit que dans les thèmes principaux. Ces portraits de mère éplorées, déséquilibrées, désespérées mais tenaces et résistantes sont tous touchants, chacun à leur manière.

Il est dommage que l’auteure ne soit pas parvenue à enrober son propos dans un récit plus rythmé et moins cousu de fil blanc, les rebondissements sont malheureusement prévisibles.

Le choix d’une narration polyphonique était risqué mais l’auteur s’en sort plutôt bien. Manfred, le papa quinquagénaire pétris de culpabilité après l’accident de sa fille, est le plus charismatique des trois narrateurs. Il faut plus de temps pour s’attacher à Samuel et Pernilla mais la mère et le fils mène chacun un combat contre eux-mêmes qui les poussent à faire des erreurs tragiques avant de trouver le chemin de la rédemption.

L’ombre de la baleine se révèle être à la croisée de plusieurs sous-genre du polar, psychologique, societal, enquête policière, mais pour le bien du récit l’auteure aurait bien fait de s’en tenir à un genre précis et d’approfondir les thèmes à peine effleurés dans cet ouvrage.

Note : 6/10

Éditeur Calmann-Lévy
Date de publication 27 février 2019
Langue Français
Longueur du livre 400
ISBN-10 2702165583

Un jour tu paieras de Pétronille Rostagnat

Résumé : Une adolescente, retrouvée inconsciente en pleine forêt, émerge lentement du coma. Que lui est-il arrivé ?

Pendant que la police mène l’enquête, Pauline Carel, jeune avocate pénaliste, est commise d’office pour défendre Mathieu, un brillant étudiant en médecine accusé d’un double homicide.

Carriériste, ambitieuse et perfectionniste, Pauline y voit l’opportunité de se faire un nom. Alors qu’elle se bat pour blanchir son client, elle est rattrapée par son passé…

Chronique : Une intrigue entraînante et un personnage principal qui sort des sentiers battus, tous les ingrédients étaient réunis pour que l’auteure nous offre un polar de qualité. Mais la recette ne fonctionne pas tout à fait.

La faute à un manque de levure dans la préparation. L’auteure ne parvient pas à faire monter la tension autour de son intrigue. Les scènes cruciales se succèdent sans que le goût salé du suspense ne vienne exalter nos papilles. Les chapitres défilent facilement comme lorsque l’on pioche dans un sachet de chips mais aucune scène marquante ne se détache de l’ensemble du récit.

Récit, qui se maintient bien, il faut lui reconnaître ça. Les différentes couches du récit se révèlent progressivement et de manière logique. L’auteure maîtrise la recette du polar, c’est juste le dosage des ingrédients qui fait que l’ensemble manque de corps.

Son personnage de Pauline Carel est une proposition intéressante. Alors que la plupart des personnages féminins qui se veulent badass ne font que dissimuler leurs fragilités sous des couches de dureté, c’est tout le contraire avec Pauline qui se révèle être l’ingrédient majeur du récit. Sous son vernis d’avocate brillante et séduisante c’est une jeune femme en colère, le corps tendu par la haine qui parcoure ses veines. L’écriture du personnage est une proposition intéressante et Pauline mériterait bien d’apparaître à nouveau dans une nouvelle histoire en espérant que la recette soit plus goûteuse la prochaine fois.

Note: 6/10

Éditeur Marabout
Date de publication 29 janvier 2020
Langue Français
Longueur du livre 288
ISBN-10 250113849X

L’année du rat de Régis Descott

Résumé : Paris – Nouvel an chinois – Le lieutenant Chim de la BRT (Brigade de Recherche et de Traque) est envoyé sur une scène de crime dans la campagne normande. Un fermier et sa famille ont été assassinés avec une sauvagerie inouïe. Les prélèvements effectués laissent songeurs : tueurs multiples, probablement des fugitifs qui auraient peut-être agi sous l’influence d’une nouvelle drogue.
Mais le laboratoire d’analyse révèle des résultats autrement plus inquiétants qui vont entraîner Chim dans le monde troublant de la recherche génétique de pointe. Premier théâtre de son enquête : le laboratoire qui fabrique le célèbre « Jouv X », produit miracle qui promet la jeunesse éternelle. De Paris à la Scandinavie, des tours de la Défense aux fonds marins de la Manche, Chim va mener une enquête redoutable et périlleuse pour remonter la piste des tueurs. Jusqu’à ce qu’il découvre l’horreur suprême, diabolique, qui menacera son intégrité mentale et la survie de l’humanité.

Chronique : Régis Descott signe avec cet ouvrage un récit redoutablement efficace dans un décor cyberpunk plutôt bien planté.

L’auteur a voulu s’éloigner de l’univers des polars psychologiques qu’il commence à bien connaître. L’univers cyberpunk auquel il se frotte pour cette nouvelle intrigue est classique. On retrouve la multinationale toute-puissante, une société déshumanisée et une police militarisée qui n’est plus vraiment au service du citoyen. Le manque d’originalité dans la peinture de ce monde désolant ne l’empêche pas d’être diablement efficace et crédible. Les détails disséminés par l’auteur tout au long du récit contribuent à enrichir ce Paris du futur dans lequel bien peu voudraient vivre.

L’intrigue en elle-même est très classique également et respecte les codes du thriller d’anticipation. Cependant là encore l’auteur démontre une grande maîtrise dans la gestion de son intrigue. On suit le traqueur Chim’ dans ses pérégrinations pour faire toute la lumière sur cette enquête et chaque étape de ses mésaventures est une raison supplémentaire de poursuivre la lecture.

Le personnage de Chim’ obéit lui aussi à un schéma très classique du vieux loup solitaire incorruptible. Il est le personnage idéal pour nous guider dans ce monde corrompu par la promesse d’une jeunesse éternelle. Il représente le dernier rempart face au cynisme d’une société qui a abandonné tous ses idéaux.

Malheureusement le récit est gâché par un final précipité et invraisemblable. Sans dévoiler d’éléments de l’intrigue, le comportement d’un personnage clé de l’histoire ne correspond absolument pas à son caractère tel qu’il est décrit tout au long du récit. Cela n’enlève rien à la qualité générale de l’œuvre qui aurait pu être supérieure si un plus grand soin avait été apporté à ce final, mais en l’état Régis Descott signe une aventure captivante dans un univers sombre qui rappellera les meilleurs films de science-fiction aux amateurs du genre.

Note : 7/10

Date de publication : 9 mars 2011
Éditeur : JC Lattès
Langue : Français

Une offrande à la tempête de Dolores Redondo

Résumé : Dans la vallée de Baztán, une petite fille décède étouffée dans son berceau. Alors que la police soupçonne le père d’être impliqué, la grand-mère attribue ce meurtre au génie maléfique Inguma, issu de la mythologie basque. Rapidement, cet étrange décès lève le voile sur une série de morts subites de nourrissons suspectes. L’inspectrice Amaia Salazar décide de se consacrer entièrement à cette nouvelle enquête, entre légendes mystiques et meurtres barbares, au risque de mettre de côté son rôle d’épouse et de mère.

Chronique : Avec cet ouvrage Dolores Redondo conclut sa trilogie consacrée à Amaia Salazar et la vallée du Baztan. Et si ce volume s’annonce au départ comme le meilleur des trois certains choix de l’auteure viennent ternir le plaisir de lecture.

Le rythme est plus soutenu que dans les deux précédents volumes et cela se justifie par la nécessité d’apporter une conclusion satisfaisante aux nombreuses intrigues développées par l’auteure depuis le gardien invisible, le premier volume de la trilogie. On n’échappe pas aux déambulations d’Amaia dans la forêt qui plombent le récit sans apporter grand-chose à celui-ci.

Les relations entre Amia et son entourage se dénouent et les masques tombent. Que ce soit sa sœur Flora, qui doit faire face aux conséquences de ses actes, ou bien l’inspecteur Montes, de plus en plus attachant, l’auteure dresse une galerie de personnages qui resteront dans les mémoires.

C’est aussi l’occasion de répondre aux questions laissées en suspens lors des enquêtes précédentes. Le risque est d’embrouiller les lecteurs qui auraient oublié certains détails durant l’écart de lecture entre les différents volumes mais cela a le mérite de rappeler qu’il faut parfois des années avant que les secrets ne soient tous révélés.

L’intrigue prend une ampleur inédite dans cette conclusion et prend des allures de complot maléfique et tentaculaire. Pourtant, aussi passionnante que soit cette orientation l’auteure ne l’assume pas complètement puisque l’on retombe dans un banal face-à-face lors du final.

C’est le principal défaut du récit, toute l’intrigue repose sur un retournement que l’on voit venir de très loin, à un point tel l’on a envie de secouer Amaia pour qu’elle ouvre enfin les yeux. Impossible de trop en dire sans révéler des détails importants de l’intrigue mais c’est extrêmement frustrant de voir une intrigue avec un tel potentiel être gâché de cette manière.

C’est d’autant plus frustrant que cet élément va rapidement prendre une place trop importante dans le dernier tiers du récit ce qui va entraîner l’exclusion abrupte d’éléments secondaires qui auraient mérités un meilleur traitement, notamment la mère de notre héroïne. Les autres aspects de l’enquête son expédiés en quelques lignes et l’intrigue complexe mais passionnante développée sur plus de cinq cents pages retombe comme un soufflet.

Au final il restera de cette trilogie Basque une atmosphère fantastique et mystérieuse plaisante et une galerie de personnages féminins haut en couleurs. Mais il est regrettable que l’ultime tome de cette trilogie ne parvienne pas à apporter une conclusion à la hauteur de la qualité de la saga.

Note : 7/10

  • Date de publication : 17 mars 2016
  • Éditeur : Editions du Mercure de France
  • Langue : Français
  • ASIN : B01CUM1CMK

La balance: Grandeur et décadence d’un gangster de Jimmy Breslin | 12 février 2020

Père, homme d’affaires, escroc, voleur : Burton Kaplan est tout sauf un mouchard. En neuf ans d’emprisonnement, il n’a jamais craqué. Mais lorsque le procès des deux flics corrompus lors duquel il est appelé à comparaître débute, coup de théâtre : Kaplan sort du silence et déballe tout sur ses activités au sein de la mafia newyorkaise, façon Les Affranchis.
Dans ce récit passionnant, le grand journaliste Jimmy Breslin, l’un des pères du Nouveau journalisme, retrace la vie, les affaires et le témoignage de Burton Kaplan, dont l’histoire est aussi celle de l’escalade puis du déclin de la mafia aux États-Unis au cours du xx e siècle.

Chronique : L’image iconique du gangster tel que l’on se l’imagine, costume sur-mesure et verre de whisky à la main, est ancré dans la culture populaire. Des acteurs tels que Robert De Niro ont gravé dans la rétine des spectateurs cette image d’un gangster puissant et élégant. Cet ouvrage posthume du journaliste Jimmy Breslin remet quelque peu les pendules à l’heure.

L’auteur a consacré sa vie à enquêter sur les divers clans mafieux, ce qui n’a pas été sans heurts. Sa vie a été menacé à de nombreuses reprises et il a même été agressé sauvagement dans un bar. Son récit prend la forme d’un long interrogatoire d’un collaborateur historique de la mafia New-yorkaise lors du procès de deux flics ripoux doublé d’un témoignage du journaliste sur les décennies de règne des plus grandes familles mafieuses.

Le récit est âpre. Cela est dû au fait qu’il n’y a ni narration ni caractérisation des personnages. Cela donne un ouvrage difficile d’accès. L’immersion n’est pas aisée mais la lecture vaut pourtant le détour.

C’est une tout autre représentation de la mafia et de ses membres qui nous est donné à lire. Le gangster flamboyant et tout puissant dont le cliché est véhiculé par la culture populaire a fait long feu. Le récit nous démontre que ces hommes, bien qu’adeptes de la violence et des exécutions sommaires, étaient avant tout des hommes avec les mêmes problèmes que le commun des mortels. C’est-à-dire concurrence déloyale, en l’occurrence le gouvernement, la maladie et la vieillesse.

Le livre aurait pu avoir comme sous-titre « chant du cygne de la cosa nostra » vu à quel point l’accent est mis sur la déchéance de ces familles qui ont régné comme des rois pendant des décennies sur la ville de New-York. Un royaume grignoté petit à petit par les nouvelles lois anti-crime organisé et la multiplication des indicateurs.

Un témoignage troublant sur lequel tous ceux qui s’intéressent à la mafia devraient jeter un œil.

Note : 7 /10

Éditeur HarperCollins
Date de publication 12 février 2020
Langue Français
Longueur du livre 288
ISBN-13 979-1033904748

Les roses de la nuit de Arnaldur Indridason

Résumé : A la sortie d’un bal, un couple pressé se réfugie dans le vieux cimetière, mais au cours de leurs ébats la jeune femme voit un cadavre sur une tombe et aperçoit une silhouette qui s’éloigne. Elle appelle la police tandis que son compagnon, lui, file en vitesse. Le commissaire Erlendur et son adjoint Sigurdur Oli arrivent sur les lieux pour découvrir la très jeune morte abandonnée sur la tombe fleurie d’un grand homme politique originaire des fjords de l’Ouest.

Arnaldur Indridason fait partie de mes auteurs préférés. Il a su se créer un style unique dans le milieu compétitif du polar, à mi-chemin de l’enquête à la hercule poirot et le récit social. Le ton est empreint de mélancolie, magnifiquement incarné par l’inspecteur Elendur, personnage solitaire et marqué par un traumatisme d’enfance. À travers les multiples enquêtes de ce personnage meurtri mais attachant l’auteur porte un regard désabusé sur la société islandaise et les changements auxquels celle-ci doit faire face. Entre traditions et course aux progrès frénétique l’Islande est au cœur des interrogations de l’auteur. Il est toujours amusant de constater les écarts entre ce pays, qui possède encore un style de vie quelque peu campagnard et l’arrivée massive de pratique étrangère déconcertante, comme le tatouage, dans ce volume.

L’auteur se fait porte-parole des laissés pour compte, ceux que le train du progrès a oubliés sur le quai. Ses récits mettent toujours en avant une forte empathie envers les victimes. Il peut s’agir d’un enfant, d’une femme au foyer, d’une jeune prostituée toxico ou bien d’un SDF, l’auteur nous fera toujours comprendre que la perte d’une vie humaine est une tragédie.

Ce volume ne fait pas exception. L’auteur dénonce les quotas de pêche imposés par le gouvernement et qui appauvrissent les villages qui vivent des produits de la mer tandis que de riches hommes d’affaires s’enrichissent sur leurs dos. Le récit révèle petit à petit toute la perversité d’un système qui broie des vies entières. Les héros du passé et les vers d’un poète que tout le monde sauf Elendur a oublié servent à mettre en lumière l’errance d’une société qui avance sans savoir où elle va tout en ignorant ses citoyens qui ne parviennent pas à suivre le rythme.

Le ton est moins mélancolique que d’habitude, Elendur, toujours en désynchronisation volontaire avec ses partenaires, s’emporte à quelques occasions. Le rêveur désabusé des volumes précédents ne parvient plus à trouver d’excuses à un monde qu’il comprend de moins en moins. Même face à ses enfants, envers lesquels il a longtemps nourri un sentiment de culpabilité, il ne n’hésite plus à faire éclater sa colère longtemps refoulée.

L’intrigue de ce volume aurait mérité d’être un peu plus étoffé et certain éléments aurait pu être amené de manière plus intéressante mais il n’en reste pas moins un polar saisissant qui tend un miroir inquiétant sur les dérivés de nos sociétés occidentales.

Note : 7/10

Éditeur Anne-Marie Métailié
Date de publication 3 octobre 2019
Langue français
Longueur du livre 256
ISBN-13 979-1022608862

La mort selon Turner de Tim Willocks

Résumé : Lors d’un week-end arrosé au Cap, un jeune et riche Afrikaner renverse en voiture une jeune Noire sans logis qui erre dans la rue. Ni lui ni ses amis ne préviennent les secours alors que la victime agonise. La mère du chauffeur, Margot Le Roux, femme puissante qui règne sur les mines du Northern Cape, décide de couvrir son fils. Pourquoi compromettre une carrière qui s’annonce brillante à cause d’une pauvresse ? Dans un pays où la corruption règne à tous les étages, tout le monde s’en fout. Tout le monde, sauf Turner, un flic noir des Homicides. Lorsqu’il arrive sur le territoire des Le Roux, une région aride et désertique, la confrontation va être terrible, entre cet homme déterminé à faire la justice, à tout prix, et cette femme décidée à protéger son fils, à tout prix.

Chronique : Tim Willocks est un auteur touche à tout ,capable de passer du roman historique au thriller juridique en passant par le roman d’espionnage, avec son quatrième roman l’auteur s’essaye au western moderne.

L’action prend place, non pas dans le traditionnel far-west américain, mais en Afrique du sud. Le choix du lieu n’est pas anodin, l’Afrique du sud est gangrenée par la pauvreté, la violence et la corruption. Un décor désertique qui se prête tout à fait à la confrontation impitoyable qui s’annonce. Un pays que ses habitants eux-mêmes surnomment le pays de la soif, illustrant ainsi les conditions de vie misérables qui les accablent, cependant Turner lui n’a soif que d’une seule chose, de justice.

Alors que tout le monde autour de lui a enterré depuis fort longtemps ses principes, Turner lui, s’accroche à ses idéaux de justice. Ce qui fait de lui un anachronisme vivant doublé d’un parangon de personnage tragique et solitaire. Tragique car dans un monde où règnent la loi du plus fort la quête de Turner va forcément s’accompagner d’un déferlement de violence. Solitaire car ses principes qui n’acceptent aucune concession l’isole complètement du reste de la société.

Le récit se transforme rapidement en duel mortel, un déluge de violence qui n’épargnera aucun des acteurs de cet opéra qui se croyait en sécurité derrière leur propriété gardée et barricadée. La forteresse de principe de Turner, allié à un féroce instinct de survie, se révélera plus redoutable que les fusils mitrailleurs et les traquenards en plein désert.

L’auteur a eu l’intelligence de dissimuler un sous-texte sur l’état actuel l’Afrique du sud, incarné d’une part par le personnage de Margot incapable de percevoir l’étendue de sa corruption et la jeunesse de ce pays d’autres part, représentée par Dirk, oisillon surprotégée aux ailes coupées qui pourtant rêve de changer cette société injuste. Cette critique apporte une autre dimension aux récit et permet à chacun de trouver son compte dans ce récit sanglant et tragique.

Note :8/10

  • Broché : 384 pages
  • Editeur : Sonatine (11 octobre 2018)
  • Langue : Français

Jour de glace de Maud Tabachnik

Résumé : Des trombes d’eau. Un vent infernal. En quelques minutes, la petite ville de Woodfoll dans le grand Nord canadien est balayée par une tempête d’une violence inouïe. Plus d’électricité, plus de téléphone, un paysage de fin du monde.

Comme le reste de la région, la prison de haute sécurité n’a pas résisté à l’ouragan. La panne électrique a ouvert les portes, libérant quatre tueurs, parmi les pires de leur espèce, des violeurs, pédophiles et meurtriers récidivistes qui se retrouvent dans la nature.

Quand des cadavres sont retrouvés, sauvagement mutilés, les soupçons se portent forcément sur les évadés. Mais sont-ils les vrais coupables de ces atrocités ? Lou Grynspan, ancienne profileuse de la police du Québec, mène une enquête aux frontières de la raison. Un voyage au bout de l’enfer qui va hanter ses jours et ses nuits…

Chronique : J’ai un grand regret dans ma vie, contrairement à la plupart des gens j’adore le froid, la neige, le vent glacé. Les jours de grands froids mais où règne un grand soleil dans un ciel bleu sont mes préférés de l’année. Malheureusement pour moi j’habite dans une région tempéré et humide, les températures restent bien au-dessus du zéro, il pleut souvent, quant à la neige ça fait près de dix ans que l’on n’en a pas eu. C’est pourquoi il faut que je remercie Maud Tabachnik de m’avoir fait voyager dans ce grand et beau pays gelé qu’est le Canada.

L’auteure s’est posé une ambiance il faut lui reconnaître ça. Je n’avais jamais lu un seul de ses livres et j’ai eu le plaisir de rencontrer une plume maligne qui plante un décor rapidement sans parler des personnages qui prennent vie en quelques traits. Mention spéciale au personnage de Lou Grynspan que l’on aimerait revoir lors d’une prochaine enquête. Humour à froid et tension dramatique se mélangent parfois dans le même paragraphe, le tout forme un style fluide et accrocheur.

Malgré tout, tout n’est pas parfait aux pays du grand froid, l’intrigue principale démarre sur une grosse ficelle scénaristique difficile à avaler alors que la seconde intrigue ne décolle jamais. Le plus étrange est que l’ensemble souffre d’un sentiment d’inachevé, certaines questions restent en suspens. C’est la première fois que je me dis qu’il manque une bonne cinquantaine de pages à un livre. Rien que l’intrigue autour des tribus indiennes et de l’agent Oka aurait mérité un développement plus approfondi.

Une atmosphère glaçante, des prédateurs plus proches des bêtes sauvages que de l’homme. Il n’en faut pas plus pour contenter les amateurs de chasse à l’homme que je suis même si j’aurais voulu que l’auteure densifie son récit afin de prolonger le plaisir.

Note : 7/10

Éditeur City Edition
Date de publication 18 septembre 2019
Langue Français
Longueur du livre 320
ISBN-10 2824615451

Donbass de Benoît Vitkine


Résumé : Sur la ligne de front du Donbass, la guerre s’est installée depuis quatre ans et plus grand monde ne se souvient comment elle a commencé. L’héroïsme et les grands principes ont depuis longtemps cédé la place à la routine du conflit.
Mais quand des enfants sont assassinés sauvagement, même le colonel Henrik Kavadze, l’impassible chef de la police locale, perd son flegme.Chronique : Après avoir été sur le devant de l’actualité en 2014 avec le début de la guerre civile, l’Ukraine est vite retombé dans l’oubli de nos esprits occidentaux. Le polar social de Benoît Vitkine va permettre à ce pays meurtri de se rappeler à nous.

Et le moins que l’on puisse dire c’est que l’auteur nous propose une plongée dans les eaux troubles d’un pays saigné à blanc. Rien ne nous est épargné, corruption, trafic de drogue, magouilles politiques, alcoolisme, violence et surtout infanticide, le quotidien des habitants de la région est mouvementé à tel point que plus grand monde ne réagit lorsque les bombes commencent à pleuvoir. C’est un portrait de l’Ukraine réalisé à la neige sale écrasé par les chenilles des tanks. Avant d’être un polar, l’ouvrage est un récit social où la misère côtoie la plus grande cupidité.

L’auteur s’attache à nous montrer à quel point le jeu stupide qu’est la guerre dissimule des enjeux beaucoup plus sérieux pour lesquels beaucoup sont prêts à mentir et à faire usage de la violence. Comme toujours certains arrivent à tirer leurs épingles du jeu alors que l’ensemble de la population se débat entre la misère et les bombardements incessants. L’adage bien connu « le malheur des uns fait le bonheur des autres » n’a jamais été aussi vrai. Cela ne rend pas la balade dans les ruines de la ville d’Avdiïvka moins glaçante pour autant.

Ce n’est pas le narrateur désabusé, le colonel Henrik Kavadze, qui va nous remonter le moral. Conscient du mal qui gangrène ce pays qu’il aime malgré tout, Henrik à encore plus conscience du fait qu’il est impuissant à changer quoi que ce soit tant les forces en présence le dépassent. Cela ne l’empêchera pas de se démener pour tenter de protéger le peu d’innocence qui reste encore dans son quotidien et ce malgré le fait qu’il doit se débattre avec un puissant syndrome de stress post-traumatique. Henrik n’est pas un personnage attachant, ses démons prennent parfois le dessus, mais c’est un personnage auquel il faut s’attacher car il est l’un des rares à conserver une once d’humanité dans une région en proie à tous les vices.

En moins de trois cents pages l’auteur parvient à condenser tous les maux de l’Ukraine, qui ruinent le pays depuis maintenant six ans, dans un récit mêlant réalisme social et intrigue policière. Je regrette juste que la fin fasse un peu trop carte postale contrastant avec l’aspect miséreux et glauque du reste du l’ouvrage.

Note : 8/10

Éditeur Les Arènes
Date de publication 5 février 2020
Langue Français
ISBN-13 979-1037500595

Ne pars pas sans moi de Gilly Macmillan

Résumé : Par un joyeux dimanche, Rachel et son petit garçon de 8 ans se promènent en forêt. Désirant plus que tout être une bonne mère, et soucieuse de l’indépendance et de l’autonomie de son enfant, Rachel l’autorise à partir quelques mètres devant elle pour aller jouer. Arrivée au bout du chemin, l’angoisse la saisit : Ben a disparu.

Après une conférence de presse catastrophique, médias et réseaux sociaux se déchaînent. Pour eux, Rachel est responsable de la disparition de son enfant. Pourquoi n’a-t-elle pas veillé sur lui ? Comment se fait-il qu’elle ait du sang sur les mains ? Pendant que la police se lance dans une véritable course contre la montre pour retrouver Ben, Rachel se débat entre la culpabilité, le désespoir et la peur.

Rongée par le doute, assaillie par la violence de ceux qui la croient coupable et tandis que la moindre de ses certitudes

Chronique : Le sous-genre littéraire du polar domestique est devenue une mode et comme toutes les modes elle produit son lot de déceptions et de belles surprises. Heureusement le premier ouvrage de Gilly Macmillan appartient à la deuxième catégorie.

L’auteure brode sur le thème devenu classique de la disparition d’un enfant pour dresser un double portrait psychologique de la mère du petit Benedict et du policier chargé d’enquêter sur son kidnapping. À l’aide de sa plume analytique, elle nous révèle la pression et le désespoir qui s’empare des proches du disparu. On vit au plus près le drame de Rachel, le flot d’émotions qui la submerge, la pression médiatique insoutenable et les répercussions irrémédiables que ce cauchemar aura sur sa vie.

En mettant l’accent sur le rôle de la presse et des réseaux sociaux avec leurs commentaires toxiques tout en nous faisant vivre le quotidien d’une mère dévasté, L’auteure parvient à embrasser toute l’ampleur que peut prendre une tragédie comme celle-ci, tout à la fois intime et public. Cela donne une réelle dimension au récit qui lui permet de se détacher du reste de la production traitant du même thème. Surtout si l’on ajoute à cela le fait que pendant que Rachel vit une tragédie, l’enquêteur chargé de retrouver son fils se trouve dépassé par les événements.

Les thrillers domestiques oublient trop souvent la partie thriller dans leurs récits, c’est ce que je reproche à ce genre. Heureusement là ce n’est pas le cas. À coups de fausses pistes et de révélations fracassantes L’auteure nous tient en haleine jusqu’à la conclusion. Une conclusion qui, sans trop en révéler, aura une saveur douce amère, l’auteure refusant de conclure son récit sur un happy end édulcoré et c’est tout à son honneur.

Un thriller domestique bien rythmé c’est déjà suffisamment rare pour être noté mais il faut ajouter à cela un aspect psychologique finement travaillé et sans compromis. On peut juste regretter qu’il faille deux cents pages à l’auteure pour installer son récit mais cela reste un défaut mineur.

Note : 7/10

  • Date de publication : 25 février 2016
  • Éditeur : Les escales éditions
  • Langue : Français
  • ASIN : B01BFV1MAY